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CHAPITRE XXXIV

Du besoin de respirer : peut-on s’asphyxier en y résistant ?

Cette faim d’air , comme dirait Bacon (1), se renouvelle à tous les instans : lui résister c’est mourir. On a vu des enfans attaqués du croup, suffoquer pendant une quinte de toux de quel-

(1) Bacon définit le poumon : « Un estomac digérant l’air. »

CHAP. XXXIV, BESOIN DE RESPIRER. 63<j

ques secondes ; et l’on cite des personnes qui se sont noyées après moins d’une minute de submersion. A la vérité, tous ne meurent pas aussi promptement : les ouvrages de médecine légale contiennent des exemples d’hommes qui seraient restés plusieurs heures sous l’eau sans mourir. Mais dans ce cas encore il faut bien distinguer : je suppose une personne qui se jette à 1 eau pour plonger, pour nager, ou bien par désespoir. A l’instant meme ou ses membres touchent l’eau , elle s’évanouit. Je n’examine pas si la poitrine a été préalablement remplie d’air , ni si la glotte est fermée *, car au moment de l’évanouissement tous les muscles se détendent, et il faut bien que l’air sorte : ainsi l’expiration a donc eu lieu. Mais alors même la poitrine contient encore beaucoup d’air *, cette masse d’air que les poumons retiennent irrésistiblement, nous savons qu’elle est énorme, puisqu’elle surpasse de beaucoup la quanti té que chaque respiration renouvelle. Or, pendant l’évanouissement le cœur ne faisant plus que palpiter ou frémir avec beaucoup de faiblesse, peu de sang veineux traverse les poumons, peu de sang artériel jaillit du cœur dans les artères*, la quantité d’air restée dans les poumons pourrait donc suffire à cette circulation si ralentie. Tout l’embarras serait de savoir combien de temps peut durer un semblable évanouissement sans causer la

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mort. On ne sait rien à cet égard ; mais on le voit quelquefois persévérer long-temps au sein de l’atmosphère ; pourquoi n’en serait-il pas de meme de l’évanouissement ayant lieu dans un liquide? 1 uisqu on a vu des léthargiques vivre des jours entiers sans respirer , pourquoi nier la réalité de faits analogues ? Des-lors que le corps ne respire plus, que fait le milieu ou il se trouve?

La faculté qu’ont les plongeurs de retenir durablement de l’air dans leur poitrine, les fait résister plus long-temps au pressant besoin de respiier. Toutefois, ils sont obligés de remonter souvent àla surface de 1 eau pour lâcher l’air dontleurs poumons sont distendus, et le remplacer par de I air nouveau; car, il le faut remarquer, qu’il Y ait beaucoup ou qui! y ait peu d air dans les poumons, peu importe à la respiration ; cela n’est avantageux qu’aux mouvemens du corps , favorisés par la dilatation plus grande de la poitrine. Il n y a gueres que 1 air qui touche au tissu même du poumon qui serve a la sanguification : le reste est superflu pour cet objet. Or, quelque expérimentés que soient ces hommes, ils ne restent jamais impunément beaucoup plus d’une minute sans respirei . On a vante la force etonnante d’un plongeur napolitain, surnommé Pesce . On racontait au sujet de cet homme des chos^. extraordinaires . Un roi de Sicile, Frédéric, fut curieux de le

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