CHAP. XXXIV, BESOIN DE RESPIRER
voir manœuvrer. Pour exciter davantage l’émulation du plongeur, le prince fit jeter, près du gouffre deCharybde, un vase d’or d’une grande valeur (1). Pesce , recueillant ses forces, calcula qu’il lui fallait au plus deux minutes pour descendre au fond des eaux , se débattre contre leurs vagues et remonter à leur surface. Pesce se jeta donc à la mer plein d’espérance *, mais le malheureux, on ne le revit jamais.
C’est beaucoup pour tous les hommes que rester même une minute sans respirer , tant que durent et la connaissance et les battemens du cœur. Mais peut -on s’asphyxier volontairement sans employer pour cela d’autres instrumens que les organes? Voici ce que j’ai écrit ailleurs à ce sujet ( Mérn. cité). « ...Pour ne point rappeler en l’imitant l’histoire delà Dent d’or; voulant éviter de chercher les causes d’effets illusoires ou impossibles, je me suis assuré que ce genre de mort avait été observé : j’en ai trouvé des exemples dans l’histoire ancienne.
)) On crut d’abord, on crut long-temps, que Ion pouvait, en avalant sa langue, se donner volontairement la mort par strangulation : mais on sait apprécier depuis bien des années tout ce qu’a d’absurde une pareille opinion.... Aujour-
(i) Brkîonae, Voyage en Sicile .
d hui, quelques physiologistes admettent que i on peut s asphyxier en s’opposant, par la seule action des organes, à l’introduction ou au renouvellement de l’air dans les poumons. Voici, pour m’éclairer à ce sujet, les expériences que j’ai tentées.
(( première expérience. J ai fait une expiration profonde *, j’ai fait ensuite tous mes efforts pour résister au besoin d inspirer : au bout d’environ trente secondes, ce besoin se faisait vivement sentir *, après cinquante secondes , il est devenu irrésistible , et l’instinct 1 emportant enfin sur la volonté malgré moi plusieurs inspirations se sont rapidement succédées. »
« deuxième expérience. J’ai fermé la glotte après une inspiration légère et sans contracter aucunement les muscles abdominaux : je me suis ainsi opposé à la sortie de l’air inspiré, comme â l’introduction d’une nouvelle quantité de ce fluide. Au bout d’une minute, l’anxiété était extrême \ peu apres , la glotte maigre moi s est ouverte , l’air enfermé dans les poumons s’est évacué , et de nouvelles inspirations se sont
précipi tammen t réi tarées .
» De ces expériences il faut conclure, que le besoin de respirer , le plus vif comme le premier de tous, ne peut jamais être maîtrisé, et que l’asphyxie volontairement produite au milieu
CIIAP. XXXV, CAUSES DE LASPHYXÎE, 643
d un air pur est une chose impossible. Je vais plus loin , alors même qu’on parviendrait à s’asphyxier de cette manière, cela ne pourrait aller jusqu’à causer la mort : car à l’instant où l’asphyxie commence, tous les muscles se relâchent, la glotte s’entr’ouvre, l'air sort; et le diaphragme, le plus indépendant des muscles , celui de tous qui conserve le plus long- temps la faculté d’agir, se contracte aussitôt ; et par cela même l’asphyxie a cesse. »
Nous verrons plus loin comment arrive la mort volontaire.