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CHAPITRE XXXV

De l’Asphyxie et de ses causes diverses.

La respiration peut être empêchée de différentes manières. Ainsi , tout ce qui met obstacle à l’introduction de l’air, l’excessif gonflement des amygdales et du gosier, un corps étranger dans le larynx ou dans la trachée (i), l’inflammation des cordes vocales dans le croup, les

(1) Un chirurgien distingué du Val-dc-Grâce , M. Lacretelle ,

a été témoin d’une suffocation causée par une sangsue introduite dans le larynx.

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fausses membranes développées dans le larynx et l’oedème des bords de la glotte ; la constriction de cette glotte après la section ou l’excessif tiraillement des nerfs laryngés récurrens \ la compression de la trachée-artère par des corps étrangers, la rupture ou seulement la présence d’un gros anévrysme ou d’une vomique, une tumeur du médiastin assez grosse pour comprimer les poumons, un épanchement d’eau ou de sang dans la poitrine, ou tout engorgement du poumon lui-même, tout cela prend la place de l’air et nuit à son accès. La présence de ce fluide même entre la plèvre costale et les poumons, met également obstacle à la respiration. Je suppose que la poitrine ait une ouverture à ses parois, alors qu’arrive-t-il? chaque fois que le diaphragme fait le vide à la manière d’un piston, l’air qui passe directement par la plaie pour remplir ce vide, fait qu’il n’en vient plus assez dans les vésicules pulmonaires par la trachée-artère et par les bronches : dès-lors la respiration , ou ne se fait plus ou languit. Si c’est une bronche ou une vésicule pulmonaire qui s’est rompue dans la cavité des plèvres , les mêmes effets surviennent : les contractions du diaphragme sont en pure perte *, et ce qui se passe alors ressemble à ce qui résulterait de la paralysie du diaphragme. Mais ce n’est pas assez que l’air ait accès dans les pou-

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nions ; il faut qu’une puissance l’y attire : aussi les plaies et les ruptures du diaphragme , la section ou la compression de ses nerfs, l’altération de la moelle allongée ou de l’épinière (au haut du cou ) , les tumeurs ou les compressions qui nuisent aux mouvemens du diaphragme , comme les convulsions persévérantes du rire, du chatouillement, de la toux ou du tétanos; enfin, tous les obstacles à la dilatation de la poitrine, ce sont là autant de causes d’asphyxie.

La seule introduction de l’air ne suffit pas non plus à la respiration et à la vie : il faut qu’il ne s’interpose aucun corps étranger entre l’air et le tissu vasculeux du poumon ; il faut qu’il n’y ait dans les bronches ni eau, ni sang, ni mucus abondant. C’est en vain qu’on introduirait de l’air dans les poumons humectés d’un noyé , ou dans les poumons remplis d’eau d’un fœtus ; la respiration alors ne pourrait avoir rien d’efficace. C’est aussi par un effet analogue que l’apoplexie finit par entraver la respiration : ce n’est pas seulement parce que Faction nerveuse du poumon est affaiblie, que la respiration de l’apoplectique se fait mal; ce n’est pas non plus parce que l’action du diaphragme languit; c’est que les muscles abdominaux n’agissant plus , un mucus abondant s’interpose partout entre l’air et le sang, et nuit à l’effet de leur contact.

Je parlais de l’action nerveuse dont le poumon a besoin pour remplir ses fonctions : en effet, la chose est avérée; la respiration ne s’accomplit pleinement qu’au tant que le nerf pneumo-gastrique et le cerveau lui-même ne sont pas profondément altères. Bien entendu qu’on ne connaît pas mieux l’action de ce nerf qu on ne connaît 1 action précise des autres nerfs : on sait seulement que son intégrité est indispensable à la respiration. En vain l’air se renouvelle-t-il dans les poumons, en vain se trouvet-il en contact avec le sang*, si les nerfs pneumogastriques sont coupés, comprimés ou altérés, toutes les autres conditions seront inefficaces , le sang noir restera noir, le sang veineux ne deviendra plus artériel (i). La seule compression des nerfs du poumon suffit pour déterminer l’asphyxie.

Mais avant tout il faut de l’air*, de l’air pur, renouvelé et pesant, pour la respiration et la vie : car souvent la respiration devient difficile uniquement parce que ce fluide est trop léger ou trop dilaté par la chaleur. On éprouve de l’oppression dans un lieu tres-chaud comme au sommet d’une haute montagne. Il faut alors une

(1) Cent expériences pour une attestent ce fait. On en voit la preuve chez tous les expérimentateurs modernes.

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plus grande puissance au diaphragme pour attirer un fluide raréfié. D’ailleurs plus ce fluide est léger, plus les vaisseaux sanguins du poumon se dilatent : or, cette dilatation ne se peut faire qu’au détriment des vésicules occupées par l’air, qui se trouvent ainsi rétrécies. Ainsi , la chaleur excessive peut amener l’asphyxie par la raréfaction de Pair , comme un grand froid par la complète immobilité du corps.

Il faut que l’air soit pur, ai-je dit, il faut qu’il contienne de l’oxygène combiné dans de certaines proportions avec l’azote, et sans mélange à d’autres gaz. Sans cela l’asphyxie est à craindre.

L’air déjà respiré fait périr par le gaz acide carbonique qu’il contient beaucoup plus que par la portion d’oxygène qu’il ne contient plus. Lors meme que l’oxygène se trouverait mêlé à l’air dans des proportions plus fortes qu’il ne s’y trouve ordinairement %pour composer l atmosphère, il n’en serait pas pour cela moins dangereux s’il se trouvait joint à une quantité considérable de gaz irrespirables.

Comme la respiration est une fonction de tous les instans et de première nécessité, l’effet des gaz nuisibles est toujours soudain, et l’habitude même ne peut diminuer le danger de leur contact. Un chimiste ou un mineur sont aussi promptement asphyxiés par les gaz exhalés du

|3 liv- V , DES MOU V EM EN S DE L HOMME,

charbon 5 du soufre ou des souterrains, que le serait toute autre personne accoutumée à respirer lair le plus pur. L’habitude ne peut rien sur l’action des choses qui attaquent soudainement le principe de la vie ; elle est sans pouvoir sur

I effet des gaz délétères, comme elle le serait sur des coups de poignard. Lorsque j’ai dit (liv. III^ ehap. XXX ) qu on s'habitue à un mauvais air , j’ai voulu parler de l’air altéré seulement par quelques localités , par des eaux croupissantes , par 1 humidité des souterrains ou par les émanations d un grand nombre d’hommes rassembles, sains ou malades. Voilà ou lhabitude reprend son empire : mille faits viennent le confirmer. M. Spon ( î ) , l’ami et le correspondant de Guy-Patin, cite une vieille femme de Lyon qui avait toujours la fièvre partout ailleurs qu’à l’hôpital. 11 y a à Saumur un souterrain obscur et bien profond, creusé dans un roc sans issue, où vivent de longues années les vieillards nécessiteux du pays. Montesquieu (2) l’observait aussi : un malheureux prisonnier depuis long-temps au cachot, ne peut pas toujours supporter un air plus pur.

II faut donc mettre un grand soin à distinguer les circonstances : par exemple, les épanchcmens

(1) Cité pat Fouquet, de Montpellier,

(2) Esprit des Loisi

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