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CHAPITRE XXXVIlI

Continuation du même sujet. Considérations sur les Noyés.

En général l’histoire des noyés offre encore beaucoup d’obscurités : les médecins légistes sont loin d’être d’accord sur les points principaux. Comme la théorie, quoi qu’on fasse, a toujours la plus grande influenee sur les recherches expérimentales, il serait important de faire attention désormais aux remarques suivantes.

i. Un homme qui se noie en nageant ou en plongeant conserve jusqu’à la fin ses poumons remplis d’air : à l’instant ou survient l’évanouissement, la glotte s’ouvre, les muscles jusques-là contractés se relâchent , et l’air s’évacue , c’est alors que le corps submergé remonte à la surface de l’eau, à la manière d’un morceau de sucre dont l’air se dégage en l’entraînant.

il. L’expiration une fois opérée , le dia-*

phragme (nous le savons par d’autres expériences) se contracte automatiquement pour satisfaire au besoin de respirer. Mais au lieu d’air, c’est de l’eau qui s’introduit pour occuper le vide : or (nous le savons encore) , la glotte se resserre au contact de toute substance autre que l’air. Le diaphragme se relâche donc de nouveau après s’être vainement contracté.

iii. Mais cette eau dont la glotte a été touchée produit instinctivement la contraction soudaine des muscles abdominaux ; et alors survient une expiration plus profonde que l’autre, une nouvelle expulsion d’air , une nouvelle ascension du corps submergé vers la surface de l’eau.

iv. L asphyxie plus complète cpie la première fois, amène promptement la mort; et dès-lors commencent d’autres phénomènes.

v. La première chose qui survient dans un corps inanimé, mais encore chaud, à l’instant de la mort, c’est le refroidissement ; c’est la concentration de l’air dont les poumons restent abondamment imprégnés. Alors donc si la flotte est libre, 1 eau va s’introduire dans les bronches

pour occuper le vide opéré par la déperdition de calorique.

vi. Meme chose arrivera dans un cadavre jeté chaud au sein des eaux; le refroidissement produira un vide dans les poumons.

CIIAP. XXXVIII, C0NS1DÉR. SUR LES NOYÉS. 66 i

vii. Des adhérences entre les poumons et les plèvres modifieront beaucoup ces phénomènes de refroidissement , ces phénomènes de vide et d’aspiration passive de l’eau. Alors tous ces effets seront plus manifestes, la poitrine ne se pouvant affaisser au delà d’un certain degré. Car il faut l’observer, si l’élasticité des cartilages tend à produire l’expiration , la disposition des cotes les rend propres à déterminer un effet tout opposé»

viii. Un fœtus vivant qui tombe à l’eau à l’instant de la naissance a les poumons humectés d’eau , son premier mouvement étant d’inspirer*

ix. Un enfant mort au moment de la naissance, fût-il jeté chaud dans les eaux, n’aura pas d’eau dans les poumons; car ces organes ne contenant pas encore d’air , n’éprouveront pas par le refroidissement les changemens de volume dont j’ai parlé.

x. L’enfant né vivant, jeté à l’eau après avoir respiré^ offrira les mêmes caractères que j’ai indiqués pour l’adulte; et s’il est jeté à l’eau encore chaud, mais mort et après avoir respiré, ses poumons pourront contenir un peu d’eau comme ceux d’un adulte : mais les phénomènes du vide seront moins marqués, les poumons du fœtus étant rarement adhérons,

xi. Une autre cause fait qu’un cadavre jeté à I eau lorsqu’il est encore chaud, contient plus

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d eau que n’en contient le corps de l’homme mort au sein même des eaux. Je ne veux point parler de la glotte, mais d’un phénomène tout physique. Un corps jete de haut dans l’eau éprouve un choc *, ce choc est violent surtout si les eaux sont basses, si le sol est rapproché de leur surface. Or, la commotion imprimée à ce corps sans vie , les parties élastiques surtout en ressentent les effets : dès-lors quelle partie pourrait les ressentir plus vivement que la poitrine? Cette cavité sera donc subitement affaissée , soudainement aussi les cotes se détendent , et l’élargissement du thorax devient pour un moment plus considérable qu il n’etait avant la commotion ; or c’était de l’air qui en était sorti dans la secousse, et c’est de l’eau qui devra rentrer lors du redressement des parties élastiques.

xn. Lepi glotte n’est pour rien dans les phénomènes observés chez les noyés.

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