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CHAPITRE XXXIX

Comparaison des poumons de l’Enfant mort-né avec les poumons

de l’Enfant qui a respiré.

Respirer c’en TÎvre.

Nous savons les effets de la respiration sur les poumons ; nous savons qu’avant de respirer ces

organes sont purement composés de vaisseaux, comme le foie ou la rate, et qu’il suffit à Pair de les avoir pénétrés seulement une fois pour qu une grande quantité de ce fluide y reste irrésistiblement adhérent. Il semblerait, d’après cela, qu’il n’est rien de plus facile à démontrer que la respiration de l’enfant ; cependant la chose n’est pas toujours sans d’extrêmes difficultés.

Lorsqu’un enfant bien conformé a complètement respiré durant quelque temps, ses poumons sont plus volumineux •, ils remplissent entièrement la poitrine et vont souvent jusqu’à recouvrir le péricarde, surtout du côté droit: leur couleur en outre est moins rembrunie. Ils sont, au contraire, ramassés à la partie postérieure de la poitrine lorsque la respiration n a pas eu lieu, et cette poitrine ils ne la remplissent que très-imparfaitement. Dans le premier cas, les vésicules du poumon sont remplies d’un air que la pression ou la division par le scalpel fait crépite r : cette introduction de l’air fait aussi que la poitrine est plus voûtée en devant, et que le diaphragme est moins relevé vers les poumons. Plus dilatés et plus volumineux, ceux-ci deviennent plus accessibles au sang de l’artère pulmonaire. A cause de cela, bientôt le canal artériel, devenu inutile , se resserre peu-à-peu jusqu’à s’oblitérer. Le fœtus vivant de lui-même et de

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son propre sang, dès- lors les vaisseaux ombilicaux que le sang abandonne s’oblitèrent à leur tour , et le canal veineux du foie pareillement. Le sang des deux cavités du cœur n’ayant plus ni la meme couleur ni la même nature , les oreillettes cessent de communiquer ; le trou de botal se ferme. Cependant, comme tous ces changemens ne sont pas l’affaire d’un jour , ce n’est pas uniquement par eux qu’on peut juger si un enfant trouve mort tôt après la naissance a vécu. Mais il existe une différence importante : les poumons recevant plus de sang depuis leur réplétion d’air, deviennent plus pesons , plus pesans dame manière absolue , et plus pesans relativement à tous les organes. La proportion la plus habituelle à cet égard est celle-ci : le poumon de l’enfant qui n a pas respiré n’a guère que le poids de la 70e. partie du corps entier, tandis que le poids du poumon qui a respiré est d’à-peu-près la trentesixième partie du poids total du corps. Je sais bien qu’il résulte de tableaux publiés (1) à Vienne et à Paris que ces proportions , établies par Ploucquel , sont quelquefois interverties : je sais, par exemple , qu’on a vu le poumon d’un enfant ayant respiré n’avoir que la soixaiite-dixièrne

(1) Ces tableaux importans sont de M.. Chaussier et de M. Sclimilt.

partie ou même que la quatre-vingt-quatrième partie du poids de tout le corps , tandis qu’on a vu des poumons non respires peser la trentième ou même la seizième partie du poids total de l’enfant ne à terme. La seule comparaison du poids des poumons et du poids des organes ne saurait donc, isolée des autres épreuves , donner des lumières certaines sur la question de savoir si le fœtus a respiré.

Le poumon où l’air a une fois pénétré , aucun effort n’en peut faire sortir l’air : par conséquent, plongé dans de l’eau pure et non salée, il y surnage. Le poumon qui n’a pas respiré se précipite, au contraire, au fond du liquide. Mais ici se présentent de nouvelles difficultés.

Quoique respiré, le poumon peut être rendu plus pesant que l’eau par plusieurs causes.

i°. Les poumons d’un fœtus au-dessous de sept mois sont si peu perméables à Pair , qu’il est possible qu’ils ne surnagent point, encore qu’il y ait eu un commencement de respiration.

2°. Onsaitque les organes du fœtus peuvent être enflammés comme ceux de l’homme', et l’on sait que î’hépatisation du poumon, fréquent effet de l’inflammation , peut aller jusqu’à rendre la partie de l’organe qu’elle attaque et tout- à-fait imperméable à Pair, et plus pesante que Peau Cer-

taines parties du poumon, ou le poumon .tout

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entier, peut donc se précipiter au fond de Feae a cause de 1 inflammation qui les a endurcis (i)-

3°. La bronche gauche est plus longue d’un cinquième et plus étroite d’un quart que la brom che droite j 1 aorte placée près de là peut comprimer cette bronche gauche et la rendre inaccessible à 1 air (2) ; par conséquent le poumon gauche peut ne point surnager chez un fœtus qui pourtant aurait resfuré.

4 • L influence de la pesanteur , des pressions ou des contusions aux poumons, peuvent les avoir en quelques endroits gorgés de sang : l’extrême développement de l’artère pulmonaire ( le canal artériel s’étant de bonne heure oblitéré) peut les en avoir prématurément inondés : et tout cela les rend plus pesans. Mais dans toutes ces conjonctures , il y a toujours quelque portion de 1 organe qui surnage, et qui témoigne ainsi de la respiration accomplie.

Mais la presence de l’air dans les poumons n’atteste pas toujours que l’enfant ait vécu : il se peut qu on y en ait introduit par sollicitude, par super-

(1) Quoique la plupart des altérations du poumon , et surtout les tubercules , ne le rendent pas plus pesant que l’eau , cepen* dant on doit déclarer incapables de toute épreuve expérimeniale les fœtus aux poumons desquels se voient de pareilles altéïations. Fréd. Meckel semble penser différemment.

(2) Celte découverte remarquable est due à M. A. Portai. (Voy. Mémoires de ly Académie des Sciences. )

cherie ou par malveillance \ la putréfaction , ou de simples contusions par le forceps , peuvent aussi causer l’emphysème des poumons ; enfin , il se peut que des collections de gaz se développent là comme ailleurs. Mais, à l’exception de l’insufflation , qui pourrait causer infiniment d’incertitude, toutes ces difficultés n’ont beaucoup d’importance que dans les livres , ou dans l’es^ prit de quelques médecins qu’une indulgence extrême porte au déguisement de tous les crimes. Toutes les fois que la respiration s’est complètement opérée , non seulement quelques portions du poumon surnagent , niais les deux poumons flottent , alors même qu’on n’en a pas séparé le cœur.

Je dis que ces difficultés ont peu d’importance : en effet, l’air dû a la putréfaction ou à l’insufflation artificielle ne pénètre pas les poumons aussi bien que l’air qui y serait attiré par l’inspiration naturelle. On a beau donner des coups de scalpel dans les poumons , on n’entend jamais bien alors cette crépitation que produit constamment la présence de l’air lorsqu’il a été introduit par Faction du diaphragme : outre cela, si l’air extravasé dans les poumons est du à la putréfaction , on le trouve surtout à leur surface et dans les scissures de leurs lobes \ on parvient d’ailleurs à l’exprimer en malaxant long- temps lespoumons.

Ajoutez aussi que d’autres organes , le thymus r par exemple , putréfiés et contenant de l’air aussi bien que les poumons, pourront, dans les cas difficiles, servir de terme de comparaison pour la pesanteur spécifique. Sans doute , l’insufflation peut introduire un peu d’air dans les poumons , mais alors les vésicules aériennes seules sont dilatées; les vaisseaux sanguins ne participent nullement a cette dilatation; ils restent vides de sansc :

par conséquent les poumons restent absolument plus légers après l’insufflation seule qu’après la respiration spontanée : Metzger assure que cette différence est toujours d’au moins deux onces. Et c est pour cela aussi que la proportion de leur propre poids avec le poids total du corps est beaucoup plus considérable après la respiration naturelle qu’après l'insufflation.

Quelques auteurs de médecine légale ont fait naître d’autres difficultés bien faites pour embarrasser le magistrat qui applique les lois, et le législateur qui les établit ou les réforme. On a dit : l’enfant peut avoir respiré sans avoir vécu car la respiration est possible meme durant l’enfantement. Alors, c’est au législateur à définir avec précision ce qu’il appelle vivre : c’est à lui de dire si la vie individuelle commence aussitôt que la respiration (eût-elle lieu même avant la naissance), ou si l’existence ne date que

cle l’instant précis où tou te jonc don entre l’enfant ef la mère a été rompue. Toutefois, le code de nos lois aurait pu faire dater la vie indépendante de l’homme du premier moment de la respiration, sans s’exposer à la confondre avec la vie utérine; car il est certain que la respiration est impossible tant que l’enfant n’est pas plus d’à-moitié sorti de la matrice. La disposition des organes est telle, que Y enfant ne peut point respirer avant cY avoir vu le jour .

On a dit aussi : la vie n’est pas absolument liée à la respiration; car , sans avoir respiré, l’enfant peut avoir vécu. Oui , si Y on appelle vivre avoir des convulsions , et des frèmissemens du cœur . Mais alors il faudrait admettre que l’homme aussi vit après le dernier soupir. Toute erreur qui va ainsi jusqu’à son dernier terme, n’est d’aucun danger pour les lois. Je suppose un enfant venu au monde entouré de ses membranes , et retiré mort de cette enveloppe sans avoir pu respirer , eùt-il donné par ses mouvemens les indices de la vie la plus manifeste, quoique séparé de sa mère il n’a pas vécu.

Tout médecin légiste doit sans cesse avoir présent à l’esprit ce principe de Schreyer : « Em- » brjo demùm vivere crédita r , quando respirai » in lucem editus. »

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