CHAP. XLI1 , ALTÉRATIONS DE LA VOIX
qu’à la ville ; plus forte près de la mer , et dans certaines professions qui produisent du bruit } plus forte aussi lorsqu’on vit habituellement avec des etrangers ou des sourds, lorsque soi-même on est sourd ou qu’on a l’habitude des voyages : la difficulté de se faire comprendre fait élever la voix autant que la difficulté de se faire entendre.
1 2 . Que d’influences se font sentir sur la voix ! Il n’y a pas jusqu’à la nature du sol et sa fécondité qui ne lui donnent des caractères particuliers. La voix est plus douce et plus agréable aux lieux fertiles ou l’abondance de toutes choses multiplie les hommes en leur procurant le bonheur. Elle est, au contraire, âpre et criarde là où la stérilité du terrain isole les individus, et dissémine leurs habitations à de grandes distances : on crie plus et de plus loin dans les pays peu féconds et peu habités. La parole y est en outre désagréable et rare , et peu riche d’expressions ; car la misère engendre la grossièreté du langage , comme elle engendre l’ignorance des choses. La richesse des langues tient donc beaucoup à l’abondance du sol.
13. Les personnes qui ont perdu la voix ne peuvent que sourire •, le véritable rire leur est impossible. Ce dernier phénomène , comme la voix même , a besoin des mouvemens libres de la glotte.
684 LÎV‘ vi DES MOL YEMEN S DE l’ HOMME,
ï4- Chaque homme a son timbre de voix particulier : les tribunaux même ont consacré ce fait. Un homme fut condamné sur le simple témoignage d’un aveugle-né, qui assurait reconnaître la voix du coupable.
15. L‘ air expiré ne peut pas vibrer à deux endroits diflérens du tuyau qu’il parcourt : aussi est-il impossible décrier en sifflant. Voilà même pourquoi les rétrécissemens de la trachée-artère produisent l’aphonie.
1 6. Le rire excessif peut donner la mort comme le tétanos : une expiration convulsive et persévérante empêchant le diaphragme de s abaisser. C’est ainsi, dit-on, que mourut Zeuxis.
17. Les orateurs et toutes les personnes qui parlent beaucoup sont exposés aux maladies du larynx. Les cordes vocales, souvent frappées par un rapide courant d’air, tour-à-tour froid comme 1 atmosphère, ou chaud comme le sang, sont par là disposées à s’enflammer fréquemment. Des enrouemens tenaces, des toux chroniques, et souvent l’aphonie, la phthisie du larynx ou la carie de ses cartilages , en sont la suite déplorable. Et pour comble de malheur, le seul moyen d’interrompre ces maladies serait de ne plus exercer la partie où en est le siège; et précisément la toux que ces maladies déterminent, l’irritent plus que jamais.