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CHAP. XLV, DES VICES DE LA PAROLE. 7OI

collègues) de joindre sa voix à tant d’autres voix éloquentes, vouées a la prospérité du pays.

Le mutisme peut provenir du défaut de pensées ; les idiots ne parlent point. Il peut tenir aussi à la privation de l’ouïe ; les sourds - nés sont tous muets. Enfin il peut dépendre de l’altération manifeste ou cachée des organes qui servent à l’articulation des sons, depuis le cerveau jusqu’à la langue. 11 y a des malades qu’une simple fièvre rend muets pendant toute sa durée : j’en ai vu plusieurs exemples. J’ai vu d’autres personnes auxquelles une fièvre cérébrale ou une apoplexie avait oté le souvenir des mots les plus usuels , et qui étaient forcées de r apprendre jusqu’à l’orthographe des noms.

La blésité est ce vice de la prononciation qui radoucit tous les mots , comme le fait naturellement un Espagnol parlant le français. Cela peut tenir à la brièveté des lèvres ou à la crainte puérile de déformer la bouche par une locution plus expressive. Ce défaut est commun aux enfans, aux femmes délicates , et aux peuples méridionaux émigrant dans les pays du nord. Les Précieuses de Molière et les abbés de Boursault et de Sédaine olfrent le type de cette prononciation affectée. L’engouement pour l’italien, dans les commencemens du règne de Louis X.ÏV, ren-

dit ce defaut familier a beaucoup de beaux esprits d’alors (i).

Quant au parler cia nez , il peut tenir à deux causes très-différentes., et par conséquent il est de deux sortes. Ou bien il provient de l’altération du voile du palais ou du palais même , et alors on met des n et des m partout même où il n’en faut point : ou bien il est causé par le rétrécissement ou l’obturation des fosses nasales , et dans ce cas, Ym ni Vn ne peuvent être prononcées là où ces lettres se rencontrent naturellement.

Le sessejement. Ici , on exagère l’effet de toutes les consonnes sifflantes^ de Ys principalement. Ce léger vice paraît dépendre des espaces laissés entre les dents , et surtout de ce que les arcades dentaires sont dans un niveau trop exact. Aussi l’observe-t-on souvent chez ceux dont la mâchoire inférieure est proéminente. C’est, au reste, le défaut des personnes qui parlent bien : un de nos orateurs fameux en offre l’exemple. Ce qui est un vice dans la conversation particulière devient souvent une qualité à la tribune.

(1) Il faut remarquer aussi que les p euples très-civilisés n’ont plus d accent : de là leur empressement ex trême à assister aux spectacles dramatiques et aux débats des orateurs ; car l’accent natif des passions se réfugie à la tribune et à la scène.

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La lallation est un défaut propre aux trèsjeunes enfans, et à quelques merveilleuses qui mettent des l là où il faudrait des r. Cette petite madame de Ludre , dont madame de Sévigné plaisante si agréablement dans ses lettres, était un vrai modèle du genre. Cette espece de locution vicieuse est souvent due à la paresse ou à la brièveté de la langue.

Ce qu’on nomme jotacisme consiste dans la difficulté de prononcer les j , les g et surtout le c et le ch. Ce défaut si désagréable dépend de la perforation du palais, ou de la division du voile palatin. La simple paralysie de ce dernier peut aussi le produire.

Enfin le bredouillement , dans lequel les sons deviennent confus à force d’être répétés , est le défaut des esprits légers. On le voit surtout dans les villes capitales (i), où l’excès d’intelligence fait qu’on glisse indifféremment sur les mots; où d’ailleurs on ne dit mal , fort souvent , qu’afin de ménager mieux la vanité de ceux qui écoutent.

(1) Il est des personnes qui conservent sûrement le plus grand mystère sur les choses mêmes qu’elles racontent en public. Cela se voit surtout sur la scène lyrique. Je me souviens qu’à une représentation de l’opéra d 'Orphée , le flageolet de M. Brodt répétait : « Mes tourmens vont finir , » beaucoup plus distinctement que l’actrice célèbre qui chantait le rôle d'Eurydice .

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