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CHAPITRE XLVI

Quelques phénomènes dépendant de la Respiration et de la Voix

— Synergie remarquable.

Outre la voix, que nous avons étudiée , il y a plusieurs phénomènes respiratoires, qui, la plu» part, dépendent, comme la voix même, du jeu de la glotte et des muscles abdominaux.

Ainsi la touæ résulte d une expiration brusque avec resserrement de la glotte, lï expectoration se produit comme la toux} et le cri comme la voix.

Le rire est une expiration persévérante avec convulsions saccadées de la glotte. Dans ce cas , l’action des muscles abdominaux s’unit à l’action des muscles thyro-arythénoidiens : le diaphragme y est passif*, seulement son action le précède pour le préparer.

Le hoquet exige aussi la cons trie tion de la glotte; mais en même temps que le sphyncter des poumons se ferme, le diaphragme se contracte comme pour produire l’inspiration , rendue impossible par l’occlusion de la glotte : il ne peut passer qu’un peu d’air entre ses lèvres adossées} et c’est de là que vient l’espèce de bruit

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qu’on entend alors. Ce mouvement d une inspiration entravée a pour résultat de faire descendre les alimens de l’œsophage, ou ils séjournent quelquefois, dans l’estomac.

Le soupir est une simple mais profonde inspiration. Il faut remarquer même que le soupir instinctif ne ressemble pas tout-à-fait au soupir arbitraire : celui-là est marqué par une espèce de détente convulsive qui produit un bien-être particulier. Le soupir volontaire n’est jamais si complet ni si profond que l’autre. Tout ce qui fait palpiter le cœur produit le soupir comme la toux , le relâchement subit du diaphragme y est aussi pour quelque chose (i).

C est mal-à-propos qu’on a confondu le mécanisme de la succion et du bâillement avec celui du soupir. Dans la succion, il n’y a pas du tout d’action du diaphragme : et la preuve, c’est que toute communication est momentanément interrompue entre le gosier et le lieu ou la langue contractée opère le vide. On avait dit ( Cabanis) que le voile du palais était alors élevé vers les narines afin de les boucher : c’est une erreur ; car la respiration continue, souvent même avec plus de fréquence pendant la succion , et elle ne s’interrompt que lorsqu’on avale.

(i) Voy. üv. IV, au chapitre des Passions , et les Considéra » fions sur La Vie et la Mort . (*825, )

Quant au bâillement , il résulté d’actions assez compliquées : il consiste surtout clans la contraction ou pandiculation du voile du palais et des muscles de la mâchoire, de ceux de la face, de ceux

de Fos hyoïde et de la langue , de ceux du larynx et de la glotte ( surtout des crico-ary tkénoïdiens ) ; il dépend aussi delà contraction du diaphragme et des muscles de la paupière et du tympan ( ce qui donne lieu à Vêpiphora et à des bruissemens d’oreille). Une chose caractérise le bâillement, c’est l’élévation du voile du palais ; car l’air ayant ainsi perdu tout accès par les narines, îa mâchoire est forcée de s’abaisser. C’est ainsi que commencent toutes les pandiculations en quoi consiste Faction de bâiller : il n’y a à cause de cela quun bâillement très-imparfait toutes les fois que le voile du palais est divisé.

Voici ce que j’observe relativement aux circonstances propices au bâillement. On ne bâille jamais durant les grands exercices du corps ni dans les préoccupations de l’esprit : jamais non plus dans les maladies graves, au moins tant que durent les vives souffrances et le danger ; jamais dans les passions violentes, ni dans aucune impression vive, soit de plaisir ou de chagrin ; jamais enfin lorsque le cœur palpite et que h s sens sont émus. Le bâillement est le sur indice de l’inertie du corps et de l’apathie de l’esprit :

CHAP. XLVI, PHÉNOMÈNES RESPIRATOIRES. 707 aussi bâille-t-on par fourberie, alors qu’on veut feindre une grande indiffe'rence , dans le but de cacher mieux l’agitation qu’on éprouve.

I. éternuement est tout uniment une contraction convulsive du diaphragme , suivie d’une autre contraction encore plus vive des muscles abdominaux. On remarque que l’expiration de leternuement est bruyante plus qu’aucune expiration , parce quelle se fait par les narines, les mâchoires se fermant alors d’une manière soudaine: c est le contraire de ce que nous avons vu dans le bâillement où l’air entre et sort par la bouche. On entrave leternuement en élevant le voile du palais. Cette expiration convulsive est aussi plus bruyante chez les vieillards, parce que les fosses nasales sont à cet âge plus anfractueuses; parce que le voile du palais affaibli ne peut plus guère opposer de résistance, parce qu aussi la glotte est plus large, les vésicules pulmonaires plus dilatées et plus accessibles ; et surtout que la colonne vertébrale, moins flexible qu’aux autres âges, résiste mieux à l’action des

muscles abdominaux et la laisse tout entière à la poitrine.

De toutes ces actions si bien enchaînées résulte un fait general des plus remarquables : je veux parler du nombre infini de muscles divers concourant tous avec un accord merveilleux à des

^08 UV. V, DES MOUVEMENS DE LHOMMË.

phenomenes qu on croit simples d’après une ap«* parence trompeuse. Il y a là une des synergies, comme aurait dit Barthez, les plus manifestes du corps : et si l’importance de la respiration avait besoin d autres preuves que ce que nous savons de ses usages et de sa persévérance tant que dure la vie, ce fait seul pourrait nous en convaincre. Tant d’organes conspirant à une même action attirent les yeux sur elle. Nous voyons, en effet, la plupart des muscles de la tête et du cou correspondre sans désaccord avec tous les mouvemens de la poitrine. Il y a de certains mouvemens à la face et au larynx qui s’enchaînent à ceux du diaphragme ; d’autres muscles s’allient avec les muscles abdominaux : la glotte et les narines s’en tr ouvrent dans l’inspiration , et pendant l’expiration elles se resserrent; les muscles des lèvres, du palais et de la mâchoire, ceux de la glotte, de la langue, des paupières, et jusqu’à ceux de l’oreille, concordent exactement avec ceux de la poitrine : la respiration se trouve ainsi doublement liée avec les sens de l’ouïe et de l’odorat : c’est en vertu de cette synergie que tous ces mouvemens se combinent pour exprimer les passions et les souffrances physiques.

11 y a long- temps que nous avons indiqué cette remarquable coopération de la plupart des muscles du haut du tronc; cela même nous a

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conduit à un faitnouveau d'une grande certitude. Quelques personnes depuis ont essaye de remonter jusqu’aux nerfs, par l’espérancede trouver dans leur arrangement la raison première de ces phénomènes evidens. Mais toute voie ohscure expose à l’erreur : en général on doit se défier de ces recherches de causes éloignées que l’amour-propre a nommées prochaines y comme par dépit de n’y pouvoir atteindre.

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