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CHAPITRE XL A III

Principaux moyens de reconnaître l’état des Poumons et les

maladies de la Poitrine.

• La nature interrogée à tout instant , chaque siècle répond un mot. »

La connaissance des phénomènes de la respiration enseigne les moyens de juger des maladies de la poitrine. Il est sûr d’abord que l’examen du thorax, de sa forme et de ses m ouvert le 11s , peut fournir des lumières au médecin : si les deux

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moitiés en sont égalés, si les mouvemens en sont semblables , on peut penser que les poumons , partout perméables , s’acquittent exactement de leurs fonctions. Sans parier de la succussion y genre d ëpreuve dont 1 ignorance des premiers âges pouvait faire tolérer 1 emploi ; sans parler non plus de la pression abdominale , qui suffoque un poumon sain comme un poumon malade , il est plusieurs signes importans que l’on peut puiser dans le jeu naturel des poumons. L’un des principaux est la percussion ,

Avenbrugger dut sa decouverte à un raisonnement bien simple : des poumons sains sont partout, sont toujours pénétres d’air; la poitrine à son tour est de toutes parts remplie par ces organes; par conséquent la percussion doit en être partout sonore : et si cette enceinte vient à cesser d etre sonore , ce sera le signe , ou que les poumons ne sont plus partout perméables, ou que la poitrine n’est plus entièrement remplie par les poumons. La chose était même si simple, qu’elle ne pouvait fixer l’attention de contemporains indifférons ; et il fallut la position inouïe et l’ascendant personnel de Corvisart, pour donner à cette utile découverte le rang quelle méritait de tenir parmi le petit nombre de vérités certaines dont la physiologie enrichit peu-à-peu la médecine nonobstant ses dédains. M. Corvisart fit un grand

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usage de cette invention adoptive : peut-être même s’en exagéra- t-il l'importance en l’appliquant à des cas trop variés. Il est sûr au moins qu’il n’aurait pas cru connaître un malade dont le son pectoral lui aurait été inconnu : c’était là pour ainsi dire le point central de toutes ses connaissances. Il interrogeait peu, il écoutait toujours. Mais ce n’est pas tout de faire résonner la poitrine ; c’est la justesse d’oreille , c est l’exacte mesure et la souplesse des mouvemens, c’est l’attention réfléchie, et la longue habitude des mêmes épreuves, qui donnent le droit d’en attendre de grands éclaircissemens. Il faut bien savoir avant tout , il faut connaître pour l’avoir expérimenté soi-même, ou se trouvent et quel son donnent le foie, l’estomac , l’aorte et le cœur, des poumons sains, des poumons tuberculeux ou déjà caverneux, etc. Il faut connaître comment la réplétion de l’estomac fait changer le son au côté gauche, comment l’embonpoint ou des muscles épais le font varier, comment le décubitus persévérant sur un côté le rend de ce côté plus mat ou plus sourd ; il faut aussi que la percussion soit égalé des deux côtés, et quelle y soit exercée exactement de la même manière.

Pour une oreille peu exercée , les signes obtenus de la percussion ne sont véritablement que comparatifs : il suffirait que les deux côtés fussent

également malades go déjà le siège d’un épanchement au même degré, pour qu’un débutant se laissât tromper par un son presque partout semblable: mais l’habitude rare de M. Corvisart lui rendait superflue pour lui-même cette percussion comparée aux deux côtés de la poitrine : il était comme un bon musicien qui n’a pas besoin d’entendre parcourir une longue gamme pour savoir distinguer 1c- mi du fa. Mais la tradition ne peut transmettre cette sagacité pratique; et les livres sont, sous ce rapport, des Iruchemens infidèles. Le talent d un grand médecin ne se transmet pas davantage que le talent d’un grand acteur; le souvenir même peu- à -peu s’en efface; et ce qu en ont rapporté les livres de l’époque ne fait plus au bout d’un siècle qu’inspirer une incrédulité de bonne conscience. On traitera peut-être Corvisart etM. Laënnec dans cent ans comme on traite déjà Bordeu de nos jours; je veux dire qu’a lors peut-être on doutera des miracles de la percussion et de l’auscultation, comme on doute dès aujourd’hui des lumières fournies par le pouls. Il est impossible, en effet, que l’attention reste long-temps arrêtée uniquement sur un seul point dans l’etude d’une science qui a mille points semblables. \ ous connaissiez le poumon, dira- 1on à Laënnec ! Nous , nous allons étudier le cerveau.—Tous excelliez dans les maladies du cœur.

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dira une autre vénération à Corvisart! Nous nous plaçons toute la médecine dans l’estomac ; c est 1 organe essentiel , c’est celui que nous connaissons le mieux ; il est le grand ressort de l’existence, car nous soutenons qu’il est Punique source des fièvres. Enfin, la vie n est plus au cœur , elle est à l estomac. D’autres viendront ensuite qui réclameront à leur tour pour la moelle épinière, si injustement négligée par les médecins de tous les âges; d’autres pour le foie, pour l’utérus, d’autres pour le diaphragme, pour les reins, pour le sang, pour les nerfs, etc.

Et sous nos yeux mêmes, n’est-ce pas ainsi qu’à l’heure oii nous sommes les choses arrivent? Ne semble-t-il pas , pour chacun des médecins contemporains les plus distingués, que la médecine entière se soit concentrée dans un hôpital et toutes les maladies dans un même organe?

Ne voyons-nous pas tel médecin ne rien concevoir au-delà du poumon , tel autre rien au-delà de l’estornac, du cœur ou du cerveau; et même lien au-dela dune maladie ou d une nuance de maladie? Certes, voilà une simplicité que même la médecine grecque n égala jamais (i^). Et remar-

(1) II est curieux de voir comment on se divise les maladies dans quelques hopi taux : «Je prends la moelle épinière , dit Fun ;

» Vous le foie , — Lui le rein , » ajoute-t-on ; ensuite chacun de ces investigateurs n’observe de symptômes que pour l'organe

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quez qu’en effet chacun de nos hôpitaux a son but spécial, ses maladies bien dessinées : l’un est rempli d’enfans en bas-âge, un autre de vieillards décrépits chez qui les traits de la nature s’effacent, un autre de conscrits pleins de jeunesse et de vigueur , et vingt autres. Comment donc les maladies, les altérations d’organes, comment le succès des cures et la mortali té seraient-ils semblables dans des circonstances si disparates? Mais voyez les conséquences! que chaque médecin de talent se livre à une spécialité de son choix, à la bonne heure \ la liberté de tous, je dis mêmel’avancement de la science le veulent ainsi. Mais le bon sens exige que l’on ne se fasse un domaine personnel d’un organe spécial qu’après avoir soigneusement mesure tous les rouages de la machine et en avoir étudié le jeu. Si vos yeux restent invariablement fixés sur un ressort, saurez -vous apprécier l’admirable harmonie de l’ensemble? Ne regarderez-vous pas avec prévention la presque u ni versali té des phénomènes, ou comme accessoires ou comme obscurément sympathiques? Si encore cette médecine ex-

do son choix, ne prend garde qu’aux remèdes qui l’atteignent, n’assiste aux nécropsics que pour lui: et l’on appelle cela étudier la médecine ! Aussi , pourquoi avons-nous rendu le scalpel l'unique arbitre de tous les cas? Nous sommes devenus chirurgiens par la méthode , et nous ne sommes plus médecins que par les succès.

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