‹ Principes de physiologie médicaleChapitre 88 sur 163 · CH AP. XLV1II , ÉCGUTEMËNT DË LÀ POITRINE · texte numérisé non relu

CH AP. XLV1II , ÉCGUTEMËNT DË LÀ POITRINE

clusive se concentrait pour n’en jamais sortir dans l’hôpital qui l’a inspirée, le mal du moins trouverait un remède dans sa cause : mais c’est dans vos hôpitaux que toute l’Europe envoie s’instruire ses médecins, c’es t aux médecins d’hôpital que l’Europe fait confidence de ses plus grands maux. Il en résultera donc que la meme idée exclusive ira s’appliquer sans variation à des conjonctures infiniment variées. Cependant, et c’est là mon plus grand étonnement, c’est la sage Faculté de Paris, c’est cette Faculté avide de faits exacts aidant qu’ennemie des petits systèmes , c’est elle qui a autorisé de son exemple une instruction aussi vicieuse : c’est elle qui pour la réputation , pour l’honneur et pour l’intérêt d’un de ses membres, a concentré toute la médecine pendant plusieurs années dans l’unique etude d un organe malade. Elle censurait chaque jour son plus puissant adversaire, et chaque matin des milliers d’élèves la voyaient l’imiter.

Je discute la chose avec froideur : quels seront les résultats d’une pareille méthode? c’est que les médecins élevés aux leçons de la nouvelle ecole 11e connaîtront bien (je ne parle pas de / anatomie , ils la connaîtront tout entière, ou ce serait leur faute , je ne parle pas non plus de la chirurgie , toujours florissante et jamais exclusive à Paris) •, mais ils ne connaîtront bien, comme médecins, que les maladies de deux or-

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ganes : je parle de I organe étudié à la Faculté , à sa clinique solennelle, et de Forganc partout rejaillissant du Val-de-Grâce. Ces médecins si instruits d ailleurs , 11e connaîtront donc véritablement que les maladies de Festomac ou des poumons , et ils resteront étrangers pendant un quart de siècle à ce qui se sera fait autour d’eux en désaccord et même en sens différent de leurs études. Rangés sous deux bannières ennemies, la concurrence de la pratique éternisera et rendra plus vives, s’il est possible, les dissidences de leurs écoles. Tous resteront donc immobiles, tenant opiniâtrement attachés, les uns, Fouie à l’exlrémité d\m cylindre creux dont l’étrange té excitera des railleries toujours nuisibles à une profession qui tient sa puissance des respects de la multitude; les autres, les doigts à l’épigastre ou les yeux sur la langue, qu’ils auront mille fois décrite avec l’exactitude minutieuse d’un cristallograpbe. Je le demande, vit-on jamais d’oçculistes plus spéciaux , de sectaires plus exclusifs, de théologiens plus stationnaires? Non, ce n’est point là la médecine qu’IIippocrate et la raison nous conseillent : l’homme est un comme la nature; et la médecine, la vraie médecine est indivisible comme la vérité.

Sans doute les naturalistes et les physiciens ont divisé la science de 1 univers en plusieurs

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branches, que différens hommes approfondissent isolement : mais outre que ces savans s’instruisent tour- à-tour aux leçons les uns des autres, remarquez que si Fun d’eux vient à commettre de graves erreurs , aussitôt une armée de savans viendra les détruire et les réparer : les sciences physiques sont cultivées par une république de philosophes en treeux solidaires. Mais le médecin qui ei i e par ignorance , qui viendra réparer son eneui entre la vie si courte et la mort si prompte ?

le but même de n etudier spécialement qu’un organe ou une maladie, le médecin doit donc connaître tout l’homme et toute la médecine : et la science centrale d’ou partent les préceptes et vers laquelle convergent tous les faits connus , c’est la physiologie.

Malheureusement M. Corvisart était loin de cette généralité de vues, et tout le siècle en a souffert comme sa réputation à lui-même en souffrira, lorsque la postérité le mettra en balance avec Boërhaave ou Morgagnî , avec Sydenham ou Bichat. Une autre cause dénature peu-a-peu, en les subtilisant jusqu’à l’excès, les vues les plus judicieuses des maîtres, et ôte jusqu’au souvenir de leur utilité primitive. Ainsi Corvisart et Avenbrugger donnaient le précepte si simple en soi, de ne jamais percuter unepoi-

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trine nue avec des doigts nus : ce précepte né du bon sens pouvai t lui suffire, et le bon sens même aurait pu s’en passer ; hé bien , voici qu’après un quart de siècle on publie sur ce fait si mesquin, qui n’entre assurément pas pour un millionième dans l’ensemble des choses que doit connaître un vrai médecin; voici, dis-je, qu’on publie tout un volume sur la question de savoir si le corps interposé doit être de bois ou d’ivoire, s’il doit avoir la forme d’une plaque ou d’un bateau» Assurément les maîtres ont de grands reproches à se faire, quand les élèves en agissent de la sorte !

Mais parlons de M. Laënnec qu’une maladie cruelle vient de nous enlever, après avoir miraculeusement suspendu ses progrès tout juste assez pour lui permettre d’en tracer l’histoire impérissable. Cette même infirmité qui fit le tourment de sa vie , sera l’instruction des médecins de tous les âges , et conservera aussi durablement sa mémoire que dix batailles gagnées.

Car si je me suis permis de critiquer la méthode et les instrumens, si j’ai gémi sur les résultats d’un enseignement exclusif, je veux qu’on sache qu’il y a de l’admiration dans mon cœur pour une œuvre admirable.

La méthode de X auscultation , indiquée sans précision par Hippocrate, a été l’élude de la vie

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presque entière de M. Laënnec; mais cette méthode meme , il ne la faut pas prendre pour la partie essentielle de son ouvrage, et la mettre à la tète de ses découvertes : elle n en est simplement que le lien commun et comme le moyen d’unité. De quelque méthode qu'il eût fait usage, M. Laënnec eût toujours connu les maladies de poitrine mieux qu’aucun médecin de son époque: déjà même il les connaissait mieux avant d’avoir invente son instrument. La tournure de son esprit, son intérêt personnel , ses premières études, ses inquiétudes encore plus que ses souffrances, son intimité et une communauté de travaux avec feu M. Bayle, phthisique comme lui, et outre cela l’isolement de son hôpital , tout a favorisé ses travaux sans jamais contrarier ses goûts ni sa vocation. Ce sont la Lien des circonstances favorables, et il est beau d’en avoir aussi noblement profité.

Voici le principe des études de M. Laënnec : puisque le poumon remplit partout la poitrine, et que de l'air pénètre de toutes parts le tissu pulmonaire, 1 oreille appliquée sur la poitrine doit apprécier (lorsqu’il n’est ni comprimé ni entravé) les mouvemens naturels et les commotions du poumon. Je laisse de cote l’instrument: dans dix ans on ne s’en servira plus qu’en cachette ou seulement dans des cas extraordinaires. Banni

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des cliniques , mais surtout de la pratique civile, il n’en sera plus Fait mention que dans les livres. Le médecin , il faut y réfléchir, cesserait d’être médecin s’il faisait usage d’autres instrumens que des sens et de la raison. L’emploi de tout moyen à la portée du vulgaire lui ferait perdre de son importance morale plus que ne lui pourrait valoir un peu plus de certitude.

Le principe posé, on a écouté les bruits de la respiration et de la voix, car les vibrations de l’air à la glotte rejaillissent sur l’air renfermé dans les poumons et sur les poumons eux-mêmes. On a donc entendu l’air pénétrer dans ses vésicules*, et ce premier bruit, on l’a distingué du bruit qui résulte du passage de l’air dans la trachée , dans les grosses divisions des bronches , dans des cavernes du poumon. On a attentivement étudié ce qui se passe dans l’inflammation des poumons , dans leurs ulcères , dans les épanchemens d’eau ou d’air autour d’eux , etc. Or , voici ce qui m’a paru le plus certain dans l’étude des bruits delà respiration et de la voix.

a . La respiration de l’enfant est plus bruyante : les vésicules pulmonaires sont plus étroites dans la première jeunesse. La respiration de l’adulte prend quelquefois le caractère de celle de l’enfant: quand, par exemple, une portion du poumon devient imperméable , les autres parties de

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I organe par compensation se dilatent davantage > pour obéir à l’action du diaphragme. On trouve ce dernier caractère surtout dans l'inflammation du poumon : la respiration donne alors comme un bruit de soiifflet.

b. La contraction des muscles du malade peut cacher, par le roulement qu’elle produit, les bruits dus à la simple respiration. L’immobilité est donc nécessaire chez le malade dont on écoute le poumon.

c. Si le malade suspend sa respiration en fermant le larynx, on n’entend bientôt plus que les battemens du cœur et des artères , et rien de respiratoire.

d. Quand le poumon est caverneux non loin de 1 enceinte osseuse, 1 oreille appliquée en ce lieu entend le bruit respiratoire presque aussi bien que si l’air expiré frappait le tympan luimême. Si le malade parle, cette voix s entend dans la poitrine à-peu-près comme si elle sortait d’un autrelarynx. Cette pectoriloquie est d’autant plus prononcée que les parois de la caverne sont plus solides et moins peftnéables à l’air des bronches : la densité du poumon accroît l’intensité des sons.

e. Plusieurs especes de rcile dénotent assez bien plusieurs sortes de maladies de poitrine i il y a le râle de la phthisie ou des cavernes , c’est une espèce de gargouillement ; il y a le râle de l’ago-

'j 2 4 Liv. V, DES M0UVE1VÎENS DE L’HOMME.

Die, de l'apoplexie, et celui de l’asthme (ce dernier est une espèce de sifflement) -, il y a le râle du catarrhe , le râle des anévrysmes de l’aorte et celui de l’inflammation du poumon. Ce dernier est une sorte de crépitation , assez semblable au bruit qu’on obtient en comprimant entre les doigts une portion de poumon respiré : le râle crépitant annonce que la pneumonie commence ou qu’elle va finir.

j\ L’air retentissant dans des bronches dilatées ou dans des bronches enveloppées d’un tissu dense, tuberculeux ou enflammé* donne lieu â un bruit assez ressemblant à la pectoriloquie pour qu’il y ait quelquefois beaucoup d’incertitude et de confusion (i).

g. On entend parfois une voix tremblotante comme celle d’un agneau : on a nommé cela égophonie. Le nom importe peu à la chose, mais cette chose est une découverte superbe. Si avec cette voix chevrotante on remarque de la fièvre et delà douleur , on est sur qu’il existe une pleurésie. S’il y a seulement oppression dans une maladie longue, alors on peut s’attendre à une hydropisie de poitrine. CÜtte espèce de bruit s’entend toujours précisément au niveau de 3a ■" * * ■ 11,1 " ""

(i) M. Laënnec distinguait toujours, assurait-il, 1 égophonie de la bronchophonie , grâce à dix grandes années qu il avait assidûment consacrées à cette étude-, mais observe* que ce qu’un inventeur met vingt ans à distinguer, le public le confondra éternellement.

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surface du fluide épanché, et il cesse dès que lepanchement est considérable, comme aussi avec l’épanchement lui-même. C’est toujours un mauvais signe dans les maladies chroniques; c’est toujours un bon signe dans la pleurésie : il annonce l’épanchement même, ou sa diminution. Si 1 égophonie cesse et que les autres phénomènes persistent , le cas est grave , car l’épam chôment augmente. Si l’égophonie revient après avoir disparu , ce signe est d’un augure favo-, rable , car l’épanchement diminue. Il est malheureux que ce symptôme soit si difficile à bien connaître , et qu’il faille des années entières pour 1 apprécier sans aucune confusion.

A. Tout épanchement dans les plèvres , de quelque nature qu’en soit la matière, empêche d’entendre le bruit respiratoire au niveau de l’espace occupé par lepanchement. Ce signe se joignant à l’égophonie, ne fait qu’en confirmer le témoignage.

i. Le 1 internent uiGtcillicjuG est un autre caractei e important : on 1 obtient quelquefois à la simple percussion de la poitrine, lorsqu’il y a des cavernes tuberculeuses a moitié pleines ( 1 ) ; mais on n’en est presque jamais averti qu’en écoutant attentivement la poitrine. Ce bruit particulier ressemble

(1) V oy. un intéressant mémoire de M. Martinet. Voy. aussi les développemens judicieux que jf, G. Andral a donnés sur la plupart de ces choses.

assez au léger tintement d’un cristal dont on fait résonner les bords : et ce signe est d’autant plus important qu’il enseigne à distinguer une maladie qui sans lui resterait ignorée. Il a plus d’évidence que l’égophonie, et il ne lui cède qu’en utilité : car les circonstances où le tintement métallique se fait entendre sont presque toujours des circonstances de mort assurée; tandis que l’égophonie instruit de la guérison comme du danger. Le tintement enseigne à désespérer, en dévoilant un mal sans remède et sans déclin. J’ai dit qu’il fait connaître une maladie grave qui ne se décèle par aucun autre symptôme : je veux parler d’une communication des bronches avec la cavité des plèvres contenant elle-même de l’eau : c est en effet le contact des deux fluides qui donne lieu à ce phénomène. Je l’ai observé dans un cas remarquable : c’était un phthisique que plusieurs saignées légères avaient jusqu’alors trèssensiblement soulagé. Cet homme se croyait guéri, tant sa respiration était libre et sa toux diminuée. Tout-à-coup , on vint m’avertir qu’il allait beaucoup plus mal. Comme je ne le pus voir que plusieurs instans après en avoir été prévenu, un médecin du voisinage m’avait précédé, et sachant le hien^qu’avaient produit d’anciennes saignées, l’oppression était si grande qu’il n’hésita point à le saigner de nouveau et avant mon arrivée* H

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