CHAPITRE L
Antagonisme des Muscles. En quels cas les fléchisseurs prévalent
sur les extenseurs.
Chaque muscle a ses auxiliaires ( ou congénères) et ses adversaires ( ou antagonistes) : tout dans les muscles contraste ou concorde. Les fléchisseurs sont antagonistes des extenseurs, comme les adducteurs le sont des abducteurs, les supinateurs des pronateurs, etc. On retrouve un pareil antagonisme entre les muscles de l’inspiration et ceux de 1 expiration : le diaphragme se repose dès que les muscles abdominaux étendent leur action jusqu’à la poitrine. La glotte est tantôt antagoniste et tantôt congénère des muscles expirateurs, ou plutôt l’un et l’autre à-la-fois; car jamais elle n’en seconde mieux l’action que lorsqu’elle paraît l’entraver.
Meme antagonisme se voit aux organes creux ou intérieurs : les fibres longitudinales y sont dans une lutte perpétuelle avec les circulaires. Lors-
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que ces organes sont pleins, les fibres longitudinales agissent sur les autres pour en surmonter la résistance; mais dès qu’ils sont vides, les fibres circulaires deviennent le point d’appui des longitudinales. Il en est ainsi pour les lèvres, pour les paupières, et pour toutes les ouvertures musculeuses du corps. Toujours l’action d’un muscle suppose le relâchement d’un autre muscle.
Dès que le corps se repose , aussitôt les membres et le tronc se fléchissent à des degrés variables : le foetus flottant au sein des eaux de l’amnios, l’homme endormi, évanoui ou mort, tous ont les membres dans l’état de flexion. La chose est constante autant que réelle. Mais de ces faits avérés, que personne ne conteste , on tire la conséquence que les muscles fléchisseurs ont plus d énergieque leurs adversaires. Voilà ce qu’il faut nier comme déraisonnable : je m’explique.
D’abord j’observe le squelette, ses pièces osseuses, leurs jointures; j’examine la direction des surfaces et la facilité des mouvemens : partout je vois les os se mouvoir naturellement dans le sens de la flexion , et les surfaces osseuses glisser dans un sens pareil sans nul effort, ny rencontrant aucun obstacle. C’est donc une chose naturelle que les membres se fléchissent tant qu’aucun muscle ne les violente.
J’examine ensuite le corps de l’homme en ac-
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tion debout, assis, marchant, courant, faisant effort , luttant contre des résistances nées des corps extérieurs ou de sa propre structure *, et j’observe que partout les grands fardeaux et les fatigues sont pour les muscles extenseurs , les fléchisseurs ne remplissant là qu’un rôle secondaire; et je dis alors : N’est-il pas naturel que les muscles fléchisseurs agissent un peu durant le repos, eux qui concourent si peu aux exercices violens?Leur rétraction d’ailleurs a une influence ti ès-favorable sur les muscles extenseurs : le tiraillement modéré qu’elle exerce sur eux , non seulement les distend, mais aussi les dispose consécutivement à l’action. On sait en effet qu’un muscle préalablement distendu a plus d’aptitude à agir; on le sait par la matrice, on le sait par la vessie et par tous les muscles creux ; on le voit aussi aux flexions dont on fait précéder par instinct toutes les vigoureuses extensions du corps. Mais n'allez pas prendre cette rétraction des fléchisseurs pour une marque certaine de leur puissante énergie, puisqu’on ne l’observe que dans l’état de complète inertie du corps ! Si l’on veut savoir la cause essentielle de cette apparente prépondérance des fléchisseurs , on la trouve dans leur longueur disproportionnée. Nous avons déjà dit que la puissance de rétraction des muscles est en raison di-
CHÂP. Lï, CAUSES DES GIBBOSITÉS DU DOS.
recte de la longueur de leurs fibres : nous en avons cité pour preuve ce qu’on voit arriver pour l’iris et les organes creux; nous venons de l’éprouver à l’instant pour les muscles fléchisseurs des membres ; nous pourrions encore alléguer les phénomènes des fractures et des amputations. Les fragmens d’os fracturés, en effet, se dirigent toujours, à obstacles égaux, du coté des muscles a fibres les plus longues. Si j’ai cité les amputations, c’est qu’on sait que les muscles coupés se raccourcissent d’autant plus que leurs fibres sont plus prolongées sans interruption : il est même de précepte à ce sujet de couper les muscles d’un membre en plusieurs temps, les superficiels se raccourcissant beaucoup plus que les profonds , adhérant de toutes parts aux surfaces osseuses.
Nous le voyons partout : cause unique, effets variés.