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CHAPITRE LI

Courbures naturelles et Gibbosités de la Colonne vertébrale.

Naturellement voila quelle est la configuration de la colonne vertébrale : elle offre Limage imparfaite d’une pyramide qui aurait sa base au sacrum ; elle a de plus trois courbures alterna-

7 38 MV. Y, DES MOUVEMÈNS DE L HOMMÊ.

tives qui se compensent Tune l’autre : convexe au cou , concave au dos , elle redevient convexe aux lombes ( je parle de sa partie antérieure ), Outre cela , l’epine du dos à une inclinaison légère , mais constante , sur les côtés des premières vertèbres dorsales : cette nouvelle incurvation est latérale , et elle a sa convexité tournée à droite. On demande souvent quelle est la cause de cette inflexion du tronc. Quelques personnes l’attribuent sans réflexion à la présence de l’aorte au côté gauche 5 ne voyant pas que si l’impulsion du sang avait la puissance qu’on lui suppose, la courbure qui en résulterait serait dirigée en sens opposé. D’autres pensent que cetle courbure a pour cause l’exercice plus fréquent du bras droit, non pas par l’action directe de ses muscles sur les vertèbres , mais par un besoin instinctif d équilibré. En effet , la tète et le haut du tronc s’inclinent naturellement à gauche toutes les fois que le bras droit supporte un fardeau. On répond à cela que cette cause est illusoire *, et pour le prouver , on montre dans le fœtus meme les traces déjà marquées de cette disposition. Tout réel qu’est le fait allégué, l’objection n’est pas moins inconsidérée : de ce que l’enfant reçoit de son père les produits de ses habitudes bonnes et mauvaises, faut-il pour cela nier l’influence de ces habitudes chez le

CHAP. Lï, CAUSAS ÜËS GIBBOSITÉS OU ÛOS. ç3c)

pure qui les transmet après les avoir lui-même reçues, et chez l’enfant qui en hérite ? Ne savons-* nous pas qüe l’hérédité perpétue dans les familles le résultat des actions aussi bien que l’aptitude à les reproduire ? Si l’enfant devenu grand répète les actions de son père , les dispositions acquises augmenteront les dispositions natives. Mais si , élevé par des mains étrangères, il reçoit d’autres exemples et contracte d’autres habitudes , alors l’effet de ses propres actions altérera bientôt le type originaire. Aussi , je le répète ici , rien ne conserve davantage les ressemblances héréditaires de toute espèce comme de puiser à une même source et la vie et les premiers exemples.

Ainsi l’héritage transmis des pères aux enfans , et les actions des enfans imitées des actions des pères ^ font que le bras droit est universellement le plus exercé , et lepine du dos universellement courbée de droite à gauche. Et comme la cause d’oii provient cette incurvation du coté gauche nécessite aussi l’abaissement de l’épaule gauche, il en résulte que 1 épaulé droite est ordinairement la plus élevée en même-temps que les vertebres font de ce cote une proéminence notable (i).

(1) L habitude où ton est de se coucher sur le côté droit et d appuyer la tête sur d’épais coussins, concourt aussi au même

7 Ï ÎV. V, DES MOUVEMENS DE LJKWME.

Riolan observait, il y a près de deux siècles y que sur dix jeunes filles il était rare d’en rencontrer une dont les épaules fussent régulièrement semblables, surtout, ajoutait-il, parmi les nobles. En cela les choses ont peu changé depuis Piiolan jusqu’à nous ; seulement il n’existe plus de privilège , meme en fait de difformités.

Toutes les femmes de nos cités modernes se vê-

tissant de la même manière , subissant toutes les

mêmes entraves dans l’espoir d’en obtenir les mêmes agréments, il en résulte du moins pour toutes des défauts pareils. La poitrine et les épaules étant strictement incarcérées dès le plus jeune âge dans des vêteinens irrésistibles, il faut bien alors , ou ne point agir , et rester sans force et sans grâce , ou bien , si l’on agit , il faudra qu’une des épaules sorte de sa prison habituelle pour n’y plus rentrer de vingt-quatre heures. Cette épaule momentanément libérée de ses liens devra se maintenir au-dessus d’eux pour en fuir l’étreinte ; cela même l’élevera plus haut que sa pareille , et la rendra peu-à-peu plus proéminente : et comme le bras le plus fort et le plus alerte est nécessairement le plus apte à ainsi

effet: quelquefois utiles à la vie , les coussins sont nuisibles à 1$ stature. Une crainte exagérée de l’apoplexie engendre des difformités dangereuses.

CHAP. LI , CAUSES DES GIBBOSITÉS DU DOS. ^ l

s'évader , vous voyez que ce devra presque toujours être le droit; vous voyez aussi c[ue cette nouvelle cause de proéminence s’ajoutant aux autres conditions naturelles, doit rendre les gibbosités plus fréquentes du côté droit : aussi est-ce bien là ce que tout le monde observe.

Ce n est pas cependant qu’on ne voie quelquefois tout le contraire; mais cela est excessivement rare. D’ailleurs si ces gibbosités du côté gauche sont un peu considérables, elles amènent promptement la mort : car le côté gauche de la poitrine, déjà plus petit que le droit, outre le poumon , renferme le cœur et les plus gros vaisseaux : de sorte que l’extrême rareté des gibbosités à gauche tient aussi beaucoup à leur danger.

Jugez, d’après ce peu de mots, si l’étude des causes est une occupation vaine! Quand vous saurez que le bras droit est naturellement le plus tort , vous mettrez tous vos soins , non pas à l’affaiblir , mais à faire que l’exercice relève les forces du bras oppose. Quand vous saurez que Faction d’un bras en fait proéminer l’épaule, vous saurez bien que l’inaction de ce bras est le plus sur moyen de lui rendre son niveau. Lorsqu enfin vous aurez appris combien les vètemens inventés par la seule vanité engendrent de difformités choquantes et d’affreuses infirmités qui abrègent la vie ou dont gémit la vieillesse, vous

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serez trop prudens pour ne les pas proscrire de vos familles (i).

Je n’ai parlé que des gibbosités les plus naturelles ; ruais il en est plusieurs autres espèces, dues à des aceidens ou à des maladies : celles-ci importent moins à notre étude, puisque la volonté et l’industrie de l’homme ont moins de pouvoir sur elles. Le ramollissement maladif des vertèbres peut faire qu elles se laissent déprimer et que leur colonne s’infléchisse par le simple effet du poids seul ou des grands mouvemens du corps : ces memes mouvemens opérés sans prudence, ont suffi seuls quelquefois pour dilacérer les ligamens d’une ou de plusieurs vertèbres , et pour déranger le juste accord de leur empilement. Or, comme le centre des mouvemens de totalité du

tronc est au bas du dos, à-peu-près entre la i8Q et la 20e vertèbre , c’est aussi là que ces pièces osseuses, portées en deux sens contraires , s’écartent du niveau commun après la distension ou la rupture de leurs ligamens : voilà du moins ce

(0 Ap i*ès que Winslow et Campée eurent peint tous les tristes effets des corsets , l’empereur Joseph II en défendit l’usage dans les pensions de son empire. M. Sœmmerring fit mieux : il eut l’heureuse idée de représenter la taille déformée d une femme vêtue à la moderne , en regard d’une Vénus de Médicis, envisagée comme type d un beau naturel : dans le but de corriger la vanité , il était ingénieux de lui montrer les suites hideuses de ses pratiques.

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