CHAPITRE LII
Mécanisme du Squelette. Station et Locomotion de l’Homme.
Ce n est pas sans action et d’après seulement sa structure que le corps de l’homme se tient dans une position droite : la station même assise ou bipede, exige l’activité de muscles nombreux. Abandonné à une complète inertie, le squelette humain, dénué ou encore environné de chairs vivantes, ne pourrait rester un seul instant dans un état de rectitude: il tomberait sur le sol après s être rapidement fléchi en plusieurs segmens. Examinons toutes les conditions à quoi tient la station bipède.
Et d’abord l’homme est certainement bipède , nous regardons comme vain et comme inutile de mettre la chose en question. Cela pouvait paraître piquant et presque téméraire il y a cinquanteans : on se donnait ainsi les airs de jouter contre l’écrivain le plus éloquent d’alors et de toujours. J’ai dit téméraire , car il y a plus que de l’audace, pour la vérité même, à oser se montrer en présence des sophismes d’un pareil homme ; mais aujourd’hui qu’il est convenu de ne plus voir dans les ouvrages de Jean-Jacques que ce qu’on y verra
CHAP. L1I , STATION. — LOCOMOTION. fj ^
comme à présent dans mille ans, je veux dire les paroles du génie et la voix émue d’un cœur passionné , aujourd’hui ce n’est plus qu’un lieu commun de physiologie d’argumenter en forme pour chercher si l’homme est bipède. Si quelqu’un conservait des incertitudes à ce sujet, qu’il porte ses yeux de la terre au ciel, il sera convaincu ; mais nous, physiciens, qui voulons des preuves matérielles , nous voyons que l’homme est bipède par chaque endroit de sa structure. Nous le voyons à son pied, si commode pour la station droite , si défavorable à la position horizontale; nous le voyons au prolongement de son talon , devenu sans usage pour une autre situation que la bipède ; à ses mollets et à ses fesses , trop puissans pour une marche traînante *,aux muscles de sa tête, trop faibles alors pour la retenir; à sa tête ellemême , trop pesante et trop vacillante pour regarder la terre sans la heur ter, et trop peu proéminente pour saisir les corps sans l’aide des bras ; nous le voyons à ses bras eux-mêmes, trop mal artitieulés, et a son avant-bras trop mobile pour supporter le corps *, enfin , nous le voyons à la main seule, trop faible pour servir d’appui, et trop délicate pour toucher sans cesse un sol inégal.
Mais cette station bipède , comment s’opèret-elle? d’abord la colonne vertébrale, base du squelette, a trois courbures alternatives ; anté-
rieur cm eut concave au clos, elle est convexe au cou et aux lombes, et cela est déjà d’un grand secours pour l’équilibre, sans pourtant lui suffire. Après cela la tète s’articule avec les vertèbres dans un point assez rapproché de son centre
pour rendre son inclinaison moins irrésistible \ mais, je le répété, ces premières conditions sont insuffisantes. Si le corps de l’homme est abandonné à lui-mème , la tête s’incline vers la poitrine, la poitrine se fléchit sur le bassin^ le bassin sur la cuisse, celle-ci sur la jambe et finalement la jambe sur le pied. Pour que la station droite se réalise, il faut donc que les muscles de la nuque retiennent la tête, les muscles du dos la poiti ine, les muscles des fesses le bassin , ceux du bassin et ceux du mollet la cuisse et la jambe ; de sorte que ce repos factice qu’on nomme station , suppose 1 activité de la plupart des muscles du corps ; car nous n’avons dit qu’une partie des choses.
L équilibre actif et laborieux du corps n’est jamais parfait ni bien solide: il est presque toujouis vacillant. Si les muscles de la nuque agissent trop fortement, il faut bien que ceux "du cou leur repondent *, si les muscles dorsaux en-
tiaînent le corps au-delà de son appui sur le sol „ il faut qu a leur tour les muscles du ventre, seuls ou secourus par la glotte, rétablissent l’équilibre dérangé. Pareillement les muscles psoas contre-