‹ Principes de politique positive d'après SolvayChapitre 4 sur 17 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Le Principe productiviste.

Lorsque nous nous reportons à l'étude de la réaction vivante, telle que nous l'avons exposée dans notre Essai de Politique Positive, nous pouvons avec Solvay ( 1 ) nous élever à cette conclusion générale, que ceitte réaction est productrice d'énergie extériorisable et utilisable de beaucoup de manières différentes à son propre profit. « L'extériorisation de cette énergie a lieu, écrit Solvay, soit directement, sous forme de travail mécanique, soit indirectement, et doit être multipliée, dans ce cas, à l'infini par l'intermédiaire des phénomènes intellectuels, pour être utilisée sous mille formes diverses à la production des choses nécessaires à la propre continuation de la réaction, c'est-àdire de la vie de l'individu et conséquemment aussi à la continuation de la vie des groupes constitués par les individus. » L'existence de l'homme, sa raison d'être, en fait ainsi un pur appareil énergétique, qui concourt, en conformité avec la loi énergéto-dégradatrice, à la réalisation de la production générale.

L'action de chaque individu au sein de la société s'exerce en quelque sorte automatiquement. Sa loi, aussi bien que celle de la société elle-même, peut être assimilée à celle que l'on retrouve dans le monde inorganique, sous le nom de loi physico-chimique du travail maximum. Dans le monde social, elle se traduit par la recherche du bien-être, des meilleures conditions d'existence et, comme nous l'avons vu, avec un minimum d'effort.

Le bien-être de l'homme grandit en raison de la quantité et de la

(1) E. Solvay. Energétique sociale et politique positive^ p. 213, dans : Questions d'Eneroétique sociale.

qualité des produits d© la consommation intégrale dont il peut effectivement disposer et qui intéressent les choses matérielles aussi bien que tout ce qui est le propre de l'intellectualité. Ce sont les besoins de sa réaction qui l'incitent à accroître sans cesse oe bien-êtra; sa tendance à produire toujours davantage est déterminée par Ténergétisme de cette réaction. Ce sont ces mêmes besoins qui l'incitent à s'unir aux autres hommes, pour constituer des groupements grâce auxquels il peut, et de mieux en mieux, étendre son pouvoir sur le monde extérieur. Le progrès social, par conséquent, consiste dans l'amélioration incessante du « bien-être intégral », et ce sont précisément les conditions plus ou moins parfaites dans lesquelles les sociétés humaines sont à même de capter, transformer, adapter en soi, puis utiliser les énergies ambiantes, qui leur permettront de réaliser plus de progrès.

Le principe dit productiviste veut que tout soit mis en œuvre pour améliorer et accroître sans cesse, en quantité et en qualité, tous les produits de la consommation intégrale. Aussi bien l'homme s'efforce, à l'intervention de son intelligence, de se conformer à la tendance de son organisme qui l'incite à s'assurer le plus possible de matériaux énergétiques, aussi il convient de comprendre l'action des collectivités dans leur adaptation au milieu extérieur, c'est-à-dire dans la recherche d'un rendement maximum par la mise en valeur des hommes aussi bien que des choses elles-mêmes. « Etre productiviste, écrit Solvay, c'est reconnaître que la vraie marche à suivre pour assurer le bien-être des hommes est de développer, par tous les moyens, la production des choses matérielles ou immatérielles qu'ils désirent et désireront sans cesse davantage. » C'est conformer la conduite sociale à la loi sociologique et biologique du rendement maximum utile dans un minimum d'efforts, c'est-à-dire agir avec ordre, science et méthode.

Ce principe, qui pourrait paraître inspiré par de pures raisons d'ordre sentimental, alors qu'il dérive en fait d'une loi physîco-chimitïue, est à ce point simpliste qu'il semble devoir s'imposer à tous et sans réticence possible comme principe directeur de l'action sociale. Et pourtant, de son point de vue social, on ne peut dire qu'il ait été en général bien compris, ni surtout rationnellement appliqué dans les diverses manifestations de la vie collective, par ceux qui sont investis de la charge de gouverner les peuples. Il est d'observation courante — et cette remarque s'adresse à presque tous les pays — que les hommes d'Etat aussi bien que les hommes politiques lui préfèrent en général des croyances ou de simples expédients, qui ne les empêchent certes pas de faire même inconsciemment du productivisme, mais qui les font agir sans méthode et de la manière la plus incohérente. Le laisser-faire de l'école individualiste est resté la règle dont

on attend dans le domaine de l'action sociale et économique, le développement le meilleur de la production sociale : nous aurons l'occasion d'établir plus loin dans quelles conditions les faits sont venus illustre^r la faiblesse notoire de cette manière de faire et que la gnerre récente a mieux que jamais mise en évidence.

Le productivisme ne s'accommode d'autres croyances que de celles qui lui sont dictées par la science. Il constitue une méthode scientifique susceptible des plus larges applications et dans n'importe quel domaine intéressant la vie d'un peuple; une méthode d'action progressive qui se donne pour objet le perfectionnement de la civilisation, par la mise en valeur de toutes les activités productrices, par l'organisation et l'utilisation rationnelle des énergies; une méthode enfin qui a pour objet d'assurer, dans un minimum d'efforts, la satisfaction la plus grande des besoins physiques aussi bien que psychiques, et qui permet par conséquent d'atteindre à plus de bien-être, plus de culture, plus de puissance, non pas au profit d'une minorité de privilégiés ou d'une élite, mais au profit de tous ceux qui participent, par leur travail ou leur intelligence, à l'œuvre commune.

Il part de cette idées fondamentale, mise à jour par l'étude sociologique, que la production est avant tout sociale. Nul ne peut par ses seuls moyens, son intelligence et sa capacité de travail subvenir à tous ses besoins. Chacun utilise dans une certaine ipesure le travail et l'intelli.firence d'autrui. On peut dire que les produits nécessaires aux besoins de l'économie requièrent en général, pour être consommables, la collaboration directe ou indirecte d'un nombre plus ou moins grand d'hommes. La répartition des richesses naturelles du sol ne se présente pas davantage dans des conditions qui puissent permettre à chaque individu, par l'exploitation des parties qui lui sont en général dévolues, de s'assurer toutes les énergies nécessaires à sa consommation ou requises par ses désirs. Et il en est de même de toute société. Les groupements se sont d'ailleurs constitués, comme nous le savons, non seulement sous la pression des besoins physiologiques les plus immédiats et en vertu de la loi naturelle suivant laquelle tout individu est tenu d'y satisfaire, mais en raison de Vintérêt qu'ils y trouvent par surcroît, le travail en commun étant toujours plus productif que la somme des activités productives particulières. Cet intérêt grandit encore à mesure que les besoins s'accroissent eux-mêmes. Et les conditions de vie sociale et économique qui se sont présentées avec ce caractère chez l'homme primitif, qui existent de nos jours encore chez les peuplades inorganiaues, accusent dans la vie moderne, un besoin d'interdépendance infiniment plus accusé, plus inéluctable que jamais.

Comment faut-il dès Iots définir la politique dite productiviste? Sur quoi porte-t-elle? Quel est son but? Quels sont les moyens qu'elle propose pour y atteindre?

L'action productiviste doit porter sur la mise en valeur de la matière aussi bien que la mise en valeur des hommes. La matière s'identifie avec les richesses naturelles du sol, ou pour employer le langage énergétique, avec les énergies ambiantes. Les hommes de leur côté, en tant qu'agents actifs de la production doivent être améliorés, instruits, éduqués, de manière à accroître au mieux chez eux chacun de ces trois attributs : leur capacité de travail, leur valeur intellectuelle et leur valeur morale. La politique productiviste poursuit ce but social ultime, l'adaptation la meilleure d'une société déterminée, puis dans un stade ultérieur, de l'humanité toute entière, à son milieu naturel. Elle veut que tout soit mis en œuvre pour qu'il soit tiré parti scientifiquement de ce milieu. Elle entend réaliser, au point de vue de la matière, et par des moyens rationnels, un rendement énergétique maximum, en mettant d'autre part chaque homme, puis chaque société en situation d'atteindre de leur côté, le rendement biologique ou social le meilleur. En tant que notion et comme principe, le pToductivisme s'étend à toutes les manifestations de l'activité sociale et doit inspirer toute mesure qui tend à réaliser une organisation plus parfaite de la société.

La mise en valeur de la matière, ou si l'on préfère, l'adaptation des richesses naturelles aux besoins de la consommation intégrale, donnent lieu à deux formes différentes de production et dont le rôle est nécessairement prédominant : d'une part, l'industrie qui intéresse plus spécialement la production minérale et les diverses branches d'activité qui s'y rattachent, d'autre part, l'agriculture, qui s'identifie plutôt avec les productions végétale et animale. Cette distinction ne dodt d'ailleurs pas être envisagée d'une manière absolue, car, ainsi qu'on le sait, l'agriculture s'industrialise de plus en plus et l'industrie s'étend de plus en plus, de son côté, à la transformation de produits végétaux et animaux.

Par l'une et l'autre de ces deux formes de production, les hommes s'efforcent d'assurer la satisfaction la plus large possible de leurs besoins physique®. Mais une consommation intégrale comporte aussi la satisfaction de certains besoins psychiques supérieurs, qui ne présentent certes pas le caractère obligatoire, inéluctable des besoins inférieurs, mais jouent néanmoins un rôle considérable dans la vie d'agrément et l'intellectualité, c'est-à-dire au point de vue du bienêtre. La matière y intervient dans une large mesure, et ainsi se justifie la nécessité d'une troisième forme de la production, que nous appelerons production culturelle, encore que ce qualificatif ne réponde pas d'une manière absolument parfaite à tous les besoins en cause.

Celle-ci embrasse tout ce qui tend à embellir la vie, tout ce qui a trait à la formation d'un idéal de beauté, de bonté et de justice : nous reviendrons plus loin sur les diverses mesures auxquelles elle doit donner lieu dans l'organisation de la vie sociale.

La mise en valeur des individus doit porter sur le travail, l'intelligence et le sentiment du beau. La quantité de travail produite dépend en ordre principal des conditions de santé physique et celle-ci doit être développée de manière à mettre chacun en situation de réaliser un rendement maximum. L'intelligence intervient à son tour et joue dans le développement de la production quelle qu'elle soit, un rôle essentiel, que nous avons mis en évidence dans l'étude de l'évolution. Du principe productiviste dérive ainsi un nouveau principe dénommé par Solvay principe du capacitariat^ en vertu duquel comme nous le verrons, chaque homme doit être initié au savoir, au savoir-faire et à la volonté de faire, pour remplir normalement le rôle qui lui est dévolu dans la production d'ensemble.

Mise en valeur des choses, mise en valeur des individus, c'est sur ces deux facteurs de la production que doit porter l'action des hommes unis socialement. Déjà, cette action est favorisée par la tendance naturelle que l'on retrouve chez chacun d'eux à rechercher de plus en plus le bien-être matériel et immatériel. L'individu normal est, si l'on veut, productiviste par destination. Mais sa capacité productrice peut être considérablement accrue, par les groupements d'abord, puis par l'intervention raisonnée et systématique de l'Etat. Solvay (1) s'exprime ainsi au sujet des groupements : « Le taux énergétique ou productiviste de la Société est représenté par la valeur moyenne des choses utiles qu'elle produit par unité d^hommes et par unité de temps, l'unité d'hommes pouvant être 100 ou 1,000 hommes et l'unité de temps la journée ou l'année.

» Accroître la productivité sociale par unité d'hommes et par unité de temps en perfectionnant un outillage ou réduire le nombre d'hommes utilisés par unité de temps à une productivité déterminée, par exemple en groupant les forces productives, revient à la même chose : épargner de V énergie sociale humaine : mécano et idéo-énergie.

» Le groupement des activités et des moyens perfectionne aussi bien la Société que la technique la perfectionne et le groupement s'imposera d'ailleurs impérieusement à l'effet de pouvoir soustraire la productivité aux caprices du hasard ou de l'empirisme en réglant ainsi exactement en tout temps l'offre d'après la demande et en épar-

(1) Note personnelle intitulée : « Taux énergétiç[ue ou productiviste de la Société». 13 septembre 1913.

çnant de la sorte à la Société les crises de surproduction et du trsr vail inutilement effectué. »

L'Etat, représentant des intérêts collectifs peut exercer sur la production une influence économique notoire. Il rend possible, en organisant l'ordre, rexistence normale de chaque individu; il peut, par une intervention systématique et continue, assurer le plein épanouissement des facultés de tous. Seul l'Etat, en tant que représentant la collectivité, est à même d'exercer une influence adéquate à l'importance du but à atteindre. On ne pourrait concevoir qu'il n'intervienne pas, étant donné les moyens dont il dispose déjà actuellement et qu'il est à même d'accroître et de perfectionner. La diversité des besoins des hommes requiert, lorsqu'il s'agit d'y pourvoir, tout au moins dans des conditions normales, l'intervention d'un pouvoir régulateur supérieur, de l'unité non seulement dans la direction, mais dans l'exécution, et ce rôle doit naturellement être dévolu à l'Etat. L'Etat seul est à même d'assurer une application large et coordonnée du principe productiviste. Celle-ci doit tendre à garantir à chacun ce minimum physiologique de produits de la consommation intégrale et éventuellement, le maximum de bien-être matériel et intellectuel. Il doit y être pourvu dans des conditions qui permettent à chaque société particulière de sauvegarder son existence, rendue de plus en plus difficile au milieu des compétitions mondiales, et de manière à atteindre à un degré de civilisation de plus en plus haute et plus parfaite.

Ainsi, le rôle de l'Etat est immense, parce que le domaine dans lequel doit se faire valoir son activité l'est lui-même. Le principe productiviste touche à toutes les manifestations de la vie collective : politique, économique et sociale, matérielle, intellectuelle et morale. Le rendement maximum, quantitatif et qualitatif, conforme aux besoins de la consommation intégrale et du bien-être, et réalisé dans un minimum d'efforts, est l'objectif qui doit guider chacune de ses interventions particulières. L'Etat doit mettre tout en œuvre, non seulement pour déterminer la mise en valeur des richesses par l'utilisation la meilleure des facultés productrices de chaque individu, mais il doit coordonner les efforts de tous, dans une politique systématique, scientifique et en vue de réaliser ce rendement maximum. Il doit agir ici non seulement à titre d'autorité, mais participer directement aussi à la production. L'Etat économique se juxtapose à l'Etat politique. Il joue un rôle actif dans la production, non point dans son intérêt propre, mais au profit de l'intérêt de chaque individu. Il intervient là où la production privée est en défaut, soit pour mettre à la disposition de la collectivité des produits auxquels ne peut ou ne veut s'intéresser l'initiative libre, soit pour mettre fin à certains de ces abus : l'Etat économique doit exercer une action productiviste directe

qui cx)mplète celle des producteurs privés et dans Tintérêt supérieur de la collectivité.

De ce c-ourt exposé, on peut désormais dégager quelques conclusions quant aux règles pratiques requises par l'application raisonnée du principe productiviste. Les mesures que peut prendre TEtat sont de divers ordres; mais on peut les ramener à deux catégories : les unes intéressent les richesses proprement dites, les autres touchent plus spécialement à la mise en valeur des hommes, c'est-à-dire au développement le plus large possible des capacités productives.

I. L'intervention de l'Etat à titre d'autorité et qui a pour objet de promouvoir la production directe des richesses, aussi bien que la transformation industrielle éventuelle, devrait en toute logique, être comprise de la manière ci-après :

1° Une enquête générale devrait être entreprise dans chaque pays aux fins de déterminer la nature et la valeur des richesses propres au sol, aux mers et aux eaux fluviales. Une enquête complémentaire devrait renseigner au sujet des besoins des populations. Il deviendrait possible dans ces conditions de coordonner la production de manière à l'adapter aux besoins, les produits en excès pouvant être livrés à l'exportation, les produits en défaut, naturels ou manufacturés, ceux moins chers aussi, devant être tirés de l'étranger. Elle devrait faire connaître aussi dans quelles conditions pourrait être soutenue avantageusement la concurrence étrangère.

La création d'un Conseil supérieur de la Production, spécialement chargé des enquêtes, répondrait à cette double nécessité;

2* Les pouvoirs publics ont pour devoir d'organiser des service spéciaux régionaux et même locaux, chargés d'éclairer tous ceux qui exploitent ou désirent exploiter une entreprise privée, industrielle ou agricole, au sujet des chances d'avenir de telle ou telle branche de l'industrie ou de l'agriculture, des meilleurs procédés ou méthodes d'organisation, de préférence scientifiques, des conditions de vente intérieure aussi bien qu'extérieure, et notamment des habitudes commerciales, régimes douaniers, de l'importance et des caractéristiques de la concurrence étrangère, des frais de fret et transport, au sujet des porta, etc. Puis des avantages des spécialisations industrielles, de la fabrication par gi'osses, des associations d'entreprises, des avantages que présenteraient certaines industries à créer, des inconvénients que comportent d'autres, etc.;

3* De promouvoir le développement de la production, par des encouragements de diverse nature et notamment des exonérations

d'impôts et de patentes au profit d'industries nouvelles d'intérêt public, des interventions pécuniaires en cas d'insuccès, des faveurs à certains trusts pouvant accroître la production et déterminer l'abaissement des prix, des réductions de prix des transports, des récompenses aux inventions, l'organisation du crédit dit industriel au profit de la grande, moyenne et petite industrie, etc.;

4** Des mesures de réglementation devraient être édictées exceptionnellement dans certains cas de surproduction ou lorsque les circonstances exigent, ainsi que ce fut le cas durant la guerre, de mieux pourvoir aux besoins de la consommation.

L'intiervention de l'Etat économique aux fins de promouvoir encore la production se conçoit dans les conditions ci-après :

1° Il est pris, au nom de la collectivité, un intérêt direct, par investissement de capitaux, dans toutes les entreprises de production industrielle. Cette libre socialisation est poursuivie jusqu'à être intégrale, si la nation en décidait ainsi, moyennant les capitaux mis à la disposition de l'Etat par les particuliers et contre paiement d'un intérêt fixe, le surplus des bénéfices devant être affecté, ainsi que nous le verrons, au paiement de la journée dite sociale des travailleurs. Nous aurons l'occasion au surplus d'y revenir;

2° Il sera pourvu à la nationalisation, la provincialisation, la communalisation de l'exploitation d'objets quelconques de la production intégrale chaque fois que cette exploitation sera reconnue possible et sûrement plus avantageuse au bien-être en général qu'elle ne le serait autrement. Un principe général doit néanmoins être reconnu et appliqué ici, à savoir que les entreprises exploitées par les pouvoirs publics doivent l'être à la manière des entreprises industrielles privées avec les compétences voulues, en dehors de tout électoralisme et fonctionnarisme, et suivant la formule qui fait de l'Etat le serviteur du public ;

3" L'Etat économique est le mieux qualifié pour organiser productivistement les transports terrestres, maritimes et fluviaux, de manière à mettre à la disposition des producteurs et du public en général, à l'endroit et au moment où ils en ont besoin, tout ce qui est conforme à leurs besoins ou requis par leurs désirs.

La production culturelle doit être développée par l'Etat, avec une attention très particulière. Sous cette appellation, nous entendons tout ce qui est de nature à satisfaire les divers besoins dits supérieurs, d'ordre moral et intellectuel et notamment les besoins qui se rattachent aux croyances en général, les besoins religieux, juridiques, moraux, linguistiques, esthétiques. Au regard de l'action sociale, certains de ces besoins ont pris un caractère politique très accusé, qui fait que leur étude rentre moins dans le domaine du productivisme esthétique, que dans celui des questions de structure poli-

tique proprement dite. Il en est ainsi notamment des besoins qui se rattachent aux croyances, des besoins religieux et linguistiques.

L'Etat peut exercer une influence décisive sur la valeur morale les individus. Déjà, l'application des principes productivistes d'orientation sociale est à même d'agir de la manière la plus heureuse sur celle-ci. Ces principes sont moralisateurs en eux-mêmes. Reconnaître à chacun le droit d'être rémunéré suivant sa productivité sociale utile, instaurer le compte social qui permet d'apprécier à tout moment la nature des actes posés dans la vie sociale, indiquer comme but de perfectionnement social à poursuivre, l'impôt unique avec l'égalité au point de départ, n'est-ce pas créer déjà des circonstances en tout favorables à l'avènement d'un état social essentiellement moral? Mais l'action de l'Etat peut en outre et spécialement se manifester :

1° Par l'accroissement lui-même et le perfectionnement continu de la production et l'organisation d'une répartition rationnelle, c'està-dire productiviste, chacun disposant d'un minimum de produits requis par une consommation intégrale : la formation morale serait dans ces conditions grandement facilitée;

2® Par l'application de lois sociales qui soient elles-mêmes morales, en mettant fin notamment aux iniquités et injustices qui caractérisent la plupart des régimes politiques et sociaux actuels;

3° Par des mesures raisonnées d'hygiène sociale, il peut être agi de la manière la plus heureuse sur l'individu, chez lequel il est possible notamment de corriger les effets inhérents aux tares héréditaires et de développer les qualités inhérentes à la vie;

4° Par l'éducation, systématiquement organisée, qui en rehaussant le niveau moral de l'individu, relève le niveau du milieu social qui a son tour réagit utilement sur les mêmes individus.

Les besoins esthétiques proprement dits, sont ceux qui répondent très spécialement à ce que nous avons dénommé besoins supérieurs indirects. Ils requièrent, comme nous l'avons vu, pour être satisfaits, de la matière, dont ne dispose pas toujours chaque individu. L'Etat doit prendre, pour développer la production esthétique, des mesures de divers ordres et notamment :

1° Gréer un patrimoine artistique national, intéressant Tart en général, la peinture, la sculpture, etc., puis les belles-lettres, la musique et toutes les beautés naturelles;

2*» Recourir à la réglementation dans tous ces cas, pour assurer notamment la propriété des productions artistiques, la protection des sites, la répression de tout ce qui est obscène, etc.

II. La mise en valeur des hommes requiert l'élaboration d'un ^and nombre de mesures et extrêmement diversifiées, qui intéressent d'une manière générale le travail et la capacité. A la mise en valeur du travail se rattache non seulement l'application de toutes

les règles du code du travail proprement dit, mais de toute l'hygiène sociale. Le développement des facultés et des aptitudes doit être poursuivi par la mise en application du principe du capacitariat. Celui-ci conduit à mettre en pratique le principe dénommé par Solvay chômage-capacitariat^ qui complète logiquement le premier et implique avec lui la nécessité d'une série de mesures dans les conditions que nous préciserons plus loin : l'orientation professionnelle rationnelle, le capacitariat aux divers degrés, la garantie du travail, l'assurance de vivre, c'est-à-dire le droit à l'existence pour tout producteur au travail ou en état de chômage.

Ainsi se présente une politique productiviste, envisagée dans ses critères directifs et à un point de vue national : adaptation la meilleure d'une société déterminée à son milieu, c'est-à-dire à l'exploitation la meilleure de ses richesses naturelles.

Page 1