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ET STATIQUES

§ 317 . Le rapport qui s'établit entre le sujet et Tobjetclans Tacte de la perception est d'une triple espèce. Il prend trois aspects distincts, selon qu'il y a quelque espèce d'activité de la part de l'objet, de la part du sujet, ou do la part des deux. Si, tandis que le sujet est passif, l'objet produit un effet sur lui (par exemple, radiation de chaleur, émission d'odeur, propagation du son), il en résulte dans le sujet uoe perception de ce qu'on appelle vulgairement une propriété seconde du corps, mais qu'on appellera plus proprement une propriété dynamique. Si le sujet agit directement sur l'objet en le saisissant, poussant, tirant ou en, usant de quelque autre procédé mécanique, et si l'objet réagit comme il doit en une mesure égale, le sujet perçoit ces espèces de résistance diversement modifiées qui ont été classées sous le nom de propriétés secondO'primaires, mais que je préfère classer sous le nom de statico-dynamiques. Et si le sujet seul est actif, si ce qui oc*

< Ces divisions répondent à celles que sir William Hamilton, dans sa dissertation , classe sous le nom de secondaires , secoudo-primaires , et primaires. Qaoique d'accord avec les distinctions générales tracées dans cette dissertation, je prends d'autres bases que les siennes, et j'adopte une autre nomenclature poar planeurs raisons : !• parce que ces mots primaires,secondo primaires, etc., impliquant, en une certaine mesure, une genèse dans le temps, sous forme de série, correspondent bien à Tordre véritable de cette genèse, considérée subjectivement, mais non à son ordre objectif, attendu que là on ne peut assigner à aucun des trois la priorité ; 2* parce qne ces termes, comme les emploie sir William Hamilton, ont un rapport direct à la doctrine ae Kant sur le temps et l'espace que je rejette ; 3" parce que les termes proposés ci-dessus indiquent des distinctions réelles entre ces trois ordres d'attributs.

cupe la conscience n*est point quelque action ou réaction de l'objet, mais quelque chose qui a été connu par le moyen de ces actions et réactions, comme la figure, la forme, la position» alors la propriété perçue est de l'espèce qu'on nomme communément primaire, mais qu'ici nous appelons statique.

Ces trois classes d'attributs qu'on \ient de définir en quelques mots, e> qui, plus tard, seront considérées successivement et au long, sont pour la plupart présentées àla conscience, non pas séparément mais ensemble. L'étendue et tous les autres attributs de l'espace ne sont connaissables que par le moyen de la résistance et Ses autres attributs de la force. Les propriétés tangibles sont généralement perçues en conneiion avec la forme, la figure et la position. Et parmi les propriétés intangibles, la couleur est le plus souvent connue comme appartenant à la surface d'un solide, et on ne peut la concevoir séparée de l'étendue à deux dimensions. Un objet que les mains tiennent et que les yeux regardent simultanément, présente à la conscience ces trois ordres d'attributs à la fois. Il est connu comme quelque chose de résistant, de rude ou mou, d'élastique ou non élastique; comme quelque chose qui a à la fois l'étendue, la forme et la figure visible et tangible ; comme quelque chose dont les parties reflètent certaines quantités et qualités de lumière ; enfin, si on pousse l'examen plus loin, comme quelque chose qui a une odeur et un parfum déterminés.

Comme nous voulons suivre la méthode employée jusqu'ici, qui consiste à prendre d'abord les phénomènes les plus complexes, à les résoudre en des phénomènes plus simples, et ceux-ci en des phénomènes encore plus simples, ce sera une bonne manière de commencer notre analyse de la perception d'un corps que de prendre Tune de ces perceptions totales, complètes, et de considérer quels sont les rapports qui subsistent entre les divers éléments. Et, pour simplifier le problème, il sera bon de considérer d'abord ces attributs contingents qui nous sont connus comme secondaires et que nous appelons

ici dynamiques ; de sorte qu'après les avoir bien analysés en eux-mêmes, et dans leurs rapports avec les attributs néces^ saires^ nous puissions étudier la perception des attributs nécessaires, débarrassée de tout ce qui leur est étranger.

§318. Puisque nous commençons par étudier en eux-mêmes ces attributs contingents, considérons tout d'abord quelles raisons on a de les classer comme dynamiques. Ceux qui nous senties plus familiers sont évidemment des manifestations de certaines formes de la force. Pour le son, nous savons que non-seulement il ne nous devient sensible qu'au moyen des vibrations de la membrane du tympan ; que non-seulement ces vibrations sont causées par des ondulations de Tair, mais nous savons aussi que le corps qui les produit doit être mis en état de vibration par quelque force mécanique; qu'il faut que les ondulations se propagent à travers la matière environnante, et que c'est dans cette action, purement dynamique, que consiste la production du son. Pour la chaleur» nous savons qu'elle peut être engendrée mécaniquement, par frottement ou pression, par exemple, et que^ réciproquement^ elle peut produire elle-même de la force mécanique ; de plus^ ces réflexions et réfractions se conforment à la loi de la composition des forces, tandis que, par la théorie nouvellement admise des ondulations, ces nombreux phénomènes se résolvent en phénomènes dynamiques ; enfin, nous savons qu'en tenant un thermomètre près du feu, le même agent qui produit en nous une sensation de chaleur produit un mouvement dans le mercure. Les phénomènes de couleur peuvent se ramener à la même catégorie. Les réflexions et réfractions de lumière ne sont explicables que mécaniquement, et la théorie des ondulations seule peut expliquer la polarisation^ la diffraction, etc. La lumière est regardée comme une forme de la force primordiale qui peut d'ailleurs se manifester soit comme attraction, soit comme mouvement sensible, comme électricité, comme chaleur, comme affinité chimique. Dans ce fait qu'une haute température est accompagnée de lumi^\:^^

cupe la conscience n*est point quelque action ou réaction de Tobjet, mais quelque chose qui a été connu par le moyen de ces actions et réactions, comme la figure, la forme, la position» alors la propriété perçue est de l'espèce qu'on nomme communément primaire, mais qu'ici nous appelons statique.

Ces trois classes d'attributs qu'on \ient de définir en quelques mots, e> qui, plus tard, seront considérées successivement et au long, sont pour la plupart présentées à la conscience, non pas séparément mais ensemble. L'étendue et tous les autres attributs de l'espace ne sont connaissables que par le moyen de la résistance etfles autres attributs de la force. Les propriétés tangibles sont généralement perçues en conneiion avec la forme, la figure et la position. Et parmi les propriétés intangibles, la couleur est le plus souvent connue comme appartenant à la surface d'un solide, et on ne peut la concevoir séparée de l'étendue à deux dimensions. Un objet que les mains tiennent et que les yeux regardent simultanément, présente à la conscience ces trois ordres d'attributs à la fois. Ilestconnu comme quelque chose derésistant,derudeoumou, d'élastique ou non élastique ; comme quelque chose qui a à la fois l'étendue, la forme et la figure visible et tangible ; comme quelque chose dont les parties reflètent certaines quantités et qualités de lumière ; enfin, si on pousse l'examen plus loin, comme quelque chose qui a une odeur et un parfum déterminés.

Comme nous voulons suivre la méthode employée jusqu'ici, qui consiste à prendre d'abord les phénomènes les plus complexes, à les résoudre en des phénomènes plus simples, et ceux-ci en des phénomènes encore plus simples, ce sera une bonne manière de commencer notre analyse de la perception d'un corps que de prendre Tune de ces perceptions totales, complètes, et de considérer quels sont les rapports qui subsistent entre les divers éléments. Et, pour simplifier le problème, il sera bon de considérer d'abord ces attributs contingents qui nous sont connus comme secondaires et que nous appelons

ici dynamiques ; de sorte qu'après les avoir bien analysés en eux-mêmes, et dans leurs rapports avec les attributs néces' saires^ nous puissions étudier la perception des attributs nécessaires, débarrassée de tout ce qui leur est étranger.

§ 31 8. Puisque nous commençons par étudier en eux-mêmes ces attributs contingents, considérons tout d'abord quelles raisons on a de les classer comme dynamiques. Ceux qui nous sont les plus familiers sont évidemment des manifestations de certaines formes de la force. Pour le son, nous savons que non-seulement il ne nous devient sensible qu'au moyen des vibrations de la membrane du tympan ; que non-seulement ces vibrations sont causées par des ondulations de Tair, mais nous savons aussi que le corps qui les produit doit être mis en état de vibration par quelque force mécanique; qu'il faut que les ondulations se propagent à travers la matière environnante, et que c'est dans cette action, purement dynamique, que consiste la production du son. Pour la chaleur» nous savons qu'elle peut être engendrée mécaniquement, par frottement ou pression, par exemple, et que^ réciproquement^ elle peut produire elle-même de la force mécanique ; de plus^ ces réflexions et réfractions se conforment à la loi de la composition des forces, tandis que, par la théorie nouvellement admise des ondulations, ces nombreux phénomènes se résolvent en phénomènes dynamiques ; en&n, nous savons qu'en tenant un thermomètre près du feu, le même agent qui produit en nous une sensation de chaleur produit un mouvement dans le mercure. Les phénomènes de couleur peuvent se ramener à la même catégorie. Les réflexions et réfractions de lumière ne sont explicables que mécaniquement, et la théorie des ondulations seule peut expliquer la polarisation, la diffraction, etc. La lumière est regardée comme une forme de la force primordiale qui peut d'ailleurs se manifester soit comme attraction, soit comme mouvement sensible, comme électricité, comme chaleur, comme affinité chimique. Dans ce fait qu'une haute température est accompagnée de lumière ^

joint à ce fait qu'une haute température peut être engendrée mécaniquement, nous suivons clairement la trace de la transformation ; tandis qu'au contraire nous voyons la lumière produire un effet dynamique dans tous les phénomènes photographiques et dans les changements d'arrangement atomique qu'elle cause dans certains cristaux. Ajoutez à cela que, quoique dans les conditions ordinaires, la matière se borne à réfléchir et à modifier les rayons incidents^ cependant, dans des conditions chimiques appropriées, elle devient une source indépendante de lumière. Quoique les odeurs ne soient pas les effets immédiats de forces rayonnantes, on peutcependant démontrer qu'elles sont dynamiques dans leur origine. D'après la doctrine admise de Tévaporation, cette émission continuelle de particules qui constitue la propriété d'être odorant doit être attribuée à la répulsion atomique. Et comme les molécules diffuses qui constituent l'odeur d'un corps doivent avoir été expulsées de la surface de ce corps avant qu'elles puissent agir sur nos narines, il s'ensuit qu'une certaine forme d'activité dans Tobjet est la cause efficiente d'une sensation d'odeur dans le sujet. Le seul attribut secondaire de la matière qui ne paraisse pas être dynamique d'une manière évidente est celui du goût. Mais Tétroite alliance qui existe entre le goût et l'odorat suffit presque d'elle-même à prouver que, si l'un est dynamique, Tautre Test aussi. De plus, quand nous nous rappelons que, pour qu'un corps ait quelque goût, il faut qu'il soit à un certain degré soluble dans la salive, sans quoi ses particules ne peuvent pénétrer par endosmose la membrane muqueuse de la langue et, par conséquent, ne peuvent être goûtées; quand nous remarquons de plus que la diffusion de particules dans un liquide est si analogue à leur diffusion dans Tair, que la répulsion atomique qui cause celle-ci a très-probablement sa part dans celle-là, nous voyons encore plus de raison pour considérer la sensation du goût comme due à une activité objective.

Mais on verra encore plus clairement la nature dyna-

mique du goût, comme des autres attributs secondaires, si, au lieu de considérer Tobjet comme actif, nous examinons le sujet comme passif. Une quantité inappréciable de strychnine, amenée furtivement dans la bouche d*un enfant^ produira des grimaces sur sa figure. Tout le monde sait que Todeur de certaines drogues est assez persistante pour continuer à nous donner un sentiment de dégoût longtemps après que les drogues sont avalées. Une odeur piquante cause un éternument. L*odeur d'un abattoir produit une nausée qui maîtrise si bien la conscience qu'elle exclut toute idée autre que celle de s'enfuir. Un jet de lumière ou quelque changement soudain dans laquaniité de la lumière qui nous entoure, change instantanément le courant de nos pensées. Et même souvent, quand nous sommes seuls et peut-être très-occupés, un changement dans la distribution de l'ombre et de la lumière que produit le mouvement d'un corps voisin, ou même d'un corps situé aux dernières limites du champ de la vision, nous fera tressaillir et tourner la tête. Un fait encore plus significatif, c'est qu'un fort jet de lumière, lancé brusquement sur la face d'une personne endormie, l'éveille souvent. Il en est de même pour les changements de température. Quelqu'un tient ses mains derrière lui ; on ne pourra en approcher un fer rouge sans que le courant de ses idées change de direction. Si le degré de chaleur passe un certain point, il retirera ses mains machinalement ; et si l'on est soumis forcément à Ct*t extrême degré de chaleur, cela produit une violente excitation nerveuse et une violente action musculaire. Il en est de même pour les sons. Us peuvent créer des états de conscience agréables ou désagréables ; souvent ils captent notre attention en dépit de notre volonté : quand ils sont élevés , ils causent des tressaillements involontaires chez ceux qui sont éveillés, et ils éveillent ceux qui dorment ou modifient leurs rêves. Si donc, dans ces cas extrêmes, les attributs dits secondaires des NK)rps sont évidemment dynamiques, il doit en être ainsi toujours. Si trop de moutarde fait pleurer, si l'odeur de la cabine

144 ANALYSE SPléciALE.

excite les vomissements chez les passagers délicats, si contempler le soleil cause une douleur aux yeux^ si être brûlé ou échaudé fait pousser un cri, si le bruit d'une explosion voisine cause un bond involontaire, c'est une conclusion inévitable que ces propriétés des choses qui nous sont connues sous forme d'odeur, goût^ couleur, température, son, sont des effets produits en nous par les forces du milieu environnant. Le sujet subit un changement d'état qui est déterminé en lui par quelque action externe qui procède directement ou indirectement d'un objet. Quoique, immédiatement après que ce changement d'état a été produit, il puisse naître dans le sujets durant l'interprétation de sa cause externe, divers états dont la détermination est interne^ cependant, pour tout ce qui touche au changement lui-même, le sujet est simplement le récipient d'une influence objective. Par rapport à tous ces attributs dits secondaires^ le sujet est donc passif et l'objet actif.

Observons de plus qu'à l'exception du goût^ qui n'est que transitoire, sous certains rapports^ ces attributs dynamiques sont ceux au moyen desquels les objets agissent sur nous à travers l'espace. Au moyen de la lumière qu'il irradie ou réfléchit, un objet extérieur se rend visible à nous de loin. Les objets en état de vibration sonore arrêtent notre attention selon les divers degrés d'éloignement. Nous sommes prévenus de la présence de substances odoriférantes, seulement quand nous sommes dans leur voisinage. Des masses de matière chaude nous affectent, non-seulement quand elles touchent notre corps, mais quand nous nous en approchons. Différant de la rudesse, mollesse, flexibilité, fragilité, et de tous ces attributs statico-dynamiques qui ne sont connaissables pour nous que par un contact actuel médiat ou immédiat ; différant des attributs statiques, forme, ligure, position qui, par euxmêmes, ne nous affectent pas du tout, et qui ne peuvent nous être connus que par une construction de notre intelligence^ ces attributs dynamiques modifient notre conscience à toutes

les distances» depuis celle d'une étoile jusqu'à une très-proche. Les yeux, les oreilles, le nez, et cette puissance nerveuse diffuse qui nous rend propres à apprécier la température, donnent entrée aux influences des objets plus ou moins éloignés de nous, et cette propriété qu'ont les objets de nous transmettre leur influence à travers Tespace, montre aussi l'activité qui leur est inhérente.

Ces attributs sont de plus distingués de tous les autres par cette particularité qu'ils sont, en un sens, séparables de ce que nous appelons communément corps, et peuvent être perçus indépendamment de lui. La lumière, avec ses intensités variables, nous est connue comme répandue dans l'espace environnant. Les diverses teintes que prend le ciel ne sont pas des attributs de la matière, en tant qu'elles ont rapport à nos sens. Et en projetant le spectre du prisme sur une succession de surfaces voisines, nous pouvons facilement nous convaincre que la couleur, avec ses divers degrés et qualités, a son existence indépendante. La même chose est vraie du rapport entre les sons et les objets vibrants, que nous n'apprenons que par une généralisation d'expériences. Pour l'intelligence naissante d'un enfant, le bruit n'implique aucune conception de corps. Dans un écho plusieurs fois répété, le son en vient à avoir une existence distincte et séparée de l'ébranlement original. Nous entendons fréquemment des sons produits par des objets qui, en ce moment, ne sont pour nous ni yisibles ni tangibles, mais sont simplement inférés. Cette phrase : a Qu'est-ce que cela? » qu'on prononce d'ordinaire en entendant un bruit inaccoutumé, montre clairement que le bruit a été reconnu comme tel, alors qu'on ne sait pas encore ce qui l'a produit. Souvent aussi les odeurs sont perçues trèsloin des objets qui les répandent. Une chambre parfumée par un objet qui y a été placé, peut retenir cette odeur longtemps après que l'objet a été enlevé. Nous pouvons être fortement affecté par une odeur entièrement nouvelle^ tout en ignorant complètement ce qui la produit ou d'où elle vient. Il en est de

même pour la chaleur. Dans un lété couvert, nous avons l'occasion d^éprouver des changements marqués de température qu'on ne peut assigner à aucun objet spécial. La chaleur d'une chambre chauffée à l'eau chaude peut être sentie quelque temps avant qu'on ait découvert d'où vient la chaleur. Il en est de même pour les propriétés qui tiennent au goût. Quoique d'ordinaire les choses que nous goûtons nous soient connues en même temps comme substances solides ou fluides, cependant il suffit de remarquer les effets éner^ques que produisent sur la langue des acides chimiques en quantité intangible^ ou se rappeler la persistance d'un goût désagréable, même après que la bouche a été rincée, pour voir que la sapidité peut être séparée du corps. Ici donc les attributs dynamiques se distinguent des attributs statiques et des attributs statico-dynamiques : car on ne peut connaître séparément des objets auxquels ils appartiennent, ni ces modifications de la résistance qui constituent la première classe, ni ces modes de l'étendue perçus par le toucher qui constituent la seconde classe (l'étendue visible n'étant que le symbole de l'étendue tangible).

Notez de plus que ces attributs dynamiques ou secondaires sont accidentels : que non-seulement les difi'érents corps les manifestent de toute manière et à tous les degrés^ mais que chaque corps les manifeste plus ou moins ou pas du tout; selon que les conditions environnantes y contribuent. Dans l'obscurité, tous les objets sont incolores ; à la lumière, leurs apparences varient en espèce et en degré, comme la lumière. La couleur du cou d'un pigeon change avec la position de l'œil qui l'observe ; la couleur de quelques cristaux et liquides change complètement si la lumière est transmise au lieu d'être réfléchie. Dans les conditions ordinaires, beaucoup d'objets n'émettent aucun son : ceux qui en produisent ne le font que sous des influences spéciales ; et le son <]ue chacun d'eux produit est en grande partie déterminé par la nature ou Tintenîté des influences qu'il subit. Un grand nombre de corps sont

iDodores, et parmi les autres^ la majorité n'a d'odeur appréciable qui si on les tient très-près de ses narines. Des choses qui sont presque inodores aux basses températures, émettront une forte odeur aux hautes températures ; et des objets dont Todeur est forte deviennent pendant quelque temps relativement inodores, si on les flaire continuellement. Beaucoup de corps sont insipides, et les qualités sapides des autres varient selon qu^ils sont chauds ou froids. La température des objets peut Itre telle que nous ressentions des sensations de chaleur plus ou moins forte, ou des sensations de froid plus ou moins fort, ou même qu'il n'y ait plus pour nous des sensations appréciables : et des objets à la même température produisent sur nous des impressions diverses, suivant qu'ils sont bons ou mauvais conducteurs^ et suivant que notre propre température est haute ou basse. Ainsi le caractère accidentel de ces attributs est manifeste. Pour une personne placée dans des conditions spéciales, un objet peut être à la fois incolore, inodorC; insipide, insonore, et d'une température telle qu'il ne produise sur nous aucun effet thermique : ou bien l'objet et les conditions peuvent être tels qu'elle sera affectée par un, deux, trois, quatre de ces attributs dynamiques ou par leur totalité, à des degrés et des combinaisons infinis. Vais il en est tout autrement pour les attributs statico-dynamiques et statiques. Car si divers corps présentent diverses quantités de résistance et d'étendue, et si dans le même corps la résistance et l'étendue admettent une variation plus ou moins grande, il n*y a pas de corps sans résistance et étendue.

Enfin remarquons que ces attributs dits secondaires des corps qui se distinguent du reste en ce qu'ils sont dynamiques^ en ce qu'ils agissent à travers l'espace, en ce qu'ils sont connaissables séparément du corps, en ce que le corps ne les manifeste qu'accidentellement, pris au sens strict, ne sont pas du tout des attributs du corps. Ce n'est pas simplement parce qu'étant séparables du corps, on peut assez aisément concevoir un corps sans eux ; ce n'est pas uou ^W^^^x^^ ^^

ce que nous appelons son, couleur, etc., est un effet subjectif produit par certains pouvoirs inconnus des objets ; mais c'est que ces pouvoirs inconnus ne sont littéralement pas du tout dans les objets. Bien compris, les attributs dit secondaires sont chacun des manifestations de certaines forces diffuses dans Tunivers en général, et qui, quand elles agissent sur les corps, provoquent en eux certaines réactions. On frappe sur un gong^ il vibre ; ses vibrations se communiquent à Tair ou à quelque substance intermédiaire et affectent Tauditeur d'une sensation de son. Quelle est maintenant la cause active de cette sensation ? Ce n'est pas le gong : c*est cette force qui agit sur le gong, et est changée par sa réaction et transformée en une autre forme. Que le soleil éclaire une certaine masse de matière, quelques-uns de ses rayons seront absorbés, d'autres réfléchis. Dans la plupart des cas, la lumière, étant décomposée^ changera de forme et nous affectera comme couleur ; des matières spéciales la réfracteront ou la polariseront : c'est-à-dire qu'une certaine force émanant du soleil vient a|^r sur une matière et que, par la contre-action de la matière, elle est plus ou moins métamorphosée. La chaleur que répand un charbon qui brûle, de l'eau qui bout, du fer qu'on bat à grands coups de marteau, provient d'autant de réactions produites par des actions externes : dans le premier cas, par l'action chimique de l'oxygène environnant; dans le deuxième cas, par l'action de corps chauds environnants; dans le troisième, par une pression mécanique. Les substances à odeur faible qui nous environnent, tout comme les eaux et extraits du parfumeur, sont forcées par la chaleur qu'elles reçoivent des objets voisins de répandre leurs molécules. La répulsion atomique qui est cause des propriétés odorantes est l'une des réactions qui résultent de l'action de la force thermique : on sait qu'elle varie plus ou moins selon que la force thermique varie ; et si cette force pouvait être complètement supprimée, les odeurs disparaîtraient. Ces attributs sont donc toujours, si on les considère dans leur origine, des forces répandues dans

Tespace ; et on ne peut les attribuer au corps que dans ce sens que le corps exposé à ces forces réagit sur elles, les modifie, et par suite nous est connu par le moyen de ces modifications. A proprement parler, chacune de ces sensations de couleur, son odeur, etc., implique une série d'actions et réactions : et Tobjet qui nous les fait connaître n'en manifeste que les dernières. La lumière, ou la force mécanique, ou la chaleur considérée comme sa cause efficiente, résultent d'actions et de réactions précédentes, qui, si on en suit la trace, nous ramènent vers un passé indéfini plein de changements semblables. Mais en restreignant notre attention aux éléments dont nous avons à nous occuper immédiatement, nous voyons que pour bien comprendre l'un de ces attributs dynamiques, il faut examiner trois choses : l"" une force, ou diffuse comma. la lumière et la chaleur, ou concentrée comme la force mécanique ; â^ un objet sur lequel agisse une portion de cette force, et qui, en tant qu'il subit la force est passif, mais qui, en tant qu'il réagit sur cette force et détermine en elle des formes et directions nouvelles, est actif; 3* un sujet sur lequel se dépense une partie de la force transformée, en produisant ce que nous appelons une sensation, et qui, comme récipient de cette force transformée, est passif, mais peut être rendu actif par elle.

A rigoureusement parler donc, les attributs dits secondaires ne sont ni subjectifs ni objectifs; mais ce sont les triples produits du sujet, de l'objet et des forces environnantes. On ne peut appeler le son, la couleur, la chaleur, l'odeur, le goût, des attributs du corps, qu'en ce sens qu'ils impliquent dans le corps certains pouvoirs de réaction que des actions externes appropriées font agir. Cependant ces attributs ne sont, ni les attributs qui nous sont connus comme sensations, ni ces vibrations , ondulations, répulsions atomiques dans lesquelles on dit qu'ils consistent communément quand on les considère objectivement. Mais ce sont les pro- ^ priétés occultes en vertu desquelles le corps modifie les forces jj^

qui viennent à son contact. Néanmoins, il reste vrai que ces attributs, en tant qu'ils se manifestent à nous, sontdyna miques. Et pour ce qui concerne le rapport immédiat, il reste vrai que, relativement à ces attributs, Tobjet est actif et le sujet passif.

§ 319. Essayons maintenant de définir la perception que nous avons d'un corps qui nous présente ces attributs non nécessaires, unis aux attributs nécessaires, c'est-à»dire d'un corps tel que nous le percevons ordinairement.

Prenons une pomme et examinons-la : il se produit dans la conscience, en partie grâce à ce que nous présentent les sens, et en partie grâce à ce que nous représente la mémoire, un état qui parait unique ; mais l'analyse prouve que c'est un groupe extrêmement complexe d'états divers, combinés d'une manière spéciale. Il nous restera à analyser^ dans les chapitres suivants, le plus grand nombre de ces états : il faut se borner ici à les énumérer. Nous trouvons d'abord la coexistence dans le temps du sujet qui contemple et de l'objet qui est cqqtcmplé ; puis nous trouvons cette position relative des deux dans l'espace que nous appelons proximité; puis ce groupe d'impressions produites sur le bout de nos doigts, en vertu desquelles nous concevons l'objet, comme non-seulement Ayant une position dans l'espace, mais comme occupant un espace^ et une certaine quantité limitée d'espace ; ce groupe plus complexe d'impressions motrices et tactiles, acquises en palpant la pomme des doigts, et qui constituent notre notion de sa forme tangible; ce groupe supplémentaire d'impressions par lequel nous reconnaissons que sa surface est polie; enfin cet autre groupe qui nous permet de nous faire une idée de sa dureté. Si nous passons de ces données fondamentales acquises par le moyen des sens tactile et musculaire, à celles qui leur servent comme de signes, il nous faut noter les impressions qui nous font connaître par la vue aussi bien que par le tact que la pomme nous est coexistante dans le temps et voisine dans l'espace; puis celles qui composent notre con-

ception de sa forme et figure visible; et celles qui dous indiquent une correspondance entre les données reçues parles yeux et celles reçues par les doigts. Mais maintenant avec ces attributs statiques et statico-dynamiques, qui nous sont connus d'abord par des sensations de résistance et de mouvement diversement modifiées et combinées, et dont quelquesuns sont reconnus par certaines sensations visuelles de lumière, d'ombre, d'ajustement focal, nous trouvons aussi certains autres attributs qui ont avec les premiers des rapports variables. Il y a l'attribut de couleur (en comprenant sous ce mot toutes les modifications possibles de lumière) qui, indissolublement uni aux attributs visibles de position, figure, forme, est reconnu, à propos de pomme, comme coexistant dans le temps et coïncidant dans l'espace avec ces attributs statiques qu'il nous permet lui-même de percevoir visuellement. Ce rapport cependant admet quelque variation. Car quoique, quand notre conscience de la couleur cesse entièrement, notre conscience de la forme, de la figure, de la position visibles cesse avec elle, cependant, par des altérations dans la quantité et la qualité de la lumière, notre impression de couleur peut changer de modes et de degrés, et même presque disparaître, sans qu'aucun changement se produise dans nos impressions de forme, figure et position. Le rapport, quoique étant absolu en général, varie selon des conditions déterminées. Mais maintenant remarquons que le rapport de coïncidence dans le temps et l'espace entre les diverses impressions que nous avons des attributs visibles, et celles que nous avons des attributs tangibles est entièrement conditionnel. Il dépend de la présence de la lumière, puis il faut que les yeux soient ouverts et que l'objet soit dans le champ delà vision. A moins que chacune de ces trois conditions ne soit remplie, on ne peut établir aucun rapport de coïncidence entre ces deux séries d'attributs. Il en est de même pour l'odeur. Celle de la pomme étant faible, on ne peut savoir qu'elle accompagne les autres attributs, à moins que la pomme ne soit placée près de

qui viennent à son contact. Néanmoins, il reste vrai que ces attributs, en tant qu'ils se manifestent à nous, sontdyna miqaes. Et pour ce qui concerne le rapport immédiat, il reste vrai que, relativement à ces attributs, Tobjet est actif et le sujet passif.

§ 319. Essayons maintenant de définir la perception que nous avons d*un corps qui nous présente ces attributs non nécessaires, unis aux attributs nécessaires, c'est-à-dire d'un corps tel que nous le percevons ordinairement.

Prenons une pomme et examinons-la : il se produit dans la conscience, en partie grâce à ce que nous présentent les sens, et en partie grâce à ce que nous représente la mémoire, un état qui parait unique ; mais l'analyse prouve que c'est un groupe extrêmement complexe d'états divers, combinés d'une manière spéciale. Il nous restera à analyser^ dans les chapitres suivants, le plus grand nombre de ces états : il faut se borner ici à les énumérer. Nous trouvons d'abord la coexistence dans le temps du sujet qui contemple et de l'objet qui est cçotemplé ; puis nous trouvons cette position relative des deux dans l'espace que nous appelons proximité; puis ce groupe d'impressions produites sur le bout de nos doigts, en vertu desquelles nous concevons l'objet, comme non-seulement ayant une position dans l'espace, mais comme occupant un espace^ et une certaine quantité limitée d'espace ; ce groupe plus complexe d'impressions motrices et tactiles, acquises en palpant la pomme des doigts, et qui constituent notre notion de sa forme tangible ; ce groupe supplémentaire d'impressions par lequel nous reconnaissons que sa surface est polie ; enfin cet autre groupe qui nous permet de nous faire une idée de sa dureté. Si nous passons de ces données fondamentales acquises par le moyen des sens tactile et musculaire, à celles qui leur servent comme de signes, il nous faut noter les impressions qui nous font connaître par la vue aussi bien que par le tact que la pomme nous est coexistante dans le temps et voisine dans l'espace; puis celles qui composent notre con-

ception de sa forme et figure visible; et celles qui nous indiquent une correspondance entre les données reçues parles yeux et celles reçues par les doigts. Mais maintenant avec ces attributs statiques et statico-dynamiques, qui nous sont connus d'abord par des sensations de résistance et de mouvement diversement modifiées et combinées, et dont quelquesuns sont reconnus par certaines sensations visuelles de lumière, d'ombre, d'ajustement focal, nous trouvons aussi certains autres attributs qui ont avec les premiers des rapports variables. Il y a l'attribut de couleur (en comprenant sous ce mot toutes les modifications possibles de lumière) qui, indissolublement uni aux attributs visibles de position^ figure^ forme, est reconnu, à propos de pomme, comme coexistant dans le temps et coïncidant dans l'espace avec ces attributs statiques qu'il nous permet lui-même de percevoir visuellement. Ce rapport cependant admet quelque variation. Car quoique, quand notre conscience de la couleur cesse entièrement, notre conscience de la forme, de la figure^ de la position visibles cesse avec elle, cependant, par des altérations dans la quantité et la qualité de la lumière, notre impression de couleur peut changer de modes et de degrés, et même presque disparaître^ sans qu'aucun changement se produise dans nos impressions de forme, figure et position. Le rapport, quoique étant absolu en général, varie selon des conditions déterminées. Mais maintenant remarquons que le rapport de coïncidence dans le temps et l'espace entre les diverses impressions que nous avons des attributs visibles, et celles que nous avons des attributs tangibles est entièrement conditionnel. Il dépend de la présence de la lumière, puis il faut que les yeux soient ouverts et que l'objet soit dans le champ de la vision. A moins que chacune de ces trois conditions ne soit remplie, on ne peut établir aucun rapport de coïncidence entre ces deux séries .d'attributs. Il en est de même pour l'odeur. Celle de la pomme étant faible, on ne peut savoir qu'elle accompagne les autres attributs, à moins que la pomme ne soit placée près de

notre nez et que l'air neTy porte. De même la présence d^un certain goût n'est connaissable qu'au moyen d'actions également spéciales. Ainsi le caractère commun des attributs dynamiques^ en tant qu'ils sont perçus comme coexistant avec les attributs statiques et statico-dynamiques, c'est que leur coexistence est extrêmement conditionnelle^ en tant que cela concerne notre conscience. Quoique nos perceptions de la mollesse, rudesse, flexibilité, etc., d'un corps que palpent nos doigts, dépendent et de la nature du corps et de certains mouvements de manipulation, cependant la perception générale de résistance est entièrement inconditionnelle. Quoique nos perceptions de l'étendue spécifique du corps, — de sa forme et de sa figure, — dépendent aussi et de son caractère propre jet de nos actes, cependant la perception générale de l'étendue est entièrement inconditionnelle. Quelque résistance et quelque étendue sont les éléments nécessaires et invariables de la connaissance. Quel que soit le corps et quelle que soit la portion de notre surface qui le touche, s'il est perçu, il l'est comme quelque chose de résistant et d'étendu. Mais la perception des attributs dynamiques comme coexistant avec les autres est conditionnelle : elle dépend non-seulement de la nature de l'objet et de nos actes, mais aussi de l'exposition de l'objet à certaines forces répandues dans le milieu environnant. On peut donc dire, en négligeant les détails, qu'une perception totale dans laquelle les trois ordres d'attributs sont connus ensemble, est un état composé de conscience dans lequel il y a certaines impressions générales de résistance et d'étendue, qui ont entre elles et avec le sujet des rapports inconditionnels de coexistence dans le temps et de proximité dans respa<;e; et de plus certaines impressions spéciales de résistance et d'étendue qui ont entre elles avec le sujet des rapports conditionnels; et enfin, d'autres impressions qui ont entre elles et avec le sujet des rapports doublement conditionnels dans le temps et l'espace. Cette déSnition ne peut être tenue cependant ni pour précise, ni pour complète, car elle

De dit rien de tous ces faits inférés qui sont lies, avec les faits perçus, d'une manière inextricable ; ni de ces conditions nombreuses et de moindre importance qui accompagnent les faits perçus, et qu'il faudrait plusieurs pages pour décrire complètement. Elle a seulement pour but de montrer, d'upe manière aussi précise que le comporte le point où en est notre analyse, le mode général suivant lequel nos connaissances des divers ordres d'attributs s'unissent dans une perception ordinaire ; elle veut seulement montrer le rapport des attributs dynamiques des corps avec les autres attributs dans notre acte de connaissance : de sorte qu'après avoir bien eiaminé cette connexion, nous puissions poursuivre notre analyse de la perception des attributs statiques et statico-dynamiques en euxmêmes.

§ 330. Cependant il reste encore à décrire l'opération par laquelle s'opère une de ces perceptions. Jusqu'ici nous n'avons considéré que les divers éléments qui composent la perception, et on n'a pas encore considéré le procédé par lequel ils sont coordonnés. C'est là ce que nous pourrions appeler un procédé de classification organique.

Comme on l'a eipliqué dans les précédents chapitres, le a jugement assertorique y> impliqué dans la perception d'un objet est un acte de classification ou de récognition. La perception, selon qu'elle est plus ou moins déterminée^ implique la pensée : a Ceci est un chien » ou <c ceci est quelque chose de vivant » ou a ceci est un corps solide. » Il n'est pas nécessaire que le jugement assertorique soit verbalement exprimé, intérieurement ou extérieurement : mais il faut que l'objet perçu soit rapporté à sa classe d'une manière plus ou moins consciente; et ce qui le prouve^ c'est ce fait que, quand un objet ordinaire a été mis sous les yeux d'une personne, et qu'elle ne peut dire plus tard ce que c'était, nous disons qu'elle ne l'a pas perçu. Quoiqu'elle ait reçu toutes les impressions nécessaires, elle n'a pas été assez attentive pour devenir consciente de ce qu'elles lui apportaient. Si elle l'a.w^

été, son attitude subséquente à nommer Tobjet impliquerait que, verbalement ou non verbalement, elle en a reconnu la nature, c'est-à-dire la classe. Maintenant, cette classification semi-consciente^ qu'implique toute perception complète d'un objet, est nécessairement précédée dune classification encore moins consciente de ses attributs constitutifs et de leurs rapports mutuels, et des conditions sous lesquelles ces attributs et ces rapports deviennent connus. A première vue, cette proposition paraîtra incroyable : d'abord parce qu'elle affirme ce que l'analyse de nous-mêmes ne montre pas évidemment, ensuite parce qu'elle implique une activité mentale d'une rapidité inconcevable. Cependant l'examen montrera que, à priori, la perception d'un objet n'est pas possible autrement, et que l'expérience directe, aussi bien que l'analogie, implique la production de quelque assimilation spontanée de cette sorte.

Observons d'abord les nécessités du cas. Si au lieu de ce que nous percevons comme pomme, on nous eût présenté quelque chose, ayant même forme, même couleur, mais mesurant un yard de diamètre, nous n'aurions pas conclu que c'est là une pomme. Ou si la couleur et le volume étant ordinaires, la forme avait été cubique ou pyramidale, j'aurais certainement regardé cela comme autre chose qu'une pomme. Et de même si, quoique étant semblable à tous autres égards, l'objet eût été bleu de ciel, ou couvert d'épines, ou pesant comme du plomb. Maintenant qu'impliquent ces faits? Ils impliquent clairement qu'avant que l'objet soit reconnu être une pomme, chacun des principaux attributs constitutifs est reconnu comme semblable à l'attribut homologue dans les autres pommes. Nous percevons le volume comme semblable au volume des pommes en général, la forme comme semblable à leur forme, la couleur comme leur couleur, la surface comn^e leur surface, et ainsi de suite : c'est-à-dire que chacun des divers éléments qui constituent la perception totale est classé avec les éléments semblables précédemment connus, tout comme le groupe entier des éléments est classé plus tard avec les groupes sembla-

bles précédemment connus. De plus, il y a un classement nonseulement des attributs constitutifs, mais de leurs rapports. Si la pomme est marquée de raies rouges, alors il est nécessaire que ces raies aient certaines directions. Si elles étaient déjà dirigées de manière à lui former comme un équateur, alors nous dirions du premier coup que Fobjet n'est pas une pomme : il en serait de même si la queue de la pomme et le reste du calice n'avaient pas entre eux et par rapport à la masse des positions déterminées. C'est-à-dire que-les rapporttfkle coexistence, proximité, arrangement qtii subsistent entf^ les attributs constitutifs doivent aussi être reconnus comme semblables à certains rapports précédemment connus, doivent être classés avec eux. Et ce ne sont pas seulement les attributs et rapports qui doivent être ainsi classés, mais aussi les conditions qui les rendent connaissables. l^es couleurs et la forme visible d'une pomme n'étant percevables qu'autant que la lumière est présente, il en résulte que connaître la présence de la lumière et la classer à titre de condition avec les conditions précédemment connues, cela devient une composante indirecte de la perception ; pour le prouver, il suffit de se rappeler que la forme et les couleurs d'une pomme, si on les voit dans l'obscurité, seront regardées non comme une pomme, mais comme une illusion d'optique. De même, son poids est perçu comme coexistant avec ses propriétés tangibles, mais quand on la soulève seulement : et aucune sensation de poids, sauf celle obtenue sous cette condition, ne peut être attribuée à la pomme ou devenir un élément de sa perception, que par sa ressemblance avec des conditions qu'on se rappelle. Ainsi donc il y a un classement des divers attributs avec les attributs semblables précédemment connus ; des rapports entre ces attributs avec les rapports précédemment connus ; des conditions sous lesquelles ils sont connus avec les conditions sem^ blables précédemment connues. Et la classification de l'objet comme pomme est le résultat cumulatif de ces classifications constitutives.

Mais, demandera-t-OD, est-il possible qu'un groupe si compliqué d'actes mentaux, se produise assez rapidement pour ne laisser aucune trace dans notre conscience ? En employant le mot « classiGcation organique, » j'ai déjà indiqué ce que je crois être la solution de cette difficulté ; et il suffit d'examiner comment, dans nos actes de classification, nous passons du conscient à Tinconscient, pour voir que les faits conduisent à cette solution. Quelqu'un qui se promène dans un jardin zoologiqtie rencontre un ajpimal qu'il n'a pas encore vu, mais qu'il connaît seulement par description. Par quel procédé s'efforcera-t-il de déterminer son espèce? Il considère séparément ses caractères distinctifs; il examine successivement sa forme générale, sa figure, sa tête, ses pieds, sa queue, son poil, sa couleur, sa démarche, ses actions; il les classe respectivement comme grand, large^ pointu, et ainsi de suite; il fait d'une manière moins définie ce que le zoologiste fait systématiquement dans des cas analogues; et s'il réussit à classer l'animal^ il le fait en pensant à la ressemblance de ses parties constitutives avec celles des animaux qu'il connaît par les lectures, les dessins ouïes conversations. Qu'il passe maintenant à un animal qu'il a précédemment vu, mais qui ne lui est pas familier, comme l'ours marin. Son premier coup d'œil est accompagné d'un acte distinct de classement, et il en répète le nom ou tout haut ou en lui-même. Qu'il s'approche maintenant des cages dont il a souvent vu les habitants^ des lions par exemple, et l'acte de classification se produira dans sa conscience d'une manière bien moins distincte. Qu'il sorte du' jardin ; en rencontrant des chevaux à la porte, quoiqu'il ait conscience que ce sont là des chevaux, il ne lui faudra pas un acte de pensée délibéré pour les reconnaître spécifiquement. Et quand il aura atteint des rues pleines de foule, quoique chacun des cent individus qui passent près de lui à toute minute soit distingué et classé comme homme, femme, enfant, jeune fille, l'acte menlal est produit d'une manière si rapide, si automatique qu'il interrompt à peine le cours de ses pensées.

Maintenant cette facilité et cett^ promptitude toujours croissantes à classer des groupes complexes d'attributs impliquent une facilité et une promptitude toujours croissantes dans le classement des attributs cux-mCmes, de leurs rapports et conditions : ce qui commence avec les premiers jours de Tenfance. Formes, figures, distances, couleurs, poids, odeurs, etc., tout cela, quoique classé à l'origine d'une manière consciente, en vient graduellement durant l'enfance à être classé d'une manière de moins en moins consciente. Et comme cette classification commence avant toute autre, est plus fréquemment répétée, d'une nature plus simple, elle devient nécessairement plus rapide, plus automatique^ plus organique que toute autre, et finit par devenir imperceptible à la conscience.

Mais la question deviendra plus claire encore, si chacun se rappelle qu'il a dans sa propre expérience un cas où le progrès de la classification consciente à la classification inconsciente peut être suivi dans sa totalité. L'enfant, quand il apprenait à lire, a dû classer chaque lettre individuelle par un acte mental distinct. Le signe A a dû être pensé comme ressemblant à certains autres précédemment vus, et comme présentant un son semblable à certains sons précédemment entendus. Et par une pratique continue, ces actes deviennent de plus en plus rapides et inconscients. Plus tard on atteint le pouvoir de classer par un seul acte un groupe entier de signes pareils, c'est-àdire un mot; et même une suite entière de mots peut être saisie d*un seul regard. Mais si nous ne pouvions nous rappeler ces étapes successives, il semblerait absurde de dire que le lecteur, par un acte de connaissance qui semble presque simple, comprend ce jugement : « Ceci est vrai, » il ne fait que classer chaque mot avec des mots semblables précédemment connus et môme chaque lettre avec des lettres semblables précédemment connues. Cependant les faits montrent que c'est là une conclusion inévitable. Car, comme il est incontestable que de tels actes de classement se sont produits dès l'origine, et comme on ne peut assigner de moment où ils auraiewl

cessé, il s'ensuit que le changement complet qui s'est produit Tient de leur rapidité énormément croissante, de ce qu'ils sont devenus automatiques ou organiques. Et si ce résultat s'est produit pour des actes de classement qui n'ont commencé qu'à l'âge de cinq ou six ans, il doit s'être produit encore plus pour ces actes beaucoup plus simples qui ont commencé dès la naissance.

Par suite donc, la définition précédente de la perception des corps comme présentant les trois ordres d'attributs, demande à titre de supplément cette explication : c'est que les divers attributs, les rapports qu'ils ont entre eux et avec le sujet, et les conditions sous lesquelles seules ces attributs et rapports peuvent être perçus, doivent être pensés comme semblables à des attributs déjà connus, à des rapports déjà connus, et à des conditions déjà connues.

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