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CHAPITRE XVm

§352. Le terme perception, comme les précédents chapitres l'ont montré suffisamment^ s'applique communément à des états de conscience infiniment variés, et même grandement différents en nature. Entre la conscience d'un vaste paysage et la conscience- d'un petit point sur la surface de ce papier, il existe des degrés innombrables qui se fondent insensiblement l'un dans l'autre, et qui unissent des extrêmes dont le con* traste est cependant trop fort pour qu'on les classe ensemble. Une perception peut varier indéfiniment en complexité, en degré de continuité, et dans la manière plus ou moins directe dont elle est perçue. Elle peut ne s'élever que d'un degré audessus de la simple sensation comme dans les connaissances primaires de résistance dont nous venons de parler. D'autre part^ quand nous considérons les évolutions d*un ballet, nous avons conscience non-seulement de ces nombreux rapports de positions coexistantes qui constituent nos idées sur la distance, grandeur, figure et attitude de chaque danseuse, — non-seulement des divers rapports qui existent entre chacune et les différentes couleurs de sa toilette, — non-seulement des rapports de position qui existent entre les diverses danseuses, mais nous avons aussi conscience des nombreux rapports de séquence que le corps et les membres de chaque danseuse produisent par leurs mouvements respectifs, ainsi que de ces rapports de séquence encore plus compliqués des mouvements de chaque danseuse par rapport aux mouvements des autres. De même, si l'on s'inquiète de savoir si la connaissance est plus ou moins directe, on verra qu'il y a également un c<^Wr |

traste marqué entre percevoir qne telle surface qu'on touche dn doigt est rude et percevoir qu'un édifice au pied duquel nous sommes est une certaine cathédrale. La première espèce de connaissance est presque immédiate; la seconde est doublement, triplement, quadruplement médiate, ou même plus encore : elle est médiate, parce que la solidité de l'édifice est pour nous une vérité d'induction ; parce que sa proximité est induite; parce que sa position, sa grandeur, sa forme sont induites; parce que son origine comme œuvre d'art, ses matériaux, ses dimensions sont induits ; parce que sa pieuse destination est une induction tirée de ces inductions; et parce que l'acte de la reconnaître comme étant telle cathédrale particulière, est une inférence encore plus lointaine résultant de l'union de ces inférences avec diverses autres par les moyens desquelles la localité est reconnue. Sous le rapport du degré de continuité, il y a la même difTérence entre percevoir une étincelle électrique ou le saut d'une cataracte que nous fixons du regard. A ces divers faits, ajoutons cet autre, que nos perceptions, ou du moins nos perceptions visuelles, sont continues dans l'espace aussi bien que dans le temps; — que quand nous contemplons un paysage et tournons les yeux vers ses difTérentes parties, nous ne pouvons dire ce que contient chaque perception, ou combien il faut de perceptions pour embrasser le panorama ; — que, tandis que dans le champ entier de la vision^ il n'y a qu'un seul et unique point perçu avec une parfaite distinction, et que la distinction avec laquelle on perçoit les autres points va toujours décroissant à mesure qu'ils s'éloignent du point central, de sorte qu'il est impossible de dire où la perception commence : si nous rappelons tout cela, il sera pour nous parfaitement manifeste qu'on ne peut séparer et délimiter d'une manière rigoureuse l'état de conscience que nous appelons une pereep' tion^ mais qu'il se fond insensiblement dans d'autres de la même espèce, simultanés ou successifs, et d'autres que nous considérons comme d'espèce différente et que nous classons

comme supérieurs ou inférieurs à lui. A l'une de ses extrémités, la perceplion devient raisonnement, par Tautre^ elle confine à la sensation. Elle peut comprendre des rapports innombrables coordonnés simultanément; elle peut ne contenir qu'un simple rapport. On ne peut séparer une perception^ ni des perceptions naissantes qui coexistent avec elle, ni des perceptions qui la suivent (si l'objet perçu est en mouvement) . De sorte que, quoique le terme perception soit très-convenable dans Tusage vulgaire, il faut comprendre qu'en réalité, il ne répond à aucune division scientifique.

§ 353. La seule distinction valable qu'on puisse tracer, est celle entre la perception et la sensation. Quoique, de temps en temps, les anciens philosophes y aient fait allusion d'une manière plus ou moins distincte, ce n'est que dan« les derniers temps que cette différence a été reconnue d'une manière courante, et ce n'est que récemment que le rapport entre les deux a été formulé d'une manière précise par sir William Ilamilton. Il dit que : « passé un certain point, plus la sensation est forte^ plus la perception est faible; et plus la perception est distincte, moins la sensation s'impose : en d'autres termes, quoique la perception propre et la sensation propre n'existent qu'autant qu'elles coexistent, il se trouve toujours que, sous le rapport du degré d'intensité, elles sont en raison inverse l'une de Tautre. » Avant de faire aucune critique de cette doctrine^ qui me semble plutôt l'esquisse de la vérité que la vérité elle-même, il est nécessaire d'établir la signification exacte des mots sensation et perception proprement dites.

Évidemment toute sensation, pour être connue comme telle, doit être perçue, doit devenir un objet de perception; et par suite, à ce point de vue, toutes les sensations sont des perceptions. La simple affection physique de l'organisme ne constitue pas une sensation proprement dite. Suis-je absorbé dans mes pensées, je puis être exposé à une chaleur excessive venant du feu, à la pression désagréable d'un siège trop dur, ou au bruit continuel qui vient de la rue : cependant, quoique

254 ANALYSE SPÉCIALK.

mes organes sentaots soient décidément affectés^ je puis rester sans avoir conscience de ces affections; je puis n*en avoir conscience que quand elles dépassent un certain degré dMntensité, et c'est alors seulement qu'on peut dire que je les éprouve à titre de sensations. De pins, dans la sensation propre, nonseulement je considère l'affection organique comme une affection qui m'est propre, comme un état de conscience qui est en rapport avec d'autres états, mais je la considère encore comme existant dans une partie de mon corps, comme ayant certains rapports de position. Je perçois où elle est. Mais quoique^ à ce point de vue, la sensation doive être regardée comme une espèce de perception, ou verra facilement qu'elle diffère grandemeut de la perception proprement dite, de la connaissance d'un objet externe. Dans un cas, ce qui occupe la conscience, c'est quelque chose qui est considéré comme appartenant au mot; dans l'autre, c'est quelque chose considéré comme appartenant au non-moi. Et c'est là cette sensation propre et cette perception propre qu'on dit coexister et être, sous le rapport de rinteusité, en raison inverse l'une de l'autre.

Mais cette affirmation n*est pas tout à fait exacte. On le verra, je pense, en examinant avec soin les faits, tels qu'ils sont déterminés par l'expérience. Posons le doigt sur quelque chose de dur et rugueux, par exemple un bloc de pierre brisée, sur le dos de quelque coquillage de mer garni d'aspérités, ou sur quelque objet capable de donner une impression tactile un peu complexe. Entre le degré de pression qui appartient au toucher ordinaire et la pression que son intensité rend douloureuse, il y a beaucoup de degrés : et la doctrine de sir William Hamilton implique que si l'on commence au degré de pression nécessaire pour une perception distincte, et qu*on l'augmente graduellement jusqu'à ce que la douleur devienne insupportable, la perception décroît peu à peu en vivacité, tandis que la sensation croit peu à pou en vivacité ; mais que ni au commencement, ni à la fin^ l'une des deux ne peut

exclure Tauire. Les faits soDt-ils d'accord avec cette assertion? Je ûe le peose pas. Tant que dure une pression légère, on voit que la conscience n'est tout entière occupée que d'une chose, la surface et ses irrégularités ; elle ne pense aucune* ment aux sensations par lesquelles cette surface et ces irrégularités lui sont connues, et pour faire attention à ces sensations (subjectives), plutôt qu aux phénomènes objectifs qu'elles impliquent^ il faut un effort marqué, et quand on y pense, il y a là un état de conscience tout à fait distinct du premier. Si la pression croit graduellement, il n*y a pas décroissance graduelle dans la vivacité de la perception et croissance dans la vivacité de la sensation, mais la conscience reste, comme auparavant, toute occupée de la surface, dont la dureté et les aspérités sont mieux connues à mesure que la pression augmente; et quoique la sensation soit plus aisément pensable qu'auparavant, et soit saisie d*une manière plus distincte quand on y pense, cependant on ne peut la penser que par un second état de conscience qui n'est pas renfermé dans l'état originel. Mais maintenant, si la pression croit assez pour produire décidément une douleur, alors il se produira un état de conscience tout à fait différent, dans lequel la chose considérée estraffection subjective et non sa cause objective. Quand la douleur atteint une intensité considérable, on trouve que non-seulement la perception a tout à fait cessé, mais qu'on ne peut la rappeler dans la conscience que par un effort. Et Ton verra très-clairement que, si la nature de l'objet qui produit la pression douloureuse n'était pas connue par avance, elle serait entièrement inconnaissable. Eu généralisant ces faits, il semble donc qu'au lieu de dire que la perception et la sensation varient en raison inverse, il serait plus juste de dire qu'elles s'excluent mutuellement, avec une force variable en degrés. Quand les sensations (considérées simplement comme des changements physiques dans l'organisme) sont faibles, le phénomène objectif qu'elles représentent nous occupe seul : les sensations sont complètement exclues de la conscience et

ne peuvent y être ramenées sans un effort marqué. Quand les sensations deviennent un peu plus intenses, la perception reste encore également vive, continue à occuper seule la conscience; mais quand par leur intensité croissante les sensations tendent à entrer de force dans la conscience, il faut moins d'efforts qu'auparavant pour qu'elles deviennent le sujet delà pensée. Graduellement, à mesure qu'augmente l'intensité des sensations, on approche d'un point où la conscience est occupée, autant par elles que par le fait externe qu'elles impliquent : à ce point, on peut penser avec une égale facilité, et aux sensations et à leur objet; et chaque élément tend au plus haut point à distraire notre attention de l'autre. Si l'intensité des sensations croit encore plus, elles commencent à occuper la conscience à l'exclusion de la perception, qui cependant peut encore être ramenée dans la conscience par un léger effort. Mais si, finalement, les sensations atteignent une extrême intensité, la conscience est si bien absorbée par elles, qu'il est impossible de penser sans un grand effort à l'objet qui les cause, si même on le peut \

* Ceux qui souhaitent vérifier cxpérioientalement cette théorie, doivent se rappeler que le seul fait d'observer les phénomènes courants de conscience, introduit un nouvel élément dans la conscience, lequel tend plus ou moins à altérer le processus qui se produit actuellement. Ces observations doivent être faites indirectement plutôt que directement ; on doit les faire, si c'est possible, non pendant, mais immédiatement après les expériences ajipropriées.

Ce qui précède a été écrit en 1855; il s'est présenté depuis quelques vérifications intéressantes, dont deux récemment. Dans le Nature du 18 août 1870, M. llayward, rendant compte de ses travaux sur les couleurs, remarque entre ses yeux une différence en ce qui touche le degré d'appréciation. L'œil qui apprécie le moins les couleurs apprécie le mieux les formes. Même remarque de la part de M. Marshall, dans le même journal, t*' sept. 1870. — Avant d'avoir connaissance de ces laits, je supposais que si en regardant un paysage, en tournant les yeux dans un sensinverse, les couleurs deviennent plus vives, cela vient d'un changement dans la distribution des couleurs tombant sur la rétine, — changement tel que chaque partie reçoit une sorte de lumière inaccoutumée et est, par suite, plus sensible. Mais cela n'est pas la cause principale; la véritable interprétation, comme le montrent les témoignages que j'ai cités plus haut, se trouve dans ranlagonisme entre la sensation et la perception. Quand on regarde les objets de la façon accontumée, l'occupation principale de la conscience, c est d'interpréter les impressions faites sur la rétine ; elle est remplie par les associations d'idées qui font connaître les objets comme étant Wls ou tels. Mais quand la vision eat intervertie ou que les yeux sont placés de façon

Et maintenant, en réalité, qu'est-ce au fond que cette exclusion mutuelle? N'est-ce pas un exemple de ce fait général, que la conscience ne peut être à la fois dans deux états distincts. Je ne puis savoir que j*ai une sensation sans avoir^ pour le moment, mon attention occupée par cette sensation seulement; je ne puis connaître Tobjet externe qui la cause, sans avoir, pour le moment, mon attention occupée par cet objet externe seulement^ et si Tune de ces deux connaissances se produit, l'autre cesse si, comme Taffirme sir William Hamilton, les deux connaissances coexistent toujours, quoique leurs intensités soient inverses. Alors il doit arriver que, si Ton part de l'un des deux extrêmes et qu'on en change lentement les conditions, de sorte que la connaissance la plus distincte

I changer tous ces rapports de forme et de distribution des parties qui font que nous reconnaissons les objets, alors les associations d'idées ne se produisent plos facilement, et la conscience en reste d'autant plus occupée par les sensations de couleur de l'image reçue.

Et ceci nous conduit naturellement à Tinterprétation physique de cet antagonisme. Lorsque d'un objet, tel qu'un coquillage, se transmet à un centre nerveux une onde modérée de changement moléculaire, due k la pression produite sur l'extrémité des doigts, aussitôt ces ondes se propagent à d'autres centres à travers des plexus de fibres ; là s'éveillent les senliments corrélatifs qui composent la conscience de forme visible, position relative, etc. Ces actions nerveuses associées étant presque automatiques, il est impossible de les arrêter. Par la voie accoutumée s'échappe une onde nerveuse qui, si elle était arrêtée, serait l'équivalent des sensations tactiles; mais elle est si instantanée qu'on ne la reconnaît pas sous cette forme, et la conscience est remplie tout entière par les idées associées de forme, d'apparence et autres inductions : — il y a perception.

Maintenaot supposons une pression plus forte qui augmente beaucoup Tonde nerveuse afférente. Les diverses voies suivies par Tinflux nerveux et le centre nerveux étant remplies, autant qu'elles le peuvent, par les ondes de mouvement moléculaire, ne transmettent pius aussi rapidement la décharge entière, et ce trouble dans le centre tactile lui-même qui répond à la seosatiou du loucher devient un élément plus considérable; c'est-à-dire que la sensation tactile peut être plus facilement gardée dans la conscience. Quand la pression a été assex forte pour causer de la douleur, ces plexus par les(|uels les ondes nerveuses éveillaient les associations d'idées appropriées, n'arrivent plus à épuiser la force qui leur est transmise. Ce surplus devient si grand et la sensation corrélative devient si intense, que les éléments associés dans la conscience s'obscurcissent : — la sensation prédomine maintenant, et la perception disparalt.En se reportant à la Synthèse tpécialef | 211, le lecteur verra que cette explication s'accorde avec celle donnée du rapport entre l'action nerveuse consciente etl'adioo nerveuse inconsciente, et est vérifiée par elle.

258 ANALYSE âP£CIAL£.

présentement pour Tesprit deyienne graduellement la moios distincte, tandis que l'autre devient graduellement la plus distincte ; alors il doit arriver un moment où elles seront toutes deux également distinctes, — celui où les phénomènes subjectifs et objectifs seront pensés avec un clarté égale, - ce qui est impossible. Il est très-vrai, comme on Ta montré plus haut, que, sous un tel changement de conditions, il arrive un moment où les phénomènes, soit subjectifs soit objectiCs, attirent à un égal degré Tattention et sont pensés allemaiive' men^ avec une égale facilité. On peut admettre môme que, tandis que Tun est pensé, Tautre naît dans la pensée. Mais c^est tout à fait différent de dire qu'ils occupent la conscience ensemble. § 354. On comprendra encore mieux ce que c*est que la perception el la sensation proprement dites, et Tobjet du présent chapitre sera encore mieux élucidé, si l'on considère Topposition de ces deux états à la lumière des précédentes analyses. On a trouvé que, dans tous les cas, la perception est rétablissement de rapports déterminés entre des états de conscience, et qu'elle se distingue ainsi de rétablissement des états de conscience primaires eux-mômes.Dans l'appréhension d'une sensation, l'esprit est occupé par une seule affection subjective;dansrapprébeusionde l'objet externe qui laproduit^l'esprit est occupé par un rapport ou des rapports entre cette affection et d'autres, soit présentes soit passées. La sensation ne peut être connue que comme un état de conscience indécomposable. L'objet extérieur ne peut être connu que comme un état de conscience décomposable, dont on reconnaît que la nature est telle ou telle en vertu de la manière spéciale dont sont unis les états qui le composent. Maintenant, considérer d'une part un état de conscience spécial et d'autre part les rapports spéciaux entre des états de conscience, ce sont là des actes mentaux tout à fait différents; des actes qui peuvent ôtre produits sous forme de succession immédiate, mais jamais simultanément. Connaître un rapport, ce n'est pas connaître simplement les termes entre lesquels il subsiste. Quoique, quand on

perçoit un rapport, on commence aussi à percevoir les termes^ et vice versa^ cependant un examen attentif nous montrera qu'il y a dans la pensée une transition distincte des termes au rapport et du rapport aux termes. En somme, tout aboutit à cette question : Comment pensons-nous un rapport indépendamment des termes entre lesquels il subsiste? Ce qui le prouve^ c'est ce fait que sir William Hamilton,tout en paraissant admettre que c'est quelque chose de plus^ dit lui-même « qu'à un certain égard,la perception proprement dite est une appréhension des rapports des sensations entre elles. >» Si l'on joint cette doctrine avec ce qui a été précédemment examiné, on voit que, d'après l'hypothèse même d'Hamilton^ il est manifestement impossible de soutenir que les sensations et les rapports qui les unissent peuvent être simultanément pensés avec des degrés égaux de distinction, ou même avec tout autre degré relatif de distinction.

La seule remarque qui reste à faire ici, c'est que la perception ne peut être définie avec exactitude: « Une appréhension des rapports des sensaliom entre elles, d vu que dans beaucoup de perceptions quelques-uns des éléments ne sont pas présentés à la conscience, mais bien représentés. Lorsque nous passons le doigt sur une surface rugueuse, la perception contient beaucoup plus que la coordination des sensations immédiatement éprouvées. Elle contient, outre ces sensations, le souvenir des impressions visuelles produites par une pareille surface^ souvenir que nous ne pouvons bannir de notre esprit et dans la suggestion duquel consiste en grande partie la perception. De même, quand nous considérons quelque objet,on peut remarquer que les objets situés sur le bord extérieur du champ de la vision sont reconnus plutôt par représentation que par présentation. Si, sans mouvoir ses yeux, l'observateur se demande ce qu'il perçoit actuellement de ces objets hors de sa portée, il trouvera qu'ils font simplement sur lui l'impression de morceaux de couleur mal définis; que sans ses expériences extérieures, il ne saurait pas ce que signifieal cft>%

morceaux; et que pour percevoir ce que sont ces objets, il ajoute aux impressions vaguement présentées quelques impressions représentées et comparativement distinctes. Et ce qui arrive manifestement pour les perceptions de cet ordre, arrive sous une forme ou Tautre pour toutes les perceptions. En fait, quand on les analyse jusque dans leur fond, on trouve que toutes les perceptions sont des perceptions acquises. De sa forme la plus simple jusqu'à la plus complexe, la perception est essentiellement un discernement {diagnom).

§ 355. Pour exprimer finalement, sous sa forme laplusgénéraie, la vérité dont on a donné diverses explications de détail : - La perception consiste à apercevoir une relation ou des relations entre des états de conscience, en partie présentés et en partie représentés , lesquels états de conscience ne nous sont eux-mêmes connus que dans la mesure où leurs relations le sont.

Sous sa forme la plus simple (forme dont cependant un esprit adulte a peu ou point d'exemples), la perception n*est que la conscience d*un rapport unique. Plus communément il y a un certain nombre de rapports qui sont simultanément présentés ou représentés , et les rapports entre ces rapports sont connus . Très-fréquemment les objets de la perception sont des rapports de rapports : comme quand on regarde quelque corps solide voisin. Enfin, très-souvent la perception a pour objet des rapports encore plus abstraits : comme quand nous observons les mouvements d*un animal, lesquels nous sont connus comme des rapports entre certains rapports trèscomplexes de position actuellement présents et certains autres qui viennent de passer.

n faut remarquer, de plus, qu*à mesure que les degrés de perception s'élèvent, il y a accroissement non-seulement dans le nombre et le degré d'abstractions des rapports qu'on saisit ensemble, mais aussi dans la variété de leurs espèces. Nous coordonnons dans une seule pensée, ou du moins dans ce k qui nous parait tel^ de nombreux rapports de position, d'étcn-

due» de coexistence, de séquence, de degré dans toutes les qualités sensibles.

Ajoutez à cela que, comme on Ta précédemment montré pour chaque cas spécial^ Tacte de la perception consiste dans rétablissement d'un rapport de ressemblance entre le rapport ou les groupes de rapports qu'on examine, et quelque rapport ou groupes de rapports antérieurs , consiste à l'assimiler à des rapports ou groupes de rapports semblables et antérieurs , à la classer avec eux.

§ 356. Et maintenant il ne reste plus qu'à appliquer aux rapports eux-mêmes l'analyse que nous avons poursuivie jusqu'ici. Par un procédé continu de décomposition, nous avons trouvé que nos opérations intellectuelles en particulier consistent dans l'établissement de rapports et groupes de rapports entre les états de conscience primitifs et indécomposables, produits en nous par nos propres actions et par l'action des choses environnantes. Mais qu'est-ce que ces rapports ? Ils ne peuvent être rien de plus que certains états de conscience secondaires produits par l'union des états primaires. Comme nous ne pouvons dépasser la conscience, nous ne pouvons connaître un rapport qu'à titre de modification de la conscience. Les modifications originelles de la conscience sont les sentiments produits en nous par des activités subjectives et objectives; et c'est des combinaisons de ces modifications originelles que doivent résulter toutes les modifications ultérieures de la conscience. Quelles que soient leur espèce et leur composition, ce que nous appelons rapports ne peut être pour nous rien de plus que les modes selon lesquels nous sommes affectés par la comparaison des sensations ou de souvenirs de sensations ou des deux. Par suite, ce que nous avons maintenant à faire, c'est d'abord de résoudre les espèces spéciales de rapports en espèces plus générales , et puis de déterminer quels sont ces derniers phénomènes de conscience qu'expriment les rapports primordiaux.

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