‹ Principes de psychologieChapitre 27 sur 76 · RAPPORTS DE COÉTENDUE ET DE NON-COÉTENDUE · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE COÉTENDUE ET DE NON-COÉTENDUE

§ 363. Comme on Ta montré en traitant de l'espace et des attributs statiques du corps^ tous les modes d'étendue peuvent se résoudre dans des rapports de positions coexistantes. L'espace nous est connu comme consistant en une infinité de positions coexistantes gui ne résistent pas, le corps comme un amas de positions coexistantes qui résistent. La plus simple étendue donc^ comme celle d'une ligne, doit être considérée comme une série de positions coexistantes^ des lignes égales comme des séries égales de positions coexistantes» et la coétendue comme l'égalité de séries distinctes de positions coexistantes, c'est à dire comme une identité dans le nombre de positions coexistantes que ces séries renferment.

On a longuement expliqué ce fait : qu'une série de positions coexistantes est connue d'un esprit adulte par Texcitation simultanée de quelque série d'agents sensitifs indépendants^ distribués sur la surface du corps, soit par ces agents extrêmement petits et étroitement rapprochés qui constituent la rétine, soit par ces agents plus rares et en même temps moins individuels qui sont propres à la peau. On a aussi expliqué que l'excitation simultanée d'une série d'agents de cette sorte, en vient à être connue de nous comme équivalente à leur excitation sérielle; ou plutôt : une série d'états de conscience que nous connaissons comme ayant des positions successives, se transforme en un état de conscience presque simple dans lequel ces états composants sont présentés dans des positions synchroniques ou des positions coexistantes. On a expliqué aussi que ces positions coexistantes ne peuvent être connues

comme telles que par rétablissement préalable des positions sérielles auxquelles elles correspondent, que grâce à ces excitations sérielles de la conscience qui résultent du mouvement des images sur la rétine et des objets sur la peau. D'où il suit que tandis qu'il arrive que l'étendue nous est connue par un état de conscience presque simple, produit par l'excitation simultanée d'un certain nombre de nerfs tactiles ou visuels, indépendants les uns des autres, à l'origine cependant elle nous est connue par une série d'états produits par l'excitation successive de ces nerfs. A cela ajoutez que ces excitations simultanées, étant simplement les équivalents des signes des excitations successives sur lesquelles elles sont basées et auxquelles elles sont toujours réductibles, il s'ensuit que ce sont ces excitations successives qui doivent finalement exprimer tous les phénomènes d'étendue considérés subjectivement.

Réduite à ses termes les plus simples, l'étendue est donc connaissable à titre de série d'états de conscience, mais quelle série ? La conscience traverse continuellement une série d'états, et cependant elle ne s'occupe pas toujours de l'étendue. Tout d'abord donc la série doit être considérée comme étant plus ou moins homogène. Les états successifs qui la composent doivent être non de diverses sortes, mais d'une seule : ils doivent être de même nature. Mais ce n'est pas encore assez ; car il y a diverses successions d'états de même nature qui ne produisent pas cependant l'idée d'étendue, par exemple^ les successions produites par le chaud^ une odeur, un son continu. Par suite donc, l'étendue, telle qu'elle nous est connue originellement, doit consister en une série d'états de conscience de même nature, d'un ordre spécial : et comme on l'a précédemment montré, cet ordre spécial d'états doit être produit par les sensations réunies de mouvement et de toucher. A Torigine donc, deux étendues égales nous sont connues comme étant deux séries égales de sensations tactiles et motrices. Et la coétendue, réduite à ses derniers termes, représente une égalité de longueur de ces séries^ c'^^W-ÔlVc^ x«i^

égalité dans le nombre des états que chacune renferme. On pourrait faire à cette définition deux objections. On peut faire remarquer avec une vérité apparente que c'est une impropriété de langage d'appeler série d* états de conscience ce que nous sentons quand nous promenons un doigt sur notre peau, vu que les sensations de mouvement et de toucher sont continues, ne sont pas séparées en sensations successives. Mais sans parler de ce fait que les nerfs qu'excite Tun après l'autre Taitouchement du doigt, étant en réalité indépendants, doivent actuellement envoyer au scnsorium des sensations successives, il suffira de dire que, quoique, dans les cas de cette sorte, Tétat de la conscience puisse paraître continu et homogène, en fait cependant il est résoluble en un grand nombre de parties séparées. Une courte réflexion montrera que, durant Tun de ces états de conscience, produit par uue sensation persistante, et qui parait homogène, l'attention est occupée trausitoirement par diverses autres choses^ — par des objets environnants, des sons, l'idée du moi^ etc., etc. D où il est clair que nous sommes sujets à prendre pour un état de conscience non interrompu un état qui est en réalité interrompu par divers états accidentels, par des pensées passagères qui, en le traversant, servent à le diviser en parties, et à le ramener à une série d'états. La seconde ob* jection, c'est que la coétendue étant déterminée ordinairementpar la juxtaposition des objets coétendus, elle n'implique pas comparaison entre deux séries d'états de conscience^ mais simplement cette observation que les extrémités des objets coïncident. Cela est vrai. Mais il est clair que cette manière de reconnaître la coétendue n'est qu'un artifice fondé sur cette expérience, que toutes les étendues qui nous sont connues séparément comme produisant des séries égales d'états, présentent toujours cette coïncidence de leurs extrémités lorsqu'on les rapproche. Et comme nous nous occupons ici non du signe artificiel de la coétendue^ mais de la notion de coétendue^ telle qu'elle se produit naturellement, Vobjection est

sans valeur : d'autant plus que jusqu'ici nous avons considéré non la conscience développée de la coétendue, mais la conscience primitive d'où natt le développement.

§ 364. Après ce qui a été dit, on comprendra aisément quelle est la nature de notre conscience de la coétendue^ quand elle est parvenue à son développement. Les impressions successives par lesquelles l'étendue nous est donnée à l'origine, s'étant transformées en impressions simultanées, grâce à un procédé plusieurs fois décrit, — la chaîne entière des états de même nature^ que nous connaissions d'abord dans leurs positions sérielles, nous étant devenue connue dans leurs positions coexistantes, ^ il s'ensuit qu'il en résulte des états de conscience bien unis ensemble qui peuvent être comparés; leur ressemblance et dissemblance peuvent être reconnues tout aussi bien que celles des séries d'états dont ils sont l'équivalent : ou plutdt on peut les connaître comme semblables ou dissemblables, parce que les séries auxquelles ces états équivalent nous sont connues comme semblables ou dissemblables. Quand deux lignes égales projettent leurs images sur la rétine^ la rangée d'éléments sensitifs que chacune excite, nous ayant été d'abord connue comme formant une série d'états de conscience, et les deux séries nous étant connues comme étant des séries égales^ il est évident que l'égalité peut s'affirmer des étals réunis en un, comme elle l'a été des états formant série. Chacun de ces états consolidés (réunis en un), est produit par l'excitation simultanée d'un certain nombre de nerfs indépendants, d'une espèce particulière ; et considérie physiologiquement, cette ressemblance de deux états qui constitue l'intuition en question, résulte d'une ressemblance dans le nombre*et la combinaison des nerfs indépendants affectés simultanément '. -

f J*ajon(erai que Texpérieuce prouve que l'estimalion (Tune étendue donnée, varie selon le nombre de flbres nerrenses indépendantes existant dnns la surface qui est afleclée par cette étendue. C'est on des résultats établis par Weber que deux points situés à une certaine disttnee tentent comme s'ils étaient plus éloi^aé^

Il 7 a quelque chose de plus impliqué dans ce qui précède: c*e8t Texcitation simultanée des nerfs indépendants qui nous donnent la notion de coexistence comme substratum de celle de rétendue et par conséquent de celle de la coétendue. Ce n'est pas, comme on va le montrer, par cette excitation simultanée qu'est révélé originellement à la conscience le rapport de coexistence ; elle ne peut être révélée qu'après que l'expérience a prouvé l'indépendance de ces nerfs dont l'excitation est simultanée: cependant ce n'est que quand elle a été révélée que rétendue et la coétendue, telles que nous les comprenons, peuvent être conçues , vu que l'étendue implique la coexistence dans les parties de l'objet étendu, et de même la coexistence implique une dualité qui est impossible sans espace. L'étendue, donc, telle qu'elle est connue par un esprit adulte, étant composée de plusieurs consciences élémentaires de coexistence, le rapport de coétendue ne peut être complètement analysé, si Ton n'analyse le rapport de coexistence. La nature de notre conscience de la coexistence n'a été éclaircie qu'incidemment ; cela nous permet cependant de définir le rapport de coétendue, considéré subjectivement: Deux états de conscience composés^ visuels ou tactiles, semblables sous le rapport du nombre et de Tordre des rapports élémentaires qu'ils renferment; ces états de conscience composés étant produits par l'unification d'états qui nous étaient connus à l'origine comme sériels.

A cela il faut ajouter, par amour de la régularité, que le rapport de non-coétendue peut se définir. La dissemblance de deux pareils états de conscience.

Tun de l'autre, lorsqu'ils sont situés dans une partie du corps très-sensible, que quand ils sont dans une partie ayant peu de sensibilité. (Baïn, Les sens et Vinidligence). Ces résultats s'harmonisent très-bien avec les conclusions des précédenU chapitres, en particulier dans le { 333, sur cette estimation exagérée de Fetpace qui accompagne certains états anomaux.

Page 1