CHAPITRE PREMIER
§ 384. Lorsqu'au début oo examioait le but de la psychologie, on a montré (§ 53) que « ce qui distingue la psychologie des sciences sur lesquelles elle s'appuie^ c'est que chacune de ses propositions tient compte à la fois des phénomènes internes liés entre eux et des phénomènes externes liés
entre eux auxquels ils se rapportent Supposons que A etB
soient deux phénomènes du milieu environnant^ ayant entre eux un rapport (par exemple la couleur et la saveur d'un fruit) : tant que nous examinons le rapport en lui-même^ ou comme associé à quelque autre phénomène externe, nous ne nous occupons que d'une portion de science physique. Supposons maintenant que a et b soient les sensations produites dans l'organisme par cette lumière particulière que le fruit
réfléchit et par l'action chimique de son jus sur le palais
alors nous passons dans le domaine de la psychologie» du moment que nous recherchons comment il existe dans l'organisme un rapport entre a et b qui correspond d'une façon ou de l'autre au rapport entre A el B. »
Le problème de la psychologie ainsi posé présente divers aspects, selon que le point dominant est telle-ou telle des dé-
pendances mutuelles entre ces rapports. Si nous nous rappelons que la loi du rapport AB est le problème de la science objective, laquelle prend pour accordé que a b lui répond, nous devons remarquer que le problème de la science subjective est divisible en deux problèmes, selon qu'elle recherche la nature de la connexion a b (le reste étant pris pour accordé) , ou selon qu'elle recherche la nature de la connexion entre a b et A B. Si nous représentons par une figure ces rapports mutuellement dépendants, et si nous supposons connus A B, -^ ^'11 ^ i*"^ r^ et la connexion de A avec \ / a et celle de B avec 6, nous
\ / avons à nous demander de
^ ^ quelle façon s'établit la
V / correspondance du rapport
oi\ /à a b avec A B. D'autre part, si
y ,r- -^ - nous supposons a b connus,
nous pouvons nous demander comment sont connues les autres dépendances réciproques, si nous avons quelque garantie pour affirmer la connexion d'à avec A et de b avec B , et si cela est, quelle est cette garantie.
Dans les précédentes parties de cet ouvrage, le premier de ces problèmes a été étudié sous ses divers aspects. Prenant pour accordés AB (l'objectif) et sa connexion avec a b (le subjectif) , nous avons examiné comment s'est établie la correspondance du subjectif a 6, et nous avons étudié la question d'abord synthétiquemcnt, ensuite analytiquement. Il nous faut maintenant aborder un autre problème : la théorie de la connexion entre AB et ai'. En d'autres termes, il nous faut passer d'une recherche sur la nature de Tespril humain à une recherche sur la nature de la connaissance humaine. Ce problème, qui est le dernier, a été traité généralement comme le premier. En examinant les conditions du problème, on verra combien il est peu vraisemblable qu'on arrive ainsi à un succès.
§ 385. La connaissance implique quelque chose de connu
et quelque chose qui connaît ; d*où il suit qu'une théorie de la connaissance est une théorie des rapports qui existent entre ce qui est connu et ce qui connaît. Examinons la différence de ces trois choses.
Ici, d'un cAté, il y a un agrégat de propositions qui ont rapport aux objets; et nous regardons chaque groupe de ces propositions, celles, par exemple^ qui constituent la science de Tastronomie, comme exprimant certaines connexions qui continuent d'exister, que la conscience continue d'exister ou non. Là, d'un autre c6té, il y a un agrégat de propositions qui ont rapport aux états de conscience ; et nous regardons ces propositions comme exprimant certaines connexions qui continuent d'exister indépendamment de la persistance de toute autre connexion. Ici, maintenant, nous avons certaines propositions qui n'affirment aucune connexion entre les choses, ni parmi les pensées, mais qui affirment des connexions entre les choses et les pensées. Ou, pour parler plus exactement, bien que ces propositions affirment implicitement certaines connexions parmi les choses et certaines connexions parmi les pensées, — connexions qui en senties éléments indispensables, — cependant les connexions qui les intéressent immédiatement, sont celles qui existent entre les choses et les pensées. Si donc nous distinguons une science objective, ou théorie du connu, et une science subjective, ou théorie de ce qui connaît^ il est évident qu'une théorie de la connaissance qui répond à ce qu'on appelle communément métaphysique, est une coordination des deux premières. Et, s'il en est ainsi, une théorie vraie de la connaissance implique une théorie vraie de ce qui connaît, et une théorie vraie de ce qui est connu, puisqu'une erreur dans l'un ou l'autre des facteurs doit impliquer une erreur dans le produit. En un sens, sans doute^ les trois questions sont résolues directement, si l'une d'elles Test, Mais tandis qu'une théorie vraie de la connaissance est impossible sans une théorie vraie de la chose qui connaît, et sans une théorie de la chose connue qui est vraie aussi loia
qu'elle va^ — et qu'il s'ensuit qu'un progrès vers une théorie vraie de Tun de ces trois points dépend d'un progrès vers la théorie vraie des autres, il est, je pense^ évident que, puisqu'une théorie vraie de la connaissance implique une coordination vraie de ce qui connatt et de ce qui est connu, cette théorie ne pourra être complète que quand seront complètes les théories de ce qui est connu et de ce qui connatt.
Le seul procédé qui donne quelque espoir est celui qui a été suivi, non par les métaphysiciens, mais par l'espèce humaine en général. Il consiste : — d'abord à accumuler et à classer des observations et des inductions imparfaites, comme celles qui constituent les possessions mentales des sauvages et des paysans. Ensuite, comme l'accumulation augmente, qu'elle s'organise et qu'elle se débarrasse de ses grossières erreurs, on observe comment les erreurs s'en séparent, et on acquiert de la sorte une conception grossière du procédé de la connaissance et du procédé de distinguer le vrai du faux. Cette théorie rudimentaire de la connaissance^ acceptée provisoirement, sert à purifier et à systématiser ultérieurement ce qui est connu. En même temps que s'accroit ce qui est connu, — que les erreurs sont chassées graduellement de la masse des vérités, et que l'on découvre souvent que des hypothèses sont mêlées à nos démonstrations, — il y a dans ce qui connaît en nous une activité continuelle et une opportunité continuelle d'examiner le processus delà connaissance, opportunité qui devient d'autant plus grande que l'antithèse entre les faits et l'imaginaire devient plus claire. Ainsi la théorie du connu et la théorie de ce qui connatt avancent pas à pas, se prêtant un mutuel secours, — chaque progrès ultérieur de l'une rendant possible un progrès ultérieur de l'autre. Au contraire, la théorie de la connaissance, qui croit en précisior à mesure que se précisent ses facteurs, est dans son progrt t vers l'état de théorie vraie d'un pas en arrière à Tégard ises facteurs; elle ne peut arriver à sa dernière forme -uw lorsque ces facteurs ont atteint la leur.
LA QUESTION FINALK. 3?1
Ce serait^ naturellement, une supposition absurde que de prétendre que les théories du connu et de ce qui connaît ont atteint leur forme définitive, et qu'une théorie définitive de la connaissance est actuellement possible. Mais si Ton accorde que la théorie du connu a été ramenée à une forme plus systématique, et que la théorie de ce qui connaît a été également mieux systématisée, on doit en conclure que nous sommes en état de reprendre Texamen de la théorie de la connaissance. Voyons où nous en sommes. — Les sciences abstraites sont depuis longtemps arrivées à un degré de développement suffisant. Les sciences abstraites concrètes ont fait d*assez grands progrès pour que nous puissions nous considérer comme comprenant les lois des actions physiques les plus importantes. Les sciences concrètes, qui ont pour objet les transformations continuelles des existences sensibles, prises en totalité, ou en groupes, ou en particulier, se sont développées séparément ea précision et en cohérence, — précision et cohérence qui sont devenues maintenant plus grandes par la reconnaissance de certaines lois qui dépendent de la transformation en général et en particulier. — D'autre part, l'examen des actions de ce qui connaît, a été poursuivi dernièrement à l'aide d'une estimation plus précise et plus complète du connu. Dans le volume précédent, la science objective nous a aidés à expliquer la genèse et la nature du processus de la connaissance; et dans la partie que nous venons de terminer, nous avons examiné d'une manière analytique le processus de la connaissance sous toutes ses formes, depuis les plus complexes jusqu'aux plus simples, et nous sommes arrivés à une conclusion sur ce qui est essentiel dans ce processus.
Etant ainsi préparés, nous avons à examiner de nouveau la théorie de la connaissance, et à voir quelle révision on peut en faire à l'aide de ces théories revisées du connu et de ce qui connaît.
§ 386. En faisant cela, nous acquitterons la promesse que nous avions faite implicitement dans les Premiers Principes,
322 ANALYî^E GÉNÉRALE.
en traitant des « Données de la philosophie. i> Là nous prétendions (§ 39) que (c rintelligence développée est formée de certaines conceptions organisées et consolidées dont elle ne peut se dépouiller, et qu^elle ne peut pas plus entrer en activité sans s'en servir, que le corps ne peut marcher sans l'aide de ses membres. Par quel moyen Tintelligence, tendant vers la philosophie^ peut-elle donc rendre compte de ces conceptions, et montrer ou leur validité ou leur invalidité ? Il n'y en a qu'un. On doit admettre comme vraies d'une manière pravi^ soire celles qui sont vitales^ et qui ne peuvent se séparer du reste sans amener la dissolution mentale. Les intuitions fondamentales qui sont essentielles au processus de la pensée^ doivent temporairement être acceptées comme indubitables^ et on laisse au résultat le soin de justifier Thypothèse de leur incontestabilité. » Nous prétendions plus loin (§ 40} que, a si l'on part de ces intuitions fondamentales acceptées provisoirement pour vraies» c'est-à-dire ^ acceptées provisoirement comme étant d'accord avec toutes les autres données de la conscience, la démonstration ou la réfutation de cet accord deviennent l'objet delà philosophie ; et la preuve complète de l'accord est la même chose que l'unification complète, qui est le but de la philosophie. »
Après avoir longuement exposé ce point, nous demandions de quelles données la philosophie avait besoin ; et après avoir jeté un coup d^œil sur leur genèse, nous acceptions comme ses données des conceptions primitives prises pour accordées dans chaque acte de la vie journalière, et mises hors question dans les investigations de tout ordre. Depuis lors nous avons poursuivi l'unification indiquée, et jusqu'ici nous avons trouvé partout l'accord requis. Nous avons maintenant à examiner ces hypothèses provisoires. Le processus d'unification, poursuivi dans les grandes classes de phénomènes distingués sous les noms de Biologie et de Psychologie, nous a menés à la fin à ces hypothèses elles-mêmes ; et la question qui se pose ici, c'est de savoir si elles peuNet^X feVx^ wsv\fiée^ avec le corps cohé-
rent de conclusious auquel nous a conduits leur acceptation. Car quelques critiques prétendent qu'une analyse dernière montre une incompatibilité irréconciliable entre ces données postulées de la conscience et les conclusions auxquelles mène la conscience interrogée autrement. Par suite, il devient nécessaire d^examiner de près ces postulats, et de vérifier les raisonnements de ceux qui rejettent leur validité.
§ 387. En d'autres termes» nous avons à examiner la question controversée du Sujet et de l'Objet. Nous avions pris pour datïira le rapport qui existe entre eux, en tant que divisions antithétiques de la totalité des manifestations de l'inconnaissable. L'édifice de conclusions que nous avions élevé sur ce datum doit être instable, si l'on prouve que le datum est ou faux ou douteux. Si l'idéaliste avait raison, la doctrine de révolution serait un songe.
On doit dont ici arriver à quelque résultat précis. L'examen critique doit nous forcer d'abandonner toutes les inductions que nous avons faites jusqu'ici. Nous devons être réduits à cette position, dont quelques-uns se satisfont apparemment, où l'on accepte deux croyances qui se détruisent mutuellement ; ou bien nous devons montrer que les raisonnements des idéalistes et des sceptiques sont erronnés. Il est à peine besoin de dire que la dernière hypothèse est le résultat auquel nous nous attendons.
CHAPrrRE n.
§388. Quand un écolier fait pour son maître une longue division, il est habituellement tenu d'en « faire la preuve. » Retourné à son pupitre, il multiplie le diviseur par le quotient et, s'il y en a un, ajoute le reste au produit. Supposons que le produit soit trouvé égal au dividende^ on peut en conclure que la division était bien faite ; mais si les deux nombres diffèrent, on en induit une erreur, soit dans la division^ soit dans le procédé qui a servi à la corriger. Supposons, toutefois, que Tenfant, tout en reconnaissant la diiFérence^ affirme que ses deux opérations ont été bien faites. Le maître en conclura qu'il est ou un impertinent ou un sot. Mais, sll est incontestable qu'il comprend les principes de l'arithmétique, et s'il n'y a aucune raison de douter de sa sincérité, le maître en viendra probablement à supposer un commencement de folie. Et s'il trouve en même temps que son élève^ dans ses rapports avec ses camarades, achète et vend dans la présomption que ses multiplications sont correctes^ bien qu'elles soient habituellement en contradiction avec les divisions dont il affirme également la correction, il en conclura que, s'il n'y a pas un commencement de folie, il y a une anomalie mentale inexplicable.
Au procédé intellectuel que nous avons supposé ici, substituons un procédé d'une espèce en partie difFérente, et nous aurons quelque chose qui ressemble à la position prise par les idéalistes et les sceptiques. Le parallèle est si complet, que, pour eux aussi, l'intelligence est amenée à résoudre un problème donné; que, par uti mod^ <iOTivç\!^\ft d'action de cette
iDtelligence, ils arrivent à une conclusion particulière ; que, par un autre mode d'action de cette intelligence, ils arrivent à une autre conclusion entièrement différente ; et que, tout en continuant d'affirmer la première conclusion, ils continuent de croire à la seconde : bien qu'à la vérité quelques-uns (comme Hume) admettent que a la nature, par une nécessité absolue et irrésistible, nous a forcés de penser » qu'une chose est vraie, bien que nous n'ayons aucune raison de faire cette conclusion.
Si j'insiste tant sur ce point, c'est dans le but de poser distinctement cette question : — Comment se fait-il que les métaphysiciens aient ainsi une foi inébranlable en un mode d'action intellectuelle, et qu'ils traitent avec un mépris comparatif le résultat auquel ils sont arrivés par un autre mode d'action intellectuelle? Comment se fait-il qu'ils aient une confiance sans limites dans leur division, et si peu de confiance dans la multiplication, qui sert à la corroborer? Pourquoi présument-ils implicitement que l'erreur est dans le procédé court plutôt que dans le procédé long?
§ 389. La réponse à cette question, c'est que les métaphysiciens estiment trop un mode particulier d'action mentale. Us présupposent implicitement l'autorité suprême de facultés très élevées, développées tout récemment, et qui les ont conduits à des conquêtes immenses, et ils font comme si cette supériorité était inconditionnelle. Par le raisonnement, on est arrivé à une foule de résultats merveilleux, et le raisonnement a excité une foi bien plus grande que celle qui lui est due.
Les causes prochaines d'efTets imposants s'attirent toujours un respect exagéré. Un exemple en est fourni parle sentiment prépondérant que l'on montre à Tégard de la presse, comme moyen d'instruction. « Je l'ai lu dans un livre» — est une phrase que Ton entend souvent chez des gens qui ont reçu une demi-éducation, et pour qui elle équivaut à « ce doit-être vrai.» On trouve le même sentiment, à un degré Yulfeù^wt ^ Owii* ^^^^m^ quî ont reçu une cducatîon supérieure. \Siie ^l^\m^>À.wv \«^Rk
par UD écrivain à deux sous la ligne^ ou la conclusion faîte dans Tarticle principal par un écrivain à vingt sous la Ugne» sont reçues avec un degré de confiance bien plus grand que celui qu'on accorderait à la personne elle-même. Nous pouvons découvrir la source de Tillusion dans la croyance qui a cours maintenant : que la nation doit être moralisée par les leçons qu'elle apprend dans les livres de classe. Le papier imprimé ayant été d'une manière évidente Tinstrument de la diffusion de l'instruction, et toute haute culture ayant été surtout acquise au moyen du papier imprimé^ il s'est établi entre la vérité et ce qui est imprimé sur papier une association, de telle sorte que beaucoup du respect que l'on accorde à l'un se reporte sur l'autre.
Il en est de même pour le raisonnement. Par lui^ nous sommes passés d'un petit nombre de notions simples, vagues, comme en possèdent les sauvages^ à ces vérités nombreuses, complexes et précises, qui nous servent maintenant de guide d'une manière si large. Il nous a aidés à explorer un univers comparativement auquel notre terre n'est qu'un grain de sable, et à découvrir la structure d'une monade comparativement à laquelle un grain de sable est une terre. Il nous a servi à compliquer et à perfectionner ces arts de la vie qui demanderaient des encyclopédies pour les décrire. Cela a produit naturellement un culte de la raison qui conduit quelques gens à supposer faussement que sa portée est sans bornes, et d'autres^ qui reconnaissent des bornes à cette portée, à supposer faussement que, dans ses bornes, ses données sont indubitables.
§ 390. Une autre influence a favorisé l'établissement de cette autocratie parmi les facultés. La raison a servi d'instrument pour réprimer les formes Inférieures du gouvernement mental, — le gouvernement par préjugé, le gouvernement par tradition, etc., et partout où elle les a remplacées, elle tend à jouer le rôle de despote à leur place. Pour le développement de l'esprit, comme pour le développement de la société, il semble que ce soil \i»i^ \o\ cja^ l'^ ^t^çjiès vers la
l'hypothèse des métaphysiciens. 3*27
forme de gouvernement la plus élevée se fasse en passant par des formes dont chacune établit un pouvoir qui n'est qu'un peu moins tyrannique que le pouvoir qu^elle remplace. Ou, pour changer la comparaison, nous pouvons dire qu'en supprimant d'autres superstitions, la raison devient elle-même un objet final de superstition. Dans les esprits qu'elle a délivrés de croyances incertaines, elle devient elle-même un objet de croyance incertaine. Elle absorbe, pour ainsi dire, la force de toutes les erreurs qu'elle a domptées ; et le respect que l'on a accordé sans examen à toutes ces erreurs en détail, on le donne en gros à la raison ; il se change en une servilité telle que l'on ne songe jamais à demander les lettres de
créance de ce pouvoir qui a chassé les erreurs.
En décrivant ainsi le culte de ce qui a supprimé les superstitions, et est devenu un objet de superstition finale, nous sommes plus près de la vérité littérale qu'il ne semble d'abord. Car ce culte implique l'hypothèse qu'en donnant à la conscience une forme particulière, on lui donne un pouvoir indépendant de celui qui lui appartient intrinséquemment. Le raisonnement, cependant, n'est rien de plus que la recoordination d'états de conscience déjà coordonnés d'une mar nière plus simple; et la recoordination ne peut pas plus donner aux résultats auxquels on arrive une valeur indépendante de celle que possèdent déjà les états de conscience antérieurement coordonnés, que la coupe d'un morceau de bois dans une forme particulière, ne peut donner à ce bois un pouvoir indépendant de celui que la substance du bois possédait déjà.
§ 391. Le fait remarquable, c'est que cette confiance excessive dans la raison, comparée aux modes inférieurs de l'activité intellectuelle, ne se vpit pas chez ceux qui sont arrivés avec elle à des résultats si étonnants. Les hommes de science^ maintenant, comme toujours, subordonnent les verdicts de la conscience auxquels on arrive par une opération médloi^ ^>\^ verdicts de conscience auxquels on arwe ^vix wol^ ^^^\^\^^
immédiate ; ou, pour parler plus exactement, ils subordoDDent les verdicts auxquels on arrive par un raisonnement prolongé et conscient à ces verdicts auxquels on arrive par un raisonnement qui est si près d*étre automatique qu'on ne doit plus rappeler un raisonnement. L'astronome qui^ par des raisonnements quantitatifs élaborés que nous appelons calcul, conclut que le passage de Vénus commencera tel jour, à telle heure, à telle minute, et qui au temps indiqué tourne son télescope vers le soleil et ne voit aucune tache noire entrant dans son disque, conclut à la fausseté de son calcul, — et non à la fausseté de ces actes de pensée relativement brefs et primitifs par lesquels il a fait son observation. Le chimiste dont la formule explique que le précipité isolé d'un composé nouveau doit peser un grain ^ et qui trouve que le poids est de deux grains, abandonne aussitôt le verdict de son raisonnement, et il ne songe jamais à mettre en doute le verdict de sa perception directe. 11 en est de même pour les classes d'hommes dont les efforts réunis ont conduit notre connaissance de l'univers à l'état cohérent et compréhensif qu'elle possède actuellement. C'est plutôt chez les spectateurs de ces grands exploits de la raison que nous trouvons cette estime exagérée de sa puissance ; et dans les esprits de ces spectateurs, son usurpation est souvent en raison inverse du commerce avec la nature.
Naturellement, on ne me soupçonnera pas de me ranger du côté de ceux qui subordonnent la raison à la foi. La question qui est en litige, c'est celle de la valeur comparative des croyances obtenues par une opération intellectuelle complexe et des croyances obtenues par une opération intellectuelle simple. Je mets un sursis à l'acceptation de l'hypothèse implicite que les procédés complexes sont relativement autorisés, et je demi^nde la garantie de cette hypothèse. J'attire l'attention sur le fait que les métaphysiciens, commençant avec cette hypothèse pour postulat, semblent ignorer d'avoir postulé quoi que ce soit, et qu'on pevAXe?» «rc^\fc\ ^tv\^\yc ^^xs^wsvAsc^i.
l'hypothèse des métaphysiciens. 329
de prouver que leur postulat a une plus grande certitude que le postulat contraire. Les verdicts de conscience sont de deux espèces : — les uns sont donnés par un processus comparativement direct, les autres sont donnés par un processus comparativement indirect. La majorité des hommes prend pour accordé que, lorsque les résultats de deux opérations sont en désaccord, les résultats obtenus par le procédé direct doivent être acceptés ; et les hommes de science qui emploient à la fois les deux procédés sont d'accord avec la majorité des hommes, en présupposant sans hésitation la supériorité du procédé direct. Le petit nombre des métaphysiciens, cependant, suppose que le procédé indirect est le plus élevé. Ici, au commencement de la critique de leurs conclusions, se pose la question : - Pourquoi le procédé indirect est-il supérieur? S'ils peuvent donner une réponse satisfaisante, ils établissent le droit d'en agir comme ils font. Sinon, l'illusion doit être aussi probablement de leur cAté que du côté de leurs adversaires.
Aussi probablement, ai-je dit; j'aurais du dire p/us probablement. Car ici nous n'avons qu'à demander la justification de leur hypothèse, pour trouver qu'il n'y a aucune manière de la justifier. Dans le procès de la raison conirelei perception, la raison prétend à une plus grande véracité. Si cette prétention est contestée, la raison ne peut faire plus que d'employer un procédé de la raison pour faire la justification. Mais la validité de ce procédé de la raison a elle-même besoin d'être prouvée, si la validité de la raison en général à besoin de l'être. La validité de la raison est déjà prise pour accordée dans un raisonnement par lequel on montre la véracité supérieure delà raison. Il ne peut y avoir là qu'une petitio prineipii déguisée. Si, de deux témoins appelés à témoigner chacun dans son intérêt, A afBrme une chose et B une chose contraire, B n'augmente pas sa crédibilité par des assertions qui supposent cette crédibilité accordée. La raison, donc, est absolument incapable de justifier son hypothèse . \i\\^ Xrj^^'^^^^ ^•^^« au commencement. Une hypothèse do\lTeç»\.eT^\^^t\^