‹ Principes de psychologieChapitre 40 sur 76 · ARGUMENT TIRÉ DE LA PRIORITÉ · texte numérisé non relu

ARGUMENT TIRÉ DE LA PRIORITÉ

ses jeux, se querelle avec ses frères^ et mène une vie dans laquelle les choses, les personnes, les lieux, les actes deviennent familiers, et sont traités d'une manière qui en implique une conception essentiellement semblable à celle qu'en ont les adultes. Dans le mémo temps, il acquiert une connaissance du langage suffisante pour comprendre et exprimer des propositions simples touchant les objets, les propriétés et les rapports. Mais maintenant^ demandons-nous à quel âge Tenfaut fait le premier usage d'un mot finissant en « ation^ x> et comment il se fait que la signification du mot « sensation y> ne peut lui être expliquée qu'après un certain temps. Le mot « sens^ » qui en compose la première partie, s'il est compris comme le nom général de l'ouïe, de la vue^ du toucher et de Todorat, reste pour longtemps imcompréhensible. La valeur de la terminaison « ation » ne peut par aucun moyen être connue, jusqu'à ce que le pouvoir de former des abstractions ait été considérablement développé. Aussi le mot doublement abstrait de a sensation » reste encore plus longtemps sans signification. Ce qui est également clair et même plus clair, c'est l'incapacité de l'enfanta connaître qu'il a des sensations, quand nous nous rappelons son incapacité à former une conception définie de sa pfopre individualité. 11 n'y a pas de marmot qui s'appelle lui-même « moi. » Il se regarde luimême comme un objet. Il s'entend appeler « petit Georges, » et il dit : <( Donnez au petit Georges, » quand il a besoin de quelque chose ; ou il nomme c< le petit Georges » comme la cause du mal, quand il s'est blessé lui-même. On n'entendra jamais dire à un enfant: «Je me suis blessé moi-même.» Cette synthèse de toutes les expériences et de tous les pouvoirs, passés et présents, qui constitue la conception du moi, est bien au delà de ce que peut faire une intelligence non développée. De sorte que ni le sujet ni le prédicat de la proposition: « J'ai une sensation, » ne peuvent même être employés séparément par un enfant, et à plus forte raison mis ensemble.

La notion de Tidentité personnelle, quoique plus développée dans le sauvage, Test encore si imparfaitement qu'elle ne peut former Tétat de conscience que le métaphysicien regarde comme primordial. Dans le langage des races les plus inférieures, il n*y a aucun mot répondant aux termes a esprit » et « idées. » L'homme non civilisé a, il est vrai, acquis la croyance à un autre lui-même qui s'absente dans les songes et, à la mort, quitte le corps pour un temps plus long; mais cet autre lui-même qu'il conçoit est simplement un duplicata, visible et tangible comme Test le corps. Il n'a aucun nom pour ce dont il est conscient ou pour ces agrégats de pensées et de sentiments appelés pour nous « conscience ; » et s'il désire nous faire cuuuattre le fait qu'il perçoit quelque chose qui n'est pas présent aux sens, il ne peut le faire qu'en assimilant sa perception à une vision externe, et son pouvoir interne à un œil *. De sorte qu'il est privé de cette conception de lui-même comme principe sentant, qu'implique la proposition des métaphysiciens, de la même manière qu'il est privé, ce qu'il a de commun avec l'enfant, de la notion de sensation. Il sufûl de nous rappeler que son langage n'a aucun mot général pour arbre^ considéré séparément des espèces particulières d'arbres, pour voir en même temps Tabsurdité qu'il y a de lui faire honneur de ces idées très-abalraites.

Il est superflu cependant d'aller chercher une preuve si loin. Un laboureur ou un fermier nous la fournira. Dites-lui que le son de la cloche de Téglise du village qu'il entend existe en lui-même, et qu'en l'absence de toutes les créatures il n'y aurait aucun son. Quand son ébahissement aura disparu, essayez de lui faire comprendre la vérité qui vous parait si claire. Expliquez-lui que les vibrations de la cloche sont communiquées à l'air, que l'air les transporte comme ondula-

* Je n'afQrme pas cela seulement comme une induction tirée des langages primitifs. Il y a quelque temps j*eus l'occasion de faire, sur ce point, des queiUoDs directes au docteur Théophile Hahn, qui était allé diez les Hottentots, qui possède complètement leur langage, et qui est complètement familiarisé avec leur mode de penser. Ses paroles vériflèreut eutièremeni ce qui était déduit à priori.

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