ARGUMENT TIRÉ DE LA PRIOPITÉ. S
tioDS OU pulsations, que ces pulsations frappent successivement la membrane de son oreille et la font vibrer, et qu'enfin ce qui eiiste dans Tair comme mouvement mécanique, devient en lui la sensation de son^ qui varie en degré comme ces mouvements varient dans leur rapidité de succession. Et maintenant, demandez-vous à vous-même quelles sont ces choses que vous lui dites; quand vous lui parlez de la cloche, de l'air, des mouvements mécaniques, entendez-vous les idées qu'il a de ces objets? Si vous le faites, vous tombez dans l'absurdité étonnante de supposer qu'il a déjà la conception que vous essayez de lui donner. Par la cloche, par Taîr, par les vibrations, vous entendez juste ce qu'il entend^ — c'est-à-dire autant d'actions et d'existences objectives ; et par aucun moyen vous ne pouvez lui parler de cette hypothèse, que ce qu'il connaît comme son existe en lui^ et non en dehors de lui, sans postuler, en commun avec lui, ces réalités objectives. Par aucun moyen vous ne pouvez lui montrer qu'il ne connaît que ses sensations, sans le supposer déjà conscient de toutes ces choses et de tous ces changements qui causent ses sensations.
Avant d'avoir atteint un état considérablement avancé de son développement mental, chaque homme pense que les propriétés n'impliquent pas seulement des objets, mais qu'elles sontobjectivementccqu'ellesluiparaissentétresubjectivement. Aidé par le « verre redresseur » dont on a parlé ci-dessus^ le métaphysicien lui-même^ embarrassé par des raisonnements compliqués^ ne manquera pas de rappeler que primitivement il regardait les couleurs comme inhérentes aux substances i qu'elles font distinguer, qu'il concevait la douceur comme I une propriété intrinsèque du sucre, et qu'il supposait que la I dureté et la mollesse résidaient dans les pierres et les chairs. Et peut-être il se rappellera que ce n'est qu'après un long exercice de sauts périlleux intellectuels qu'il a réussi à intervertir sa conception primitive^ de façon à penser l'impression produite sur lui comme quelque chose d'immèdxal^Tii^uV ^Q»xkw^^
cette contradiction entre les prémisses et la conclusion. Et cependant, en quoi cette contradiction difière-t-elle essentiellement de celle qui consiste à postuler implicitementles obj^ externes et à en tirer la conclusion que les sensations seules peuvent être connues, et que les objets qui en sont la cause sont hypothétiques ou même non existants?
En un mot, Targument de priorité, c'est que dans Tbistoire de la race aussi bien que dans Thistoire de chaque esprit, le réalisme est la conception primitive ; que c'est seulement après ravoir atteint et tenu longtemps pour indubitable qu'il devient possible de constituer la conception idéaliste, puisqu'elle repose sur la conception réaliste, et qu'alors, comme après, la conception idéaliste, dépendant de la conception réaliste, doit disparaître dès l'instant que la conception réaliste est supprimée.