ARGUMENT TIRÉ DR LA SIMPLICITÉ
§ 407. Un boulet tiré sur uue large placée à la distance de cent yards peut la marquer ; mais, s'il est tiré sur la même targe placée à la distance de mille yards, la probabilité de la manquer est beaucoup moindre. En passant sur un lac glacé d'une largeur d'un mille, il se peut que vous tombiez dedans; mais, si le lac glacé est large d'un mille^ il y a une moindre probabilité que vous tombiez dedans en le traversant. Pendant une course d'une heure en avril, il y a une chance médiocre que vous soyez pris par la pluie ; mais, si votre course dure tout le jour, votre chance d'être pris par la pluie est relativement petite. Ces propositions, qui paraissent si insensées, nous serviront d'exemple d'une manière étonnante pour éclaircir une espèce d'absurdité qui pénètre les conclusions métaphysiques.
Car, si nous comparons le processus mental qui aboutit au réalisme avec le processus mental qui est sensé aboutir à l'idéalisme ou au scepticisme, nous voyons que, abstraction faite d'autres différences, ils diffèrent énormément en longueur. L'un est si simple et si direct qu'il apparaît à première vue comme indécomposable, tandis que l'autre, long, compliqué et indirect est non pas simplement dccomposable, mais demande beaucoup d'ingéniosité pour le composer. Devonsnous alors penser que, dans le processus court et simple, il y a moins de danger de se tromper que dans le processus long et élaboré ; ou bien devons-nous dire, avec le métaphysicien, que, dans un processus long et élaboré, nous ne nous tromperons pas, tandis que nous nous trompons dans un processus
302 ANALYSE GENEUALK.
court? On objectera à cette comparaison que les deux processus diffèrent non-seulement en longueur, mais encore en nature. Cela est incontestable. Aussi nous verrons dans le prochain chapitre que le processus qui nous mène à la conception réaliste est qualitativement si supérieur que, les longueurs étant supposées égales, son résultat est bien plus vraisemblable que le résultat du processus qui nous mène à la conception idéaliste. Mais, sans se prévaloir ici de cette supériorité, les deux processus sont, d'autre part, si semblables qu'ils peuvent à bon droit être comparés au point de vue de leur longueur. Cela aura besoin d'une petite explication.
§408. L'argument métaphysique, quelle que soit son espèce particulière, commence habituellement par essayer de prouver que la croyance réaliste est un résultat d'induction. Tantôt dans un cas, tantôt dans un autre, on suppose que le lecteur admet que la chose présente à sa conscience est une sensation; que, par exemple, avec une sensation particulière de couleur se trouvent habituellement jointes, au moyen de certains mouvements, des sensations de dureté ou de mollesse, d'odeur, de toucher, de température ; que, quand il a de nouveau cette sensation particulière de couleur, il infère que ces autres sensations suivront s'il fait les mouvements appropriés ; que c'est là tout le contenu de sa conscience, et que, s'il pense qu'il y a un substratum objectif servant de cause à ce groupe de sensations, l'existence de ce substratum est une induction^ — et que le substratum inféré ne peut jamais être lui-même présenté à la conscience. Ainsi le métaphysicien montre que la croyance réaliste est atteinte au moyen d'une conclusion par un processus de raisonnement. Par conséquent, comme sa propre croyance est également atteinte par un processus de raisonnement, les deux processus sont comparables au point de vue de leur longueur. Voyons quel est le résultat de cette comparaison.
En premier lieu, la prétendue démonstration que la croyance iste est un résultat d'induction, consiste elle-même en