ARGUMENT TIRÉ DE LA SIMPLICITÉ
plusieurs inductions. Quel que soit le danger quMI y ait à faire rinduction réaliste, on encourt un danger encore plus grand à faire les inductions successives qui prouvent la nature inductive du réalisme ; et par suite, supposer que l'induction du réalisme est improuvée par ces séries d'inductions, c'est supposer, comme plus haut, qu'il y a peu de danger à faire plusieurs pas quand il y a beaucoup de danger à n'en faire qu'un. De plus, le cas est môme plus fort; car, quelque différence qu'il y ait entre les natures de ces pas inductifs, cette différence est en faveur de celui qui est fait par le réalisme, et qui est plus simple que chacun de ceux faits pour montrer le caractère inductif du réalisme. Qu'on nous accorde que la connaissance de l'objet extérieur est obtenue par synthèse. N'est-il pas clair que la prétendue démonstration de son origine synthétique, consiste en synthèses dont chacune est beaucoup plus complexe que celle qui est en question ?
Cependant ce n'est pas là tout. Après la prétendue réfutation du réalisme, vient la prétendue preuve de l'idéalisme ou du scepticisme. Cette preuve a entièrement le même caractère et implique la môme multiplication de possibilités d'erreur. La conception qu'on doit justifier ne peut pas înême se former sans unir des actes dont chacun est éminemment synthétique ; et chaque pas fait dans l'argumentation qui sert à la justifier est synthétique à un degré encore plus élevé. Prenons pour exemple la proposition de Berkeley : que « les idées existent dans l'esprit. t> Il y a là trois synthèses. Idée est un mot général applicable à chacun de nos nombreux états de conscience de tous les ordres, et qui, comme nous l'avons vu chez l'enfant, ne peut être compris qu'après avoir rassemblé plusieurs expériences. Esprit est une synthèse d'états de conscience, — une chose dont nous ne pouvons-nous former aucune notion sans rappeler et rassembler quelques-uns de nos états mentaux. Chaque conception d'une relation est une synthèse, — celle de contenir en étant une. L'enfant est rendu capable de comprendre qu'une chose est dans une autre par
des observations semblables et concomitaDtes à celles qui lui apprennent que les choses sont extérieures les unes aux autres, et avant que ces observations aient été généralisées» la proposition que les idées sont dans l'esprit est impensable. Ainsi, chacun des mots idée^ dans^ esprit^ présuppose une synthèse ; et la proposition que « les idées existent dans l'esprit » est une synthèse de synthèses. Si Ton passe de Tafôrmation de ridéalisme aux raisonnement qui sert à rétablir, on peut montrer que chacun de ses syllogismes est une synthèse de synthèses, et que sa conclusion, obtenue par Tunion de plusieurs syllogismes, est une synthèse de synthèses de synthèses.
§ 409. Voici maintenant, sous sa forme la plus brève, le résultat auquel nous arrivons : c'Bst que le verdict de la conscience qui nous mène au réalisme est médiat ou immédiat. S*il est immédiat, le reste est accordé, et la discussion finit. S'il est médiat^ il est alors comparable dans sa nature intrinsèque avec le verdict de la conscience qui est prétendu mener à l'idéalisme, puisque celui-ci est également médiat. Tous les deux étant médiats, la question qui se pose est celle-ci : A quel point de vue diffèrent-ils? Et nous trouvons que leur différence la plus remarquable consiste en ce que le premier implique un seul acte médiat, tandis que le second implique une succession d'actes médiats dont chacun est formé d'actes eux-môraes médiats. Par suite, si Tunique acte médiat du réalisme doit être annulé par la multitude d'actes médiats de l'idéalisme, il faut accepter la supposition donnée pour exemple au commencement de ce chapitre : à savoir que, s'il y a une incertitude dans un pas d'une espèce donnée, il y a moins d'incertitude dans plusieurs pas de la môme espèce.
allant le chercher je ne le trouve pas,je ne suppose pas que la présence du livre sur la table, représentée mentalement, soit comparable en certitude à son absence actuellement observée. Si, en fredonnant un air que j'ai entendu hier sur un orgue de Barbarie, je me figure qu'il a telle ou telle cadence particulière, et si aujourd'hui, en entendant le même air sur l'orgue de Barbarie, je trouve que les cadences ne sont pas telles que je l'avais pensé,il ne m'arrive jamais d'accepter mon souvenir et de rejeter ma perception.
Chez tout le monde, alors, et dans tous les cas, quand les caractères des actes de conscience sont à d'autres égards de même nature, les verdicts donnés en termes vifs sont acceptés de préférence à ceux donnés en termes faibles. Les perceptions obscures sont rejetées plutôt que les perceptions claires; les souvenirs qui sont définis sont crus plutôt que ceux qui sont indéfinis, et, surtout, les verdicts de conscience, composés de sensations, sont sans hésitation préférés à ceux qui sont composés d'idées de sensations.
§ 411. L'unique proposition du réalisme est présentée en termes vifs, et chacune des nombreuses propositions de l'idéalisme ou du scepticisme est représentée en termes faibles. Accordons que, dans les deux cas, le processus de la pensée est indnclif, — Les deux processus diffèrent en ceci : que Tunique induction de l'un est comjposée d'éléments qui ont, pour la plupart, sinon tous, le plus haut degré de clarté, tandis que les inductions de l'autre sont composées d'éléments trèsindistincts. Supposons que nous considérions un moment la composition d'un chaînon du raisonnement idéaliste.
Chaque chaînon consiste à avoir conscience qu'une chose ou qu'un groupe de choses qui rentre dans un groupe plus général de choses distinguées par un certain caractère, a aussi ce caractère. Dans le processus de pensée qui amène la conclusion, il y a ainsi une représentation d'une sous-classe (la représentation n'est habituellement que partielle) ; il y a une représentation de la classe qui contient la précédente