CRITERIUM NÉCESSAIRE
puissantes associations, diverses habitudes d'esprit et diverses conceptions qui sont devenues fixes, plusieurs formes fondamentales qui ont servi à rassembler les expériences. Évidemment, alors, la nature de ces choses, fixée longtemps avant que les activités plus élevées deviennent possibles^ doit gouverner ces activités mentales plus élevées. L'interprétation de soi-même est un processus de pensée ; la nature de ce processus est déjà déterminé avant que l'interprétation de soimême puisse commencer; la validité de ce processus prédéterminé doit être prise pour accordée en acceptant le résultat de rinterprétation de soi-même, — même si cette interprétation mène à la conclusion qu'il n'y a dans l'esprit rien autre chose que des expériences. C'est-à-dire que les nécessités de pensée que l'expérience a produites doivent être postulées comme une vérité qu'on ne peut révoquer en doute, avant qu'on puisse les résoudre en expériences.
Ainsi, dans chaque cas, pour chaque école, il y a quelque chose qui doit être supposé. Une plus grande certitude que celle que peut donner tout raisonnement^ doit être reconnue au commencement de tous les raisonnements, que ce raisonnement soit celui qui propose de montrer que les vérités nécessaires sont à priori^ que ce soit celui qui propose de montrer que les vérités nécessaires sont des produits de l'expérience.
§ 418. On peut mieux montrer, cependant, la nécessité de reconnaître un critérium dernier de vérité^ en se demandant ce qui arrive si on n'en reconnaît aucun. Examinons le résultat d'une analyse de pur empirisme, ou, comme le professeur Masson l'a appelé, de l'expérientialisme.
A travers son argumentation apparaît la supposition tacite qu'il peut y avoir une philosophie dans laquelle on n'affirme que ce qui e^t prouvé. Il propose de n'admettre dans le sys* tcme cohérent de ses conclusions aucune conclusion qui soit incapable d'être établie par l'évidence ; et ainsi il prend pour accordé que non-seulement toutes les N^T\l^%4&m^^%^^>^^'^
être prouvées, mais aussi que Ton peut prouver les vérités dont celles-ci dérivent, en descendant jusqu'à la dernière. La conséquence de ce refus de reconnaître sans preuve quelque vérité fondamentale, c'est que son système de conclusions est laissé sans base. Prouver une proposition spéciale, c'est l'assimiler à quelque classe de propositions connues pour être vraies. S'il s'élève un doute touchant la proposition générale donnée pour justifier cette proposition spéciale, la conduite à suivre^ c'est de montrer que cette proposition générale peut se déduire d'une proposition encore plus générale, et si Ton est forcé de prouver cette proposition encore plus générale, la seule ressource que l'on possède, est de recommencer ce procédé. Ce procédé est-il sans fin 7 S'il en est ainsi, rien ne peut être prouvé, — la série entière des propositions dépendant de quelque proposition indéterminable. Ce procédé a-t-il une fin? Dans ce cas, on doit arriver accidentellement à la proposition qui est la plus large, qui ne peut être justifiée en montrant qu'elle se ramène à une autre plus large qu'elle, — en un mot, qui ne peut être prouvée. On peut reprendre cet argument d'une autre manière et dire : Chaque induction dépend de prémisses; chaque prémisse, si elle admet une preuve, dépend d'une autre prémisse; et si la preuve de la preuve est continuellement demandée, on doit finir ou par une prémisse non prouvée, ou par la confession que l'on ne peut arriver à une prémisse dont dépende la série entière des preuves.
Par suite, une philosophie qui ne repose pas explicitement sur quelque datum qui sert de point d'appui à la raison, doit reconnaître qu'elle n'a rien sur quoi elle repose, — qu'elle est sans base.
§ 419. Tous les points de vue impliquent donc la même chose. Avant qu'on puisse mettre un terme à ces controverses prolongées, on doit donc trouver quelque chose que l'on admette de tous les côtés comme une vérité supérieure. — Il est t évident que ce doit èlre le mtenum A^\a. ^«tVvlMd^ Ivû-même ;
CRITERIUM NECESSAIRK.
car aucune vérité ne peut être plus certaine que ce critérium qui sert à reconnaître la certitude.
Dans le prochain chapitre, et dans les deux qui suivront, nous examinerons oîi ce critérium doit être trouvé^ ce qu*il est, et comment on doit rappliquer.