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CHAPITRE X

§ 420. Si je veux déterminer si 7/9 est plus grand ou plus petit que 13/16, je ne puis le faire par un examen direct. Pour arriver à une conclusion digne de foi, je dois réduire les deux fractions à des fractions de même dénominateur; et alors, en comparant leurs numérateurs, je puis voir laquelle est la plus grande. Avant qu'un taux en Angleterre puisse être comparé h un laux en Amérique, il faut changer les livres sterling en dollars^ ou les dollars en livres sterling : seulement alors on peut connaître la différence des intérêts. Il en est de même aussi d'une manière plus compliquée par rapport à chaque recherche scientifique et à chaque application de la science aux arts. Supposons que, dans un cas donné, on doive trouver lequel du bois ou du charbon est le combustible le plus économique pour le fourneau d'une machine à vapeur: — lesquantités des deux combustibles doivent être ramenées à quelque dénominateur commun ou de poids ou de volume ; et un tel calcul fait que nous montrerons en unités égales d^argent combien une unité d'une espèce de combustible coûte plus qu une unité de l'autre. De plus, l'effet produit parla machine à vapeur avec une unité de chaque espèce de combustible doit être traduit en termes de chevaux-vapeur : unité de travail qui permet d'exprimer et de comparer les quantités respectives du travail effectué. Et ce n'est que par le moyen de ces réductions et de ces comparaisons qu'on peut déterminer qu'une unité de travail coûte tant d'unités d'argent avec un combustible et tant avec l'autre.

Partant donc, on ne çeuV o\i\.^\iYt \\\i \^^\3i\a\. ^^^ç.t o^^en

comparant des choses de même espèce^ et quand les choses que Ton a à comparer sont de différentes espèces, Tune d'elles doit être ramenée à la même espèce que Tautre, ou bien Ton doit trouver dans des espèces différentes des deux l'équivalent de chacune d'elles. C'est cette méthode que nous avons maintenant à appliquer. Ce n'est que par ce moyen que nous pouvons arriver à un résultat exact dans ce champ que nous avons à explorer.

§ 4Si . Les unités auxquelles nous avons affaire ici sont les propositions. Ce sont les éléments deruiers de la connaissance. L'intuition la plus simple de même que le jugement rationnel le plus complexe ont la même structure fondamentale : c'est l'hypothèse tacite ou explicite que quelque chose est ou n'est pas d*une certaine nature, —appartient ou n'appartient pas à certaine classe, —a ou n'a pas certain attribut.

Aucun état de conscience ne peut devenir un élément de ce que nous appelons l'intelligence, sans devenir un terme d'une proposition qui est impliquée sinon exprimée. Nonseulement quand je dis : a J'ai froid, » je dois employer cette forme verbale universelle pour établir un rapport, mais il m*est impossible de penser clairement que j'ai froid sans passer par quelque état de conscience ayant cette forme. La simple reconnaissance d'une sensation connue étant une sensation de froid, ne peut se faire sans penser à cette sensation connue semblable à certaines sensations antérieurement connues; et l'on ne peut ainsi penser à cette sensation sans affirmer tacitement quelque chose relativement à elle. Partout» dans l'analyse spéciale, nous avons vu que le processus intellectuel est, depuis le commencement jusqu'à la fin, essentiel* lement le même dans la méthode. Depuis les premiers degrés* dans lesquels les états de conscience simple sont identifiés et distingués, jusqu'aux derniers degrés, dans lesquels les agré* gats de choses, d'actes et de rapports les plus compliqués bont groupés avec les agrégats de même nature^ et di&UcL^^4& de ceux gui en différent, la dîftèreuce u' ^^V^^ ^«sAi\^'0K&iQ9%

intime de l'acte mental, mais dans la quantité de complication. Les prétendues distinctions entre Tintuition, l'entendement et la raison, sont des distinctions superficielles. Il y a un état de conscience ayant la forme d'une proposition qui est impliqué aussi bien dans l'acte de reconnaître qu'une odeur est de telle ou telle espèce ou. qu'une éducation donnée par l'État est une espèce de socialisme.

Ainsi les propositions constituent l'espèce commune à laquelle tous les systèmes de croyance, simples ou complexes, doivent être ramenés avant que nous puissions les juger scientifiquement. Les propositions sont les unités de composition qui servent à construire le réalisme comme Tidéalisme ; et si nous devons faire une comparaison rigoureuse du réalisme et de ridéalisme au point de vue de leur valeur, nous devons d'abord comparer leurs unités respectives de composition. Notre problème, c'est de déterminer quelle différence qualitative, s'il y en a une, existe entre les propositions dont ces deux systèmes contraires sont composés.

§ 422. On a divers groupes de propositions, suivant que Ton considère telles ou telles différences parmi les propositions. Parmi toutes les classifications possibles, deux seulement nous concernent essentiellement ici; et de ces deux nous prendrons celle qui divise les propositions en simples et en complexes. Il y a des propositions qui affirment implicitement un peu plus qu'elles n'affirment explicitement; tandis qu'il y en a d'autres dans lesquelles ce qui est affirmé implicitement dépasse infiniment ce qui est explicitement affirmé.

La proposition : « J'ai une douleur, » peut être appelée, par rapport à la plupart des propositions, une proposition simple , bien qu'elle implique des propositions qui ne sont pas exprimées, comme, par exemple, que j'ai un corps ; que ce corps a une partie dans laquelle cette douleur est localisée, et qu'antérieurement j'ai eu des douleurs parmi lesquelles je classe celle-ci comme semblable dans sa nature générale. Pour par-

cxacfement, il n'y a aucune ^to^o%\\;\^xv^^Oi>\\xv^\>x%\\sv^U^

qui D*implique rleo autre qu'un sujet et un prédicat connus suivant un rapport. Néanmoins, quoique la proposition la plus simple connotc plusieurs autres propositions, il y a une large différence entre elle et la grande masse des propositions qui chacune font une foule d'affirmations outre celles qu'elles paraissent faire. Examinons une de ces propositions ordinaires, — qui semble très-simple mais, qui en réalité est très-complexe.

Sur un banc devant moi il y a une forme, et je pense, ou peut être je dis : « Il y a là un vieillard. » Au lieu de nous appesantir sur les propositions les plus générales, à savoir que c'est un corps solide, et qu'il est à une certaine distance et dans une certaine direction, énumérons les principales propositions spéciales qui sont impliquées. C'est que des surfaces particulières de couleur dans des rapports spéciaux de position impliquent un habillement; que dans un habillement Q y a un corps vivant ; que la combinaison particulière de formes et de couleurs montre que ce corps vivant est un homme et non une femme ; que son dos courbé et sa tête penchée vers moi indiquent que l'homme est vieux : — autant de propositions spéciales qui impliquent des propositions générales relatives à ces rapports observés dans Texpérience passée. Pour prouver que mon afGrmation explicite renferme bien toutes CCS afflrmations implicites , nous n'avons qu'à nous rappeler que le corps vivant qui est dans l'habillement peut être une f(;melle au lieu d'être un mftle ; ou même qu'au lieu d'être uu corps vivant il peut être un mannequin, comme les tailleurs en mettent à leur étalage. Je voislaforme se mouvoir, et la tête se louruerd'unecertaine manière. Làje trouve une vérification, s'il y en a une nécessaire, de cette proposition que j'affirme tacitement, à savoir que tous les objets qui ont certains aspects et qui se meuvent sont vivants. Il peut arriver, cependant, que ce soit faux, comme toutes les autres propositions tacites qui soutim*, pliquées par ma propositions explicite : Le bancpeul être uahasMil du musée de M"' Tussaud, el la toisai ^^wV^Ns^ \^ ^«n

414 ANALYSE GÉNÉRALK.

en cire de Cobbett, dont la tète se meut quelquefois automatiquement. Cet exemple, je ne le donne pas pour montrer que nos propositions ordinaires sont indignes de foi^ car elles sont vraies dans la majorité des cas, de même que toutes les propositions qu'elles impliquent. Je le fais pour montrer clairement le nombre de propositions qui sont impliquées par une proposition ordinaire qui paraît simple, et pour montrer aussi qu'il y a des possibilités qu'une proposition soit rendue fausse par la fausseté de Tune ou l'autre des propositions impliquées.

Nous montrerons mieux par un exemple d'une autre espèce combien il arrive souvent que l'on affirme implicitement ce qui ne parait pas devoir être affirmé, et quelles conclusions erronée? résultent de là. Par une nuit froide d'hiver, un bec de gaz vu a travers les vitres d'un fiacre, ou une lumière dans une boutique regardée à travers un carreau qui a été fort rougi^ est entouré d'une couronne lumineuse. Celui qui examinera verra que cette couronne dépend des rayures du verre, dont les courbes sont les arcs de cercle qui ont la lumière pour centre. La proposition qui exprime le résultat de son observation, et qui parait ne rien dire de plus que le résultat de son observation, c'est que sur une partie du verre au travers duquel il regarde, les rayures produites par le rouge sont arrangées concentriquement par rapport à la lumière. Si, cependant, il s'étonnait de l'étrangeté de cette proposition, et s'il examinait, il verrait que^ en remuant la tête, quelle que soit la partie du verre au travers de laquelle il regarde, il y a autour de la lumière un cercle semblable de rayures lumineuses concentriques. Cette découverte montre clairement que la proposition qu'il a primitivement formulée en lui-même (que le verre était rayé en courbes concentriques à la lumière) était entièrement trompeuse. Il aperçoit comment dans cette proposition : qu'il y a des rayures concentriques, il a impliqué par inadvertance une autre proposition : à savoir qu'il ^p *existe pas au même endro'iX desxa^xxT^^ à\^^t^\£k\si^w\.^xtau-

PROPOSITIONS DlSTINfiL'ÉES QUALITATIVEMENT. 415

gées bien plus nombreuses que les rayures cooceutriques. 11 apprend qu'en rénlité aucune partie du verre n'offre des rayures avec un arrangement concentrique; mais qu'il est parcouru dans toutes lt:s directions par de nombreuses courbes. Et h la fin il découvre que dans les conditions de ce cas particulier il n'y a que le petit nombre de niyures qui se trouvent conccnlriqtios qui réiléchissent la lumière et soient visibles, tandis que l'infiiiiment plus grand nombre des rayures qui a d'autres directions reste invisible. Cut exemple peut servir comme type de tout uu ordre de propositions complexes dans lesquelles, avec certains faits apparents que l'on alarme, on arûrme tacitement des faits d'une espèce différente, qui ne sont pas visibles par la nature même du cas. La généralisation vulgaire que « l'assassin sera découvert p est de ce genre. En affirmant explicitement que quelques assassins, d'abord cachés, ont été plus tard découverts (les cas de la découverte étant ainsi rendus visibles), on affirme implicitement qu'il n'y a pas autant oi plus d'assassins d'abord cachés et qui le sont toujours restés (les cas de la non-découverte restant ainsi dans l'ombre). Les conclusions courantes tirées de faits statistiques pardes raisonneurs politiques même d'une haute culture et formés par la discipline scientifique, fournissent plusieurs exemples divers.

De cette digression nous sommes ramenés à notre sujet immédiat, en observant que des causes d'erreur dans les propositions complexesque nousavons mentionnêes,la dernière est une cause qui s'introduit dans toutes les classes de raiBonoement, y compris ceux que les métaphysiciens emploient. Je ne veux pas dire sioiplement que chaque proposition générale qui afÛrme quelque chose d'une classe, est une proposiUoa très-complexe, parce qu'elle réunit plusieurs propositions laites séparcmeut touchant les individus de la classe ; mais je i veux dire, de plus, qu'il y a dans tous les cas une teudnncft I marquée, dans l'acte même d'affirmer, à mettre en évidânsvj les membres de cette classe qui'ièt^aX\«S&xm%>Jva^,^hial

laisser au second plan les membres de la classe, s*il y en a, qui ne la yérifient pas. Un exemple de cette nature peut être tiré de notre chapitre sur « les raisonnements des métaphysiciens. » Kant prétend que toutes les sensations qui nous sont données par les objets ont l'espace pour forme. Outre le fait que cette proposition générale affirme plusieurs propositions particulières, et peut être invalidée par une invalidité quelconque de Tune d'elles, il y a le fait que les sensations de vue et de toucher, qui vérifient l'affirmation^ sont celles qui, quand on parle de Tespace, se présentent les premières à la conscience, en laissant au second piaules sensations qui n'ont pas l'espace pour forme. Et de là résulte que Kant a affirmé de toutes les sensations ce qui n'appartient pas à celles de son ou d'odeur, et que cette proposition complexe est devenue courante, quoique quelques-unes des propositions particulières qu'elle implique ne le soient pas devenues.

Il est clair alors que, pour pouvoir comparer des conclusions avec une rigueur scientifique, nous devons non-seulement résoudre les raisonnements dans les propositions qui les constituent, mais nous devons résoudre chaque proposition complexe dans les propositions simples qui la composent. Et ce n'est que quand chacune de ces propositions simples a été séparément vérifiée que la proposition complexe qui en est composée peut être considérée comme ayant approximativement une certitude égale à celle d'une proposition simple qui a été vérifiée.

§ 423. Avant de pouvoir discerner clairement le caractère fondamental qui nous fait distinguer les propositions que nous acceptons de celles que nous rejetons, nous avons besoin d'une autre classification, — d'une classification dans laquelle les propositions sont groupées suivant que leurs termes sont réels ou idéaux, ou à la fois réels et idéaux. Comme chaque proposition exprime quelque relation entre deux termes, nous devons employer le même mot dans tous les cas pour désigner l'acte mental par lequel la relation est connue. Le seul mot

approprié, c*esicanna%8sance ; et nous ayons là, par conséquent , à faire une distinction parmi les diyers ordres de connaissances qu'une proposition exprime, suivant que leurs éléments se présentent dans la perception, ou dans la pensée, ou dans les deux.

Quand le contenu d'une proposition est la relation qui existe entre deux termes qui sont directement présentés à a conscience, comme quand je me pince le doigt et que je sens en même temps une douleur à la place où je me suis pincé, nous avons une simple connaissance présentative. Si le lendemain je me rappelle que mon doigt a été pincé, la conscience de la relation qui existe entre la douleur et mon doigt, différant de la conscience primitive, parce qu'elle est donnée en termes faibles au lieu d'être donnée en termes vifs, quoique au fond de même nature, est une simple connaissance représen-^ tattve. Si, quand je me pince, je vois que la chose qui me pince est un étau, le contenu de la proposition est que, avec certaines apparences présentées, il y a la forme, la substance tangible, et des caractères de structure qui font ma conception d'un étau, toutes choses qui sont représentées; et, par suite, la connaissance est une connaissance présentative représentative. Si ensuite, quand je ne le vois plus, je dis que ce qui me pinçait était un étau, le contenu de la proposition est d'une part représentatifs et d'autre part re-représentatif , l'impression visuelle, qui est le premier terme de la relation que j'affirme, je la représente ; et les attributs concomitants, que je pense comme accompagnant l'impression visuelle, je les rereprésente. Et ici nous observons que les connaissances passant par les formes représentatives et re-représentatives deviennent composées par construction, — chaque terme renfermant plusieurs propositions qui sont tacitement affirmées, comme nous Tavons montré plus haut. De cet état nous passons à un autre dans lequel les connaissances deviennent aussi composées par cumulation. Ainsi, pour nous servir du même exemple, si, à

ce fait d'être pincé par un étau^ j'ajoute divers autres faits dans II. t1

420 ANALYSE G^NÉRALfi.

gardent leurs rapports d'esjpace. Avec la connaissance de sa proximité coexiste inyariablement la connaissance d'un éioignement ; et de même, avec la conscience de cette forme comme objet visible, coexiste invariablement la conscience de quelque position par rapport à vous^ dans une direction plus ou moins déterminée.

§ 428. Nous avons donc là une large distinction parmi les propositions. Il y en a dont les attributs sont toujours unis k leurs sujets , et il y en a d'autres dont les attributs ne sont pas toujours unis à leurs sujets. Celles de la première classe expriment des connaissances telles que la chose affirmée continue d'exister dans la conscience aussi longtemps que la chose dont elle est affirmée continue d'exister dans la conscience ; et celles de la seconde classe expriment des connaissances telles que la chose affirmée peut disparaître de la conscience, tandis que la chose dont elle est affirmée reste. Les unes sont des connaissances que nous acceptons nécessairement, et les autres sont des connaissances que nous n'acceptons pas nécessairement. Si nous laissons de côté la seconde classe, qui ne nous concerné pas ici, nous trouverons dans la première classe deux ordres distincts que nous devons examiner.

Il y a des connaissances dans lesquelles la coexistence des deux termes n'est absolue que temporairement. Ce sont les simples connaissances de l'ordre préseutatif. Supposons que je regarde le soleil. La proposition «je vois de la lumière )> devient alors une proposition dans laquelle avec le sujet (moi) est invariablement uni l'attribut (sensation de lumière). Cette sensation de lumière affirmée n'est pas interrompue pour un instant par la conscience de l'obscurité. Aussi longtemps que jeregarde le soleil, aussi longtemps continue la coexistence absolue des deux termes de la connaissance^ et aussi longtemps je ne puis faire autrement que d'accepter la connaissance. Il eu est de môme aussi de certains rapports immédiatement présentés. Si, en regardant à gauche, je vois un objet, la conscience qu'il existe dans ce rapport de position à Tégard de moi, coo-

tinue invariablement d'exister tant que je continue de le regarder. Je peux, il est vrai, superposer à cette conscience vive de l'objet, comme existant à ma gauche, une conscience faible de son transport hypothétique à ma droite, et de moi-même comme le voyant à droite ; mais cette conscience faible ne peut remplacer la conscience vive. Le rapport, comme je le perçois, persiste aussi longtemps que mes yeux sont dirigés vers Tobjet. Et il en est de même pour les rapports des objets entre eux. Si, de deux lignes droites placées Tune à côté de l'autre, A est beaucoup plus longue que B, je ne puis, en les regardant, trouver un moment pendant lequel cette conscience de leur différence cesse d'exister ou soit renversée. — Il y a certaines connaissances présentatives représentatives qui ont le même caractère. Quand je sens la résistance d'un corps^ la proposition que ce corps est étendu est une proposition dont l'attribut coexiste absolument avec son sujet. L'étendue présentée dans la conscience avec la résistance peut être grande .ou petite ; mais la conscience de quelque étendue existe aussi longtemps qu'existe la conscience de la résistance. Et il en est de même quand la connaissance devient entièrement représentative : la conception de la résistance coexiste invariablement avec la conception de l'étendue.

Dans l'autre ordre, qui appartient à la première classe, l'union du sujet et de l'attribut est absolue d'une maniire permanente. Ces connaissances sont celles qui contiennent des rapports généraux abstraits^ quantitatifs ou qualitatifs. Les axiomes des mathématiques expriment des connaissances qui sont telles qu'avec la conscience du sujet existe invariablement la conscience de la chose affirmée, et plusieurs des propositions mathématiques les plus spéciales ont le même caractère. L'une d'elles est la proposition qu'un des côtés d'un triangle est plus petit que la somme des deux autres. — Nous trouvons ce môme caractère dans ces connaissances tout à fait abstraites que formule la logique. Si nous avons plus d'A que de B^ et si, dans un groupe formé des deux, il y a plus de B (\w^ ^ k^

il doit alors y ayoir en dehors de ce groupe plus d'A que de B.

Nous avons là une connaissance telle que, si des rapports déterminés sont donnés dans la conscience (sujet), on trouvera que le rapport affirmé (attribut) coexiste toujours avec eux.

Une distinction importante dans ces sous-classes, qui forment cette classe générale de propositions, nous reste à noter^ et cette distinction est d'une grande importance. Dans les plus simples de ces propositions, que les termes soient réels ou idéaux^ qu'ils soient des sensations ou des rapports, la connexion de l'attribut avec le sujet est si intime que sa coexistence ne peut être exclue de la conscience^ tandis que, dans les plus complexes^ la chose affirmée^ coexistant invariablement^ doit être cherchée dans la conscience. Quand je dis que je suis ébloui par le soleil, ou quand^ en touchant un corps dans l'obscurité, je dis qu'il doit avoir quelque étendue, non-seulement les attributs des propositions coexistent invariablement avec leurs sujets (l'une aussi longtemps que je regarde le soleil, et l'autre tout le temps que je perçois' ou que j'imagine un objet), mais ils coexistent invariablement avec eux de manière à ne pouvoir être omis^ tandis que^ dans ces connaissances représentatives par cumulation que formule la logique^, la coexistence invariable affirmée est souvent peu frappante et peut être laissée de côté. Ainsi, dans le cas cité plus haut, la conclusion qu'en dehors du groupe donné il doit y avoir plus d'A que de B, ne coexiste pas d'une manière frappante avec les prémisses : les prémisses peuvent être présentées sans que Ton pense à la conclusion. Quoique ici, comme plus haut, le rapport conclu existe invariablement dans la conscience avec le rapport donnée il existe d'une manière implicite plutôt que d'une manière explicite. On peut ne pas le chercher, et, dans quelques cas^ la recherche peut ne pas le débrouiller. De sorte que le plus simple mode de raisonnement ^ étant par nécessité relativement iSamplexe, parce qu'il renferme plusieurs propositions^ ne peut

jamais donner la conscience d'une existence invariable qui prête aussi peu à la méprise que les propositions elles-mêmes.

Et ici nous sommes naturellement amenés à une dernière question. Quand nous divisons nos connaissances en connaissances dans lesquelles les attributs existent invariablement avec leurs sujets, et en connaissances dans lesquelles cette coexistence n'a pas lieu, il se présente cette question : — Comment déterminons-nous cette coexistence invariable? Examinons nous-mêmes cette question à présent *.

* Dans ce chapitre et dans les deux qui suivent, je me suis servi de termes qui dilTèrent de ceux que j*aTais employés primitivement. Dans la partie correspondante de Targumentation, comme elle était dans la première édition de cet ouvrage, j*avais exprimé par «croyances qui existent invariablement » ce que j*ai exprimé ici par (( connaissances dont les attributs coexistent invariablement avec leurs sujets.» La raison qui m'a fait faire ce changement, c'est que, le mot v croyance, » ayant deux significations radicalement opposées, pouvait être mal interprété. Il est habituellement appliqué à ces afQrmations de la conscience dont on ne peut donner aucune preuve: à la fois celles qu'on ne peut prouver parce qu'elles servent de substrats à toutes les preuves, et celles qu'on ne peut prouver parce qu'elles ne sont pas évidentes ; — à la fois celles qui sont les plus certaines et celles qui sont les plus incertaines. — Et cette ambiguïté amène nécessairement quelque coufusion dans la pensée, là même où elle ne mène pas à «ne erreur positive. Une autre raison de ne pas employer le mot « croyancef » c'est qu'on ett susceptible de confondre les choses que Ton croit vraiment avec les choses que l'on croit croire. Très-souvent, en philosophie comme en théologie, une proposition peut être admise verbalement, sans être admise réellement, — c'est-k-dire sans avoir une représentation particulière de ce que cette proposition affirme. La proposition, après avoir eu ses deux termes reconnus dans la pensée comme termes connus, et après avoir eu la relation qu'elle exprime reconnue comme relation connue, il arrive souvent qu'on suppose que ces termes déterminés ont été présentés à la conscience dans ce rapport déterminé et ont amené la croyance, tandis qu'en fait il est absolument impossible qu'ils puissent être présentés ensemble à la conscience dans ce rapport, et, par conséquent, ils ne peuvent produire la croyance au sens propre du mot. Cette confusion est une source intarissable d'erreurs qu'il est désirable d'éviter. On doit admettre, cependant, que le mot connaissance, comme nous l'avons employé, est également sujet à des objections, puisque les choses qu'il implique sont aussi positives. Mais nous n'avons aucun mot convenable qui ne soit sujet à des objections, et les objections que l'on peut faire à celui-ci sont les moins importantes.

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