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JUSTIFICATION POSITIVE DU RÉALISME

§ 442. Parmi les contradictions qu'implique Thypothëse antiréalislc, est celle qui existe entre l'assertion que la conscience ne peut être dépassée, ei l'assertion qu'il n'y a rien au delà de la conscience. Car si, en aucune manière, nous ne pouvons connaître quelque chose au delà de la conscience, qu'est-ce qui nous fait affirmer ou nier l'existence de ce quelque chose? Et commen t la négation peu t-elle môme ôtre formée dans la pensée? La proposition vraie que la conscience ne peut être dépassée ne peut se poser que par la représentation d'une limite, et implique par suite une espèce de conscience de quelque chose au delà de la limite.

Et maintenant^ de cette contradiction découle une autre. L'assertion que la conscience ne peut ôtre dépassée, est accompagnée de la demande implicite d'une autre preuve du monde extérieur que celle qui est donnée dans les états de conscience. Pendant que le verdict complexe de la conscience qui affirme ses propres limites est regardé comme incontestable, pendant que son verdict simple que quelque chose existe au delà de ces limites est tenu comme non valable, il semble qu'on lui demande une preuve de cette existence externe autre que celle qui est donnée en termes d'existence interne.

Ainsi, pour parler clairement, de deux choses l'une, — ou bien l'existence objective ne peut ôtre connue que dans les états de conscience, ce qui est tout accorder, ou bien la preuve ou la réfutation de l'existence objective ne peut ôtre donnée que dans les états de conscience. Et, dans ce cas, si les états de conscience sont tenus pour ôtre aptes à faire la réfutation.

464 ANALYSE GKNÉHALE.

on doit les tenir pour aptes à faire la preuve. Autrement, c*est préjuger la question tout entière que d*affirmer le pouvoir de donner une réponse négative, et de nier le pouvoir de donner une réponse affirmative.

§ 443. Le réalisme sera donc justifié positivement si Ton montre qu'il est une affirmation de la conscience agissant d'après ses lois propres. Quand on aura prouvé que les actes normaux de la pensée, tels que ceux qui établissent les vérités que nous regardons comme les plus certaines, sont les actes de pensée qui donnent Tantithèse du sujet et de Tobjet, il n'y aura pas d'autre démonslratiou à demander.

Par suite, nous avons à suivre le processus par lequel la conception réaliste se produit. Nous avons déjà vu que sa validité relative est infiniment plus grande que celle de toute conception opposée, nous avons maintenant à vérifier sa validité absolue. Nous aurons montré cette validité absolue, si nous trouvons qu'elle est un produit nécessaire de la pensée agissant suivant les lois de la pensée qui sont universelles.

Notre analyse et notre synthèse subséquente seront psychologiques plutôt que logiques. Nous devons ici examiner la constitution de la conscience elle-même pour déterminer de quelle manière ses parties composantes sont unies. La réponse dernière à la question : — Pourquoi pensons-nous que certaines choses sont vraies plutôt que d'autres? implique la question : — Pourquoi nos états de conscience s'accordent-ils de cette manière plutôt que d'une autre ?

§ 444. En poursuivant cette recherche, nous aurons à rejeter^ autant que possible, ce qui est impliqué d'ordinaire dans la pensée. Nous ne le pouvons pas en fait, nous ne le pouvons qu'hypothétiquement. L'interprétation réaliste de nos états de conscience, aussi profonde que la structure même du système nerveux, ne peut même un instant être rejetée en fait. Tout ce que nous pouvous faire pour conserver l'attitude nécessaire à notre discussion, c'est d'ignorer fermement ces pterprétations réalistes, c'est de supposer que nous no '

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