CHAPITRE XVII
DIFFÉRKNCUTION COMPLÈTE DU SUJET ET DE l'oBJET.
§ 460. Si je poursuis, pendant que je suis assis, l'analyse qui m'a montré la grande opposition indiquée dans le chapitre précédent, je Tois que certains états ne sont compris ni dans l'un ni dans Tautre des deux agrégats tels qu'ils ont été définis. Quand le brouillard était dissipé et que le soleil réapparaissait, il se produisait en moi un état de conscience qui s'ajoutait à ceux qui étaient produits directement parla lumière plus vive et la possibilité de revoir, — état que • je distingue comme agréable. Quand l'odeur d'algues me rapportait la mémoire de lieux et de personnes^ elle m'apportait aussi ce que j'appelle une émotion. Ces éléments de la conscience, agréables et pénibles^ qui«sont divisibles en classes et en sousclasses, différent graiidement des éléments que nous avons décrits plus haut, étant extrêmement vagues, non localisables dans l'espace, et n'étant localisables dans le temps que d'une manière indéterminée. C'est-à-dire que, considérés comme membres d'un groupe, ils différent des autres membres de ce groupe^ en ce que je ne puis savoir quelle place ils occupent, ou comment les autres membres successifs et coexistants les limitent.
Ces états particuliers appartiennent-ils à l'un ou l'autre des deux agrégats que nous avons déjà distingués ? et si oui, auquel ? Si j'essaye de les classer avec les états vifs ou avec les états faibles, je suis arrêté par une difficulté que voici : chaque espèce fournit des exemples d'états vifs et d'états faibles ; les états vifs sont les originaux, et les états faibles les
copies, et cependant il y a de nombreuses gradations qui réunissent les états vifs aux états faibles. L'idée de certains événements peut produire un sentiment faible de ce que j'appelle une vexation^ que la réflexion peut augmenter jusqu'à une colère semblable à celle que les événements auraient produite eux-mêmes. Et les événements eux-mêmes produiront à un moment donné un sentiment de colère moins vif que celui que la représentation de ces événements produira à un autre moment. De sorte qu'une classification fondée sur l'intensité ne peut aboutir.
Il y a, cependant, d'autres critérium qui suffisent. Prenons d'abord celui de cohésion. Dans quelques cas, une émotion parait immédiatement cohérente avec un membre d'un état vif, comme à une belle couleur ou à un son doux. Mais dans la plupart des cas, la cohésion d'une émotion avec des états vifs n'existe pas; maiselleexisteavecdesétats faibles combinésd'une manière particulière. La crainte n'est pas directement unie aux impressions visuelles produites par le canon d'un pistolet dirigé sur moi ; mais elle est unie à certains états faibles intermédiaires, ou à des idées éveillées par ces états vifs. — De plus, chaque émotion possède, comme les états faibles, ce caractère qu'on peut toujours en indiquer l'antécédent. Au lieu de pouvoir se produire, comme le fait un membre de la série vive^ sans la présentation préalable de quelque état avec lequel elle est habituellement unie, elle ne se produit jamais sans que je puisse percevoir quelque chose à laquelle elle est unie, et semblable à celle à laquelle elle était antérieurement unie. — De plus, je trouve que les lois auxquelles ces états se conforment, sont dans la série faible et non dans la série vive. Dans la série faible, je puis indiquer les groupes particuliers qui produisent des émotions particulières ; et je puis voiries rapports qui existent entre la variation des caractères de ces groupes et la variation des quantités d'émotions produites. — Comme corollaire je remarque cet autre fait, que, tandis que l'agrégat vif peut passer et ne produire c^^'^^^^^m
point d'effet sur les émotions, l'agrégat faible entraîne irrésistiblement a^ec lui les émotions particulières qui appartiennent à ses combinaisons transitoires. Un sentiment de douleur ou de plaisir ne peut persister si la série d'idées avec lesquelles il est en rapport disparaît, et est remplacée par des séries de nature différente. — Et finalement, ces éléments delà conscience ont, de même que l'agrégat des états faibles, ce caractère, qu'il y a des limites qu'elles ne peuvent franchir. Je connais tous ces sentiments jusqu'à leurs limites; et un examen prolongé ne méfait point découvrir indéfiniment de nouvelles régions et de nouvelles combinaisons.
Ainsi, leur classification est claire. Bien qu'il y ait des émotions vives et faibles, — les émotions actuelles et les idées de ces émotions^ —toutes appartiennent à l'agrégat faible.
§ 461 • Les membres particuliers de l'agrégat faible ont un caractère général d'une grande importance :— ils tendent à produire des changements dans une certaine combinaison appartenant à l'agrégat vif. J'entends le fait que les émotions sontlepoint de départ de ce que nous connaissons comme mouvements corporels. Ce n'est pas à dire, il est vrai, qu'ils possèdent seuls ce pouvoir ; car l'agrégat vif des éléments de diverses espèces, qui en arrivent à une grande intensité, l'ont également, bien que d'une manière différente. Si nous négligeons les effets de ces éléments, dont nous n'avons pas à nous occuper ici, nous devons remarquer que chaque émotion produit une contraction musculaire.
Ainsi, quand j'entends derrière moiune voix que je reconnais être celle d'un ami, les sons particuliers qu'elle produit, différents de beaucoup d'autres états vifs de toute espèce qui me sont présents, excitent en moi un sentiment agréable qui met fin à mon repos. Qu'arrive-t-il à partir de ce moment? — Pendant que j'étais encore assis, les groupes d'états vifs que je connais comme une main et un genou n'étaient pas distingués clairement du reste de l'agrégat vif; ils lui appartenaient évidemment de la même manière que le siège et la
plage qui sont devant moi. Mais maintenant le changement produit par cette émotion, me fait connaître que le groupe d'états Tifs que j'appelle ma main a quelque connexion avec Pagrégat faible ; car, après le sentiment de tension musculaire que produit Témotion^ ma main change subitement de place. Le genou, sur lequel ma main était appuyée, montre également qu'il possède ce rapport particulier avec les émotions et l'agrégat des états faibles qui les contient, car il se meut aussi. — Il en est de même pour certains états vifs qui appartiennent à d'autres classes. L'émotion sentie est présentement le point de départ d'autres tensions musculaires et ensuite de sons particuliers:— je parle. L'agrégat des états faibles, y compris les émotions, n'a pas le plus petit pouvoir sur les bruits irifs des vagues ou sur les galets ; mais il y a un groupe particulier de sons vifs que la série faible peut exciter; — dont les antécédents et la loi de combinaison sont dans la série faible. — Il est inutile d'indiquer d'une manière spéciale comment la même chose a lieu pour divers sentiments de toucher, comme ceux que j'éprouve en me levant, en parlant et en m'avançant à la rencontre de mon ami.
Un examen ultérieur montre que cette partie de l'agrégat vif que je trouve ainsi particulièrement en rapport avec l'agrégat faible, se distingue du reste de plusieurs autres manières. Voici ses caractères distinctifs.
Bien que le reste de l'agrégat vif considéré comme un tout soit toujours présent, aucun de ses éléments cependant de même qu'aucune combinaison de ces éléments n'est toujours présent. Mais cette partie spéciale de l'agrégat vif est toujours présente, d'une manière plus ou moins distincte. A aucun moment, tous ses éléments, visuels et tactiles, ne sont absents de la conscience. — On peut observer une cohésion spéciale dans cette combinaison d'états vifs. Les membres du reste de l'agrégat vif, bien que cohérents entre eux de manière à ce qu'aucune séparation du tout qu'ils forment ne puisse se faire, ne sont pas cependant cohérents d^une manière perma-
nente sous certains rapports, bien que dans plusieurs groupes de ces membres cette cohérence intime existe. Mais le groupe spécial qui nous intéresse a une cohérence intime particulière ; et quelle que soit la yariabilité qui soit possible entre les rapports de ces parties, cette variabilité n'approche jamais et la discontinuité.— Ce groupe est très étroitement limité. Cette partie deTagrégat vif, au lieu d'être un agrégat que nous pouvons perpétuellement explorer sans trouver de limites, a des limites que Texamen nous rend parfaitement familières. - L'arrangement de ses éléments^ dans la coexistence aussi bien que dans la succession^ est connaissable dans un degré ràt tivement élevé. Le reste de Tagrégat vif a une série inépuisible de nouvelles combinaisons dans l'espace ; mais les combinaisons dans l'espace de cette partie qui nous occupe de l'agrégat vif sont clairement limitées. Celles qui constituentles formes visibles et tangibles des membres sont presque fixées; et celles qui se présentent par suite des changements d'attitude des membres rentrent dans des limites de variationsdéfinies. — Il en est de même aussi pour les lois de ses changements : elles sont comparativement déterminées. Entre cer taines tensions musculaires, certains changements dans les états que je connais comme formes tangibles, et certains changements que je connais comme formes visibles, il y a des connexions particulières, — connexions que l'on peut connaître d'une manière plus complète que celles que montrent les changements produits dans le reste de l'agrégat vif.
Ainsi donc, d'une manière ou d'une autre^ à l'agrégat faible est liée une partie spéciale de l'agrégat vif ; et cette partie diffère du reste en étant toujours présente, en ayant des cohésions spéciales entre ses éléments^ en ayant des limites connues^ des combinaisons comparativement restreintes el bien connues soumises à des lois familières, et surtout en ayant dans l'agrégat faible les antécédents de ses changements les plus remarquables.
§ 462. Si je poursuis l'examen, je rencontre une autre série
de faits significatifs. Je Tois que les changements, que les états dans l'agrégat faible produits dans cette partie particulière de Tagrégat vif, sont un moyen de produire des classes spéciales de changements dans le reste de Tagrégat vif.
Une certaine pensée est suivie de changements vifs que j'appelle l'acte de fermer mes yeux^ et immédiatement la partie visuelle de l'agrégat vif disparaît. Elle réapparaît quand je les ouvre de nouveau. Je remue la tête, et, pendant qu'une partie de l'agrégat vif sort de la conscience, une partie d^une étendue correspondante^ et qui n'était pas présente auparavant^ Tient à la conscience. Je me tourne, et toute cette partie de l'agrégat vif que je connais comme visuelle est remplacée par une partie d'une étendue égale, mais qui diffère et qui peut n'avoir jamais été présente auparavant. — Il en est de même en une certaine mesure pour les sons. Je bouche mes oreilles, et par là une série très-compleie de changements vifs s'efface ; il en résulte un silence relatif. Quand je retire mes doigts, les membres que j'en avais exclus rentrent dans l'agrégat vif. — De plus, les changements tactiles multiples sont causés par des changements antérieurs que mes idées produisent dans cette partie spéciale et limitée de l'agrégat vif. Par des mouvements corporels, j'obtiens des variétés et des combinaisons infinies de toucher et de pression. J'étends un bras et j'étreins quelque chose ; il se produit alors un groupe particulier de ces états Tifs. Je lâche prise, et ces états cessent.
Outre le pouvoir que j'ai de rejeter et de recevoir ainsi des parties de l'agrégat vif^ et de le modifier ainsi d'une manière relative, j'ai celui, dans certaines limites, de le modifier absolument. Les idées et les émotions, en produisant des tensions musculaires, donnent à mes membres le pouvoir de transposer certains groupes d'états vifs. Quand je me lève, je prends mon parapluie, et je fais mouvoir le groupe d'états visuels que je connais sous ce nom au travers des groupes d'états visuels que je connais comme étant le rivage et la mer. Bien différents des changements dans la série vive qui, lorsque j'étais
492 ANALYSE GÉNÉBALE.
assis saDS mouTement, se montraient à moi tout à fait indépendants de la série faible^ et qui avaient leurs antécédents eo eux-mêmes^ ces changements dans la série Yive ont leurs antécédents dans la série faible. Leurs antécédents immédiflti sont, il est vrai, les contacts, les pressions et les tensions musculaires antérieurement produits dans cette partie spéciale de Tagrégat vif; mais ceux-ci ont pour antécédents les membres de Tagrégat faible.
Ainsi, la totalité de ma conscience est divisible en un agrégat faible que j'appelle mon esprit, en une partie spéciale de IV grégat vif qui est cohérente avec Tagrégat précédent de diverses manières, et que j'appelle mon corps, et en ce qui 'este de l'agrégat vif^ lequel reste n'a aucune cohérenoe semblable avec l'agrégat faible. Je vois que cette partie spéciale de l'agrégat vif, que j'appelle mon corps, est une partie qui sert au reste de Tagrégat vif à produire certains changements dans le faible, et qui sert à ce dernier à produire certains changements dans l'agrégat vif. Et, par suite de sa position intermédiaire, je regarde ce corps comme appartenant tantôt à l'agrégat vif et tantôt au même tout que l'agrégat faible, avec lequel il a des rapports si intimes.
§ 463. Nous sommes enfin arrivés à un point de vue d'oà les expériences qui donnent une forme concrète à ces distinotioDs, et une solidité relative aux conceptions du moi et du non-moi, pourrront être justement appréciées.
Jusqu'ici^ nous ayons considéré le corps comme étant seulement une combinaison d'états vifs par l'intermédiaire desquels le reste de l'agrégat vif agit sur l'agrégat faible, et inversement. Nous avons maintenant à examiner le corps comme étant une combinaison d'états vifs dont quelques parties peuvent produire des changements dans d'autres parties, et subir elles-mêmes des changements produits par d'autres parties.
Quand ma main était sur mon genou, aucun des deux membres ne pouvait être distingué du reste de l'agrégat vif par un caractère immédiatement présent; mais quand l'émotion m'a
amené à les changer de place^ elles en sont devenues discernables. Ce changement de place n*a pas seulement modifié leurs rapports au reste de Tagrégat vif, mais aussi leurs rapports Tun à regard de Tautre ; et quand les changements de cette espèce se font d'une manière particulière, ils introduisent des éléments que les eipériences jusqu'ici examinées ne contiennent pas. Voyous maintenant les plus simples de ces éléments. — J'ôte ma main qui était sur mon genou. Il y a eu sensation vive que j'appelle toucher, qui est en cohésion dans ma conscience avec le groupe des sensations visuelles vives que j'appelle ma main que fait changer de place une tension musculaire. Cependant cette autre partie de l'agrégat vif que j'appelle mon genou est unie à une sensation de toucher, sensation qui change de place quand ma main se remue. Sans nous occuper des détails, le fait à noter, c'est que, dans une partie de l'agrégat vif qui est sous son pouvoir, l'agrégat faible cause un changement vif et, par là même^ fait naître dans une autre partie de cet agrégat vif un autre changement vif qui diffère du premier en ceci, que son antécédent immédiat n'est pas dans Tagrégat faible. C'est-à-dire que les causes qui existent dans l'agrégat faible peuvent, par une partie de cet agrégat vif qui est sous le pouvoir de l'agrégat faible, produire dans une autre partie de cet agrégat vif des effets semblables à ceux que peuvent produire les causes qui existent dans le reste de l'agrégat vif. — Maintenant je ferme mes doigts de manière à étreindre mon genou. Après cet antécédent dans l'agrégat faible que j'appelle la résolution de faire cet acte, il se produit un sentiment de tension musculaire et de pression dans mes doigts^ et un sentiment de pression dans mon genou. Mais des états de conscience vifs tels que celui de pression dans mon genou, ont jadis suivi des changements dans cette partie de l'agrégat vif que j'ai trouvée absolument indépendante du faible. Il y a donc un autre cas dans lequel un antécédent existant parmi ces états faibles, dont j'appelle le groupe mon esprit, peut, en modifiant un groupe de ces
états yiîs que je connais comme étant mon eorps, prodnin dans un autre groupe de ces états vifs, que je connais comme étant mon corps, un changement semblable au changement produit par des antécédents qui ne peuvent être découTerti li dans mon esprit ni dans mon corps. — De plus, je saisis entn mes doigts la chair de mon genou, et en même temps que je fais un effort dans un endroit, je sens une vive douleur dam Tautre. Cette douleur ne diffère à aucun point de yue des douleurs qui ont suivi des antécédents existant dans c^ agrégat vif qui est entièrement indépendant du faible, bies que maintenant la douleur puisse être rapportée, par ^inte^ médiaire d'une partie spéciale de Tagrégat vif, à un antécédent existant dans Tagrégat faible. — Ainsi trois espèces d'expériences s'unissent pour me montrer que les mêmes effets peuvent être produits par des antécédents qui existent respectivement dans ces deux grands agrégats antithétiques; et par suite, elles s'unissent pour me suggérer Tidée qu'il doit y avoir quelque chose de commun entre ces antécédents. Ou, pour exprimer ce fait simplement comme un fait de cohésion, je trouve que, quand ces sensations de toucher^ de pression et de douleur sont produites par moi, elles sont en cohésion avec ces états qui, dans ma conscience, étaient leurs antécédents, et que, quand elles ne sont pas produites par moi, elles sont en cohésion dans ma conscience avec les formes faibles de ces antécédents, — c'est-à-dire avec les pensées naissantes d'une force semblable à celle que j'avais employée moi-même.
On peut obtenir une autre vérification de ces faits par une autre série d'expériences. Diverses parties de la combinaison particulière des états vifs que j'appelle mon corps sont capables d'être simultanément et alternativement actives et passives, — producteurs d'états vifs et récepteurs d'états vifs. Je joins ma main droite et ma main gauche, de manière à ce que chacune d'elles serre l'autre. Quand, en réponse à mon désir, la droite se contracte, un- seaVvm^tLV diÇi ^t^^à^xv ^vi\i^\sa, \!ûàs5SL
gauche accompagne un sentiment de pression dans la main droite, et vice versâj quand je contracte la main gauche. Ainsi, j'obtiens une complète équivalence entre les modes d'existence des états vifs produits directement par les états faibles^ et les modes d'existence des états vifs non produits directement par les états faibles. Ce que je sens comme effort dans une main, je le sens comme pression dans l'autre; les variations de ces deux sentiments sont corrélatives. Et quand je serre avec l'autre main, le rapport est renversé. Ainsi chaque main est le siège de ce que je classe parmi mes états de conscience comme pouvoir actif, et en même temps de cette pression que j^appelle l'effet de ce pouvoir, et avec lequel elle est en cohésion. Si je contracte les deux mains alternativement^ chacune apporte successivement la preuve de cette équivalence; et si je les contracte en même temps, cette preuve est donnée simultanément par chacune d'elles. Au même moment, chaque main oppose à l'autre ce que je distingue comme résistance. De sorte que le sentiment de l'effort dans la main qui serre^ le sentiment concomitant de résistance présenté par la main qui est serrée, et le sentiment de pression passivement éprouvé par la main qui est serrée, deviennent des états de conscience cohérents, — si cohérents que l'un d'eux ne peut se présenter à la conscience sans entraîner avec lui des parties des autres.
§ 464. Examinons comment, par suite de ce qui précède, les expériences données par le reste de l'agrégat vif peuvent se formuler.
Si je serre la main de mon ami au lieu de serrer la mienne, la main avec laquelle je serre est le siège de sentiments semblables à ceux que j'ai déjà éprouvés. La différence essentielle, c'est qu'avec ces sentiments je n'ai point dans mon autre main le sentiment de pression. Mais l'effort que je fais en serrant, et la résistance que je perçois en même temps sont en cohésion avec la conscience d'une pression qui existe dans la. main serrée. Bien qae cette conscience tfwm^ ^^ ^ ^^^^
forme vive, comme quand la main serrée était la mienne, dk se présente irrésbtiblement sous une forme faible. De même, quand la main de mon ami serre la mienne^ bien que je D*aie pas actuellement le sentiment vif de Teffort que j'ayais que ja serrais ma main avec l'autre, il y a une cohésion irrésistiUi entre la pression que j'éprouve et une forme faible de Teffiort qui lui est équivalent. — J'ai l'idée que cet effort existe dam la main de mon ami, et en même temps^ il se présente Tidée du sentiment qui cause en lui cet effort, idée qui est en cààsion avec la précédente.
Quand ce qui résiste au serrement de ma main, au liet d'avoir la forme, la couleur ou d'autres caractères que je possède ou que possède une autre créature animée, se classe dam ma conscience avec les choses que j'appelle inanimées, je suis néanmoins incapable de supprimer de ma conscience It représentation de la pression qui est en cet objet comme co^ relative de la résistance qu'elle offre à mon effort musculaire. Il se produit en moi une idée d'effort produit dans ce qui cause en moi ces sentiments vifs. Je ne puis^ par aucun moyen rejeter cette conscience d'une force dans l'agrégat vif, force qui a des rapports, d'une manière ou d'une autre, avec ce que je distingue comme force dans l'agrégat faible : — je ne puis briser le lien que l'association a produit entre ces états de conscience.
§ 465. On doit ajouter aux eipériences de résistance passive, dans l'agrégat vif^ qui produisent ces connexions dans h conscience, les expériences de son énergie actuelle. Ces expériences rendent les connexions encore plus étroites.
Un poids que j'ai soulevé avec difQculté, que je vois ensuite soulevé par un autre, avec certaines apparences que je sais être la marque d'un effort, et que je vois ensuite soulevé par une grue, produit inévitablement en moi la conscience que, dans les autres cas, il y a dans ce poids une force semblable à celle qui s'opposait à ma propre force, quand je le soulevais. Une douleur produite dans mon genou, tantôt par
un coup de poing que je me suis donné, et tantôt par un coup venant d'un corps extérieur qui m'atteint à Vimproviste, doit être considérée dans le second cas comme étant l'équivalent d'une force analogue à celle qui est connue comme étant son antécédent dans le premier cas. Quand, par un effort musculaire, j'imprime à un corps un mouvement dans Tespace^ je sais que Ténergie de ce mouvement, mesurée par les effets, est proportionnelle à l'énergie musculaire que j'ai déployée ; et quand je vois un corps projeté par une autre intervention, le mouvement et les effets de ce mouvement sont en cohésion avec la conscience d'une cause de changement équivalente à la cause que j'ai sentie dans mes propres membres. De sorte que, dans l'agrégat vif, tout mouvement qui n'a pas pour antécédent une tension musculaire produite en moi par une émotion, est inévitablement en cohésion avec une conscience naissante d'un antécédent qui prend la forme vague d'une tension pareille, — qui est symbolisé par le sentiment de l'effort.
Le résultat général, c'est que l'agrégat vif, quand il manifeste une résistance passive, tout aussi bien que quand il manifeste une énergie active^ est inévitablement associé dans la conscience avec l'idée d'une puissance séparée de lui, mais analogue à lui d'une certaine manière, — puissance que développe constamment en lui-même l'agrégat faible ^
* Oq objectera peaMtre aux analyses que nous avons développées dans ce chapitre et dans le chapitre précédent que, comme elles se rérèrent constamment à un ordre simultané et successif entre les états vifs et les états faibles, elles postulent par là même la conscience antérieure du temps et de Tespace, — conscience dont une, aa moins, implique l'existence objective. D'abord, je puis faire remarquer que, dans sa forme primitive, cette distinction de Tordre n'implique pas la conscience développée de l'espace, telle que nous l'avons (§ J 366 et 3G7). En second lieu, je puis remarquer que l'exploration des membres les uns par les autres, que nous savons être le moyen par lequel se développent les conceptions du temps et de l'espace, est également ici le moyen par lequel les conceptions du sujet et de l'objet se distinguent d'une manière tranchée, et s'intègrentséparément. Le rapport du sujet et de l'objet s'organise, en tant que forme de la pensée, par les mêmes expériences qui organisent le tempt et l'espace, en tant que formes de la pensée; et les organisations de ces conceptions, en se faisant pari posni, se donnent un mutuel appui.