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CONCEPTION DÉVELOPPÉE DE L*OBJET

Cet élément, — élément essentiel dans notre conscience de l'agrégat vif, est aussi élément essentiel dans notre conscience de chaque partie distinguée par nous comme objet individuel.

Le corrélatif inconnu de la résistance à nous offerte par

Tagrégat vif, et qui se présente toujours à la pensée sous forme

d'effort musculaire, — ce corrélatif inconnu, qui défie tout

effort de notre pensée, ayant pour but de détruire ou de

I diviser le corps, et qui par suite nous apparaît comme ce qui

gi tient unies ensemble les parties de ce corps, est nécessairement

^, pensé par nous comme ce qui constitue un corps. Si nous nous

j^ rappelons quelle difficulté nous trouvons à concevoir comme

^ corps une matière aériforme, dans quel sens restreint nous

reconnaissons comme corps la matière liquide, qui a s

^ peu de cohésion qu'elle ne peut conserver sa forme; si nous

nous rappelons, quand la matière est solide, Tunion si intime

de la notion de corps avec la notion de ce qui maintient la

:>. continuité (union si intime que la suppression de la couti-

. nuité est la suppression du corps), nous verrons clairement

que ce corrélatif inconnu de Tétat vif que nous appelons

pression, qui est symbolisé par les termes connus de dos

propres efforts, constitue ce que nous appelons substance

matérielle.

§ 467. Un autre élément d'importance égale entre dans la conception. Ce qui pour notre pensée constitue un corps^ c'est ce qui relie d'une manière permanente ces états vifs infiniment variés que nous donne le corps, quand nous changeons par rapport à lui et quand il change par rapport à

nous.

Lorsque, dans l'exameu do Targumentation de Hume^ nous recherchions ce qu'il entendait eu affirmant l'existence des impressions, et en concluant que les impressions et leurs copies faibles, les idées, sont les choses connues qui existent, nous avons trouvé que les impressions n'ont d'existence que dans un sens tout à fait différent du sens otâàtL^t^, ^\tk^>aA

remarquons comment la quantité innombrable dUropressioM différentes que nous apporte un objet duquel nous nov approchons, ou autour duquel nous tournons^ changea d'instant en instant, nous voyons que, si un de ces états à conscience vifs^ ou un groupe de ces états, doit être regaii comme ce qui existe, Texistence est alors synonyme d*abseDei de persistance. ,

Ici, par contre, nous avons à remarquer que ce qui penûfe et ce qui par conséquent doit être dit exister^ c*est le nesn de ces apparences toujours changeantes. Je marche autotf d*un petit objet ou, s*il est de petite dimension^ je le retoun» dans ma main ; et des taches de couleur diversement codSk^ mées et des autres états de conscience notables qu'il ot fournit, pas un ne reste le même plus d*un instant : chaqui impression peut passer en une seconde par une vingtaine de phases différentes. Cependant chacune est continue à traTCfS toutes ses métamorphoses, cl chacune garde une certaine continuité dans ses relations changeantes avec ses voisines : toutes changent semblableraent et sont semblablemeDt cohérentes. De plus, leur cohésion est telle qu'après que j'«i fait entièrement le tour de l'objet ou, s'il est de petite dimeih sion, que je l'ai entièrement retourné dans ma main, chaque tache colorée réapparaît à mes yeux, et reprend la forme qu'elle avait la première fois aussi bien que les mêmes relations qu'elle soutenait avec les autres taches. Et encore, si je me retire de façon à ce que ce groupe de sensations claires disparaisse cemplétement et si, pendant des années je m'abstiens d'exécuter les mouvements nécessaires opposés pour qui réapparaisse dans ma conscience, je ne trouve pas moins qu'an moment où je réexécute ces mouvements, ce groupe se présente avec ses parties essentiellement les mômes, unies entre elles dans des rapports essentiellement semblables.

Ainsi donc, parmi tous les changements, il y a quelque chose de permanent. Aucuu de ces états notables de nw conscience n'avait de permanence ; et la seule chose qui eût

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e la permanence était ce qui n'a jamais été un état notable e ma conscience, — ce quelque chose qui maintenait unis nsemble ces états notables, ou qui les liait en un groupe, ar une loi suprême de mon intelligence, je mets ensemble îs états de conscience qui sont semblables, et je classe à art ceux qui sont différents. Le plus frappant contraste qui » présente dans Tagrégat d'états de conscience notables pris n totalité, aussi bien que dans chacune de ses parties, est le ontraste entre ce qui change perpétuellement et ce qui ne hange pas, — entre chaque faisceau toujours changeant ['états notables et leur nexus immuable. Cette distinction ranscendante doit recevoir un nom. Il faut que j'emploie uelque signe pour désigner cette durée en tant que distincte e cette instabilité, — cette permanence au sein même de ce ui n'a point de permanence. Et le mot existence, appliqué u nexm inconnu, n'a pas d'autre signification. Il n'exprime ien autre chose que ce fait primordial de mon expérience.

§ 468. Voyons maintenant comment, en observant nos tats de conscience et la manière dont ils se divisent, nous ouvons obtenir une conclusion complètement développée, ui soit d'accord avec nos croyances primitives, bien loin u*elle s'oppose à elles.

Tandis que nous sommes passifs physiquement, nos états e conscience se séparent d'eux-mêmes d'instant en instant n deux grands agrégats, l'un vif, l'autre faible, chacun obèrent avec lui-même, ayant ses antécédents propres, ses )is, et se distinguant de l'autre en diverses manières. Et cette ifférenciation partielle entre les deux existences antithétiques, ue nous appelons sujet et objet, qui s'établit d'elle-même vant que toute comparaison soit possible, est éclaircie encore ar la comparaison réfléchie.

Quand nous passons de l'état passif à l'état actif, quand ous développons la sensation qui excite le mouvement musiilaire et quand nous employons nos membres à des exploitions réciproques, cette différenciation devient complète.Car

une telle exploration montre que la tension muscoli résistance, la pression, sont corrélatives et équivalenti Tagrégat de représentations Tives peut susciter d^abor de ces trois perceptions corrélatives, la pression et h tance, et que ces deux premières impliquent quelque qui équivaut à la troisième. Ainsi l'agrégat vif vient considéré non pas simplement comme indépendant du mais bien comme étant au même titre que lui une d'énergies. Et cette conception de l'agrégat^ en tai source d'énergies, est bientôt distinguée par les expéi des changements directement causés par nous en lui, < de ceux directement causés en nous par notre effort.

La conception générale^ une fois formée d'une souro tivité indépendante extérieure à la conscience^ se dével en une conception plus spéciale, si nous examine groupes particuliers de représentations vives qui naiss nous. Car nous trouvons que chaque groupe, disting nous comme formant un objet, est un siège séparé de h par 'laquelle le monde extérieur dans sa totalité nous ii sionne. Nous trouvons que, tandis que c'est cette foi donne l'unité au groupe, c'est encore cette môme fon s'oppose à nos énergies. Et nous trouvons aussi qu( force^ maintenant unis ensemble les éléments du g malgré les changements indéflniment variés qu'ils sent dans la conscience, est en conséquence regard nous comme persistante ou continuant à exister ai même de toutes ces manifestations qui ne continuent exister.

En sorte que ces différents amas d'expériences s'uc pour former la conception de quelque chose d'extériei conscience qui est absolument indépendant de la couse qui possède une force sinon identique, du moins équiv à celle de la conscience, et qui demeure fixe au mille apparences changeauV^^. "SA. ç.eX\.çi Çi^m^^^na^w ^ xW\s

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B rindépendance, la permanence et la force, est la conception

li que nous ayons de la matière ^

g § 469. Et maintenant, avant de clore ce chapitre, remarquons par parenthèse un parallélisme frappant entre la conception ainsi obtenue de Tobjet et celle qui est la conception propre du sujet. Car précisément de la môme façon que l'objet est le nexus inconnu permanent^ qui n'est jamais lui même un phénomène, mais est ce qui tient les phénomènes unis ensemble, ainsi le sujet est le nexus inconnu permanent qui n'est jamais lui-même un état de conscience, mais est ce qi^i tient les états de conscience unis ensemble. Tant qu'il se borne à s'analyser lui-même, le sujet ne peut jamais riun apprendre de plus sur ce nexus que ceci : à savoir qu'il forme une partie du nexus comprenant cet agrégat particulier de représentations vives qu'il distingue comme son corps. Si cependant il substitue à cet examen celui de la structure nerveuse et de sa fonction, telles qu'elles lui sont montrées dans d'autres corps semblables au sien, il peut

* Il est encore temps de signaler ici une expérience qui aurait pu ,^tre signalée dans le chapitre précédent, — une expérience qui, plus peut-être que toute autre, concourt à développer la conscience d'une force objective: si d'une main je saisis un doigt de l'autre main, et que je le lire, il se produit, en même temps que la pensée centrale initiale, le sentiment d'un eflbrt dans le bras qui exerce l'attraction. Simultanément, dans l'autre bras qui résiste, il y a un sentiment d'eflbrt accompagné de la pensée centrale équivalente. Tous ces éléments varient ensemble. Si je lire le doigt vivement, il y a une plus grande dépense de force interne, et un plus fort sentiment de tension dans le bras qui exerce la traction ; mais il y a plus : je cesse de pouvoir exercer cette traction plus forte si l'autre bras vient à céder; — il faut qu'il ofTre une résistauce mesurée par une tension musculaire équivalente et une impulsion centrale équivalente. Maintenant le doigt tiré est objectif par rapport à la main et au bras qui lire, tout aussi bien que si c'était le doigt d'une autre personne; mais comme ce doigt est lié à ma propre conscience, j'ai en lui et dans le bras auquel il est attaché une réaction équivalente à l'action de mon autre bras. Si, au lieu de mon propre doigt, je tire le doigt d'une autre personne,, il se produit en moi un état naissant de conscience ou une idée, qui est celle d'un efTort dans le bras de cette personne. Si l'objet tiré est un de ceux que je distingue comme inanimés, la réaction répondant à l'action de mon bras est représentée dans ma conscience par le même symbole, — symbole qui devient dominant si je tire l'extrémité opposée d'un objet avec mes deux mains ; et, en le tirant, jo trouve que sa cohésion est mesurée par son aptitude à iransm^Upe Iç sentiment de Veffotl âLUiiViX^%^Vv^V>^^>

Toir par là comment, pour chaque groupe changeant d'idéo, il existe un nexus permanent qui, en un sens, correspond I ce nexui permanent à qui est due la cohésion du groupe changeant d'apparences rapportées au corps extérieur.

En effet, comme il a été montré dans les premières parties de cet ouvrage, une idée est le côté psychique de ce qui estsous son côté physique un groupe implexe de changements moléculaires se propageant à travers un groupe semblable de plexus nerveux. Ce qui rend cette idée possible est la préexistence 1 de ces plexus, organisés de manière. à ce qu'une onde de | mouvement moléculaire répandue dans leur masse produise, comme corrélatif psychique, les éléments composants d'une conception, dans Tordre et le degré voulus. Cette idée dure tout le temps que dure l'onde de mouvement moléculaire, cessant quand cesse celle-ci ; mais ce qui demeure est le groupe de plexus. Ils constituent la virtualité de l'idée et rendent possibles les idées futures comme l'idée actuelle. Chacun de ces groupes de plexus, perpétuellement modifié dans le détail par des actions perpétuellement nouvelles, susceptible d'entrer dans des combinaisons sans nombre avec les autres, en même temps que les objets nous sont représentés comme entrant dans des combinaisons sans nombre avec les autres, susceptible aussi d'être excité différemmeot dans les différentes parties en même temps que l'objet extérieur, présente ses attributs combinés de différentes façons ; chacun de ces groupes, dis-je, est ainsi le nexus interne permanent des idées, correspondant au nexus permanent externe des phénomènes. Et comme le nexus externe est ce qui continue à exister au milieu des apparences passagères, de même le nexus interne est ce qui continue à exister au milieu des idées passagères. Les idées n'ont pas plus d'existence continue que nous n'en avons trouvé dans les impressions. Elles sont comme les accords et les cadences successives tirées d'un piano, qui s'évanouissent de moment en moment à mesure que de nouvelles cadeu^^s qV d^ \iQ\x\^^>yk ^^^^\^ ^& V^\^

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mtendre. Et il serait tout aussi exact de dire que ces accords lassagers et que ces cadences fugitiTcs existent dans le piano iprès qu'elles ont cessé, qu'il Test d'affirmer que les idées [ui passent existent dans le cerveau après leur disparition. )aDs un cas comme dans Tautre, Texistence actuelle est celle le Tappareil qui est prêt à produire^ sous des conditions semblables, des combinaisons semblables.

Il est vrai que nous croyons avoir quelque part en nous ces groupes d'états de conscience faibles répondant aux groupes l'états énergiques qui se sont autrefois présentés. Il est vrai [ue, dans la vie commune, nous parlons des idées comme si lies étaient emmagasinées, formant un fonds disponible de onnaissances, et que cela implique la notion qu'elles sont lûment arrangées et pour ainsi dire disposées en casiers pour 'usage à venir. Il est vrai que dans les explications psycho- 3giques, on parle souvent des idées comme si elles avaient ine existence continue. Il est vrai que nos expressions sont insi faites, qu'elles rendent inévitable l'admission implicite !e telles notions , et que, en maint endroit de cet ouvrage, lous avons employé des phrases qui la supposent, bien que^ 3 le crois du moins, ces phrases puissent toujours être rameiées à leurs équivalents scientifiques, ci- dessus énoncés. Mais n, comme dans toutes les discussions métaphysiques en gééral, oîi notre but est expressément de pousser l'analyse jsqu'à ses dernières limites, et de démêler les faits des hypolèses, il nous appartient de reconnaître la vérité, à savoir : ue cette conception populaire, habituellement adoptée dans is discussions psychologiques et métaphysiques, n'est pas Bulement gratuite, mais est absolument en désaccord avec expérience. Tout ce que nous montre le regard jeté au edans de nous-mêmes, c'est que, sous certaines coudions, un état de conscience se présente plus ou moins smblable à celui qui s'est présenté antérieurement sous es conditions plus ou moins semblables. Non-seulemeu^ ous n'avons aucune preuve que, àuranXYiviN.^rs^'^^ ^^\.t\aN.

506 ANALYSE GÉNKRALE.

de conscience existait sous quelque forme que ce soit • mais si loin que l'observation puisse aller, elle nous montre poôtivement le contraire. Car le nouvel état Q*est jamais le même que l'ancien ; il n'en est jamais qu'une image approximative. Il n'offre pas cette identité de structure qu'il présenterait s'il était une chose préexistante qui apparût de nouveau. Bien plus, môme pendant qu*il est présent, il ne garde pas son identité de structure, -il n'est pas littéralement le même deui secondes de suite. Pas une seule idée, fût-ce celle de l'objet le plus familier, ne reste stable tant qu'elle est dans la conscience. Pour continuer la similitude proposée plus haut, son existence temporaire est comme celle d'un accord que Ton ferait entendre d'une manière continue, et dont les éléments varieraient chacun à part d'instant en instant de hauteur et d'intensité. D'ailleurs, même en laissant de côté toute théorie des idées tendant à les considérer non comme des choses substantielles , mais comme des modifications psychiques, correspondant aux modifications physiques réalisées dans un appareil physique, il suffit d'insister sur cette vérité évidente: que l'existence dans le sujet de toute autre idée que celles qui le traversent actuellement est une pure hypothèse, absolument dénuée de quelque preuve que ce soit.

Et ici nous rencontrons une autre face de cette contradiction que présente partout la conceplion antiréaliste. Car, partant des données impliquées dans le langage populaire qui affirme l'existence continue à la fois des idées et des objets, elle accepte cette fiction comme un fuit, et, sur son autorité, cherche à montrer que le fait est une fiction. L'existence continue étant réclamée pour ce qui ne l'a pas, on s'appuie làdessus pour la refuser à ce qui la possède.

§ 470. Après celle digression, revenus à nos propos, il ne nous reste plus qu'à montrer comment, dans les trois derniers chapitres, nous avons trouvé en effet ce que nous avions annoncé. Le chapitre sur la Dynamique de la conscience nous a fourni cette conclusion ; c\vig (i\v^v:^\\vt t\ç\\yN;vçi\i\si^\\V5i\fî. ahou-

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