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CHAPITRE IL

§ 479. Avant de traiter^ même brièvement, des facultés mentales particulières d'une manière systématique, nous devons les classer. La classification est ici plus difficile que d'ordinaire, et ne peut guère être faite que par à peu près. Qu'on juge des difficultés.

Bien qu'un chimiste puisse être dans llacertitude pour savoir à quel groupe un corps appartient, comme^ par exemple, pour savoir si le sélénium est un métal ou non, les choses dont il traite comportent des séparations tranchées ; si nous disposons les animaux en classes, les difficultés que cette tâche pourra présenter ne nous empêcheront pas tout au moins de marquer de grandes divisions et subdivisions. L'évolution des organismes tend à produire des séparations de plus en plus prononcées entre les grands groupes, et entre leurs subordinations primitives et secondaires indéfiniment ; si bien que, pour employer l'analogie fournie par un arbre , chaque branche, portant ses branches secondaires et tertiaires, et ainsi de suite jusqu'aux plus délicates ramifications, est toujours parfaitement distincte de ses voisines. Il se peut rencontrer qu'il ne soit pas évident au premier coup d'œil à laquelle de deux branches qui se touchent une petite ramification appartient; mais un examen plus attentif bannit le doute complètement. Mais maintenant, poussant plus loin l'analogie empruntée à l'arbre, supposons que, simultanément à cette divergence continuelle et répétée des branches, il s'est produit entre elles un continuel embrassement. Supposons que des rameaux de chaque branche, à mesure qu'ils divergeaient

l'un de l'autre^ sont partis des jets destinés à les unir à ceux d'une branche voisine, et qu'ensuite de ces deux rameaux, qui croissent ainsi enchaînés, de nouveaux jets sont partis, destinés à les unir à d'autres rameaux déjà enchaînés comme eux les uns avec les autres, et ainsi de suite indéfiniment. Il est clair que, dans ce cas, une classification définie sera impossible.

Ce mode de développement est le symbole grossier de celui des grands centres nerveux. Il y a en eux semblablement une intégration marchant pari passu avec une différenciation. Mais le développement des fonctions suit nécessairement le même cours que le développement des appareils. Il en résulte que ces fonctions^ qui sont ce que nous appelons facultés ou activités mentales, ne sont distinguées qu'imparfaitement les unes des autres, et qu'il ne peut pas y avoir une classification de ces fonctions comme il y en a d'objets extérieurs séparés. Nous pouvons, il est vrai, reconnaître des différences générales, comme dans la ramification par embrassement ci-dessus décrite; nous pouvons dire d'une certaine partie qu'elle appartient au côté gauche ou au côté droit, à la partie haute ou à la partie basse. Mais l'embrassement et le réembrassement perpétuel des rameaux nous défend toute différenciation précise.

Après que nous avons dûment constaté ce fait : que la classification très-générale qui reste possible est bonne dans les limites où elle peut s'étendre, et assurément nécessaire; après que nous avons dûment constaté ce fait : qu'aucune classification ne saurait être spécifique, nous croyons pouvoir tenter ici très-utilement un genre de classification tout autre. Servons nous toujours de l'analogie employée, et supposons que notre arbre symbolique a ajouté, année par année, une nouvelle couche de branches divergentes accompagnées de leurs pousses d'embrassement, et que les communications latérales ainsi établies deviennent de plus en plus étendu es; de telle sorte que, si dans la couche interne la plus ceaU^Vv^

les couples de branches les plus proches sont seuls unis, dans la couche immédiatement supérieure encore à celle-là^ des couples de couples associés, et ainsi de suite. Dans ce cas, les structures contenues dans cet agrégat devront être classées chacune à part, comme appartenant à la première^ à It secpnde^ à la troisième et à la quatrième couche; et si chaque couche a une fonction en rapport avec le reste^ il sera possible de classifier les fonctions comme appartenant chacune au premier, au second^ au troisième et au quatrième ordre.

Revenant maintenant à la structure du grand centre nerveux qui est le siège des plus hautes facultés mentales, nous pou- Tons les considérer comme susceptibles d*étre rangées en des groupes différents, selon qu*elles s'éloignent au premier, au second^ au troisième, au quatrième degré, etc., de ces facultés sensosielles simples qui sont les racines communes de toutes les autres. Un tel mode de classification s'accorde avec les résultats de notre analyse aussi bien qu'avec ceux de notre synthèse. C'est celui que la doctrine de l'évolution implique indirectement^ et nous devons le trouver très-convenable à nos fins.

Quelque difCculté que le lecteur trouve dans l'interprétatioo de cette exposition par analogie, elle disparaîtra peut-être si nous passons, comme nous allons le faire sur-le-champ, à l'examen direct des faits. Cet examen donnera sa signification à notre exemple symbolique, en même temps qu'il en recevra quelque lumière.

§ 480. Il me suffira de rappeler le fait sur lequel nous avons insisté dans le chapitre sur a la composition de l'esprit, b à savoir : que la première division qui se présente est celle des sentiments (feelings) et des rapports entre les sensations, (appelées communément connaissances). Je n'ai pas davantage besoin d'insister sur le fait indiqué à cet endroit, que cette distinction, bien que fortement marquée, n'est pas une distinction absolue. Toutefois, si nous sommes poussés à admettre que les facultés mentales ne peuvent être qu'impar-

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faitemenl distingués les unes des autres de prime abord, nous sommes en mesure de discerner une profonde différence entre ces modes de conscience dans lesquels les états sensibles eux-mêmes l'occupent d'une manière prédominante, et ceux dans lesquels la conscience est dominée d'une manière prédominante par les rapports qui unissent ces états; — de discerner, dis-je, une profonde différence entre les SENTI- MENTS et les COxNNAISSANCES '.

Si nous tentons de subdiviser ces deux grandes classes, nous trouvons que, à prendre d'abord les CONNAISSANCES, elles peuvent être divisées d'une manière générale en quatre grandes classes inférieures.

Les connaissances présentatives, ou celles dans lesquelles la conscience est occupée à localiser une sensation imprimée à l'organisme, — c'est-à-dire occupée par le rapport entre rétat mental présent et les autres états mentaux qui forment la conscience de la partie affectée : comme quand on s'est coupé au doigt.

Les connaissances présentatives représentatives, ou celles dans lesquelles la conscience est occupée par le rapport entre une sensation ou un groupe de sensations, et les représentations des diverses autres sensations qui accompagnent la première dans l'expérience. C'est ce que nous appelons communément perception, — acte dans lequel, simultanément à certaines impressions présentées à la conscience, il se produit dans la conscience les idées de certaines autres impressions ordinairement liées à celles-là : comme quand la forme visible et la couleur orange nous conduisent à douer ce fruit de tous

ses autres attributs.

Les connaissances représentatives, ou celles dans lesquelles Ja conscience est occupée par les rapports entre les idées ou sensations représentées : comme dans tous les actes de souvenir.

« La clawificalion qui suit a été pour ta première foi* soumiac à la critique dans Touvragc du profc?RCfir Bain : let J^motions et la Volonté.

531 COKOLLAIHKS.

Les connaissances doublement représentatives (re-reprisenUh tive)j ou celles dans lesquelles la conscience n'est pas occupée par la représentation de rapports particuliers^ qui se sont déjà présentés à elle, mais par la pensée de rapports généraux oà est comprise la représentation de ces rapports particuliers. Ici les relations concrètes qui ont été jadis objets d'expérience ne sont plus, en tant que devenus exclusivement objets de conscience, représentés qu'incidemment, avec le rapport abstrait qui les formule. Les idées résultant de cette abstraction ne représentent pas elles-mêmes des expériences réelles; mais elles sont des symboles qui remplacent des groupes d'expériences de cette nature : — elles représentent des agrégats de représentations. Et elles peuvent par conséquent être appelées des connaissances doublement représentatives {rereprésentative). Il est clair que le processus de la représentation double est porté à ses degrés supérieurs, à mesure que la pensée devient plus abstraite.

Passant maintenant à la seconde grande classe, que nous avons distinguée de la première comme constituée par les Sentiments, nous trouvons qu'on peut les diviser en quatre classes secondaires parallèles.

Les sentiments présentatifSy ordinairement appelés sensations, sont ces états mentaux dans lesquels, au lieu de regarder une impression corporelle comme une impression de cette nature, ou comme localisée ici ou là, nous la considérons comme un plaisir ou une peine : comme par exemple quand nous respirons un parfum.

Les sentiments présentatifs-représentatifs, embrassant une grande partie de ce que nous appelons communément émotions, sont ceux dans lesquels une sensation, ou un groupe de sensations et d'idées, excite une vaste agrégation de sensations représentées, en partie dues à notre expérience individuelle, mais dépassant pour ane plus grande part rèxpérience individuelle en profondeur, et par conséquent indéfinies. L'émotion de terreur peut servir d'exemple. En

même temps que certaines impressions faites sur nos yeux ou sur nos oreilles, ou sur les deux à la fois, d'innombrables souffrances dont de telles impressions ont jadis été les antécédents sont rappelées à la conscience; et quand le rapport entre de telles impressions et de telles douleurs a été habituel dans la race, les idées définies des douleurs qu'a fournies Teipérience indii^iduelle sont accompagnées par les peines indéfinies qui résultent de l'expérience héritée, — sentiments vagues que nous pouvotis appeler représentations organiques.

Les sentiments représentatifs comprennent les idées des sentiments classés ci-dessus, quand elles sont évoquées indépendamment des excitations externes appropriées. Les sentiments ainsi représentés peuvent être des sentiments simples, de la classe de ceux qui ont été nommés d'abord^ comme des saveurs, des couleurs, des sons, etc., ou des sentiments implexes de la classe signalée en dernier lieu. On en trouve des exemples parmi ces sentiments qui animent le style du poète descriptif et sont évoqués dans l'esprit de ses lecteurs.

Les sentiments doublement représentatifs^ groupe sous lequel sont compris ces états de sensibilité plus complexes qui sont moins le résultat direct des excitations extérieures que le résultat indirect ou réfléchi de ces mêmes excitations. L'amour de la propriété est un sentiment de cette espèce. Il n'est pas éveillé par la seule présence de quelque objet spécial^ mais partons les objets en général susceptibles d'être possédés; et il ne vient pas de la seule présence de tels objets, mais d'un certain rapport idéal de ces objets à nous. Il résulte non de la représentation des avantages que nous retirons de la possession de ceci ou de cela, mais de la représentation des avantages de la possession en général; - il n'est pas composé de certaines représentations concrètes, mais de Fidée abstraite d'une multitude de représentations concrètes, et ainsi il est doublement représentatif. Les sentiments les plus élevé

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comme celui de la justice, sont encore plus complètement de cette nature. Ici l'état de sensibilité est composé d*états qui sont eux-mêmes entièrement ou presque entièrement représentatifs.

Un examen critique de ces groupes établit qu'ils ne sont pas susceptibles d'une distinction définie. Cette impossibilité de fixer des limites tranchées, que présentent même les deux groupes primaires, est présentée bien plus évidemment par les groupes secondaires, et elle devient de plus en plus frappante à mesure qu'on s'élève aux groupes supérieurs. Si nous examinons la sensation la plus simple ou le sentiment présentatif, nous ne pouvons la débarrasser de ses simultanés représentatifs : ils sont impliqués à la fois dans son individualisation comme telle et telle, et dans sa localisation dans le temps et dans l'espace. Si nous passons à la perception proprement dite^ nous rencontrons des gradations innombrables dans lesquelles la quantité d'éléments représentés augmente proportionnellement à laquantitéd'élémentsprésentés. Quand, après avoir épuisé tous les éléments présentés, nous entrons dans la région des connaissances purement représentatives^ nous nous élevons par degrés à des représentations doubles de plus en plus hautes ! Il en est de môme des sentiments. I^ quantité de sentiment représentatif qui accompagne un simple sentiment présentatlf est infiniment variable : —témoin la différence qu'il y a entre le toucher d'une pierre et Todeur du foin, dont le premier rappelle d'autres sentiments en quantité inappréciable, et dont la seconde peut produire une onde décidée d'émotion agréable. Et dans la région des sentiments qui ne contiennent aucun élément présentatif^ il y a un passage graduel à ceux dans lesquels le caractère de représentation double est le plus accentué. Mais^ tout en reconnaissant pleinement refait: que la conscience est un plexus enchevêtré qui ne peut être coupé en parties sans plus ou moins d'arbitraire ; tout en reconnaissant pleinement cet autre fait qui en dérive : que la classification ébauchée ici pn*te le flanc à des

critiques comme celles auxquelles sont exposées les classifications autrement conçues, on doit observer que la classification selon le degré d'aptitude représentative, applicable aux connaissances et aux sentiments^ est spécialement adaptée à notre dessein actuel. En voici plusieurs raisons.

§481. En premier lieu, elle fournit une mesure de l'évolution, considérée sous son aspect le plus étendu.

L'aptitude représentative implique un degré proportionnel dUfUégration. Le nombre d'étnts représentés lié dans la pensée avec un certain état préser t, croît avec le développement de la perception. La validité d'une généralisation augmente, toutes choses restant égales, avec le nombre de perceptions intégrées dans cette généralisation. La largeur de la pensée augmente aussi selon le nombre de généralisations courtes (dont chacune est représentative) intégrées dans une généralisation vaste (qui est doublement représentative). 11 y a donc dans l'aptitude représentative {representativeness) une mesure du degré d'unification de la connaissance.

Déplus, l'aptitude représentative et la détermitiation {définiteness) varient, toutes choses égales, dans la même proportion. Si un enfant confond les p et les g, ou si un peintre d'enseigre place, comme il arrive quelquefois, le gros trait de TM ou du W là où devrait être le trait maigre, cela suppose que la représentation mentale d'une forme présentée antérieurement est encore vague : tandis qu'un artiste qui dessine un portrait de mémoire prouve qu'il se représente la figure très-nettement. De même, si nous analysons les erreurs de calcul ou de raisonnement, nous trouvons qu'elles naissent des lacunes de la représentation ; les rapports entre les états de conscience n'y sont pas vus, parce que la conscience n'est pas définie.

L'aptitude représentative est aussi une mesure de la cornflexité. Observons quelques-unes des gradations. Voici un chien stupide qui ne reconnaît son maître que quand il le sent. Voici un chien intelligent qui se rappelle assez bien

comment les nombreux attributs visibles de son maître sont combinés pour le distinguer par la vue d'autres personnes. Voici un médecin qui, outre qu'il est capable de cette indivi* dualisation, reconnaît les symptômes d'une maladie, et qui non -seulement voit dans sa pensée les viscères de son malade, mais aussi où est la lésion et quelle elle est. Si nous comparons ces cas, il sera clair pour nous que Taptitude de la conscience à la représentation croit en même temps que si complexité. De plus, l'aptitude à la représentation ne mesure pas seulement la complexité que montre l'intrication des élémentsde même nature, comme chez le mathématicien qui,des vérités concernant les courbes particulières, passe anx mérités concernant des groupes de courbes, puis à d'autres concernant des groupes semblables ; mais elle mesure aussi cette autre complexité qu'implique V hétérogénéité croissante des éléments. Témoin le progrès réalisé de la conception que se fait un paysan de la terre à celle qu'est parvenu à s*en faire un géologue qui a voyagé.

Que ce que Ton vient de dire s'applique de même aux sentiments, — qu'en eux aussi l'intégration croissante^ la déter mination croissante et l'hétérogénéité croissante de la composition ont semblablement pour mesure l'extension jusqu'où ont été portées la représentation et la représentation double, c'est ce qui sera évident pour quiconque voudra jeter un nouveau coup d'œil sur les définitions ci-dessus,

§ 482. Si, après avoir observé comment le degré d'aptitude à la représentation mesure le degré d'évolution, définie sous sa forme la plus générale, nous observons comment la même mesure s'applique à l'évolution mentale, en tant qu'affectée comme nous l'avons indiqué, nous verrons encore plus clairement qu'elle est propre à nous fournir une règle générale.

Il est tout à fait évident que le développement de la perception implique une représentation de sensations, que le développement du raisonnement simple implique une représentation de perceptions, et que le développement du ntison*

nement complexe implique une représentation des résultats du raisonnement simple. En sorte que Téloignement à partir de la sensation augmente avec Télévation intellectuelle. Et si la genèse des émotions se produit comme nous l'ayons décrit^ alors évidemment les phases traversées sont les suivantes : d'abord des sensations simples ; puis des sensations combinées avec des sensations représentées; puis des représentations de ces groupes représentatifs, chaque degré supérieur n'étant possible que par un degré inférieur antécédent.

Examinons le sujet au point de vue concret, — comparons les activités mentales de Tenfant, du sauvage et de Thomme civilisé à ses divers degrés de culture. Un enfant qui regarde et s'e&orce de saisir tout ce qu'il voit^ et qui met dans sa bouche tout ce qui est à sa portée, nous montre une conscience dans laquelle les sentiments présentatifs dominent pour une grande part. Un bambin qui met ses jouets en pièces, qui bAtit des châteaux de cartes, qui fouette sa toupie, qui ramasse des fleurs, des cailloux et des coquillages^ mène une vie intellectuelle purement perceptive ; — les sentiments présentés sont ici associés aux sentiments représentés, formant la connaissance des propriétés et des actions des objets environnants, et ce qui exige une représentation plus haute, comme ces petites scènes auxquelles donnent lieu les poupées et les petits ménages, est limité aux actions observées dans l'intérieur de la maison même. Dans l'enfant plus grand et dans le sauvage, la représentation est plus étendue ; mais cependant elle ne dépasse pas de beaucoup ces expériences concrètes fort vastes que des sphères d'activité plus vastes ont découvertes. Les aventures, les triomphes de force et d'adresse, voilà ce qui fournit un aliment à la conversation de l'homme non civilisé et aux châteaux en Espagne de la jeunesse ; les représentations sont limitées dans la pratique aux affaires individuelles. Ce n'est que quand la maturité approche que nous trouvons chez un petit nombre d'hommes civilisés un degré assez élevé de représentation pour passer à la repré-

sentation double, comme celle qui groupe les modes parti* culiers de Tactivité humaine sous des vérités générales. Si, nous élevant à Tactivité intellectuelle du type supérieur, nous prenons pour exemple un homme d'État, nous trouvons qu*il est d'ordinaire absorbé par une pensée hautement représentative. Pour savoir quelle réponse il convient de donner à une dépêche, il faut imaginer un grand nombre d'intérêts et d'influences ; dans une mesure que l'on projette, la représentation des forces des partis, de l'opinion populaire, de la critique de la presse, influe sur la décision ; et un discours qui justifie cette mesure en suppute les inconvénients, les avantages et les difficultés, actes dont chacun est une représentation double d'un grand nombre de résultats groupés d'observations implexes.

Nous pouvons retracer dans l'autre moitié de la nature humaine des différences semblables à celles-là. Avec les plaisirs et les douleurs de la sensation, il n'y a chez l'enfant à la mamelle rien autre cbose que de vagues sentiments de réjouissance, de tourment et de crainte, — que des émotions qui dépassent peu les représentations directes de sensations corporelles, et que nous voyons manifestées par les types inférieurs d'animaux. Des émotionsplus complexes comme l'amour de la louange et l'amour de la propriété, entrent en jeu chez l'enfant un peu plus développé : elles sont de l'ordre des représentations doubles. Dans la suite, nous commençons à voir ces émotions plus hautes dans lesquelles il entre une part de sympathie ; le souci du salut d'autrui, ordinairement assez rare dans les premières années de la vie, se manifeste plus souvent. Les races humaines inférieures restent d'une manière permanente dans cette phase primitive. Les émotions doublement représentatives excitent rarement en elles autre chose qu'un sentiment de justice tout à fait rudimentaire. Mais dans l'homme civilisé, ou en général chez quelque forme supérieure que ce soit de l'humanité civilisée, la passion du bien ^ public, poussée quelquefois jusqu'aux sacrifices personnels

les plus absolus, devient un trait fréquent. Ici les pensées hautement re-représentativcs produisent des émotions hautement re-représentatives. Dédaignant ces cbosos simples qui les environnent et qui presque seules intéressent le vulgaire^ les esprits qui sont le plus développés du côté de l'émotion, comme ceux qui sont le plus développés du côté de l'intelligence, sont remplis d'images dans lesquelles le degré de représentation double atteint son summum.

§ 483. Ainsi donc dans les chapitres suivants^ dans lesquels nous avons à tirer de principes généraux les corollaires particuliers concernant la nature humaine dans son évolution sociale, le degré d'aptitude représentative sera notre mesuretype du degré d'évolution.

Dans le prochain chapitre, nous mesurerons par ce moyen les traits dominants du développement intellectuel en tant qu'il affecte la civilisation, et est affecté par elle. Dans les chapitres subséquents, nous traiterons de la même manière du développement émotionnel qui accompagne le développement intellectuel.

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