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II. Î

tuellement la main perd sa fermeté dans la dernière partie de la vie, quand les énergies s'en vont. Après une maladie débilitante, elle est plus ou moins tremblante. Dans Tivrognet la prostration chronique nerveuse due à la surexcitation, se manifeste semblablement en ce qu'il renverse son breuvage en le portant à ses lèvres. La paralysie est un effet encore plus notable de la même nature, résultant de même du défaut de décharge nerveuse. Pourquoi ce défaut à ces différents degrés produit ces différentes intensités de tremblement et d'entrechoquement, c'est ce qu'il est aisé de voir. L'attitude de la jambe étendue est maintenue par les contractions de muscles qui tirent les uns sur les autres plus ou moins directement. Si les muscles opposés reçoivent simultanément des ondes de mouvement moléculaire avec assez de rapidité pour que chaque onde arrive avant que l'effet de la précédente ait cessé, le membrp est maintenu ferme. Mais, si la genèse de l'énergie nerveuse fait à ce point défaut, que les ondes successives ne parviennent pas à tous les muscles régulièrement, mais que tantôt l'une, tantôt l'autre, ne fournisse qu'un appoint insuffisant, leurs états respectifs de contraction deviennent variables : — un fléchisseur dont la tension n'est pas compensée par Textenseur correspondant cause un mouvement en un sens, puis l'extenseur, recevant une décharge renouvelée, cause un mouvement en un autre sens; d'où résultent des oscillations dont la grandeur est en proportion de la longueur des lacunes dans les décharges nerveuses. En même temps, les organes vocaux peuvent être affectés de la même manière : rantagonisme équilibré de leurs muscles souffrant des interférences, la voix devient tremblante. De là centrait commun des passions qui atteignent un certain degré d'intensité. La rage cause des tremblements aussi bien que la crainte, — les organes vocaux comme les mains perdant souvent leur fermeté sous rinfluence de ces deux passions. Il y a un tremblement propre la grande anxiété et à l'attente; et la voix peut devenir blante de joie, quand cette joie est vive, ou d'émotion

tendre, si cette émotion est forte. De là le caractère expressif dramatique àatremolo dans le chant, — caractère si expressif que les chanteurs sont portés à remployer plus souvent qu'ils ne le devraient.

Et ici nous pouvons remarquer qu'en conséquence de ce double mode d'action des sentiments violents, il y a souvent un mélange des deux séries d'effets exercés sur le système musculaire, — quelques effets qui impliquent l'accroissement des contractions se produisant en même temps que d'autres effets qui en impliquent la diminution. L'énervement de la passion violente peut se trouver joint avec une violente dépense de forces; et comme nous le voyons dans les notes tremblées, il peut y avoir un défaut partiel dans l'équilibre musculaire des organes vocaux, en même temps que ces muscles sont assez fortement contractés pour produire des sons éclatants.

Des influences d'un autre ordre qu'exercent les sentiments violents sur le système vasculaire doivent être signalées. Je veux parler de ceux manifestés par les changements de couleur, — par la rougeur et la p&leur. Tandis que les ondes d'énergie nerveuse se propagent dans le reste du système nerveux, elles se portent sur les nerfs vaso-moteurs, qui sont aptes en conséquence à produire sur les vaisseaux sanguins des effets qui varient avec les variations des sentiments. Le calibre de chaque artère est changé de deux manières opposées par les décharges venant de deux sources : — les unes apportées par la fibre qui vient du système cérébro-spinal, et les 'autres apportées par la fibre qui vient du système sympathique ; et le calibre est aussi modifié par la pression du courant que les contractions du cœur envoient dans l'artère. Ainsi les ondes d'influence ner* vGuse qui sont les corrélatifs des sentiments peuvent altérer les diamètres des artères de diverses façons, selon qu'elles affectent davantage l'une ou l'autre de ces séries de fibres, et selon qu'elles excitent le cœur ou l'abattent, — causant cette rougeur qu'implique la dilatation des artérii

tantôt la soudaine pâleur due à leur constriction^ ou, en d'autres termes» au défaut d'influx sanguin. De là la raison pour laquelle non-seulement chez différentes personnes, mais dans la même personne à différents moments, une passion peut se manifester tantôt par la rougeur, tantôt par la pâleur. §502. Pénétrer plus avant dans les manifestations de l'émotion nous écarterait de l'objet de ce chapitre. Nous avons donné assez d'exemples pour faire comprendre la doctrine que nous avons en vue ici.

Nous avons vu qu'en vertu de la loi générale de Faction nervo-motrice, chaque sentiment a pour concomitant premier une décharge nerveuse diffuse, qui excite les muscles en général, y compris ceux qui meuvent les organes vocaux, à un degré proportionnel à la force du sentiment, et que par conséquent, l'activité musculaire, augmentant d'intensité, devient le langage naturel du sentiment quand il augmente d'intensité, — quelle que soit d'ailleurs lanature du sentiment. Un concomitant secondaire du sentiment en général, quand il augmente d'intensité^ est, nous l'avons vu, une excitation produite par la décharge diffuse, d'abord dans les petits muscles attachés à des parties aisément mobiles, ensuite dans les muscles plus nombreux et plus gros qui meuvent des parties plus lourdes, et finalement dans le corps tout entier. Nous obtenons par là une nouvelle mesure naturelle du sentiment, toute considération de sa nature mise de côté. Passant des décharges diffuses aux décharges restreintes, nous avons indiqué comment, dans le cours de l'évolution, s'est établie une connexion entre les plexus nerveux^ dans lesquels un sentiment quelconque a été localisé, et les séries de muscles mis habituellement en jeu pour la satisfaction de ce sentiment. D'où il résulte que la naissance de ce sentiment se manifeste par une contraction partielle de ces muscles, causant ces apparences extérieures appelées le langage naturel de ce ^^Mntiment. Nous avons observé de plus que, parmi ces ^kharges restreintes, quelques-unes qui sont dirigées d'une

manière consciente, compliquent souvent les apparences en superposant aux effets primaires certains effets secondaires, résultant d'efforts tentés pour cacher les effets primaires, — effets secondaires qui, toutefois, constituent eux-mêmes un langage naturel des sentiments supprimés, comportant une interprétation partielle. Enfin nous avons vu que, puisque la décharge nerveuse affecte, quand le sentiment est excessif, le système vasculaire, une cause indirecte entre alors en jeu pour déprimer Faction musculaire, tendant à neutraliser la cause directe qui Texcite, — Topération simultanée de ces causes antagoniques produisant un mélange d'effets où tantôt les uns, tantôt les autres prédominent.

Il n'y a donc pas de fondement assignable à la notion courante que des arrangements spéciaux ont été désignés pour l'expression du sentiment. L'hypothèse de l'évolution nous fournit ici comme partout ailleurs une solution adéquate des faits. C'est au fond des appareils nervo-musculaires, tels qu'ils ont été développés par le commerce de l'organisme avec son milieu, que doivent se trouver les causes de toutes ses manifestations. Par la combinaison en proportions et en degrés toujours changeants des décharges générales, particulières, consciemment dirigées^ etc.^ des résultats d'une haute complexité sont produits, différant plus ou moins pour chaque individu et pour chacun de ses états constitutionnels. Ce que nous avons inféré à priori nous le rencontrons à post^nort : — des séries changeantes d'apparences ayant certains caractères communs, jointes à des séries d'apparences ayant moins de traits communs, et moins variables.

Maintenant que nous avons trouvé que, dans la nature des choses, des connexions se sont formées entre les sentiments internes et les manifestations extérieures, nous pouvons poursuivre notre recherche, et nous demander ce qu'il en est résulté dans les relations des individus les uns avec les autres.

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