‹ Principes de psychologieChapitre 69 sur 76 · JJ..,.!B · texte numérisé non relu

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634 nOROLLAIRES.

Évidemment donc les sentiments régulateurs de nature egoaltruiste sont, dans leurs rapports avec les actions concrètes, aussi variables que les différentes sortes de conduite servant au bien social sous différentes conditions sociales. Les besoins d'une petite tribu qui a son existence à maintenir au milieu d'autres tribus qui menacent chaque jour de la détruire, sont largement différents des besoins d'une société à demi civilisée qui, bien que belliqueuse^ se développe par le progrès de rindustrie ; et les besoins de celle-ci sont à leur tour largement différents de ceux d'une société comme la nôtre, dans laquelle les activités prédatrices sont considérablement diminuées, dans laquelle la subordination des rangs exigée est devenue beaucoup moins étroite, et où la rigidité des coutumes n'est presque plus nécessaire. Et pour correspondre à des besoins si variés, plus ou moins différents dans chaque race et à chaque époque, les sentiments ego-altruistes s'ajustent sans cesse; — s'ajustent, dis-je, alors que les sentiments plus élevés, qui regardent la conduite au point de vue abstrait, ne peuvent s'y ajuster de la même façon. Les sentiments egoaltruistes sont les agents régulateurs principaux dans ces époques de transition, durant lesquelles la prédominance des sentiments les plus élevés serait fatale, parce qu'ils ne cadrent pas avec les conditions de la vie.

Néanmoins, les sentiments ego-altruistes renferment des éléments importants qui sont constants, et il y a certains sentiments permanents du juste et de l'injuste dans lesquels ces sentiments sont entrés. Comme ils sont excités agréablement par la naanifestation de l'approbation, il doit arriver qu'une sorte d'agissement qui provoque des marques d'approbation parmi toutes les races et dans tous les temps sera regardée comme juste, sans égard au peuple ni au tomps, et vice versa. Une insulte sans raisori, par exemple, est condamnée dans le monde entier. L'acte parliculier ou la parole qui fait l'insulte, varie seulement avuc les circonstances locales. Dans certaines tribus du Nil, pour saluer un étranger, on lui crache sur la

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face, et négliger de rendre ce salut de la môme façon serait un manque d'égards entraînant une désapprobation, tandis que chez beaucoup de peuples, les conséquences qu'on en tirerait et les sentiments correspondants seraient justement Topposé de ceux-là. De même, dans certaines sociétés, appeler un homme son beau-frère est une indignité provoquant des pa* rôles et des actes de vengeance, tandis que dans d'autres sociétés, appeler du nom de beau-frère l'homme que l'on présenté implique une appréciation plutôt flatteuse qu'autrement. Mais bien que dans ces cas il y ait un désaccord absolu au sujet des mots et des actes considérés comme insultants, il y a accord dans ce sentiment: qu'offenser sans provocation est inconvenant, et qu'il est convenable de faire ce qui conduit à des relations amicales. Il en est de même en tout. Les sentiments ego-altruistes^ qui sont inconstants quant à ce qui concerne le caractère particulier des actes qui les excitent^ sont constants en ce qui touche le caractère général de ces actes, c'est-àdire que ce sont des actes qui, selon les temps et les lieux, provoquent chez les autres des signes d'amitié ou d'inimitié.

§ 823. Un autre aspect du sujet mérite de nous arrêter un instant, parce qu'il est intéressant en lui-même et qu'il nous fournit de plus une vérification des théories adoptées : je veux parler du sentiment de la honte et de ses manifestations .

S'il était besoin d'une preuve nouvelle pour établir que les sentiments ego-altruistes sont constitués comme on l'a dit ici, on la trouverait dans ce fait : que la honte produite par la représentation du mépris d'autrui, est la même dans sa nature essentielle, que ce mépris imaginaire soit excité par une injustice réellement accomplie ou par une injustice supposée seulement. Les enfants fournissent souvent la preuve de cette identité de fond^ — car ils nous montrent que l'innocent à qui on attribue une faute peut rougir tout aussi bien que le vrai coupable.

Il est vrai que les deux états émotionDels excités dans ces cifi opposés, doivent différer en quelque ebose par la présesee ée ta coDscienee de la culpabilité dans un cas et ses absence daos Taulre; mais la ressemblance^ sinon ridentîté des manifestatioos physiologiques, nous montre à quel point las deux étata de eonaeîenee sont les mêmes dans leur fond. Il est irai aussi que, dans tafiajorité des personnes qui croient à des réeaaipenses at à d^ehâtiments futurs, les deux états de oonaeîanee diffèrent par la présence chez l'un et l'absence chez l'iutreda la ereyance consolante en une rectification auprème, bien quia aa soit là évidemment une phase secondaire du sentiment^ — <* eomme Timplique, du reste, Tordre des effets corporels. Mais la vue de ces deux différences distinctes ne sert qu'à mieux montrer combien elles sont relativement légères, et i quel point cette forane douloureuse du sentiment egoaltruiste consiste vraiment dans son fond en une représentation volumineuse et vague des dispositions mentales des autres hommes, et du malheur général associé dans la pensée avec cas dispositions mentales.

Et ici nous pouvons voir combien les hommes de nos jours sont loin de cet état moral le plus élevé de tous, dans lequel les aentiments suprêmes et les plus puissants sont ceux qui sont provoqués par la considération de la conduite en elle-même, et non par la considération des opinions des autres personnes sur cette conduite. Dans un esprit moyen, la peine constituée par la conscience d avoir fait quelque chose d'injuste en soi, ne comporte que dans une proportion légère la peine constituée par la conscience de la réprobation des autres, même quand cette réprobation est excitée par quelque chose qui n'est pas injuste en soi. Considérez combien il serait difficile d'obtenir d'une dame qu'elle veuille bien traîner une brouette de marchand de pommes à travers Regent-street, et combien on peut l'amener aisément à dire quelque malice sur une autre dame dont elle est jalouse. Voyez en regard l'intense répulsion qu'elle éprouverait pour le premier de ces deux actes, qui n'est

pas reprébeDsible en lui-même, et la faible répugoance qu'elle a pour le second, qui est en lui-même vraiment repréhensible, et vous comprendrez alors combien est grande révolution des sentiments moraux à accomplir encore pour porter rbumaine nature à un accord complet avec Tétat social.

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