‹ Principes de psychologie, tr. sur la nouv. éd. anglChapitre 11 sur 67 · CHAPITRE PREmER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREmER

LA SUBSTANCE DE l'ESPRIT.

§58. Il peut sembler étrange d'écrire un chapitre pour montrer que nous ne connaissons rien et que nous ne pou- Tons rien connaître sur le sujet qui fait le titre de ce chapitre. Dans ce cas^ cependant, c'est une nécessité : d'abord, parce que, faute d'éclaircissement, on peut se méprendre sur beaucoup de choses qui ont été dites et qui le seront plus tard ; ensuite, parce qu'il faut distinguer entre cette ignorance tibsolue et cette ignorance partielle qu'on peut affirmer, sui- Tant le sens qu'on donne aux termes.

Car, si par cette expression : a substance de l'esprit^ d on

entend l'esprit comme différencié qualitativement en chacune

de ces portions qui est séparable par l'analyse interne {intros-

P^dion), tout en paraissant homogène et indécomposftWe,

^ors nous savons quelque chose de la substance de l'eaprit,

et nous pouvons même en savoir davantage. Posant à titre

d'hypothèse un quelque chose qui sert de substratum, il est

possible dans quelques cas de voir, et dans les autres cas de

concevoir comment se produisent ces nombreuses modifica-

Uons de l'esprit. — Mais si par cette expression on entend ce

quelque chose qui sert de substratum et dont sont faites ces

portions séparables ou dont elles sont les modifications, alors

nous ne savons absolument rien de l'esprit et nous n'en poovons rien savoir. Ce n'est pas assez de dire qu'une telle connaissance est hors de la portée de l'esprit humain sous sa forme actuelle, car aucune somme de ce que nous appelons intelligence, si transcendante qu'elle soit, ne peut sûsir une pareille connaissance.

Ces deux propositions ont grand besoin d'être élucidées. Le mieux sera de commencer par la dernière.

§ 89. Pour examiner toutes les possibilités imaginables, commençons par la doctrine de Hume : que les impressions et idées sont les seules choses dont nous connaissions l'existence, et que l'esprit est simplement un mot pour désigner leur somme. Dans ce cas, l'expression a substance de l'esprit » ne peut avoir aucun sens, sinon appliquée à chaque ou à quelque impression ou idée individuellement. D'où il suit qu'il y a autant de substances différentes d'esprit qu'il y a d'impres* sions et d'idées différentes ; et ceci équivaut à conclure qa'O n'y a pas de substance de l'esprit au sens propre, ou, en tout cas, que nous n'avons aucune preuve de son existence. A far^ tiori, la subiitance de l'esprit ne peut ôlre connue.

Au contraire, cédons à la nécessité de regarder les impressions et les idées comme des formes ou modes de quelque chose qui existe continuellement. Comme, par aucun eSort, nous ne pouvons briser en deux la série des impressions el des idées, nous sommes à l'abri de les considérer comme des existences séparées. Tandis que chaque idée ou impression particulière peut être absente, ce qui réunit les impressions et idées n'est jamais absent, et sa présence incessante nécessite ou constitue la notion d'existence continue ou de réalité. Existence ne signifie rien de plus que persistance; par suite, ce qui, dans l'esprit, persiste eu dépit de tous les changements et maintient l'unité de Tagrégatiou malgré tous les efforts fiiils pour le déjfagrégtT, est ce dont on peut affirmer l'eiis* tence dans le sens complet du mot, ce qui doit être postulé comme la substance de l'esprit en opposition avec les formes

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