‹ Principes de psychologie, tr. sur la nouv. éd. anglChapitre 12 sur 67 · LA SUBSTANCE DE L'ESPRIT · texte numérisé non relu

LA SUBSTANCE DE L'ESPRIT

▼ariétés qu'il revêt. Mais, si cela est, Timpossibilité de connaître la substance de l'esprit est manifeste. Par définition, elle est ce qui subit la modification produisant un état de Tcsprit. Gonséquemment, si tout état de l'esprit est quelque modification de cette substance de l'esprit, il ne peut y avoir aucun état de l'esprit dans lequel la substance non modifiée de Tesprit soit présente.

Connaître implique quelque chose sur quoi on agit et quelque chose qui agit. Pour comprendre que c'est incontestable, nous n'avons qu'à considérer les trois seules propositions intelligibles qu'on puisse formuler touchant le caractère ultime de la connaissance. Supposons que la chose présentée à la conscience persiste sans changement; alors, en l'absence de changement, il ne peut y avoir de conscience, il ne peut y avoir de connaissance. — Supposons qu'il se produise quelque chose qui n'ait absolument aucun rapport déterminé avec SOD antécédent; alors, le changement étant absolument indéterminable, il n'y a pas de connaissance, puisque connaître, c'est établir dans la pensée des rapports déterminés. — Supposons enfin que ce qui succède ait un rapport déterminé avec ce qui précède ; cela implique que tous deux sont liés (s'ils ne lèsent pas, toute autre chose pourrait suivre aussi bien], et penser une chose spéciale (existant) comme liée avec une chose spéciale (pour laquelle elle existe), c'est penser la se* conde comme ayant un caractère spécial résultant de la coopération de la première et de quelque chose d'autre. De cette ^^D, que la chose contemplée dans l'acte de la connaissance ^it quelque activité (manifestée par un signe) existant en dehors de l'esprit ou quelque état passé de l'esprit lui-môme, ce qui contemple est distinct de la chose contemplée. Par siiite, s'il était possible à la substance de l'esprit d'être présente dans quelque état de l'esprii, il y aurait encore à répondre à cette question : Qu'est-ce doue alors qui la contemple €t la connaît? Ce qui, dans l'acte de la connaissance, est affecté par la chose connue, doit être la substance même de l'esprit.

La substance de Tesprit revêt quelqae nouvelle forme en reconnaissant quelque forme sous laquelle elle vient d'exister. Par suite^ si la substance non modifiée de l'esprit pouvait être présentée à la conscience, elle serait encore inconnaissable, puisque, tant qu'il ne se serait pas produit quelque chose différent d'elle^ il n*y aurait pas là les éléments d*une connais* sance ; et comme ce quelque chose de différenit serait nécessairement un état de l'esprit, nous aurions la substance de Tesprit connu dans un état de l'esprit, ce qui est une contradiction. En un mot, une chose ne peut être, dans le môme instant, à la fois le sujet et l'objet de la pensée, et cependant la substance de l'esprit devrait l'être avant d'être connue.

De plus, connaître une chose^ c'est la distinguer comme telle ou telle^ c'est la classer dans tel ou tel ordre. On dit qu'un objet n'est que peu connu quand il est différent des objets dont nous avons eu quelque eipérience, et nous disons qu'il est bien connu quand il y a beaucoup d'attributs communs entre lui et les objets dont nous avons eu l'expérience. Par suite, un objet est parfaitement connu^ quand cette communauté reconnue d'attributs est complète, et complètement inconnu quand il n'y a aucune communauté reconnue. Il est clair donc que le plus petit degré concevable de connaissance implique au moins deux choses entre lesquelles quelque communauté est reconnue. Mais, si cela est, comment pouvons-nous connaître la substance de l'esprit? Connaître la substance de Tesprit, c*est avoir conscience de quelque communauté entre elle et quelque autre substance. Si avec l'idéaliste nous disons qull n'existe pas d*autre substance, alors, nécessairement, comme il n'y a rien avec quoi la substance de l'esprit puisse être comparée et encore moins assimilée, elle reste inconnue. Si nous disons avec le réaliste que l'être est essentiellement divisible en ce qui nous est présent comme esprit et ce qui, étant hors de nous, n'est pas esprit, alors, • propoiition elle-même affirme une différence et noa

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une ressemblance, il est clair que l'esprit reste sans pouvoir être classé ni par conséquent connu.

§ 60. De cette ignorance absolue de la substance de Tesprit, considérée comme quelque chose dont tous les états particuliers de l'esprit sont des modifications, passons maintenant à cette connaissance partielle, qui est à notre portée, de ces états particuliers caractérisés qualitativement. Quoique les sensations et émotions individuelles, réelles ou idéales, dont la conscience est composée, paraissent chacune d'une nature simple, homogène, inanalysable, insondable, cependant il n'en est rien. Il y a au moins une espèce d'états de conscience qui, d'après l'expérience ordinaire, semblent élémentaires et qui, on peut le démontrer, ne le sont pas. Et après l'avoir résolu dans ses composants immédiats^ nous ne pouvons nous empêcher de soupçonner que ces états de conscience qui semblent élémentaires sont aussi composés^ et peuvent avoir des composants immédiats^ comme ceux que nous pouvons reconnaître dans l'exemple qui suit.

On donne le nom de son musical à un état de conscience simple en apparence, mais qui est clairement résoluble en états plus simples. Des expériences bien connues montrent que, quand on frappe successivement des coups égaux de façon à ne pas dépasser 16 par seconde, l'effet de chaque coup est perçu à titre de bruit séparé. Mais si la rapidité avec laquelle les coups se suivent dépasse ce taux, alors les bruits ne sont plus reconnus dans la conscience comme états séparés, et il se produit à leur place un état de conscience continu appelé un son. Si la rapidité des coups augmente encore, le son subit ce changement de qualité qu'on appelle élévation en degré, et cette élévation augmente à mesure que la rapidité des coups augmente^ jusqu'à ce qu'elle atteigne une acuité telle qu'au delà elle n'est plus appréciable comme son. En sorte que d'unités d'états de conscience de même espèce, résultent plusieurs états de conscience qui se distinguent qualitativement les uns des autres^ selon que les unités soûl ^\w^ ow TCLVÀxi^

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iatcgrées. — Ce n'est pas tout. Les recherches du prof. Hel* Doltz ont montré que si^ avec une série de ces bruits rapides, se produit une autre série dans laquelle les bruits sont plus rapides, quoique moins élevés, rcffet est un changement dans cette qualité du son qu'on appelle son timbre. Comme nous le montrent divers instruments de musique, des sons qui sont semblables en degré et en force se distinguent par leur ru* desse ou leur douceur, leur caractère coulant ou retentissant : et il est prouvé que toutes ces particularités spécifiques nais* sent de la combinaison d'une» deux, trois ou plusieurs séries supplémentaires de bruits avec la série principale. En sorte que, tandis que les différences de sensations connues comme différences de degrés sont dues à des différences d'intégration entre les bruits d'une même série, les différences de sensations connues comme différences de timbre, sont dues à Tintcgra* tion simultanée avec cette série d'autres séries avant d'autres degrés d'intégration. Ainsi un nombre énorme d'états de cunscience différents et dont chacun semble élémentaire, sont en réalité composés d'un seul état de conscience combiné et recombiné avec lui-même de mille manières.

Pouvons-nous nous en tenir là ? Si les différentes sensations connues comme sons sont compostées d'une unité commune, ne peut-on pas en inféror raisonnablement qu'il en est de même des diverses sensations connues comme saveurs, ou comme odeurs, ou comme couleurs? Rien mieux, ne regarderons-nous pas comme probable qull y a une unité commune pour toutes ces classes de sensations si opposées? Si les différences entre les sensations de chaque classe sont ducs à des différences entre les modes d'agrégation d'une seule unité de conscience commune à toutes, il en doit utre de même pour les différences encore plus grandes entre les sensations d'uue classe et celles des autres classes. Il peut y avoir un simple élément de cunsciencc primordial, et ces espèces innombrables dY'tats de conscience peuvent être produites par la combinaison de cet élément avec lui-même et la recombinai-

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son de ses composés entre eux à des degrés de plus en plus hauts : et il se produirait ainsi une multiplicité, une variété et une complexité croissantes.

'Pouvons-nous parvenir à cet élément primordial? Je le crois. Cette simple impression mentale^ qui est certainement Tunité de composition de la sensation de son musical, se rapproche de certaines autres impressions mentales simples d'origine différente : l'effet subjectif produit par un craquement ou un bruit qui n'a pas de durée appréciable, n'est guère autre chose qu'un choc nerveux. Quoique nous distinguions nn pareil choc nerveux comme appartenant à ce que nous appelons sonsj cependant il ne diffère pas beaucoup de chocs nerveux d'autre espèce. Une décharge électrique qui traverse le corps, cause une sensation analogue à celle d'un bruit fort \ et soudain. Quelque forte impression inattendue qui traverse f les yeux, comme un éclair, produit de même un choc ou i tressaillement ; et quoique la sensation ainsi nommée semble^ ! comme le choc électrique, avoir le corps tout entier pour âége, et puisse par censéquent être regardée comme le corrélatif d'un désordre efférent plutôt qu'afférent, cependant, en se rappelant le changement mental qui résulte du passage d'un objet à travers le champ de la vision, je pense qu'on peut remarquer que la sensation qui accompagne le désordre efférent peut elle-même se ramener presque à la même forme. L'état de conscience ainsi produit est comparable en qualité à l'état de conscience initial causé par un coup (en le distinguant de la douleur ou de tout autre sentiment qui suit Tinstant &pfis); cet état de conscience causé par un coup peut être pris pour la forme primitive et typique du choc nerveux. Ce fait qoeles désordres soudains et courts produits par des stimulus ^lifférents sur des paires nerveuses différentes, amènent des itats de conscience qu'on peut à peine distinguer qualitative- Dicnt, ne paraîtra pas étrange, si l'on remarque que des états de conscience ne peuvent être distingués qu'autant qu'ils ont une durée appréciable, et que là où la durée est très-petite.

\'r2 LKS INDUCTIONS DE Lk P3TCH0L0GIB.

Dous ne pouvons rien savoir, sinon que quelque changement mental a eu lieu et a cessé. Avoir une sensation de rouge, savoir qu*un son est aigu ou grave, qu^une saveur est douce, cela implique dans chaque cas une continuité considérable. Si l'état ne dure pas assez longtemps pour pouvoir être connu, il ne peut être classé dans telle ou telle espèce; et il devieot une modification momentanée tout à fait semblable aux modifications momentanées ayant d*autres causes.

Il est possible donc, — ne pourrions-nous pas môme dire probable? — que quelque chose du même ordre que ce que nous appelons un choc ncneux est la dernière unité de codscience, et que toutes le< différences entre nos états de conscience résultent dos modes différents d'intégration de cette dernière unité. Je dis a du même ordre^ » puisqu'il y a des différences discernables entre les chocs nerveui dont les causes sont différentes et les chocs nerveux primitifs, différant probablement quelque peu entre eux. Et je dis c du même ordre p pour une autre raison : c'est que, tandis que nous pouvons leur assigner une ressemblance générale en nature^ nous devons leur supposer une ressemblance en degré.

Les chocs nerveux reconnus tt U sont viulents^ doivent être violents pour être perçus au milieu de ce grand nombre de vifs états de conscience qu'ils interrompent soudainement. Mais nous devons supposer que ces chocs nerveux, dont la répétition rapide constitue les différentes formes d'états de conscience, sont d'une intensité comp.irvUivemenl modérée ou même très-légère. Si nos diverses sensations et émotions étaient composées d*une répétition rapide de chocs aussi forts que ceux qu'on appelle ordinairement chocs, ils seraient insuppc^» tables et la vie finirait du coup. Nous devons plutôt les considérer comme de faibles pulsations de changement subjectif, avant chacune la même qualité que la forte pulsation de chan* gemenl subjectif di?tinsué comme choc nerveux.

Le lecteur verra d*un seul coup, s\\ ne Ta déjà vu, l'accord complet de cette hypothèse avec le caractère connu de l'action

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nerveuse. Comme on Ta vu § 83^ des expériences montrent que ce qu'on appelle le courant nerveux est intermittent, consiste en ondes qui se suivent depuis l'endroit où le désordre se produit jusqu'à l'endroit où son effet est senti. Jamais le stimulus extrême n'agit continuellement sur le centre sqfitant ; mais il lui envoie une série de pulsations de mouvement moléculaire. Par suite, en concluant que l'effet subjectif ou sensation est composé d'une répétition rapide de chocs mentaux, nous concluons simplement qu'il correspond à la cause objective, la répétition rapide de chocs de mouvement moléculaire. Notre cas typique de son musical montre bien cette concordance. Nous avons une seule onde aérienne^ un seul mouvement du tympan, un seul coup sur l'expansion du nerf auditif, une seule onde propagée au centre auditif, un seul choc de conscience connu dans un craquement : et ensuite, là où se produit extérieurement une succession de pareilles ondulations aériennes^ dont chacune produira son effet physique individuel sur les organes auditifs et son effet physique individuel sous forme de choc, nous voyons que, si les effets physiques récurrents dépassent une certaine vitesse, les effets physiques récurrents sont consolidés en une sensation de son. En sorte qu'ici les pulsations nerveuses et les pulsations de conscience se correspondent clairement, et Ton peut à peine douter qu'il en soit ainsi toujours ^

* Quoique, dans le cas des autres sensations, il soit également certain que les désordres propagés par les nerfs afférents et centripètes sont intermittents, nous ne pouvons cependant suivre de la même manière la genèse des ondulations successives. On pent cependant se faire une idée de leur mode de genèse par l'action de la lumière sur la rétine. Peut-être supposera-t-on que je regarde les pulsations trèsrapides du milieu étliéré comme les causes des pulsations également rapides des ntrb optiques; mais j'en suis très-loin. Ni la vitesse des ondulations nerveuses, ni les intervalles entre elles ne pourraient fournir des bases à une pareille interprétation, quand même elle serait conciliable avec les lois de la physique. Les molécules ondulantes de réther, agissant sur les molécules ondulantes et incommensurablement plus pesantes de la matière, ne peuvent produire en elles des changements appréciables que par raeeumutation de petits effets. Si certaines ondulations éthérées correspondent aox ondulations de quelque molécule de matière unie a^ec âi'^xkVt^ «n^tk eomposé, alo/v cette motéeule peut, par une longue succeuion de c\ioc& d^\^>XitTt

Nous ne devons pas omettre une autre preuve indirecte qui est également frappante. Cette hypothèse donne une solution convenable de deux problèmes qui, en son absence, sembienl entièrement insolubles. Comment est-il possible, pour des sensations aussi différentes que celles de chaleur, goût, couleur, son, etc., dû naître dans des centres nerveui si intimement liés en composition et en structure ? Et comment, dans le cours de révolution, ont pu se différencier graduellement ces ordres, genres et espèces si dissemblables de sensations? Diverses réponses nous sont fournies tout d'un temps : si nous supposons que les divers états de conscience sont produits par divers modes, degrés et complexités d'intégration de la dernière unité de conscience ; si chaque onde de mouvement moléculaire transmis par une fibre nerveuse à un centre nerveux a pour corrélatif un choc ou une pulsation consciente, alors nous pouvons comprendre comment des états de conscience différents peuvent naître de différences dans le degré de répétition des ondes, et nous pouvons nous faire une idée générale de la façon suivant laquelle d\iutres ondes, ayant d'autres degrés et arrivant par d'autres fibres, forment des ondes composées de mouvements moléculaires et produisent des unités d'états de conscience composés. Nous pouvons imaginer que le processus par lequel se forment ces ondes composées et les états de conscience composés qui y correspondent n'ont pas de limites, et produisent une certaine somme d'états de conscience hétérogènes. Cette possibilité reconnue, les

contracter des oscillations dont l'unipliiudc au^^mente a>!»ez pour la déticher, et pir suite décomposer la molùculti composée. (Princ. ofBioloyy, { 13.) Mais il fautdi temps |K)ur que l'efTct de chocs élhérês soil ainsi accumulé ; et l'on montre par ei* pciicncc qu'il faut un temps appréciable pour les décom|»ositions que la lunièn proiluit. On peut donc «supposer qu'un rayon do lumière, en inmliant sar no dct rlé:iu'nts sensitifs de la n-tiric. déruiiipoM! d'abord une molécule instable, eosiûle une autre, ii de;» mtc-rvulb's tiès-li<n>r:s cumparés à ceux des ondu!alion!i étbérèci. qiioiipie trés-rourts <;utv;iiit l'rsliri.it.oii -le nos mesures: et l'on |ifUt supposer q«e la déi-ompo>ilion de chaque mulécule envoie le loni: de la libre nerveuse qui j al jointe cette onde de changement moléculaire qui, sous »on aspect subjectif choc nerveux, devient l'unité de compoiitioa de tenu tien appelée lumière.

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lifférences visibles des centres nerveux qui sont le siège des différentes sensations cessent d'être mystérieuses, puisqu'il suffit que les structures de ces centres nerveux diffèrent tout juste ce qu'il faut pour produire des combinaisons différentes d*ondes de mouvement moléculaire. De même aussi disparaît la difficulté de comprendre comment les nombreuses et diverses formes de sentiments sont sorties par évolution d'une sensibilité simple et primitive^ puisque les complications de mouvements moléculaires et les sensations concomitantes ont dû marcher pari passu avec les complications corrélatives de petites structures, organisées petit à petit*^

§ 61. La nature de l'esprit ainsi conçu s'éclaircira par une [comparaison avec la nature de la matière ; et ce fait qu'il existe UQ parallélisme entre ce que les chimistes ont établi relativement à la matière^ et ce que nous supposons ici relativement à Tesprit, nous aidera à justifier notre conception.

Un grand nombre de substances qui semblent homogènes et simples, sont en vérité hétérogènes et composées; et l'analyse montre que beaucoup qui semblent sans rapport entre elles, en ont de très-proches. Voici un groupe de substances totalement différentes par leurs caractères apparents qui ont sn commun un élément essentiel. Voici un autre groupe de substances également unies par la présence universelle de !]aelque autre élément. Et alors ces substances différentes en Apparence, et dont chacune caractérise un groupe différent, se trouvent contenir un élément commun aux deux. Par exemple, il y a une grande classe de sels formés par l'acide sulfurique, une autre grande classe formée parTacide azotique, une autre par Tacide acétique, et ainsi de suite. Et on a découvert que ses acides, avec beaucoup d'autres, ont tous Toxygène pour élément actif. De plus, nous avons des raisons de soupçonner ]ueles substances dites simples sont elles-mêmes composées, ît qu'il n'y a qu'une forme dernière de la matière, d*oJi toutes les formes de plus en plus complexes sont sorties. Par U^^ différents groupemei^te d'unitéSj et par la combiurnow à.^

groupes dissemblables, chacun avec son espèce et chacun aiec d'autres espèces, on suppose qu'ont été produites les espèces de matières que nous appelons élémentaires, comme par des compositions ultérieures et de même nature se produisent les variétés et complei^ités. Et les phénomènes d'allotropisme justifient grandement cette conception, en nous montrant que le même massif de molécules prend des propriétés tout à fait différentes, quand le mode d'agrégation est changé

Si donc nous voyons que^ par des arrangements dissemblables d*unités semblables, toutes les formes de matières, si différentes en apparence, peuvent être produites ; si^ môme sans supposer que ce qu*on appelle les éléments est composé, nous remarquons que, par transformation et combinaison, il peut sortir d'un petit nombre de ces éléments de nom* brcuscs substances simples en apparence, très-différentes les unes des autres et de leurs éléments, nous concevrons mieux la possibilité que les différentes formes de Tesprit, connues comme des états de conscience différents, puissent être composées de simples unités d'états de conscience et même d'unités essentiellement de la même espèce.

On peut ajouter ici qu'il existe peut-être quelque chose de plus que de Tanaloî^ie entre les métliodes de l'évolution matérielle et de l'évolution mentale. Si nous nous rappelons ce fait: que les molécul(*s ne sont jamais en repos et que, en communiquantleursmouvementsrhythmiques individuels aux molécules composées qui en sont formées, elles produisent des rhythmes composés ; quand nous nous rappelons l'extrêffle complexité des molécules de matière nerveuse, et que nous imaginions combien variés et compliqués doivent être les rhythmes dont elles sont le siège ; quand de plus nous inférons les innombrables modifications de rhythmes qui doivent devenir possibles dans de telles conditions, nous voyons obscurément que la structure moléculaire est propre adonner naissance à ces diversités et complications de pulsations moleculairas d-dassus décrites et à être affectées par elle. Nous

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soupçonnons qu'il peut y avoir ici une autre correspondance entre une cause connue d'hétérogénéité physique et la cause supposée d'hétérogénéité psychique.

§ 62. En lisant les deux dernières sections, on aura peut* être pensé qu'elles sont en contradiction directe avec la section qui les précède. Après avoir dit que la substance de Tàme ne peut être connue, nous essayons immédiatement de montrer que la substance de Tàme est certainement, dans quelques eas^ et probablement dans tous, résoluble en chocs nerveux, et que ces chocs nerveux correspondent aux ondes de mouvements moléculaires qui traversent les neiCs et les centres nerveux. Ainsi, non-seulement on suppose que la substance de Tesprit peut être connue comme ayant ce caractère universel, mais quelle est étroitement assimilée au changement nerveux, sinon identifiée avec lui.

Hais cette crainte est vaine. Le raisonnement précédent ne nous rapproche pas de la question finale. Quand même nous arriverions à établir que l'esprit consiste en unités homogènes d'états de conscience, comme nous l'avons dit, nous serions incapables de dire ce qu'est l'esprit; tout comme nous serions incapables de dire ce que c'est que la matière, quand même nous arriverions à la décomposer en ces dernières unités homogènes qui la compoaent probablement. Dans les deux cas, l'unité dernière reste, pour les raisons données au début, ab- «doment inconnue. La réduction de toutes les formes plus complexes à la forme la plus simple, ne nous laisse rien de plus que cette simple forme comme le terme avec lequel la pensée doit être construite, et la pensée ne peut être constodte à l'aide d'un seul terme. La représentation et rerepré- Kntation de cette dernière unité de conscience en termes d'elle-même^ nous laisse juste au point où nous étions tfabord. Et la représenter en d'autres termes implique une condition ; car la penser comme ayant quelque nature déternioée, c'est la penser sous quelque autre mode de conscience : dus lequel cas, cet autre mode de conscience ne peut avoir

cette unité de conscience pour élément, ce qui est contrure à l'hypothèse.

Quand les deux modes de Tètre que nous distinguoni comme sujet et objet ont été chacun réduits à leurs termes derniers, la seule chose qui restât à faire, ce serait d'assimilée entre eux ces termes derniers : assimilation qui, comme dous l'avons déjà vu, est niée par la distinction même du sujet et de l'objet, laquelle est elle-mcmc la conscience d*une différence dépassant toutes les autres différences. Bien loin donc de nous permettre de les ramener à une seule espèce^ l'analyse ne sert qu'à rendre plus manifeste Timpossibilité de leur trouver un concept commun, une pensée sous laquelle ils puissent être unis. Accordons que toute existence considérée comme objective, peut se ramener à Tcxistcncc d'unités d'une seule espèce. Accordons que chaque espèce d'activité objective peut être comprise comme due aux mouvements rhythmiques de ces unités dernières, et que, parmi les activités objectives ainsi comprises, se trouvent les undos de mouvement moléculaire propagées à travers les nerfs et les centres nerveux. Accordons de plus que toute existence distinguée comme subjective peut se ramener à des unités de conscience semblables en nature à celles que nous connaissons comme chocs nerveux, dont chacun est le corrélatif d'un mouvement rhythniique d'une unité matérielle, ou un groupe dépareilles unités. Pouvons-nous alors penser les activités objectives et subjectives comme étant les mêmes? Les oscillations d*uiie molécule peuvent-elles être représentées dans la conscience trait pour trait par un clinc nervfux, et les deux reconnus comme n'étant qu'un? Aucun eifort ne nous rend capables de cette assimilation. Il est plus manifeste que jamais qu'une unité de sensatiun n'a rien de commun avec une unité de mouvement, quand nous rapprorlioiis iuni de raulrc. Elle témoignage (\uv la cini^cimcc ron«l aiii^i immécliatement pourrait être jusiilié analytiquomenl, >i la pl.ice ne nous manquait ici pour une analyse suflisante. Car on pourrait mon-

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trer que la coDception d'une molécule qui oscille est formée de beaucoup d'unités de sensation et que Tidentifier avec un choc nenreux, ce serait identifier un agrégat d'unités avec une unité simple.

§ 63. A vrai dire, nous arrivons ici à cette limite qu'il est nécessaire de montrer toujours, aussi bien à ceux qui cherchent des explications matérialistes des phénomènes mentaux qu'à ceux qui ont peur qu'on ne les trouve. Les derniers prouvent par leur crainte, presque autant que les premiers par leur espoir^ qu'ils croient que Tesprit peut être traduit en termes empruntés à la matière^ tandis que beaucoup de gens qu'ils critiquent comme matérialistes sont profondément convaincus qu'il n'y a pas la possibilité la plus éloignée d'arriver à cette interprétation. Pour ceux qui, sans se laisser effrayer par les conclusions précédentes, ont poussé aussi loin que possible leurs analyses, ils voient très-clairement que le concept que nous nous formons de la matière n'est que le symbole de quelque forme d'une puissance, de nous inconnue absolument et pour toujours, et un symbole que nous ne pouvons supposer semblable à la réalité, sans tomber nous-mêmes dans la contradiction. (V. Premiers Principes, § 16.) Ils voient aussi que se représenter toutes les activités objectives en termes empruntés au mouvement, c'est en avoir une représentation mais non une connaissance, et que nous sommes immédiatement enfermés dans une alternative d'absurdités si nous supposons que la puissance qui se manifeste à nous comme mouvement, est en elle-même ce que nous concevons comme mouvement. (Y. Premiers Principes, § l'^O Lorsque, à ces conclusions que la matière et le mouvement, tels que nous les pensons, ne sont que des symboles de formes inconnaissables d'existence, nous joignons cette conclusion récemment tirée, que l'esprit, lui aussi, est inconnaissable^ et que la forme la plus simple sous laquelle nous puissions penser sa substance, n'est qu'un symbole de quelque chose qui ne peut jamais

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tomber sous la pensée, alors nous voyons que toute la quel* lion se réduit à savoir si ces symboles-ci peuvent être exprimés en termes de ceux-là ou ceux-là en termes de ceux-ci, — question qui vaut à peine qu'on la décide, puisque Tune et l'autre réponse nous laisse aussi complètement hors de la réalité que nous Tétions tout d* abord.

Néanmoins, il peut être bon de dire ici une fois pour toutes que, si nous étions contraints de choisir entre raltemative de traduire les phénomènes mentaux eu phénomènes physiques, ou de traduire les phénomènes physiques en phénomènes mentaux, la dernière hypothèse semblerait la plus acceptable des deux. L'esprit, tel qu*il estconuu par celui qui le possède, est un agrégat circonscrit d'activités, et la cohésion de ces ac^ tiviiés Tune avec Tautrc dans l'agrégat, postule un quelque chose dont elles sont les activités ; mais les mêmes expériences qui lui font connaître cet agrégat cohérent d'activités mentales, lui font connaître simultanément des activités qui ne sont pas renfermées dans l'agrégat, — activités situées eu dehors qui ne sont connues que par leurs effets sur cet agrégat, mais qui, cunime l'expérience le prouve, n'ont pas de cohésion avec l'agrégat, tout en ayant de la cohésion entre t]ks. [Premiers PriHcipeSj%ii9 Ai.) Comme, par leur défiaition, ces activités externes ne peuvent être comprises dans Tagrégat des activités désignées sous le nom d'esprit, elles doivent toujours rester pour lui les corrélatifs inconnus de leurs effets sur cet agrégat, et on ne peut les penser qu'en termes fournis par cet agrégat. Par suite, s'il considère ses conceptions sur ces activités situées eu dehors de Tesprit comme constituant leur connaissance, il se trompe : il ne fait que se représenter ces activités en termes de Tesprit, et il ne peut faire autrement. Il cstobIi^;é dailmettre que ses idées de matière et de mouvement, purs symboles de réalités inconnaissables, ^ont des états de conscience complexes, [irodjits par des unités de sensation. Maizï si, aprè>avuir admis cela, il persiste à demander si les unités de conscience sont de la même nature que les

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