CHAPITRE n
LA COMPOSITION DE l'KSPRIT.
§ 64. Dans le dernier chapitre, nous avons incidemment empiété sur le sujet de celui-ci. Nous avons montré que certains états de conscience simples en apparence sont composés d'unités d'étatis de conscience ; d'où nous avons inféré qu'il est possible, sinon probable, que des états de conscience appartenant à d'autres classes sont de même composés. Et ainsi, en traitant de la composition des états de conscience, nous avons implicitement traité de la composition de l'esprit, dont les états de conscience sont eux-mêmes les éléments.
Ici, laissant toute spéculation sur la composition dernière de Tesprit, nous passons aux observations sur sa composition prochaine. Acceptant comme réellement simples ces éléments de l'esprit qui ne sont pas décomposables par introspection, nous avons à considérer quels sont les caractères fondamentaux qui les distinguent, et quels principes essentiels d'arrangement existent entre eux.
§ 63. Les éléments prochains de l'esprit sont de deux genres très-différents, — les états de conscience {feeling$)y et les rapports entre les états de conscience. — Entre les membres de chaque groupe, il existe de nombreuses différences dont beaucoup sont extrêmement fortes ; mais de pareilles différences sont petites, comparées à celles qui distinguent les membres d'un groupe des membres de l'autre. Examinons d'abord quels sont les caractères que tous les états de conscience ont en commun, et quels sont les caractères que tous les rapports entre états de conscience ont eu commun.
Chaque état de conscience [feeling) comme nous l'entendons
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ici» est une portion de conscience qui occupe une assez grande place pour acquérir une individualité percevable» dont Tindi- ^idualité est délimitée des autres portions adjacentes de conscience par des différences qualitatives^ et qui, quand on l'examine introspectivement, parait être homogène. Tels sont les caractères essentiels. Évidemment, si par introspection un état de conscience est décomposable en parties différentes qui existent simultanément ou successivement, ce n'est pas un seul état de conscience, mais deux ou plus. Evidemment^ s'il ne peut se distinguer d'une portion de conscience adjacente, il ne forme qu'un avec cette portion ; il n'est pas un état de conscience individuel, mais une portion. Et, évidemment, s'il n^occupe pas dans la conscience une durée ou un espace appréciable^ il ne peut être connu comme état de conscience.
Au contraire, ce qui caractérise un rapport entre des états de conscienco, c'est qu'il n^occupe pas dans la conscience de portion appréciable. Enlevez les termes qu'il unit, et il disparaît avec eux, n'ayant pas de place indépendante ni d'individualité qui lui soit propre. Il est vrai qu'en poussant l'analyse à Textréme, on voit que ce que nous appelons un rapport est lui-même une espèce d'état de conscience, l'état de conscience momentané qui accompagne la transition d'un état de conscience clair à un état de conscience clair qui est voisin. Et il est vrai que^ malgré son extrême brièveté, son caractère qualitatif est appréciable^ car les rappports (comme nous le verrons plus tard] ne se distinguent entre eux que par la différence des états de conscience qui accompagnent les transitions momentanées. Chaque état de conscience relationnel peut, en fait, être regardé comme un de ces chocs nerveux que nous soupçonnons être les éléments des états de conscience^ et, quoique instantané, il est connu comme plus ou moins fort et comme se produisant avec plus ou moins de facilité. Mais le contraste entre ces états de conscience relationnels et ceux que nous appelons ordinairement états de consdetk^^ ^'^N.^'^^x
grand pour en faire une classe à part. Leur extrême brièYeté, leur peu de variété et leur dépendance à Tégard des tennes qu'ils unissent, les différencient de façon à ne pas 8*7 méprendre ' .
Peut-être est-il bon de reconnaître plus expressément que cette distinction ne peut être absolue. Outre qu'il faut admettre qu'en tant qu'élément de conscience^ un rapport est un état de conscience momentané, nous devons admettre aussi que» comme un rapport ne peut exister indépendamment des états de conscience qui forment ses termes, de même aussi on état de conscience ne peut exister que par des rapports avec d'autres états de conscience qui le limitent dans l'espace, on dans le temps, ou dans les deux. A rigoureusement parler, ni un état de conscience ni un rapport n'est un élément de conscience indépendant : il existe entre eux une telle dépendance, que les espaces appréciables de conscience occupés par les états de conscience ne possèdent pas plus d'individualité, indépendamment des rapports qui les lient, que ces rapports n'en possèdent indépendamment des états de conscience qu'ils lient. La distinction essentielle entre les deux parait donc consister en ce que, tandis qu'un état de conscience relationnel est une portion de conscience qui ne peut être séparée en parties, ce qu'on appelle ordinairement un état de conscience est une portion de conscience qui admet une division imaginaire en parties semblables qui ont entre elles des rapports de séquence ou de coexistence. Un état de conscienee propre est composé, ou bien de parties semblables qui occopent un temps, ou bien de parties semblables qui occu* peut un espace, ou bien des deux. En tout cas, un état
* Oq objectera peut-être que quelque! rapports, comme ceux entre les cboacs ^ai sont diftanlei dans l'espace et le temps, occupent dans la conscience des |»ortioM discernables. Hais ce ne sont pas là de siniplis rapports entre états de conscieBM ndjacenli, comme ceux dont nous nous occu|K)n^ ici. Ce sont des rapports qui enlimioit UDgnad nombre d'états tt de rapports intermédiaires, et lU n'exislealquc par dli InniliOBS rapides à travers ces états intermcdiaire» qui se termineot par
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de conscience propre est ^un agrégat de parties semblables ayant des rapports, tandis qu'un état de conscience relationnel est indécomposable. Et c'est justement le contraste qui doit exister entre les deux, si, comme nous l'avons inféré, les états de conscience sont composés d'unités d'états de conscience ou chocs.
§ 66. Les simple états de conscience, tels qu'on vient de les déGnir, sont de diverses espèces. On ne peut parler ici de leur classification qu'en anticipant un peu sur un futur chapitre. Mais ce défaut d'ordre est inévitable, car, tant qu'on n'a pas fait certains groupements provisoires, tout essai d'exposition est à peine praticable.
En limitant notre attention aux états de conscience qui paraissent homogènes^ tels qu'ils sont éprouvés primitivement, nous pouvons les diviser en états de conscience qui viennent du centre et états de conscience qui viennent de la périphérie : les émotions et les sensations. Vers la fin de ce volume, on verra que, tandis que les sensations sont relativement simples^ les émotions, quoiqu'elles parussent simples, sont extrêmement composées, et qu'il en résulte pour elles une opposition de caractères bien marquée. Mais, sans se référer à une différence essentielle de composition, nous verrons bientôt qu'entre les états de conscience qui viennent du centre et ceux qui viennent de la périphérie, une comparaison intuitive peut établir des distinctions essentielles.
Il faut faire ici une subdivision. Les états de conscience venant de la périphérie, — ou sensations, — peuvent être distingués en deux groupes : ceux causés par quelque action produite à l'extrémité des nerfs distribués sur la surface externe^ et qui, comme tels, impliquent des agents externes ; ceux causés par quelque action produite à l'extrémité des nerfs distribués dans l'intérieur du corps et qui, comme tels, n'impliquent pas d'agents externes : ces derniers, quoiqu'ils ne soient pas périphériques au sens ordinaire du mot, le sont au sens
physiologique. Comme entre Textérieur et Tintérieur da corps, il y a tous les degrés de profondeur, il en résulte que cette lUstinction est large plutôt que tranchée. Nous Terrons cependant que cette différence dans la distribution des nerCs, est accompagnée de différences de caractères dans les sensationi qui en naissent, et qu'elles sont déterminées par la superficialilé ou la centralilé relative de ces nerfs.
En opposition avec cette classe d'états de conscience frimaires ou reehf ainsi divisée et subdivisée, il faut placer la classe complémentaire des états de conscience secandairet oa idéauXj semblablement divisée et subdivisée. Généralemeot parlant, les deux classes diffèrent beaucoup en intensité. Tandis que les états de conscience primaires ou originels sont relativement intenses, les états de conscience secondaires ou reproduits sont relativement faibles. Il faut ajouter que les états de conscience intenses sont considérés comme impliquant Texcitation objective de certains agents, dans tels et tels endroits de la périphérie du système nerveux^ tandis que les états de conscience faibles, quoique impliquant l'excitation objective de certains agents qui les ont causés autrefois, n'impliquent pas leur action présente.
Nous sommes ^ainsi obligés de conserver une classiCcation basée sur la structure et une classification basée sur la fonction. La division en états de conscience qui viennent du centre, ou émotions, et états de conscience qui viennent de la périphérie, ou sensations^ et la subdivision de ces dernières en sensations qui viennent de Textérieur et sensations qui viennent Tintérieur du corps^ se rapportent respectivement à des différences daus les parties en action. ,Tandis que la division en états de conscience intenses ou réels, et faibles ou idéaux, coupant pour ainsi dire les autres divisions à angle droit^ se rapporte à une différence en quantité dans l'action de ces parties. La première classification a en vue des différences de genre entre les états de conscience ; la seconde des différences marquées de degré communes à tous les genres.
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§ 67. Nous passons de la classe des états de conscience à la classe des rapports simples entre états de conscience : il fout aussi en dire quelque chose dès maintenunt. A défaut d*une analyse dernière, qui ne peut être tentée à présent^ quelques vues générales suffiront.
Comme on Ta déjà dit, la condition d'existence d'un rapport est Texistence de deux états de conscience dont il est le lien. La condition d'existence de deux états de conscience, c*6st une différence. Donc^ la condition d'existence d^un rapport, c'est la production d'un changement : le passage d'un état qui paraît uniforme à un autre état qui parait uniforme impliquant le choc momentané produit par le commencement d*un nouvel état.
n 8*ensuit que le degré du changement ou choc qui constitue en d'autres termes la conscience du degré de différence entre les états voisins, est la base dernière de toute distinction entre des rapports. De là leur division essentielle en rapports entre états de conscience qui sont égaux, ou de ressemblance (quoiqu'ils puissent être séparés par quelque portion de consôence qui diffère d'eux]^ et rapports entre états de conscàence qui sont inégaux, ou de différence. Dans ces derniers, mnu pouvons distinguer des rapports d'intensité descendante et d'intensité ascendante, suivant que la transition a lieu Te» une quantité d'états de conscience moins grande ou plus grande. Et on peut les distinguer encore en rapports de ^imee quantitative (qui se produisent entre états de cons- ^ee de même nature, mais différant en degré), et rapports ^ ^érence qualitative (qui se produisent entre états de consû«nce de différente nature).
I^ rapports ainsi considérés simplement comme change- '"^Is, et groupés selon le degré ou l'espèce de changement, H^ennent chacun à l'une ou l'autre de deux grandes ^^^ries qui tiennent compte non de la ressemblance ou de l> ditUrence des termes^ mais simplement de leur ordre de production, simultané ou successif. Cette division fondamentale
en rapports de coexistence et rapports de i^fseiier, cependant elle-même de la division précédente tu d'égalité et rapports d'inégalité entre les états de Car les rapports eux-mêmes doivent être classés d'espèces semblables ou dissemblables par la des états de conscience momentanés qui les quand ils s'établissent, et en observant si ces états soali blables ou dissemblables; et, comme nous le verroH tard, les rapports de coexistence et de séquence ne se gucnt l'un de l'autre que par un processus de cette espèce.
§ 68. Ayant défini les états de conscience simples Hl rapports simples, et ayant provisoirement classé leois rentes espèces^ nous pouvons examiner maintenant coi l'esprit est formé par ces éléments, et comment ses rentes parties sont caractérisées par leurs différents mofai combinaison.
Des séries d'états de conscience formées d'états qui du centre, diffèrent grandement des séries d*étals de cience formées d'états qui viennent de la périphérie. Et les séries d'ctats de conscience formées d'états qui viensii de la périphérie, il y a une grande différence entre edhl^' formées d'états de conscience venant de l'intérieur du eoqi-f et celles formées d'états de conscience venant de rextiiMtf du corps. Ces différences marquées sont dues dans les deB cas à la proportion plus ou moins grande des éléments fét tionncls qui sont présents. Tandis que, dans les états deeMl* cience qui viennent du centre, les limitations mutuelles, Mt simultanées que successives, sont vagues; et tandis fMb parmi les états de conscience venant de la périphérie A causés par des désordres internes, quelques-uns sont tortk fait indéterminés, et qu'il n'y en a que peu ou point ^ soient bien déterminés, les états de conscience caniti par des désordres externes sont le plus souvent très-clail!r quant aux rapports, au double point de vue du temps et de l'espace, et parmi les plus élevés d'eutre eux, les défr
LA IMPOSITION DE l'kSPRIT. i71
dions mutuelles daus le temps» ou Tespace» ou les deux, . eitrémement précises. Ces grands contrastes dépendent i mesure dans laquelle sont mêlés les éléments d'états iucience et les éléments relationnels : mais cela ne peut .compris sans exemples. Nous commencerons par ces IM de Tesprit que distingue la prédominance des élélli relationnels.
i MUS nous rappelons que les lentilles de Tœil forment ^pareil optique insensible qui projette les images sur litiDe, nous pouvons bien dire que la rétine est mise plus Ntement en contact avec l'agent externe qui agit sur elle lloute autre expansion périphérique du système nerveux, i^est dans l'ensemble des états de conscience produits par iîferses réflexions venues des objets, et concentrées sur la Im, que nous trouvons les éléments d'états de conscience plus intimement entremêlés aux éléments de rapport. Les ■breuz états de conscience dus à la vision sont plus tranil que tous les autres dans leurs limitations mutuelles : il léas différences extrêmement définies entre les états adjatL U faut remarquer de plus que l'élément relationnel iiiie ici sous ses deux formes fondamentales. C'est d'une sitre très-claire que quelques états de conscience se limiit simultanément et que d'autres se limitent successive- ■t. — Les états de conscience causés par quelque action 'k sur&ce générale du corps sont aussi clairement déli- Ifi, quoiqu'ils le soient beaucoup moins que ceux qui Éent dans la rétine. Des sensations de toucher, produites ' des points de la peau très-proches les uns des autres, ont des portions de conscience séparées quoique adjaitei; et on peut les distinguer non-seulement comme sistant dans une étroite proximité, mais comme se ^stiniotde sensations analogues qui les précèdent ou les suivent ■lédiatement. De plus, les limitations mutuelles dans fiee, sinon dans le temps, sont d'autant mieux définies Bsles sensations du toucher qu'elles viennent des s\itlâL^^%
qui, dans ce sens, ont la plus grande extériorité : par exemple, les parties qui, comme le bout des doigts et de la langue, oui les rapports les plus fréquents et les plus variés avec lesobjeli externes ' . — Après la vue et le toucher, les sensations de Toule sont celles dont les limitations mutuelles sont le définies. Ici, le plus souvent, les rapports sont marqués une clarté imparfaite. Pour une oreille sans culture, il n'y a qu'un petit nombre de sons simultanés qui soient séparés d*une manière vague dans la conscience ; mais, pour Toreille d'un musicien, beaucoup de sons de cette espèce sont distingués et identifiés. Mais, dans les sons successifs, les élémenls relationnels de Tesprit sont remarquables. On perçoit dainment des différences entre des sons qui se succèdent, même très-rapidement. Mais les démarcations sont moins tranchéss que pour les sensations qui traversent le champ de la visioo. — Passant aux sensations du goût, nous voyons que celles-d, moins externes dans leur origine (car ce n'est pas dans le bout de la langue, mais dans sa partie de derrière et dans le fond du palais que les nerfs gustatifs sont distribués), sont dans leurs rapports comparativement indéterminées. On ne peut percevoir que des différences comparativement vagues entre des saveurs coexistantes, et on ne peut les étendre qu'à dem ou trois. De même, le commencement et la fin des savems successives sont bien moins nets que le commencement éL la fin des impressions visuelles que nous apporte chaque regard; et des saveurs successives ne peuvent se distinguer aussi rapidement que des sons successifs. — Les limitalioDS sont encore plus indéterminées dans les sensations de rodoia& qui, comme les dernières, naissent à une distance considé'-" rable de la surface (carie nez n'est pas le siège de Todorat:!^ chambre olfactive avec laquelle nos narines communiqueaft
< La langue est ao organe (aclilc beauroup plus actif qu'il ne leinhle d'abord. iBpreaiions mécaniqui-s qu'elle reçoit ne <unt pas liornévs à celles que lai dooM ^ ■oôrritun durant la mastication ; uui» elle explore perpétuellement les surfuei îB'-' des dents, qui sont pour elle des corps externes.
lA œMPOSiTioN DE l'esprit. 173
est située plus haut^ entre les yeux). La distinction d*odeurs simultanées est très-vague ; et il est probable qu'on ne peut séparément en reconnattre plus de trois. Pour les odeurs qui se suivent, il est clair que le commencement et la fin sont indéterminés^ et qu'on ne peut les distinguer dans une succession rapide.
Nous en venons maintenant aux états de conscience périphériques produits par des désordres internes. Parmi ceuxci, ceux qui naissent le plus près de la superficie et sont^ dans la conscience, les plus relationnels, ce sont les sensations de tension musculaire. Quoiqu'elles ne soient que bibles, sauf quand nous faisons des efforts vigoureux ; quoique, dans la façon dont elles se présentent ensemble, elles ne le limitent mutuellement que d'une manière vague ; quoique leurs commencements et leurs fins soient si bien mêlés qu'on ne peut, dans une série^ distinguer que vaguement des parties séparables, cependant leurs juxtapositions et oppositions lont impliquées dans ce fait que nous les distinguons et reconnaissons : il est vrai que ces distinctions et reconnaissances nnt si partielles que fréquemment une vérification indirecte est nécessaire. II faudrait ajouter que les rapports entre les sensations musculaires sont plus ou moins clairs^ plus ou moins abondants. Les plus remarquables appartiennent aux sensations qui viennent des muscles qui sont petits et continudlement en action, comme ceux qui meuvent les yeux^ les doigts et les organes vocaux ; et les moins remarquables appartiennent aux sensations qui viennent des muscles qui sont gros, ou placés au centre, ou les deux, comme ceux des junbes et des troncs. — Sans nous arrêter aux sensations uomales de peine et de malaise, dues aux désordres des nerfs distribués dans les membres et le corps, et dans lesquels 1a bible proportion de Télément relationnel est manifeste, il nous suffira de nous occuper des sensations qui, nées dans Itt parties les plus éloignées du monde extérieur, et étant les 0M)in8 relationnelles, se distinguent le mieux de celles dont
17'l l.V.S INDUCTIONS DE I,A PSYCHOLOGIE.
nous avons déjà parlé. La faim commence et finit à*ane manière e&trfimemeut vague. Elle commence inseasiblemeol et cesse graduelleraent, et par là elle diffère cûmpléteiaeiit de ces sensations qui, étant étroitement contigués dans le temps, se distinguent réciproquement par une limitation mutuelle. Il n'y a pas d'état.'; de conscience coexistants qui li déterminent d'une manière appréciable, et parmi les états de conscience simultanés, sa position est indéterminée. El ke autres sensations viscérales, normales ou anomales, sont également caratérisées par cette indéCerminatioa de rapports.
On peut dire à peu près la même chose des états de conscience qui vienuent du centre, ou émotions. Leur commencement et leur fin dans le temps sont comparativement indéterminés, et n'ont pas de localisation déterminée daoi l'espace : c'est-à-dire qu'ils ne sont pas limités avec préoi^on par des états de conscience qui les précèdent ou qui les suivent et que, d'un autre côté, les états de conscience coexistant ne les limitent pas d'une manière reconuaissable. Là donc, l'élément relationnel de l'esprit se montre extrêmement peu. Les séquences entre les émotions qui peuvent se produire pendant une période donnée, sont comparativement {wn nombreuses et indéterminées, et on ne peut distinguer que d'une manière vague deun ou trois émotions coexistantes.
g 69. Il y a aussi d'autres distinctions également imp(■^ tantes entre ces séries d'états de conscience si dilFérflnlft,d leurs causes sont semblables. La présence d'éléments «lationnels qui se voit dans la limitation des états de coDSciencB simultanés et successifs, amène la cohésion mutuelle desftati de conscience, et l'absence d'éléments relationnels, qui » voit dans la limitation indéterminée des étals de conscientt dans le temps et l'espace, amène leur incohérence. ExamiaoDl de nouveau les séries d'états de conscience ci-dessus com* parés.
Les nasses colorées, nettement définies, qui se présenUot
LA COMPOSITION DR l'eSPRIT. 175
inf^tÂltaniment dans une impression visuelle, sont indissolu- [)\exiient unies, étroitement juxtaposées. Les sensations ^îgixelles récessives qui se produisent quand on transporte le regard d'un objet à un autre, sont si fortement liées qu'il en itoulte une conscience bien fixée de leur ordre. Ainsi les sensations visuelles, qui se distinguent de toutes les autres par la netteté de leurs délimitations mutuelles, sont absolument liées dans Tespace et très-liées dans le temps. — Entre les sensations tactiles que donne un objet saisi, la cohésion n'est pas si grande. Quoique deux états de conscience, produits par deux points qu'un doigt sent simultanément, soient si bien liés qu'on ne peut séparer Tun de l'autre dans la conscience, cependant le lien qui les unit est beaucoup moins Miré que celui qui unit les sensations visuelles produites par les deux points ; et quand il y a plus de deux sensations, leurs liaisons dans la conscience sont assez peu serrées pour permettre beaucoup de variations dans l'idée de leurs positions relatives. Cependant^ la force de liaison entre des sensations tactiles coexistantes est considérable » comme entre les sensations successives de même nature. — Dans les sensations simultanées causées par des sons simultanés, surtout s'ils ne sont pas en harmonie, le défaut de cohésion est marqué tout aussi bien que le défaut de limitation mutuelle. Mais, entre des sensations successives, produites par des sons succmEb, on trouve et des limitations mutuelles distinctes et des cohédoDs mutuelles marquées. Des notes ou des articulations Meessives se collent ensemble avec ténacité. — Beaucoup Boins clairement liées entre elles, les saveurs, simultanées et lOMessives^ sont comparativement incohérentes. Entre des nveurs coexistantes, il n'y a pas de liaison comme entre des Msations visuelles coexistantes ni même comme des sons pft)duits au même instant, et les saveurs ne forment pas une Aicoession, comme les sons d'une cadence. — La môme duise est vraie des odeurs. Vaguement délimitées Tune fir l'autre, elles ne sont que faiblement liées ensemble.
Dans les états de conscience qui accompagnent kl actions musculaires^ la cohésion est cachée comme la limitation. La difficulté d'observer les limitations mutoèDes des sensations musculaires est due à ce fait, que chaque muscle ou série de muscles passe de Tétat de repos à Fétit d'action et de l'état d'action à l'état de repos, par des gndttions qui occupent un temps appréciable, et que, cons^ quemment, l'état de conscience qui accompagne, au lieu de commencer et de finir brusquement, s'affaiblit et s^évanonit aux deux extrémités. Étant ainsi faibles aux endroits où ils sont contigus, ces états de conscience sont incapables de forte cohésion. En réalité, si nous exceptons ceux qui accompagnent de grands efforts, nous pouvons dire qu'ils sont si faibles comparés à la plupart des autres que leurs rapports, tant en espèce qu'en ordre, sont nécessairement peu remarqués. Leur cohésion est^ en grande partie, celle des actes nerveux automatiques, qui est beaucoup moindre que celle da états conscients. — Parmi les états de conscience très-vagua qui ont leur siège dans les viscères, nous pouvons prendre comme exemple la faim. Nous y trouvons une indétermination extrême de limitation dans le temps et l'espace et un débnt extrême de cohésion. La faim ne suit pas brusquement quelque autre état dans la conscience, et n'est pas suivie par d'autre. Et il n'y a pas d*état de conscience simultané au^ quel elle soit attachée. L'éicmcnt relationnel de l'esprit esi presque absent : la faim ne tient qu'à un faible degré à quel-— * qucs goûts et odeurs.
EnGn, la même connexion de caractère se remarque dantf les états de conscience qui viennent du centre, ou émotions— Quand des émotions coexistent^ on peut à peine dire qu'elle^ sont unies : le lien entre elles est si faible que chacune peuCdisparattrc sans affecter les autres. Entre des émotions qui se suivent, les liens n'ont pas de force appréciable : aucune n'est attachée à une autre, de façon à produire une succession constante. Et, quoique entre les émotions et oer-
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tains états de conscience mieux définis qui les précèdent, il y ait de fortes connexions, cependant ces connexions ne sont pas entre des émotions et de larges groupes d*états de conscience antécédents, et même cette cohésion, variable en force, peut manquercomplétement.
§ 70. Il faut marquer un autre trait dans la composition de Tesprit, qui dépend de ceux dont on a parlé. Nous avons TU que les séries d'états de conscience produits par des désordres externes^ se distinguent généralement par la prédominance de réiément relationnel, ce qui implique des délimitations mutuelles claires et une cohésion forte entre les composants. Nous avons vu, au contraire, que les états de conscience produits par des désordres internes, périphériques et centraux, se distinguent généralement par le manque comparatif d'élément rationnel, ce qui implique un manque proportionné de limitation mutuelle et de cohésion. Nous avons à remarquer maintenant que les séries d*états de conscience si nettement différenciées sont, en conséquence, nettement différenciées, en ce sens que, dans un cas, les états de conscience composants peuvent s'unir en groupes bien liés et bien définis, tandis que, dans Tautre cas, ils ne le peuvent.
L'état de conscience produit par un objet vu est compose de couleurs, d'ombres et de lumières nettement découpées, et les sensations et rapports coexistants qui entrent dans un de ces groupes, forment un tout indissoluble. Les sensations Quelles successives se fondent en groupes définis à un bout degré. Comme beaucoup sont causées par des objets mou- ^&nts plus ou moins complexes, il est difficile de distinguer 'w groupements en séquence des groupements en coexistence. Si nous prenons le cas d'un oiseau qui vole tout près d'une fenêtre où nous sommes, il est clair que les sensations successives forment une conscience de sa ligne de mouvenient, si bien liée et définie que nous savons, sans avoir remué les yeux, quelle a été sa course exacte. — Le grou- I. 12
pement des sensations auditives, comparativement faible sous le rapport simultané, est comparativement fort sous le rapport successif. De là ces groupes consolidés de sons qui vieanent à la conscience sous forme de paroles ; de là ces chaînes de notes que nous nous rappelons comme phrases musicales. — Le groupement des sensations tactiles en rapports de coexistence, quoiqu'il ne soit nullement aussi déterminé que le groupement des sensations visuelles coexistantes, ni en étendue, ni en solidité, ni en complexité, ne laisse pas d'être considérable. Quand on pose la main sur un petit objet, comme une clef, on peut distinguer un certain nombre d*im* pressions séparées, quoique proches l'une de Tautre. Mais quoique leurs rapports mutuels soient assez bien fixés pour qu'on connaisse les limites approximatives dans lesquelles elles existent^ ils ne constilueut pas cependant un groupe fiié et défini comme celui qui est donné par la vue de la clef. Ce groupement, imparfait en coexistence, est accompagné d'un groupement imparfait en séquence. Les sensations successives produites parun papillon qui court sur notre main, sont assex bien liées pour nous donner conscience de son mouvement général, et nous dire s'il va vers le poignet ou en vient, s'il va de droite à gauche ou de gauche à droite ; mais nous n'avons pas une conscience de sa course exacte. — En coexistence, les saveurs s'unis>cnt en groupes très-simples et trèsincohérents ; en séquence, elles s'unissent à peine. Et il eo est de même des odeurs.
Parmi les sensations périphériques causées par des désordres internes, l'aptitude au groupement se trouve chez celles qui aeeunipagnent les mouvements des muscles. Mais avec la liniitiilion cuniparativement vague et la cohésion peu forte qui car.u";'riM: ees ^eu^alions, on renctnitre des groupes comp.ir.ilivi nient indistinets. Quoiqun les actes nerveux d'où résultent les monveuient&niu.-culairus, se combinent en groupes avec beaucoup de précision, cependant leur combinaison* faible d'abord, ne devieut forte que par répétition. El comme
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la répétitioD, qui rend là combinaison forte, la rend automatique dans la même mesure^ les sensations concomitantes deviennent de moins en moins distinctes, et disparaissent de la conscience aussitôt qu'elles s'unissent. On peut comprendre combien, dans les actes musculaires, le groupement complet et Tinconscience vont ensemble par ce fait, que la conscience empêche les actes musculaires groupés. Après avoir bien des fois traversé la série des mouvements composés requis, il est possible de traverser une chambre dans les ténèbres et de saisir le bouton de la porte, c'est-à-dire tant que les mouvements sont faits sans y penser. S'ils sont faits avec conscience, on est presque sûr de se tromper. Il est à peine besoin de dire qu'il ne se forme pas des groupes cohérents dans une autre classe de sensations, qui nait dans l'intérieur du corps : appétits, douleurs, etc. Comme elles manquent de limitations définies et de cohésions, cela les empêche de s'unir soit simultanément, soit successivement.
Évidemment, les émotions sont caractérisées par un défaut semblable d'aptitude à se combiner. Entres celles qui coexistent, il n'y a qu'un chaos confus et changeant. En fait^ l'absence de toute capacité à unir, est aussi bien marquée chez elles que sa présence dans ces sensations visuelles par lesquelles nous avons commencé.
§ 71. Nous en venons maintenant à des manifestations plus complexes de ces contrastes généraux. Dans les séries d'états de conscience où l'élément relationnel prédomine, et où se forment par conséquent des groupes décidés, les groupes entrent en rapport les uns avec les autres. Des états de conscience groupés avec les rapports qui les unissent se fondent en touts qui, se comportant comme le font les états de conscience simples, se combinent en rapports définis avec d'autres pareils groupes consolidés ; et même des groupes de groupes, semblablement fondus, sont de même limites par d'autres groupes et unis à eux. Au contraire, dans les sérl^^
d'états de conscience où les rapports sont vagues et pAi nombreux, rien de semblable n'a lieu.
C^est dans les sensations visuelles, beaucoup plus Donbreuses que les autres, bien définies et bien liées dans leun rapports, que ce groupement composé est poussé le plus loin* Avec cette aptitude à former une conscience complexe de lumière, ombres, couleurs, positions relatives qui constiluoit un homme comme présent à la vue, il y a une aptitude à former une conscience de deux hommes dans un rapport défini et bien lié de position ; il y a une aptitude à former une conscience d'une foule de pareils hommes : bien mieux, dem ou plusieurs ^oules pareilles peuvent être combinées mentalement. L'agrégat des sensations visuelles, connues comflM maison, s'agrège lui-même à d'autres semblables pour former la conscience d'une rue, et les rues pour former la couscience d'une ville. Quoique le groupement composé de seotttions visuelles en séquence ne soit ni si distinct ni si fort, il est encore trcs-marqué. Des images nombreuses et compliquées, produites par des objets vus en successioo, se lient dans la conscience avec une incroyable ténacité. - 11 y a peu de groupements, s'il y en a, entre les sensations aaditives simultanées. Mais, entre les sensations auditives suecessives, il y a des combinaisons définies et bien liées de groupes avec des groupes. La fusion de séries de sons que nous appelons un mot, s'unit avec beaucoup d'autres pi* reilles en une phrase. Dans beaucoup d'esprits, ces gron— pes de sons successifs se lient très-bien avec d'autres : plo — sieurs phrases successives sont, comme nous disons, biei^ retenues. £t de même, des phrases musicales se fondent une mélodie longue et compliquée. — On suit à peine groupement complexe entre les sensations tactiles, soit le temps, soit dans l'espace ; et il n'y en a pas la trace U^ plus lointaine dans les sensations olfactives ou gustatives.
Disons, pour mémoire, que ces degrés supérieurs de composition mentale, manquent entièrement entre les senMtioos
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qui vienDent de l*intérieur. Celles qui accompagnent les sensations musculaires sont les seules qui en approchent, et ici le groupement composé, comme le groupement simple, afiecte une inconscience progressive.
§ 72. Il y a encore une autre espèce de composition à eiamioer. Jusqu'ici nous n*avons examiné que les degrés de limitation mutuelle^ de cohésion et de pouvoir combinant des sensations entre elles. Il reste à examiné jusqu'à quel point les sensations d'un ordre entrent en rapport avec celles d'un autre ordre, en quelle mesure elles se limitent et se combinent. Pour traiter cela complètement, il faudrait entrer dans des détails inabordables. Nous nous en tiendrons aux faits essentiels.
Les sensations de divers ordres ne se limitent pas aussi clairement que celles du même ordre. Le groupe de couleurs produit par un objet que nous regardons, n'est que légèrement choqué par un son : le son ne leur donne pas des bornes déterminées dans la conscience ; il sert simplement à diminuer leur prédominance dans la conscience. Les bruits combinés d'une conversation à table, et les impressions transmises aux yeux par les plats qui sont sur la table, ne sont pas exclus de l'esprit par les sensations tactiles, goûts et odeurs qui les accompagnent, aussi bien que les couleurs sont exclues par les couleurs, les sons par les sons, les saveurs p&r les saveurs, une sensation tactile par une autre. On peut dire des sensations qui naissent dans l'intérieur du corps, et encore plus des émotions, qu'à moins d'être intenses, elles ne troublent que légèrement les sensations qui viennent d*ailleurs. Il semblerait aussi qu^une sensation de couleur, une sensation de son et une émotion agréable produite par ^ 80D, puissent être superposées dans la conscience sans s'obscurcir beaucoup mutuellement. Sans doute, dans la plupart des cas, deux sensations simples ou deux sensations agrégées de différents ordres, se limitent réciproquement dans le temps et l'espace. Il y a plutôt une expulsion extrêmement
rapide de Tuoc par Tautre que la présence continuelle de Tune et de Tautre. Mais il est clair que ces alternatives d'expulsion partielle ou complète entre des sensations d*ordre difTérenty sont moins distinctes que Texpulsion entre des sensations de même ordre.
C'est une vérité corrélative que les sensations de diven ordres se lient entre elles moins fortement que les sensations de même ordre. Les impressions qui composent la conscience visuelle d'un objet, sont liées entre elles bien plus fortement qu'avec le groupe de sons qui composent le nom d'un objet La tendance des notes qui composent une mélodie à s'attirer l'une l'autre dans la conscience, est plus forte que la tendance de chacune ou de toutes à attirer dans la conscience les sensations visuelles avec lesquelles elles ont été associées. Elles peuvent être plus ou moins fortement liées entre elles; mais il est souvent difBcile d'empêcher une note d'être suivie par la note voisine. De même, quoiqu'il y ait une cohésion considérable entre les sensations visuelles produites par uneorange et son goût ou son odeur, il est cependant très-fréquent d'avoir la vision d'une orange sans que son goût ou son odeur viennent à la conscience ; tandis qu'il est presque impossible d'avoir dans Tesprit un de ses caractères apparents sans qu'ils soient accompagnés d'autres caractères apparents.
Il faut ajouter un autre fait important. Les sensations de différents ordres qui ont des rapports déterminés et sont le plus fortement liés, sont ceux parmi lesquels il y a prédominance des éléments relationnels; et il y a une facilité spéciale de combinaison entre ces sensations de différents ordres» lorsqu'elles sont respectivement liées par des rapports de même ordre. Ainsi les sensations \isni'llos coexistante*?, les plus rrlaiionnelles de toutes, mirent en rapports bien défiais et bi<^n \u-< avec lesseiisatious taoîiles coexistantes. Au groupe d-i jiimiêres et d ombres qu'un objt^t envoie aux yeux, s'attich»^ tri'S-fortem'-nt 1».^ crroup- il-nipressinns produit par rubjet loui'hé t't s lir^i ; la connexion ia phis forte après celle<4à
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est celle entre les sensations reçues par les yeux et celles reçues par les oreilles, ou plutôt entre ces deux groupes. Mais, quoique le groupe de sensations simultanées qui forment la conscience visuelle de quelque chose, soit très-fortement lié aux sensations successives qui forment la conscience de son nom, cependant il est probable que la cohésion des deux groupes n'est pas aussi forte, parce que les sensations qui forment un groupe non-seulement diffèrent en espèce de celles qui forment l'autre, mais sont reliées par des rapports d'ordre différents. A mesure que nous descendons vers les sensations non relationnelles, nous trouvons que cette faculté d'une classe de se combiner avec une autre décroît. Entre les odeurs, les saveurs et certaines sensations viscérales^ comme la faim et la nausée, il y a, à la vérité, une tendance à se lier. Mais, les exceptions admises, il reste vrai, en moyenne, que les divers états de conscience très-peu relationnels, ne se lient que faiblement entre eux et avec les états de conscience très-relationnels.
§ 73. Jusqu'ici nous avons procédé comme si Tesprit était entièrement composé d'états de conscience primaires ou vifs et de leurs rapports, sans rien dire des états de conscience secondaires ou faibles. Or si, comme on doit l'admettre, nous avons tacitement reconnu ces états de conscience secondaires dans les sections précédentes, où nous nous sommes occupés des rapports et liaisons d'états de conscience en succession (puisque, dans une succession d'états de conscience, ceux qui ont passé sont devenus faibles, et le présent seul est vif), cependant, nous ne les avons pas reconnus explicitement comme éléments de Tesprit, différents des états de conscience primaires, quoique leur étant intimement liés. Nous devons maintenant les considérer spécialement, et voir quel rôle ils jouent.
Le fait capital à noter, comme d'une importance équivalente aux faits notés plus haut, c'est que, tandis que chaque sensation vive est jointe à d'autres sensations VvNes», — ^vckv:\-
tanées ou successives, — tout en s*en distinguant, elle se joint et s'identifie avec les sensations faibles qui résultent de sensations vives semblables antérieures. Chaque couleur particulière^ chaque son spécial, chaque sensation du tact, da goût ou de Todorat, est à la fois connue comme différente des autres sensations qu'elle limite dans le temps et Tespace, et comme semblable aux formes faibles de certaines sensalioDS qui Tont précédée dans le temps : elle s*unit aux sensations antérieures, dont elle diffère, non en qualité, mais eo intensité.
C'est de cette loi de composition que dépend Tordre dans la structure de l'esprit. En son absence, il ne pourrait y avoir qu'un changement perpétuel d'états de conscience à la façon d'un kaléidoscope, — un présent perpétuellement transformé, sans passé ni futur. C'est en vertu de cette tendance, que les états de conscience vifs ont à s'attacher chacun aux formes faibles des états de conscience semblables et antérieurs, que se forme ce que nous appelons les idées. Un état de coo* science vif ne constitue pas par lui-même une unité de cet agrégat d'idées que nous appelons connaissance. Un seul étal de conscience faible ne le fait pas davantage. Mais une idée ou unité de connaissance se produit quand un état de conscience vif s'assimile ou s'attache à un ou plusieurs états de conscience faibles, résidus des états de conscience vifs précédemment éprouvés. A chaque moment, les divers états qui constituent la conscience se séparent; chacun se fond avec It série entière des états semblables qui l'ont précédé, et ce que nous appelons savoir que chaque état de conscience est tel ou tel, est le mot qui désigne cet acte de ségrégation.
Mais le processus ne se borne pas à l'union de chaque état de conscience avec les formes faibles des ét«its de conscience semblables et antérieurs. Desgror.pes d'étals de conscience se joignent simultanément aux formes faibles de groupes semblables cl antérieurs. L'idée d'un objet ou d'un acte est composée de groupes d'états de conscience semblables, ayant des
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rapports semblables qui se sont produits dans la conscience de temps en temps, et ont formé une série consolidée dont les membres ont perdu leur individualité partiellement ou totalement.
Cette union des groupes d*états de conscience passés atteint un plus haut degré de complexité. Des groupes de groupes se fondent avec des groupes de groupes analogues qui les ont précédés ; et dans les types supérieurs de Tesprit, des séries d'états de conscience excessivement composés sont produits de la même manière.
Pour compléter cette esquisse générale, il est nécessaire de dire qu'il en est des rapports entre les états de conscience comme des états de conscience eux-mêmes. Les rapports se -distinguent, dès qu'ils le peuvent, des couples particuliers d'états de conscience ou des groupes d'états de conscience qu'ils unissent, et vont ainsi se séparant perpétuellement. De moment en moment, les rapports se distinguent les uns des autres par rapport au degré ou à Vespèce de contraste existant entre leurs termes : et chaque rapport ainsi distingué des divers rapports concourants est assimilé à des rapports semblables et antérieurs. De là résultent les idées de rapport, comme celles de contraste fort, de contraste faible, d'intensité ascendante ou descendante, de genre homogène ou hétérogène. £n même temps se produit une ségrégation d'une espèce diiïérente. Chaque rapport de coexistence est classé avec d'autres rapports semblables de coexistence et séparé des rapports de coexistence dissemblables. Et il en est de même pour les rapports de séquence. Finalement, par une dernière ségrégation, se forment cet abstrait consolidé des rapports de coexistence que nous appelons espace, et cet abstrait consolidé des rapports de séquence que nous appelons temps. Ce processus n'est indiqué ici que brièvement, pour montrer comment il concorde avec le processus général de composition. Les éclaircissements viendront plus tard.
§ 74. Et maintenant, après avoir esquissé en gros la compo-
sition de Tesprit^ après avoir, pour plus de clarlé, omis des détails et restrictions secondaires, indiquons clairemeot U vérité essentielle que ce chapitre a pour objet capital de mettre en vue : cette vérité, que la méthode de composition reste la même dans la construction entière de Tesprit, depuis là formation de ses états de conscience les plus simples jusqu'à la formation de ses agrégats immenses et complexes d*étati de conscience qui caractérisent ses plus élevés développements.
Dans le dernier chapitre, nous avons vu que ce qui est objectivement une onde de changement moléculaire propagé par un centre nerveux, est subjectivement une unité d'état de conscience analogue à ce que nous appelons un choc nerveux. Nous avons trouvé dans un cas une preuve concluante que, quand une succession rapide d'ondes pareilles produit une succession rapide d*unitcs de conscience, il en résulte Tétai de conscience continu appelé sensation, et que la qualité do Tétat de conscience change quand ces ondes et les unités correspondantes se produisent avec une rapidité différente. De plus, on a montré que Tunion de séries simultanées de pareilles unités, ayant des degrés divers, produit d'innombrables sensations qui paraissent simples. Et nous en avons inféré que ce qui a lieu certainemeet pour les états de conscience primaire d'un ordre, a lieu probablement pour les états de conscience primaire de tous les ordres. A quoi équivaut cette conclusion exprimée on d'autres termes? Elle équivaut à cette conclusion : qu'un de ces états de conscience qui, considéré introspeclivement, parait uniforme, est produit en réalité par l'assimilation perpétuelle d'une nouvelle pulsation consciente avec les puUations conscientes qui la précèdent immédiatement : la sensation est produite par l'enchaînement de chaque pulsation vive, à mesure qu'elle se produit avec la série des pulsations passées, dont chacune a été >ive. mais dont chacune est devenue faible. Et cette conclusion, que des gemations composées résultent de l'union entre différentes
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plus hautes de la conscience^ formées de groupes d'états de conscience unis par des rapports extrêmement compliqués.
§78. On voit du premier coup que l'évolution de l'esprit dans ses périodes ascendantes de composition, se conforme aux lois de l'évolution en général.
D'abord l'évolution est une intégration progressive ; et dans tout ce chapitre, comme dans le précédent, l'intégration progressive s'est montrée à nous comme le fait fondamental de révolution mentale. Nous en sommes venus à celte conclusion tout à fait inattendue : qu'une sensation est une série intégrée de chocs nerveux ou unités d'états de conscience, et, de plus^ à cette conclusion : que par l'intégration de deux ou plusieurs séries se forment des sensations composées. Nous avons vu ensuite que, par une intégration de sensations semblables successives, se produitla connaissance d'une sensation comme étant telle ou telle, et que chaque sensation, en même temps qu'elle est intégrée ainsi avec ses semblables, s'unit aussi ea agrégat avec d'autres sensations qui la limitent dans le temps ou l'espace. Et nous avons vu de même que les groupes intégrés qui en résultent, entrent dans des intégrations supérieures de ces deux sortes^ et ainsi de suite. — On appréciera la signification de ces faits, si on se rappelle que les séries d'états de conscience dont l'intégration est indéterminée, sont des états de conscience à peine compris dans ce que nous appelons communément l'esprit, et que les séries d'états de conscience qui présentent au plus haut degré les attributs de l'esprit, sont celles dont Tintégrité est poussée le plus loin. La faim, la soif, la nausée et les sensations viscérales en général^ aussi bien que les sentiments d'amour^ de haine ou de colère, etc. , qui se lient peu entre eux et avec les autres sensations et sentiments, et ne sont ainsi que faiblement intégrés en groupes^ sont des portions de conscience qui ne jouent qu'un rôle subordonné dans les actions que nous classons principalement comme mentales. Les actions qu'on qualifie ordinaire-
d'une pensée simple par sa seule fusion avec les pensées antérieures semblables, et quelle devient Télément ioimédiat d'une pensée composée^ parce qu'elle entre en rapports simnltanés de différence avec d'autres sensations qui la limileit dans le temps et l'espace; de même aussi, comme ooM l'avons vu, les unités ou pulsations qui forment les seosatioM simples par leur union sérielle avec celles de leur espèce, peuvent former des sensations complexes en entrant simultanément en rapport de différence avec des unités d*espèees autres. La même chose a lieu évidemment pour les rapports eux-mêmes qui existent entre ces sensations différentes. Et il devient ainsi manifeste que la méthode par laquelle les seontions simples et leurs rapports se composent en états de coiii* cience déQnis, est essentiellement analogue à la méthode par laquelle les unités primitives d'étatsde conscience secomposeat en sensations.
Le même processus se répète dans la période immédiatement supérieure de composition mentale. Le groupe vif de sensations et de rapports produit par un objet spécial, doit être uni aux formes faibles de groupes semblables qui ont été produits auparavant par des objets pareils. Ce que nous appelons connaître un objet, c'est assimiler ce groupe combiné d*états de conscience réels qu'il excite à un ou plusieurs groupes idéaux antérieurs qu'ont excites des objets de même espèce; et la connaissance n'est claire que quand la série des groupes idéaux est longue. — Ce principe s'applique également aux connexions statiques et dynamiques entre chaque groupe spécial et les groupes spéciaux produits par d'autres objets. La connaissance des propriétés et habitudes des choses, vivantes et mortes, est constituée par l'assimilation avec d'autres rapports complexes des rapports plus ou moins complexes qui se montrent dans leurs actions dans le temps ou l'espace.
Il est à peine besoin d'ajouter que la même loi de compositioa continue, sans limites déGnies, jusqu'aux formes les
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qu'on emploie comme signes dans les propositions sont trèshétérogènes. Cependant les états de conscience composés de sensations visuelles (qui sont ce qu'il y a de plus développé dans Tesprit comme chose qui perçoit), l'intégration et en même temps l'hétérogénéité, atteignent un degré bien supérieur. Et ils sont encore beaucoup plus hétérogènes, ces états de conscience qui appartiennent à ce que nous appelons raison- Dénient, et dans lesquels les sensations multiformes que les objets nous donnent par les yeux, les oreilles, le tact, le nez et le palais sont réunies en conceptions qui répondent aux objets avec tous leurs attributs et toutes leurs activités.
L'esprit montre avec une égale clarté un autre trait de révolution, — un caractère de mieux en mieux défini. Les états de conscience qui partent du centre et les états périphériques internes^ qui jouent un rôle secondaire dans ce que nous entendons par esprit^ sont, comme nous Tavons vu, trèsvagues^ imparfaitement limités l'un par l'autre. Au contraire, on a montré que les limitations mutuelles sont nettes dans ces états de conscience périphériques qui, venant de ^a surface externe, entrent pour beaucoup dans nos opérations intellectuelles, et que les sensations visuelles, qui entrent pour la plus grande partie dans les opérations intellectuelles, non-seulement sont les plus nettes de beaucoup dans leurs limitations mutuelles, mais forment des agrégats qui sont beaucoup plus précisément circonscrits que tous les autres, et des agrégats entre lesquels il existe des rapports beaucoup mieux définis que ceux qui existent entre les autres agrégats.
Ainsi la conformité est complète. L'esprit s'élève à ce qui est universellement reconnu comme ses formes les plus hautes, à proportion qu'il manifeste les traits de révolution en général. {Premiers Principes^ §§ 98-145.) Nous pouvons concevoir l'esprit naissant que possèdent ces types inférieurs, chez lesquels les nerfs et centres nerveux ne sont pas nettement dintingués les uns des autres ni des Ussu^ d^w^V^v
ItX) LES INDUCTIONS DE LA PSYCHOLOGIE.
ment de mentales, appartiennent presque toutes aux sensations tactiles, auditives» visuelles, qui ont une cohésion si remarquable, et par suite une tendance à s'intégrer. A vrai dire, nos opérations intellectuelles sont restreintes pour la plupart aux sensations auditives (intégrées en mots) et aux sensations visuelles (intégrées en impressions et idées des objets, de leun rapports et de leurs mouvements). Fermons les yeux et observons quelle portion relativement immense de conscienee intellectuelle nous est soudainement enlevée: nous verrons clairement que la portion la plus développée de Tespril (comme chose qui perçoit), est formée de ces sensations visuelles qui sont très-fortomcnt liées, intégrées en agrégats si grands et si nombreux, et réintégrées en agrégats qui, par leur degré de composition, dépassent immensément tous les aijivgats formés par les autres sensations. Et puis, en nous élevant à ce que nou< appellerons, selon l'usage, l'esprit (comme chose rationnelle), nous trouvons que l'intégration atteint encore une plus haute portée.
Les phases ascendantes de Tesprit nous montrent non moins clairement riiélérogénoité croissante de ces agrégats de sensations intégrées. Dans le dernier chapitre, nous avons vu comment dos sensations qui sont toutes composées d^mités d'une nirme osprce, d»ivionnont hétéréogènes par la combinaison et recumbinaison en mille manières de pareilles unités. Nous venons du voir iju»,* 1rs portions de conscience occupées par les sensations corporelles internes et par les émotions sont, à en jugt;r par intuition, relativement très-simples el homogènes : la soif n'est pas composée de parties différentes, tt Ton ne peut pas la séparer en éléments distincts.
Mais en montant à la conscience intellectuelle, nous rencontrons une variété croissante d'espèces d'états de couscii'nce présents ensrniblr. Quand nous rn venons aux sensations auditives, qui jouent un rôle si important dans les processus de 1 1 pensé»', iiius trouvons que leurs groupes sont formés de beaucoup) d\'lénients, et que ces groupes de groupes
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qu'on emploie comme signes dans les propositions sont trèshétérogènes. Cependant lesétatsdeconsciencecomposésde sensations visuelles (qui sont ce qu'il y a de plus développé dans l'esprit comme chose qui perçoit), l'intégration et en même temps l'hétérogénéité, atteignent un degré bien supérieur. Et ils sont encore beaucoup plus hétérogènes, ces états de i^onscience qui appartiennent à ce que nous appelons raisonnement, et dans lesquels les sensations multiformes que [es objets nous donnent par les yeux, les oreilles, le tact, le nez et le palais sont réunies en conceptions qui répondent iiix objets avec tous leurs attributs et toutes leurs activités.
L*esprit montre avec une égale clarté un autre trait de révolution, — un caractère de mieux en mieux défini. Les états de conscience qui partent du centre et les états périphériques internes^ qui jouent un rôle secondaire dans ce que nous entendons par esprit^ sont, comme nous Tavons vu, trèsvagues^ imparfaitement limités l'un par l'autre. Au contraire, on a montré que les limitations mutuelles sont nettes dans ces états de conscience périphériques qui, venant de ^a surface externe, entrent pour beaucoup dans nos opérations intellectuelles, et que les sensations visuelles, qui entrent pour la plus grande partie dans les opérations intellectuelles, non-seulement sont les plus nettes de beaucoup dans leurs limitations mutuelles, mais forment des agrégats qui sont beaucoup plus précisément circonscrits que tous les autres, et des agrégats entre lesquels il existe des rapports beaucoup mieux définis que ceux qui existent entre les autres agrégats.
Ainsi la conformité est complète. L'esprit s'élève à ce qui est universellement reconnu comme ses formes les plus liautes, à proportion qu'il manifeste les traits de révolution i en général. {Premiers Principes, §§ 98-145.) Nous pouvons ' concevoir l'esprit naissant que possèdent ces types inférieurs, cbez lesquels les nerfs et centres nerveux ne sont pas nettement dintingués les uns des autres ni des tissus dans les-
quels ils se trouvent^ comme une faculté de sentir confiiaei formée de pulsations de cooscieuce récurrentes, mais pen variées et peu combinées. A un étage au-dessus, quand les organes des sens sont encore rudimentaires et que les nerfi ne sont qu'incomplètement isolés, Tesprit se présente piobablement sous la forme d'un petit nombre de sensatÎMis qui, comme celles dues à nos viscères, sont vagues^ simplef, incohérentes. Plus haut, révolution mentale montre une diflèrenciation de ces sensations simples en diverses espèces de sens spéciaux, une intégration toujours croissante de ses sensations entre elles et avec celles d'autres espèces, une multiformité toujours croissante dans les agrégats de sensations, et une distinction toujours croissante dans la structure de ces agrégats. C'est-à-dire qu'il se produit subjectivement un changement qui va « d'une homogénéité indéfinie incohérente à une hétérogénéité définie cohérente » pardlèle à la redistribution de matière et de mouvement qui constitue révolution dans sa manifestation objective.
§ 76. 11 faut indiquer brièvement la correspondance entre ces vues sur la composition mentale et les vérités géuénles émises dans la dernière partie sur la structure et les fonctions nerveuses.
Généralement parlant, les états de conscience et les r3|h ports entre eux, correspondent aux corpuscules nerveux et aux fibres qui les unissent, ou plutôt aux changements mole* culaires dont ces corpuscules nerveux sont le siège, et aoi changements moléculaires transmis par les fibres. Le rapport psychique entre deux états de conscicuce répond au rapport physique entre deux portions ébranlées de la matière grise, qui sont mises en communication directe ou indirecte, de telle faron qu'une décharge ait lieu entre elles.
Ce fait, que, comme éléments de conscience, les rapports entre les sensations sont lrès-courl.s, comparés aux sensations qu'ils unissent, a son équivalent physiologique dans ce fait, que la transmission d*une onde de changement
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à travers une fibre nerveuse est très-rapide, comparée à la transformation qu'elle subit dans un centre nerveux. Si nous considérons chaque transformation de cette sorte comme étant physiquement ce que nous considérons psychologiquement comme une unité de conscience, alors, nous rappelant sa durée appréciable, nous pouvons comprendre comment il arrive que, quand des ondes de changement moléculaire transmises par un nerf afférent excèdent un certain taux de récurrence, la transformation subie par chaque onde dure jusqu'à ce que la prochaine commence : et par suite les unités de conscience correspondantes se fondent en un état de conscience continue ou sensation.
Nous avons vu que la prédominance de l'élément relationnel de l'esprit^ caractérise les états de conscience venant de la périphérie et produits par les objets externes. Entre ce fait et les faits de structure nerveuse, il y a une correspondance évidente. Prenons le cas de l'œil. La rétine étant une surface formée d*uD nombre immense d'éléments sensi tifs, tous distincts quoique très-proches les uns des autres, et ayant chacun un nerf centripète indépendant, il en résulte que les rapports qui peuvent être établis entre chacun et tous les autres sont énormes en nombre, et qu'un nombre énorme de rapports peut être établi entre certains groupes excités simultanément et certains autres groupes excités simultanément. Ici, la netteté de limi- 'tation mutuelle des états de conscience et des groupes qu'ils forment, est évidemment due aux mômes particularités de structure, ainsi que la force de leur cohésion et l'étendue de leur intégration. Sans parler des cas intermédiaires, il suffira de passer à l'autre extrême et de voir comment^ dans le système nerveux viscéral, d'oîi viennent des sensations si simples, si indéfinies, si incohérentes, il y a manque d'appropriations qui permettent l'excitation indépendante des extrémités nerveuses.
On peut noter une autre harmonie du même ordre, l'élément relationnel de l'esprit, tel qu'il se montre dan^ \^ \vaxv-
talion mutuelle, dans la force de cohésion^ et le degré de groupement eiiste plutôt entre des états de conscience du même ordre qu*entre des états de conscience d'ordre différent. Ceci répond à ce fait que les faisceaux de fibres nenreases et les groupes de vésicules nerveuses appartenant aux éUts de conscience d'un certain ordre^ sont combinés ensemble plus directement et plus intimement qu'avec les fibres et ?i* sicules appartenant aux états de conscience d'autres ordrei. De même, entre les états de conscience de différents ordres, la tendance à entrer en rapport est beaucoup plus grande entre ceux qui naissent dans les organes des sens supérieurs, et dont les centres nerveux sont intimement liés, qu'entre eux et les sensations viscérales nées dans les parties du système ner* veux qui ne communiquent qu'indirectement avec les centres supérieurs. Il y a même une anomalie qui parait ainsi explicable. Des sensations aussi peu relationnelles que les odeurs ont une puissance exceptionnelle pour rappeler les scènes passées : cela est probablement dû à ce fait^ que les centres olfactifs sont des excroissances des hémisphères céré* braux.
Nous avons vu que le développement de Tesprit est, au fond, une intégration croissante d'états de conscience de plus en plus élevés, avec croissance en hétérogénéité et en détermination^ et ces traits répondent aux traits de révolution dtt. système nerveux, comme nous ravons vu précédemment. Car nous avons trouvé qu'à mesure que la structure devient plu:^ distincte et multiforme, il y a un progrès en intégration dan^ la structure aussi bien que dans la masse. (V. § 8.)
Il faut montrer aussi une autre correspondance importante .^ qui se substitue à une discordance supposée. Ce qui attire sur — tout l'attention des hommes, c'est la portion la plus dévelop-' pée et la plus remarquable de l'esprit; par suite, ils parlent dc^ rintelligence et de l'esprit coiimie équivalents. Des physiolo-gistes même, comme on l'a vu au ^7, voulant écliapper à tout^ opinion précuuvue, ont été jetés dans des diificultés d'inter*
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prélatioû pour avoir incoasidérémeot posé cette croyance en postulat. Mais l'esprit n'est ni complètement ni même principalement Tintelligence. Nous avons vu qu'il consiste grandement en sensations et même, en un sens, entièrement. Les sensations non-seulement constituent les formes inférieures de la conscience^ mais elles sont dans tous les cas les matériaux d'où sort l'intelligence par combinaison de structure dans les formes supérieures de la conscience. Partout la sensation est la substance, dont l'intelligence, quand elle existe, est la forme. Et là où l'intelligence n'existe pas ou n'existe que peu, l'esprit consiste en sensations sans forme ou qui n'en ont que peu. L'intelligence ne comprend que les éléments relationnels de l'esprit ; et omettre les sensations^ c^est omettre les termes entre lesquels les rapports existent. En reconnaissant cette vérité, nous sommes sauvés de Terreur d'attendre une correspondance régulière entre le développement du système nerveux et le degré d'intelligence. Comme nous l'avons vu (§ 7), la grandeur du système nerveux varie en partie comme la quantité de mouvement produit, en partie comme la complexité de ce mouvement ; de même ici nous voyons que la grandeur du système nerveux varie en partie comme la quantité de sensation (qui a un rapport général avec la quantité de mouvement), en partie comme le degré dlntelligence (qui a un rapport général avec la complexité du mouvement). Et les faits étant ainsi interprétés, les anomalies supposées disparaissent.