DE CONSCIENCE
§ lOi. Une bonne partie de ce qui a été dit dans le pré* cèdent chapitre peut éclaircir les propositions qu*il contient, peut servir à éclaircir les propositions parallèles coDtenuti dans le présent chapitre. L'esprit étant composé d'états de conscience et de leurs rapports» et chaque acte mental enve* loppant ces deux espèces d'éléments, il en résulte qu*en moo* trant que la reviviscence des états de conscience est modifiée par diverses conditions, on a montré que la reviviscence des rapports Test aussi.
Néanmoins, il reste à exprimer des vérités qui n'étaient comprises que tacitement dans le dernier chapitre et d'autres vé« rites qui n'étaient pas indiquées même de loin. Car» quoique le ravivement d'un état de conscience implique le ravivemeot des rapports dans lesquels il a été éprouvé à l'origioe, et quoique le ravivement du groupe d'états de conscience qui constitue une idée ordinaire, implique le ravivement d'ua plexus entier de rapports qui unissait les états de conscience» reconnaître ces faits, ce n'est pas reconnaître que les rapports peuvent en grande partie être séparés des états de eonscienCP^ qu'ils unissent et être ravivés par eux. Puisque des couples toi^ à fait différents d'impressions peuvent avoir entre eux le mévm^ rapport de coexistence; puisqu'une séquence peut unir deu^ impressions, tantôt dans cet ordre et tantôt dans un autre ; ^ puisque des différences de même degré peuvent être préseir " tées ici par des impressions d'une es^pèce, là par des impres^^ .^-ions d'une autre, il en résulte que les rapports de cocxis^
tencCyde séquence et d'indifférence deviennent séparables des couples particuliers d'impressions, acquièrent une quasi-indé' pcndance. Leur indépendance ne devient jamais complète, car un rapport ne peut être codçu sans deux termes. Mais, étant communs aux termes de tout ordre, on peut les concevoir à part des termes de tout ordre particulier; ils peuvent avoir leurs termes changés dans la conscience, sans être changés eux-mêmes, et gagner ainsi une espèce de reviviscence assez indépendante de tout terme particulier pour représenter Tapparence illusoire d'être indépendants de tous les termes.
Ce que nous avons donc à faire ici, c'est de considérer la réiriviscence des rapports comme dissociés peu ou beaucoup de leurs termes (états de conscience). Quoique les diverses formes de la pensée sous lesquelles nos états de conscience sont présentés et représentés ne puissent exister sans quelque contenu, cependant leur contenu peut être en grande partie éliminé ; et nous avons à examiner comment ces formes comparativement vides se comportent sous le rapport de la reviviscence, en tant qu'influencées par les conditions physiologiques et psychologiques.
§ 105. Les rapports en général se ravivent plus facilement que les états de conscience en général. Que ce soit un rapport composé de coexistence, ou un rapport composé de séquence, ou un rapport composé de différence, nous trouverons que le rapport est plus distinctement représentable et plus durable dans la mémoire que ses termes.
Naturellement, cette vérité se voit moins dans les états de conscience les plus relationnels, puisque, ceux-ci pouvant être facilement ravivés, il n'y a qu'une marge comparativement petite pour la différence entre leur reviviscence et celle des rapports qui les unissent. Mais là môme la différence peut en- ^feêtre perçue. Si nous nous rappelons une chambre à laquelle nous étions habitués durant notre enfance , aussitôt réveille dans la conscience la position relative de la porte, des «ûêtres, du foyer; nous pouvons penser ou ne pas penser
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V'id [.r,S INDUCTIOXS DE I.\ PSTCHOl.OIlll-:.
aux couleurs; mais, si noua le faisons, c'est par un acte subséquent, — De même pour ces impressions tactiles coexistantes qui forment le souvenir d'un manche de couteau. Leur combinaison, qui constitue la conception de sa forme, re^iffil plus facilement à la pensée que l'intensilé particulière d'une des pressions ou la sensation particulière de froid.
Le contraste est encore plus frappant dans les rapports de séquence, tels qu'on les trouve dans les sensations auditives. Beaucoup de personnes trouvent Irès-dirficile de commencer un air dans la clef convenable : sans l'aidt.' d'un instrumenl, la première note est souvent en défaut d'une tierce ou même d'une quinte. Mais la durée de la première noie est ce qu'on se rappelle le mieux. Quoique nous puissions prendre un air à un temps qui diffère quelque peu du temps qu'il avait quand nous l'avons entendu pour la prepiiére fois, la différence n'est pas aussi grande que quand il s'agit du degré. On peut observer encore (ce qui est un exemple de même uature) que, tandis que nous pouvons répéter très-exactemctil dans la pensée le rhythnie d'une mélodie, nous ue pouvons pas nous rappeler avec la même exactitude le riciie timbre des sons qu'avait la mélodie quand nous l'avuns entendue.
Si on descend aux états de conscience les moins relationnels, on voit clairement que la reviviscence des rapports est plus grande que celle de leurs termes. Nous nous rappelons longtemps après l'endruit où nous avons ressenti une douleur aiguë, quoique la douleur elle-même ne puisse plus se représenter avec son acuité originale ; et si la douleur consistait en palpitations, nous pouvons nous en rappeler les intervalles d'une manière assez exacte. — De même pour les étals de conscience venant du centre. La succession de certaines émolionj fortes qu'on a traversées hier est plus facile à rappeler que les émotions elles-mêmes. 11 eu est de même pour le rapport de chaque émotion avec ses antécédents. Les circonstances dans lesquelles nous avons été en colère peuvent être reproduites
instantanément dans la conscience ; mais la colère ne peut être reproduite de môme.
Il est bon d'examiner si la possibilité d'une pensée étendue et complexe ne dépend pas en partie de ce que la reviviscence des rapports est plus grande que celle des termes. En pensant, nous passons d'un concept à un autre, en reconnaissant rapidement ce qu'il y a d'essentiel en chacun, — les rapports essentiels de ses éléments entre eux et avec les autres choses. Si les états de conscience entre lesquels existent tous ces rapports s'élevaient dans la conscience avec autant de promptitude et de vivacité, la conscience serait si encombrée de matériaux que les processus compliqués de raisonnement seraient grandement entravés, sinon empochés.
§ 106. De même que les différents ordres d'états de conscience sont plus ou moins relationnels, de môme aussi, en un sens, les divers ordres de rapports sont plus ou moins relationnels. Car, de même que certaines espèces d'études de conscience entrent plus facilement en rapport avec une espèce qu'avec les autres, de même certaines espèces de rapports entrent plus facilement en rapport avec une espèce qu'avec les autres. En entendant l'expression dans ce sens, nous pouvons dire que les plus relationnels des rapports sont ceux de coexistence. Les coexistences peuvent être triplement composées, et sont en fait triplement composées dans la plupart des actes de pensée; les impressions sont présentées et représentées dans les triples rapports de position impliqués dans la conception de lieu. Les séquences sont beaucoup moins relationnelles, car, au lieu de pouvoir entrer en rapport entre elles dans trois directions, elles ne le peuvent que dans une seule. Les intervalles successifs de temps ont entre eux des rapports de plus grand, moins grand ou égal; et dans les battements de la mesure en musique, ces rapports d'égalité et de différence dans les portions de temps sont eux-mêmes composés d'autres rapports, qui sont cependant essentiellement seuls. Les moins relationnels des rapports sont les rap-
ports primaires : ceux de différence. Car, quoiqu'ils entrentets rapport entre eux toutes les fois que nous les considérons égaux, ou plus ou moins inégaux en degré, cependant (saol dans les hautes divisions des mathématiques) ils ne fonnent pas des rapports plus composés que ceux-là.
Cette description de quelques classes de rapports, comme étant plus ou moins relationnels, est une introduction au fait à établir ici : c'est que, de même que les états de conscience les plus relationnels sont les plus réviviscents^ de même aussi pour les rapports les plus relationnels. Les rapports de coexistence, que nous prenions un de leurs plexus particuliers constituant la perception d'une forme ou un de leurs agrégats constituant la conscience do Tespacc, ont une reviviscence qoi excite de beaucoup celle des autres rapports. Nous pensons aux distances^ aux direetions, aux grandeurs, aux formes, i l'arrangement des objets, avec peu ou point d'effort et trèsdistinctement ; et ces rapports diversement composés, doos les concevons comme des cadres que nous pouvons imaginer occupés ou non par d'autres objets. La reviviscence des rapports de coexistence est, en fait, si grande, qu'elle ne peul dtre totalement supprimt^e : leur assemblage plus ou moios étendu, partiellement occupé et parlicllenient inoccupé, forme un clément inextinguible de l.i conscience.
Les rapports de séquence, moins relationnels que ceux de coexistence, se ravivent moins. Onoiqu'il soit vrai que les rapports de séquence, organisés en conception du temps, oe puissent pas plus être exclus de la conscience que les rapports de coexistence, cependant, sous celte forme abstraite, ils ne forment pas un élément aussi dominant de la conscience. L'agrégat intégré des rapports d'espace habituellement présent dans la conscience est beaucoup plus étendu et plus clair que l'agrégat intégré des rapports de temps. On peut obsener aussi que des rapports pariirnliors d'rspace st- lepré.-enlent avec plus de clarté et d'exact itndr «jne ilrs rippoils p irliculicrs df temps. Nous pouvons déterminer plus e:iaclempnt la Ion-
gueur d*un pied ou d*uQ pouce que la longueur d'un intervalle de dix minutes ou d'une minute.
Les simples rapports de différence (ceux entre états de conscience) ne sont ni aussi facilement ni aussi exactement t rawés que les rapports de différence entre des coexistences Z^ ou des séquences, ni que les rapports de coexistence et de sé- 3? qaence eux-mêmes. Nous pouvons mieux nous rappeler 1# fc proportion entre deux longueurs que nous avons observées simultanément; nous pouvons mieux reproduire dans la pensée le rapport qui existe entre les rhythmes des divers mou- Tements d'une machine que nous ne pouvons nous rappeler les degrés de contraste entre deux lumières que nous avons Tues, deux poids que nous avons soupesés, et quand les différences existent entre des états de conscience non relationnels, comme des saveurs, des odeurs, des sensations viscérales, nous ne pouvons nous les rappeler que vaguement.
§ 107. Comme les états de conscience présents entravent la représentation des autres, de même les rapports présents entraient la représentation des autres; mais ils le font à unplns faible degré. Pour les rapports aussi, comme pour les ^tats de conscience, l'antagonisme entre ceux qui sont présentés et ceux qui sont représentés est plus manifeste entre ceux de même ordre qu'entre ceux d'ordres différents. Nous omettrons les éclaircissements superflus pour ne noter qu'un petit nombre de traits distinctifs.
Aans les rapports les plus relationnels, comme dans les états ^conscience les plus relationnels, le présent n'empôchc qu'à ^ très-faible degré le souvenir du passé ; et là aussi nous fcouTons que les rapports présentés ne s'opposent aux repré- ^tations des rapports du même ordre qu'à un faible degré. ^8 rapports visuels, quelque vive qu'en soit l'impression, ^'excluent jamais absolumentde la conscience d'autres rapports visuels auxquels nous voulons penser. Nous avons vu qu'une ^nsalion visuelle très-intense empêche temporairement de se i^ppeler une autre sensation visuelle; mais quoiqu'il soit im-
•250 LES iNnrrTiONs de la psychologie.
possible en regardant le soleil de penser au vert, ii est touti fait possible en regardant le soleil de penser à un carré. De même on verra, en essayant, que si, en regardant une seèoe, nous pensons à une autre, nous nous rappelons la distribution des parties plus facilement que les couleurs.
Les rapports de séquence étant beaucoup moins relationDehi nous montrent le présent comme s'opposant davantage a souvenir du passé. Quoique, on considérant une certaine forme, nous puissions facilement penser à une autre toute dit férente, nous ne ponvons sans difficulté (si même nous le pouvons) nous rappeler une combinaison rhythmique dis- ^ tervalles tout à fait différente d'une que nous venons d*eiH' tendre, — nous ne pouvons nous rappeler le mouvemert d*une mélodie à 3/4 de temps, quand nous venons d*cateidre une mélodie dans un temps ordinaire. Quand le rhythai qu'on entend est trcs-simple, comme le bruit de VmM pendant qu*on rame, il est très-possible de penser à quelque rhythme complexe totalement dissemblable; mais il n'yi que le musicien bien formé qui puisse suivre à la fois ni rhythme idéal et un rhythme réel, quand ils sont tous les deui complexes et totalement différents.
Il est clair que les rapports de différence, présentés entie des états do conscience simples, s'opposent beaucoup plus! des rapports de différence représentés entre des états de conscience simples. — spécialement quand les différences «ont entre des étals do conscience du môme ordre.
55 108. Uno vérité analogue à noter ici ^dont la contre partie aurait di^ être notée en traitant de la reviviscence des riais de conscience}, c'est que la représentation de rapport» qui'lconquos est ontravoo par la présence dans la couscicDC^ d'autres raj)porls représentés, et que cet cmpêchemcDt, qui est grand nu insurmontable si les deux groupes de rappiu'ls sont du mrnio ordiv, est comparativement petit, s'ils sont d'ordres dilïrrcnts.
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peler les divers événements des jours récemment passés, cl Ton sait bien à quel jour du moins on est : mais à mesure qn la vie avance et que l'action du cœur s'affaiblit, les rapports entre les époques et actions récentes s*évaDouisseDt rapidement. — De même, des rapports imprimés quand la circula tion était vigoureuse, et qu'on se rappelait autrefois facile ment, deviennent difficiles à rappeler quand la circulatioi est devenus d'une faiblesse anomale. Ainsi, c'est un sjm^ tome commun chez les sujets nerveux de se tromper en épclant des mots très-simples, et, dans les cas de prostratioi extrême, ces personnes, comme celles qui sont très-réduiUl par la maladie, oublient où elles sont et même qui elhi sont.
La qualité aussi bien que la quantité du sang aune influencL Un fait qu'on a cité, pour ce qui touche la relativité des nfports^ peut être cité ici de nouveau pour ce qui concenie la variations de leur reviviscence : c'est ce fait, que ropiumpr^ duit des représentations exagérées et amplifiées de l'espace d du temps.
§ liO. Nous devons, comme dans les autres cas, a comparant ces vérités subjectives aux vérités objectives prisentécs par le système nerveux, trouver une concordiace générale.
On pourrait inférer des données que nous avons établies que des rapports d'un ordre quelconque, présentés ou reprfcetttés, entravent grandement ou totalement la représentation des rapports du même ordre, mais entravent beaucoup moiitf ou presque pas les représentations des rapports d'autre ordre. S'il se propage, dans un plexus de fibres nerveuses, celle si* rie particulière de décharges nerveuses qui répond physiquement à ce qui est psychiquementune certaine série do rapports porçus ou conçus, cela même met un obstacle à la propagi* tion simultanée dans le même plexus d'uno série différente de décharges norveuscs répondant h une série différente dft 1 rapports conçus. Mais un plexus séparé de libres nenreusci
peut être excite simultanément sans produire la même confusion, si les décharges qui le traversent répondent à des rapports d'un autre : il peut faire entrer dans la conscience sa série d'idées qui est partiellement indépendante ; — partiellement, devons-nous dire, car les actions des deux plexus ayant été coordonnées à quelque centre commun (car autrement les idées correspondantes n'appartiendraient plus à une conscience), il doit en résulter quelque obstacle.
Cest aussi un fait en harmonie avec l'induction physiologique que la reviviscence des rapports varie avec l'état de santé des centres nerveux et la quantité de sang qui leur est fournie. Car sHls sont en très-bon état, s'ils ont beaucoup de sang ou une qualité spéciale de sang, il est clair que tout ce I qui amène une puissante décharge nerveuse dans un plexus I quelconque de fibres nerveuses, dont les changements phynques répondent à des changements psychiques connus comme rapports, doit causer une vivacité correspondante dans les rapports. Tout cela doit de même rendre plus claire la conscience des rapports les plus familiers du groupe, et ramener dans la conscience ces rapports plus éloignés et moins fréquemment répétés de ce groupe qui, avec de faibles décharges nerveuses, ne viendraient pas du tout à la conscience.