CHAPITRE VI
DE lA CORRESPOXD.VNCIi: COMME CROISSANT EN SPÉCIALITÉ.
§ 181 . A un autre point de vue, révolution de la vie est im progrès dans la spccialilé de correspondance entre les relations internes ou externes. En partie, c'est un autre aspect des processus esquissés dans les deux derniers chapitres ; en partie, c*est un processus ultérieur et supérieur. Tout comme nous avons vu que, pour ce qui concerne les piiénomcnes mécaniques, Textension de la correspondance se produit pari poisi dans le temps et dans l'espace, mais que la correspondance dans le temps comprend plus tard beaucoup d^autres ordres de phénomènes, de même, quoique d'abord Taccroissemenl de la correspondance en spécialité, soit inséparable de suo extension dans le temps et Tespace, cependant il en vient à renfermer d'innombrables correspondances qui ne sontcomprisjîi dans aucune des deux. Objectivement, le développcmeut (îilicr de la correspondance est essentiellement un ; les limite» do notre intelligence nous empêchent de le saisir sous n3 forme une^ et quand il est présenté par parties, c'est un incon -^ veulent qui y est attaché, que les divisions se mêlent plu^ ou moins Tune dans Tautre.
On aperçoit lo premier pas dans la spécialisation de la cor-' respondance en passant des organismes les plus simples der tous, dont les mili<Mix sont homogènes à la fois dans le teinp=^ etTosparo, à coiix «luiit les milimix, quuiijue homogènes dan^ l'ospacc, Sont liéicTo^ènes dans le temps. Il est clair que l^ cellule de IcMlre. touchée de tout coté par les éléments requît pour son action vitale^ et qui, durant sa courte vie, estcon»' tamment munie des conditions nécessaires, manifeste uo<*'
correspondance générale au plus haut degré. Et il est clair que l'arbre qui, quoique constamment baigné par la matière nutritive, ne se Tassimile que sous des conditions particulières du milieu» manifeste dans l'ajustement de ses changement internes aux changements externes qui se produisent un progrès vers une spécialité dans la correspondance.
Le pas suivant, de même nature, qui distingue le règne animal du règne végétal, — autant qu'on peut les distinguer, — se fait quand, par suite des besoins de l'organisme, le milieu est hétérogène à la fois dans l'espace et le temps. Généralement parlant, nous pouvons dire que, tandis que, pour les formes les plus basses de la vie, la matière intégrable est partout présente dans des conditions uniformément utilisables; tandis que, pour les plantes, elle est toujours présente, mais lion dans des conditions uniformément utilisables, pour les animaux, elle n'est ni uniformément présente m sous des conditions uniformément utilisables ; — elle existe dans des corps particuliers répandus dans le milieu, et qui ne peuvent s'obtenir que par des actions spéciales. Et ainsi la nourriture, au lieu d'être diffuse partout, se spécialisant, il en résulte une spécialisation ultérieure des correspondance. S'il est impropre à croître par l'absorption purement passive des éléments environnants, la condition sous laquelle seule un organisme peut irivre, c'est que le contact avec des masses spéciales de matière soit suivi d'actes spéciaux requis pour les utiliser. Là même où il n'y a pas encore d'organes de préhension ni de digestion, chez les amœbes^ l'animal enveloppe et enferme graduellement les petits corps qu'il rencontre, et nous voyons par là combien est nécessaire la connexion entre cette nouvelle suite de relations externes et une nouvelle suite de relations internes. Nous voyons comment l'existence de la nourriture sous forme solide impliquo nécessairement que l'organisme rcjpondra différemment on contact soit d'une matière solide, soit d'une matière fluicte^ et comment c'est là un progrès vers une spécialité dau la correspondance.
3iO SYNTHÈSE GÉNÉRALE.
Et quand se produit la division primaire du tissu en peu et estomac, — quand à la distinction établie dans le miliea corespond une distinction établie dans Torganisme, —quand à l'aptitude à distinguer la matière solide de celle qui est fluide, vient s'ajouter Taptitude à distinguer Tune de Taulre différentes sortes de matières solides, nous voyons se dessiner vaguement ces diverses spécialisations successives qui accompagnent le développement des sens. C'est ce que nous afou maintenant à considérer.
§ 152. De l'irritabilité primordiale qui (si l'on exclut ki types de vie indéterminés qui sont entre les deux divisions da monde organique ) caractérise l'organisme animal en généraL et en vertu de laquelle natt cette réponse au contact des corps solides distincts du fluide environnant, sortent par développement graduel ces divers modes d'irritabilité qui répondent aux divers attributs de la matière. L'attribut fondamental deh matière, c'est la résistance. Le sens fondamental se manifeste lui-même comme faculté de répondre à la résistance. Et comme il 'y a dans le milieu, associés avec cet attribut de résistance, divers autres attributs qui distinguent eu particulier certaines classes de corps^ dans l'organisme aussi naissent successive* meut des facultés qui répondent à ces autres attributs, — c'est-à-dire des facultés qui rendent l'organisme apte à ajuster ses rapports internes à une grande variété de rapports externes v — facultés qui, par conséquent, accroissent la spécialité d^ correspondance.
Cela se voit non-seuicmcnt dans le processus graduel àe différenciation par lequel Tirritabilité fondamentale donn^ naissance aux sens qui perçoivent les qualités sapides, odo^ rantes, visibles et acoustiques des choses, mais cela se voit aussi dans la série de phases que chaque sens parcourt pooT arriver à la perfection. Car chaque progrès se maiûfeste psT une aptitude à reconnaître, dans les attributs des corpi environnants, des différences de plus en plus peti tes, soit en espèce, m degré ; et cela rend ain^i possible une spéiiilii||pB
ultérieure dans rajustement des relations ioternes aux rapports externes.
Dans le cas du toucher, le premier progrès qui se manifeste consiste dans la faculté de distinguer une grande masse d'une petite, par la force du choc qu'elle cause. Cela se voit même chez les zoophytes, qui contractent tout leur corps si leurs tentacules sont violemment heurtés, et qui ne contractent que leurs tentacules si Tattouchement a été léger. Lorsqu'un système musculaire s'est développé, comme chez les animaux plus élevés, il se produit une appréciation des degrés relatifs de rudesse des objets, comme cela est prouvé par la différence entre les actions qui suivent respectivement le contact de corps, soit doux, soit rudes. Plus tard, c'est leur texture qui devient connaissable, et même le degré de ténacité, comme le montre l'araignée qui essaye la force de sa toile. Enfin, quand il y a des organes compliqués de préhension, on per-* çoii la grandeur et la forme des objets saisis, et la manière d^agir est modifiée en conséquence. Et quand toutes ces subdivisions de la faculté de toucher sont pleinement développées, comme chez l'homme, nous trouvons qu'il y a un grand nombre de degrés appréciables entre la rudesse et la mollesse; qu'il y a une immense variété de textures qui peuvent être connues par le tact ; et qu'enfin, parle seul secours des doitgs, on peut reconnaître les objets par leurs différences de grandeur et de forme.
Cette espèce spéciale de toucher que nous appelons goût, et que l'on peut considérer, si l'on ne vise pas à l'exactitude, comme un sens qui sert à distinguer les matières solubles des matières insolubles, nous présente une série de gradations de la même espèce. Considérons les formes animales les plus basses, qui, si elles ne sont pas toutes aquatiques, sont dans tous les cas environnées par un fluide dont l'eau est le principal élément ; il est clair que pour elles les corps insolubles ne font qu'un avec les corps inorganiques, et que les corça so^pl^s répondent plus ou moins comp\èlemeT\\. aw\ ^^\^^
34? SYNTHÈSE GÉNÉILVLE.
organiques. Dans la mer ou une rivière, la matière qui demeure constamment indissoluble consiste en pierre ou terre, tandis que la matière qui, quoique soluble, se trouve sous une forme solide est quelque chose de vivant. Par suite, pour cei êtres inférieurs qui se nourrissent de substances organiques, ce qui est solublc et ce qui ne Test pas, — ce qui a du goût et n*en a pas, — représente respectivement ce qui nourrit et ee qui ne nourrit pas. Si nous remontons, des spécialisations successives, dont nous pouvons présumer que la première consiste dans une aptitude à distinguer la matière organique en animale et végétale^ se manifestent dans la délimitation des classes d'objets que mange l'animal. Le poisson qui avale ce^ taines amorces, les insectes et quadrupèdes qui se nourrissent de plantes particulières, nous en offrent des exemples. Évidemment, il n'est ni utile ni praticable de retracer ici ce progrès en détail. Il suffit de remarquer que les animaux supérieurs manifestent une faculté de percevoir un nombre croissant de goûts différents, et quand nous atteignons l'homme, nous trouvons cette faculté si développée, qu'elle le rend capable, non-seulement de reconnaître une grande quantité de substances mangeables, mais qu'elle sert aussi au chimiste et au minéralogiste pour classer ces composés inorganiques, qui sont solubles à un certain degré.
L'odorat, qui, comme on Ta précédemment suggéré § 140, a probablement avec le goût et le toucher une origine commune dans le processus fondamental d'assimilation, et qui selon toute apparence s'en différencie graduellement, traverse des périodes parallèles de développement. Tout d'abord, comme nous pouvons le présumer, il n'est qu'un toucher anticipé, employé en commun avec le goût pour distinguer ce qui est nutritif de ce qui ne l'est pas : il progresse plus ou moins en spécialité à mesure que la nourriture est spéciali- . séc, ou, pour mettre les faits dans l'ordre logique : — l'aptitude h choisir une nourriture spéciale dépend, dans la plupart des cas, de la faculté qua Y oâLOt^iV. ôi' ^^)jxfefc\%x de très-petites
Jiiférences. Non que cela soit toujours ainsi, car une proie est couvent reconnue par d'autres moyens que Todorat : mais il $n est ainsi pour la plupart des insectes et quadrupèdes herbivores et pour une grande partie des animaux carnivores. Ces gradations du sens olfactif, qui se manifestent plus clairement chez les mammifères, atteignent un haut degré de perfection chez quelques-uns qui chassent avec redorât. Nous trouvons chez ces animaux non-seulement une aptitude à reconnaître Tespèce des animaux poursuivis; mais le chien, qui^ le nez en terre, suit la trace de son maître, nous montre qu'il peut par Todorât non-seulement distinguer une classe de corps de toutes les autres classes, mais qu'il peut même distinguer un individu appartenant à cette classe de tous les autres individus qu'elle contient.
L'accroissement dans la spécialité de correspondance qui s'opère par le moyen de la vision, dans ses périodes ascendantes de développement, est encore plus remarquable. La forme la plus grossière de la vision ne parait être rien autre chose qu'une sensibilité à l'approche d'un corps qui intercepte la lumière. Il n'y a de réponse dans l'organisme qu'aux différences marquées dans la quantité de lumière et aux changements environnants que causent ces différences. Puis, quand des différences moins marquées deviennent appréciables ; ^and la région sensible sur laquelle sont concentrés les nyons de lumière est telle^ qu'une partie peut recevoir une ^citation sans que le tout la reçoive, alors il se produit une aptitude à distinguer les corps voisins par leur propriété de ^échir la lumière ainsi que par celle de l'éteindre. Les différences entre les corps blancs et noirs, sous le rapport du pouYoir réflecteur, étant devenues appréciables, nous pouvons Prtsumer qu'un progrès ultérieur de môme nature rend per- I SQrtibles des gradations de plus en plus petites dans la transidon du blanc au noir^ ajoutant ainsi au nombre des choses quipeafeot être distinguées. Alors, à une aptitude croissante des différences dans la quantité de lumière, s'ajoute une apti-
tude à rccoDDattre des différences daos sa qualité, lesquelles, selon toute probabilité, se produisent en même temps. Ltt objets rouges^ jaunes, bleus se distinguent Tun de Tautrepir leurs effets sur Torganisme^ tout aussi bien que ceux qui soit blancs et noirs. Etdes faits familiers montrent clairement que, dans révolution de la faculté visuelle, le progrès consiste et une aptitude à distinguer une plus grande variété dlntensités de couleurs, de teintes intermédiaires, de degrés de lo* micre et d'ombre. Graduellement aussi, à mesure quelaritine se développe et que, en conséqeunce, les différences marquées que produisent les images qui se projettent sur elle deviennent appréciables^ il devient possible de distinguer les différences de volume dans les objets voisins. L*approcbe d*ai corps grand change Tétat d'une plus grande portion de la rétine que rapproche d'un petit. D*où résulte une difféienee appropriée d'action. Et les progrès successifs, comme toute Theure pour la quantité de lumière et la qualité des couleurs, consistent dans la perception de distinctions de plus en plus petites. Finalement, on atteint la faculté de reconnaître nonseulement le volume, mais la forme. Une spécialisation ultérieure de la région sensible, — sa division plus délicate eo éléments nerveux distincts, en fait un instrument propre i cela. Employé par un organisme d'une complexité proportionnée, un œil d'une structure avancée donne diverses impressions, non-seulement selon le nombre de ses fibres nerveuses composantes qui sont affectées simultanément, mais selon les combinaisons particulières de celles qui sont affectées simultanément : et les combinaisons particulières, variant comme elles le font avec les formes des corps vus, servent de stimu* lus aux diverses acliuns qui y î?ont appropriées. Toutes ces diverses espèces de développement visuel qui se déploient daos le monde animal finissent par donner à Thomme la faculté dl reconnaître au moyen dos yeux une infinité d'objets divers, et de Caire ainsi dans sa conduite une iniiuitc d*adaptations
9e mémQ peur l'ouïe. Ce sens qui, sous sa forme la plus grosnl^ s^est rien de plus que la faculté de sentir un violent £lininIèyÉft imprimé à tout le milieu environnant, devient, quand il est localisé et développé, un moyen pour distinguer ks différences de force des vibrations, — c'est-à-dire la force des sons. Un son modéré, proche de l'organe auditif, produit tnr l'organisme un effet différent de celui que cause un fréttssement de tout le fluide environnant ; et pas à pas, à mesure que l'instrument qui forme Toreille atteint une construction plus parfaite, on peut percevoir un plus grand nombre de degrés d'intensité : on en trouve un exemple dans les animaux qui écoutent, poursuivent ou s'enfuient, selon que quelque bruit voisin est faible, modéré ou effrayant. Les , perfectionnements de cette faculté sont accompagnés d^une aptitude croissante à distinguer les qualités aussi bien que les , fmlités du son. Les oiseaux qui se répondent dans les bois, ^«--les oiseaux dont les chants sont composés d'intervalles (pÀ répondent plus ou moins exactement aux intervalles mufieaux, et qui peuvent apprendre certaines mélodies, doivent ilidemment être aptes à reconnaître un grand nombre de dif* firences en degré. Les perroquets qui dans leurs imitations, noQ-seulement montrent beaucoup d'étendue dans la voix, Qiais de variété dans le timbre, manifestent une faculté d'ap- VitàeT ces qualités d'ordre secondaire qui distinguent l'un de fantre des tons d'un môme degré. La plupart des animaux domestiques, et en particulier ceux qui répondent à leur nom, distinguent les différences marquées de degré, de timbre ou des deux. Et chez l'homme, ou, plus rigoureusement, chez lliomme civilisé, la faculté auditive atteint un développement 9>ilui permet^ non-seulement de reconnaître, par le son qui Raccompagne, de nombreux animaux voisins, diverses opéra- Hte'^uiécaniques, des phénomènes naturels, mais aussi qui le )m propre à reconnaître des personnes qu'il ne voit pas, parla fcce, rifltensité et le timbre de leur voix, et môme à compren- <b6 quels fientiments ces personnes éprouvent en ce moment.
310 3YNTHÈSR GÉNÉRALE.
Ainsi, dans le règne animal tout entier, la spéci sons mesure la spécialisation des correspondani rapports internes et les rapports externes, — est^ilii mofen pour conduire à une telle spécialisation. D*abord, dans la différenciation qui sépare les sens l'un de Tautre, ensuite dansJi différenciation de chaque sens en ces diverses divisions quib constituent, enfin dans la différenciation de chacune de cei subdivisions en subdivisions très -petites qui rendent possibk Tappréciation de distinctions très-petites^ nous trouvons une série de modifications subjectives qui rendent l'organisme propre à répondre à un nombre toujours plus grand parmi ces modifications objectives qui caractérisent les objets environnants.
§ 1S3. En môme temps que le progrès des facultés du ton* cher, du goût, de Todorat^ de la vue et de Toule a rendu ^o^ ganisme capable de répondre à des différences plus petites dans les propriétés simples des objets, il s'est développé un pouvoir de répondre à ces propriétés plus élevées des objets qui ne sont pas connaissables par sensation directe. Ce pouvoir apparaît si graduellement et est si intimement associéavee les simples fonctions des sens, qu'il est à peine possible de traiter de l'un sans y comprendre l'autre en une certaine mesure. Et, à vrai dire, dans le paragraphe précédent, la ligne de démarcation a été dépassée, quand nous avons parlé déforme visible et tangible, et dans d'autres exemples encore, quoique en un sens plus restreint.
Quelle est la nature essentielle de cet ordre supérieur de correspondances spécialisées? 11 conviendra mieux de l'euminor plus tard et sous un autre titre. Présentement ilsuffin de dire qu'on les voit hï où le temps ou Tespace, ou bien le temps et rcspace sont impliqués. Examinons la question sous sa forme concrète.
D'abord, il faut observer qu'en elles-mêmes, les extensions de la correspondance dans le temps ou l'espace impliqueul toutes deux un accroissement de spécialité dans la correspondance qui diffère en esçîiec à^ e^W^ d4c;cUe plus haut, quoi-
qu'elltiHlItoit inséparable à Toriginé.Un plus grand développemenriK^ rœii donne simultanément une plus grande aptitude à reconnaître les objets éloignés, et une plus grande aptitude à distinguer entre les grandeurs relatives des objets rapprochés. Et il est manifeste que cette aptitude naturelle A reconnaître les objets à distance et à apprécier des différences
tis la grandeur apparente, donne la faculté d*estimer les tances : d'où doivent naître divers modes d'agir, selon qu'on aperçoit des ennemis si près qu'il y a du danger, ou une proie si lointaine qu'il n'y a pas d'espoir; et ces divers modes d'agir impliquent une nouvelle série de correspondances spéciales. U manifeste aussi que l'extension de la correspondance dans le temps implique des résultats analogues, vu que, quand, au lieu de répondre seulement à ces courtes séquences mécaniques qui se produisent près de lui, l'organisme pos* lède la faculté de reconnaître des séquences mécaniques d'une dorée plus longue, et plus tard des séquences d'une durée WD mécanique, et lorsque, en conséquence, au lieu de répondre à toutes ces séquences par quelque action mécanique, comme de rentrer dans sa coquille, il devient possible à l'organisme de leur répondre par des actions différentes, selon leur durée, — il est nécessaire que la correspondance devienne déplus en plus spéciale.
Ceci compris, on verra que quand cette spécialité de correspondance qui consiste à distinguer un objet d'un autre, est unie avec cette spécialité de correspondance qui consiste à distinguer les distances dans l'espace ou le temps, il na!t un ordre nouveau et plus élevé de correspondances spéciales, ou, plps exactement, — la correspondance précédemment spécialisée. Et quand durant ce môme progrès s'est développée une fcculté de reconnaître la direction dans l'espace, la spécialité , l'accroît encore. Pour une autre série de distinctions dans le milieu environnant, il y a une autre série d'ajustements dans l'organisme. Ces vérités générales seront mieux élucidées par quelques exemples.
Chez les animaux aquatiques inférieurs doués de çidque degré d'activité et dont la \ision s'étend & quelques jiedi, oi peut observer des cas où à rapproche de quelque gnnd objet répond simplement une série de mouvements convulâbqn peuvent aboutir, soit à éloigner beaucoup l'animal du eorii qui s'en approche, soit à Ten rapprocher^ soit à le laissera peu près où il était. Les sauts que la puce fait à ravcolure pw se sauver sont de même nature^ vu qu'ils montrent qu'elle V reconnaît pas où est Tobjet qui Ta poursuit. D'autre part, les mouvements que fait un poisson quand il est effrayé, oa me mouche quand des doigts rapprochent^ consistent, comoe dans tous les animaux supérieurs, à s'écarter de Tobjet auquel il faut échapper. A la direction particulière de quelque chose dans le milieu correspond un ajustement particulier des mosvcments de Torganisme^ — la correspondance est companlivcment spéciale. Quand de plus on peut percevoir, non-seslement la direction, mais la nature d'un corps voisin, en verii (le sa couleur, du son qu'il rend ou des deux, — comme chef la hôte fauve qui fuit l'animal qui aboie, mais non celoiqoi bêle, comme chez l'abeille qui voltige autour d'une fleur, comme la truite qui saute sur un objet et non sur un autn,
— il y a une spécialisation encore plus avancée. Et quand oi en vient h apprécier n'on-seulement les couleurs, les sons, le^ directions, mais les grandeurs, formes, distances, il en résulte ces actions plus précisément ajustées par lesquelles les animaux supérieurs évitent le danger et s'emparent de leur proie:
— actions comme celle du chamois qui saute de pic en pic, du faucon qui tient sa proie dans ses serres^ du chien quiat* trape le morceau qu'on lui jette, de Toiseau qui bAtit son nid et nourrit ses petits.
De même aussi, cette spécialité croissante qu'impliqua rextcMsiion do la correspondance dans le temps, quand elle est joiiile avec cette spécialité croissante qui résulte d'une distinction plus parfaite des objets, donne naissance à une autre g^.j« j- iipicialisations plus hautes. Il y a réponse aux séqucD-
ces manifestées par des classes particulières de corps, et non simplement à celles que les corps manifestent. Et évidemment, dès que s'accumule le nombre des séquences qui se peuvent distinguer Tune de Vautre en durée, et dès que se multiplie le nombre des choses qu'on peut distinguer Tune de l'autre, aussitôt le nombre des ajustements de Torgaaisme aux actions sociales qui se produisent dans le milieu, peut aussi s^accrottflf Dans les dernières classes d'animaux, il n'y a pas de correspondance de ce genre, sauf en ce qui concerne des changements mécaniques rapides : il leur manque la faculté d'apprécier le temps, et les quadrupèdes supérieurs eux-mêmes < ne nous en fournissent que des exemples peu nombreux et ^ imparfaits. Le lion qui, à la brune, va au bord d'une rivière J guetter les animaux qui viendront boire, le chien qui s'as- «. soit auprès de la porte, attendant que quelqu'un l'ouvre, en ,' sont des exemples approximatifs. Mais ce n'est que quand nous :. en yenons à la race humaine qu'il y a des correspondances à ce degré de spécialité qui se manifestent souvent et d'une manière distincte. En préparant ses armes à l'approche de Timmigration de certains oiseaux, en mettant à sécher les peaux dont il veut faire ses vêtements, en faisant du feu pour cuire sa nourriture, dans ses diverses entrées et sorties, le sauvage adapte sa conduite aux changements spéciaux subis par des corps spéciaux dans des intervalles définis.
§ 154. Finalement nous atteignons ces cas encore plus élevés où il y a spécialité à la fois en espace, en temps et en objet,— où l'action de l'organisme correspond aux changements d*une chose particulière dans un point particulier, dans une période particulière. Une grande partie des actions humaines, même chez les races incivilisées, est de cette nature. Aller à certaines places,dans certaines saisons, pour recueillir certaioes productions naturelles qu'on approprie à son usage, s'efforcer d'intercepter la retraite à un animal en le devançant, ces manières d'agir et beaucoup d'auVi^^ m^w^
donoent chaque jour des exemples de cet ordre de cotres* pondances.
Ici encore, comme précédemment, on yoit manifestement, dans le cours du progrès humain, se déployer un progrès dans la correspondance entre Torganisme et son milieu. Nmseulement, dans le développement des classifications et nomenclatures^ nous voyons s'établir un plus grand nombre de distinctions parmi les objets environnants et une confonde tion de notre conduite à leurs propriétés respectives ; -noDselcumcnt, dans le développement de Tagriculture, on est venu à connaître les changements sériels subis par un grand nombre de plantes et d'animaux, ainsi que les substaDcei, temps^ modes, places propres à la production de chacun ; -* non-seulement le développement des arts a nécessité une multiplication incalculable de procédés spéciaux adaptés i produire des changements spéciaux dans les objets spéciaux; — non-seulement notre vie sociale tout entière, dans une manufacturc, une boutique^ une cuisine, sur un grand chemin, manifeste raccomplisscmcnt d'actions particulières en but de choses particulières, dans des lieux et des temps particaliers, mais c'est principalement dans ce que nous appclou> science exacte, ou plutôt dai\s les actions qui sont guidéi'S par ow science exacl<?, que la civilisation nousprésente une nouvelle el vaste série de correspondances qui dépassent en spi?cialilè colles qui les précédaient. Car en que nous appelons scioDCf exacte, est en réalité une prcvision quantitative qui se disliogue de h prévision qualilativc que montre notre connaissance ordinaire. Le progrès de TintoUigence nous a graduellemeal rendus aptes à dire non-seuU?ment que telles et telles chose* ont des rapports de coexisten^'c ou de séquence, mais que leur relation implique telle et telle quantité de temps, d'espace, d' force, «l«î ttMnpéralui't\ Il est d«'Vi*nu possible do prédire nonseulement que, dans des conditions données^ deux choses ^ trou\eront toujours ensemble^ mais de prédire combico de l'une se trouvtTu avec combien de l'autre. 11 esl deven
possible de prédire non-seulement que tel phénomèiie se pro** duira après tel autre, mais de prédire la période exacte de temps à la fin de laqnelle il se produira, ou la distance exacte daos Tespace à laquelle il se produira, ou les deux. Et manifestement, cette réduction des phénomènes à une mesure définie donne aux manières d'agir de Torganisme qui leur correspondent un degré de précision, une appropriation ^éciale qui dépasse de beaucoup ceux des actes ordinaires. A cet égard, il y a une différence immense entre Faction de Fastronome qui, a certain jour, heure et minute, ajuste son instrument pour observer le commencement d'une éclipse, et Faction du fermier qui arrange son travail de façon à avoir assez de bras pour moissonner en août ou septembre. Le chimiste qui calcule combien il faut, en poids, de chaux vive pour décomposer et précipiter Feau contenue en quantité dé^ terminée dans un certain réservoir, montre un ajustement incomparablement plus précis de rapports internes à des rap* ports externes que la ménagère qui adoucit une cuve d'eau saumâtre en y jetant une poignée de soude. Sous le rapport de leur complète adaptation à des coexistences et séquences externes, il y a une grande différence entre les procédés des anciens assiégeants, dont les béliers étaientsans précision dans leur action, et ceux de Fofflcier d'artillerie de nos jours, lequel» au moyen d'une quantité précise de poudre formée d'ingrédients précis, en proportion précise, placée dans un tube d*uno inclinaison précise, envoie une bombe d'un poids précis vers un objet précis et la fait éclater à un moment précis* Il en est de même pour tous les résultats des sciences appli^ quées, qui non-seulement rendent plus spéciales les correspondances précédentes, mais rendent possibles nombre de correspondances impossibles auparavant. Et quand nous réfléchissonsque non-seulement la science, considérée comme le progrès de la précision qualitative en prévision quantitative, a pour marque distinctive la spécialité relativement supérieure des correspondances qu'elle accom^\\l) m^\^ ^^^
352 SYNTHÈSE GÉNÉRA.LB.
contemplée dans le progrès qui lui est propre, elle a codtinuellement augmenté en précision dans ses résultais, par exemple, en astronomie, en physique, mécanique, chimie, — qu'elle est devenue plus particulièrement quantitative, plus précise dans ses prévisions, il devient clair que même les actes les plus transcendants de la faculté ratkm- , nelle ne sont qu'une extension encore plus grande de \ cette spécialisation des correspondances entre Torganisiae et son milieu, qui se manifeste dans révolution de la vie ea général.
§ 155. Pour continuer la marche adoptée dans les précédents chapitres, on peut aussi très-bien montrer ici que Tac* croisscment en spécialité de correspondance, comme TexteDsion dans le temps et Tespace^ constitue en lui-même un plus haut degré de vie et contribue à en allonger la durée. L'inaptitude à distinguer les natures diverses des corps environnants doit être nécessairement suivie d'erreurs fatales dans li conduite qu'on tient à leur égard, tandis qu'au contraire plus sera grand le pouvoir de reconnaître parmi ces corps des distinctions nombreuses, plus grand aussi doit être le nombre des ajustements qu'on peut y faire, et plus complète doit înt notre propre conservation. Cette proposition est au fond uo trutsm. C'est aussi presque un truism que de dire que le duO)bre, la rapidité et riiétérogcnéité des changements dan> l'organisme, — que la quantité de vitalité doit être en proporlioo du nombre des objets ou classes d'objets qu'on peut connaître séparément, — c'est-à-dire en proportion du nombre d'altri— buts distincts et de combinaisons d'attributs qu'on peut coi^ ' naître, et en proportion du nombre de coexistences et sêquc[»= ces auxquelles on peut répondre en particulier. A vrai dire, ^ ne semble pas qu'il y ait une formule unique qui exprin^ ' aussi bien le progW's entier de la vie que cet accroissement o ^ spécialité de correspondance entre des rapports internes cl ec ' ternes. Car, en prenant le cas extrême, il est évident que, s^ les actions d'un organisme répondaient parfaitement à tou!<r^
les coexistences et séquences de tous les objets quels qu'ils soient du milieu environnant, sa vie serait éternelle. Et il est également clair que l'infinité de changements internes impliquée dans la Correspondance avec une infinité de relations externes, comprendrait le plus haut degré possible d'activité vitale.