‹ Principes de psychologie, tr. sur la nouv. éd. anglChapitre 31 sur 67 · DE LA CORRKSPONDANCE COMME CROISSANT · texte numérisé non relu

DE LA CORRKSPONDANCE COMME CROISSANT

JCN COMPLEXITÉ.

§ iâ9. ËD changeant notre point de vue, nous voyons apparaître un aspect nouveau du progrès vital qui, quoique n'étant pascoextensif aux précédents, a beaucoup de rapports comnQuns avec eux. Comme nous avons vu que les extensions de -la correspondance, soit dans l'espace, soit dans le temps, sont en partie réciproques et en partie ne le sont pas ; comme nous avons vu que Taccroissement de la correspondance en spécialité, quoique comprise dans Textension en temps et en espace, comprend cependant bien d'autres choses, de même nous trouverons que, quoique dans un certain nombre de cas le progrès en complexité soit la même chose que le progrès en spécialité, cependant Tun ne contient pas tout ce que contient Tautre. Parmi les premiers progrès en spécialité, beaucoup n'impliquent pas progrès en complexité, et les formes supérieures du progrès en complexité, ne peuvent sans violence être comprises dans le progrès en spécialité. Mais examinons les faits.

§ 160. Dans le progrès d'un œil qui apprécie seulement la différence entre la lumière et les ténèbres à un œil qui apprécie les degrés de différence entre ces deux états, et plus tarda un œil qui apprécie des différences de couleurs et degrés de couleurs ; — dans le progrès de la faculté de distinguer un petit nombre de goûts et d'odeurs grandement différents à la faculté de distinguer une infinie variété de goûts et d*odeurs qui n'ont qu'une légère différence ; — dans le progrès de cette forme inférieure de l'ouïe qui consiste simplement à

364 S\7^THËSE GÉNÉRALE.

répondre à un violent ébranlement du fluide eaviroaoantà ces formes supérieures de l'ouïe où Ton recoDualt les dilérences de force, et peu à peu les différences de timbre et d'intensité : — dans tous ces cas, qui présentent simplement ooe aptitude plus grande à distinguer les variétés du même phénomène, il y a un accroissement en spécialité de coirespoiidance sans accroissement en complexité. L'insecte qui dépose ses œufs seulement sur une plante qui a une odeur partiealière, Toiseau qui s'efTraie d'un son d'une certaine espèce et point d'un autre, montrent un ajustement de rapports inteno à des rapports externes aussi simples que celui du limaçoi qui se sentant touché rentre dans sa coquille. Le stimulus aiquel répond la correspondance est plus spécial, sans étreplu complexe. Dans chaque cas, une simple sensation indécomposable est suivie de certaines actions musculaires ; et quniqv ces actions musculaires soient plus compliquées chei les ammaux supérieurs que chez les inférieurs, cependant le rapperl entre les antécédents et conséquents est à peu près, sinon tout à fait, du même ordre. Mais là où le stimulus auquel od répond consiste non en une simple sensation , mais en plusieurs^ ou bien là où la réponse est non une action, nv$ un groupe d'actions, l'accroissement en spécialité de eomipondance résulte d'un accroissement dans sa compleiiié.

Nous voyons la même chose se produire dans le défeloppementdc la vision. Quand au rapport usuel entre l'opacité et la solidité, auquel répond tout d'abord la correspondaocc, s'ajoute une correspondance au rapport entre la solidité et k pouvoir réflecteur; — quand on vient à reconnaître lacot* nexion des différences en quantité et en qualité de la lumièit réfléchie avec les différences de volume ; — quand se produit une faculté de reconnaître les objets, non-seulement par b couleur et la grandeur conjointes, mais parla forme; — quii»! les choses environnantes sont groupées en classes de plus ^a nlua nombreuses, qui s'accordent entre elles par telles et teiks iiirités, mais diffèrent par d'autres, il est manifesteque

chaque période successive implique l'appréciation de groupes plus étendus d'attributs. L'impression que l'organisme reçoit de chaque objet est une impression plus complexe, — elle croit en hétérogénéité. Et quand, non-seulement la grandeur, la couleur et la forme deviennent connaissables, mais aussi la direction et la distance dans Tespace, le mouvement, son espèce, sa direction, sa rapidité ; — quand, comme chez le faucon qui fond sur sa proie, il y a une correspondance simultanée à tous ces rapports externes, il est clair que la perception qui guide doit être composée de beaucoup d'éléments. Il est inutile de nous arrêter à montrer de nouveaux exemples de cette vérité dans le développement des autres sens, ou à retracer cette complexité encore plus haute qui résulte de l'emploi simultané de plusieurs sens. Il suffit de citer un cas extrême : celui du minéralogiste, par exemple, qui, pour reconnaître qu'une masse de matière est de nature à être appropriée à un certain usage, en examine la forme de cristallisation, la couleur, la texture, la dureté, le clivage, la fracture, le degré de transparence, Téclat, le poids spécifique, le goût, l'odeur, la fusibilité, les propriétés électriques et magnétiques.... etc., et décide sa conduite d'après toutes ces choses prises ensemble. — II suffit de citer un cas comme celui-ci pour montrer que, dans tous les cas d'une espèce élevée, un accroissement en spécialité de correspondance implique un accroissement dans sa complexité.

§ 161. Mais, comme je l'ai déjà fait entendre, nous en arriverons à atteindre un ordre de correspondances dans lequel il n'y a plus de coordination entre la spécialité et la complexité. Un progrès ultérieur en spécialité s'achève par un progrès en complexité qui ne lui est pas seulement proportionné, mais qui le dépasse. Dans ces cas, l'ajustement d'actions particulières à des circonstances particulières, implique un préajustement de rapports internes aux rapports externes bien plus étendu que celui qui se déploie directement sous nos yeux. Examinons un exemple ou deux.

.366 SYNTHÈSE GEîîl

L'archer qui pointe sailèche non Eur l'objet qu'il cherche 1 frapper, mais au-dessus, et qui varie l'angle d'élévaliou sdo> que l'objet est loin ou prés, montre quelque chose de plsî qu'une réponse spéciale à des stimulus spéciaux, car sod procédé implique la coDuaissaoce de ce fait : que les corps bncts dans l'air descendent sur la terre, et que la quantité de leur descente a quelque rapport avec la distance traversée. Umi impliquée, outre une correspondance avec certain» nfports sensibles dans le milieu environnant, une cormpoDdance avec la loi de certains autres rapports qui ne soDt fu alors présents aux sens. — Pour prendre un cas plus bippaut : l'ingénieur qui élève un pont suspendu propre à mi;^ porter un effort déterminé, peut ajuster ses actions aux conditions requises, moins en eiaminant et en mesurant linnre à li-averser que par la connaissance qu'il a du fer qui pMe l'< pont, des propriétés de la courbe qui forme la chaîne, delà composition des forces, - en un mot, de sa connaissance if vérités universelles de l'arithmétique, de la géométrie et doli mécanique. Dans ces cas, la complexité de la correspoodiBI' est grandement en excès sur sa spécialité. Pour OMttra *• évidence ce fait par constraste, on pourrait bicD dire ^ ce poisson des Indes qui prend les insectes volant à IishTface, en leur jolant de l'eau pour les frapper, montre une «rrespondancc aussi spéciale que celle d« l'archer ; mais rn tonsidérant qui; chez le poisson l'action n'implique rien de plm qu'une counexioa automatique entre certaines împrcstk»! visuelles et certaines contractions musculaires, — une moA* fîcation de l'une ciuâant elle-même une modificaliuu de I'ib- Ire, -^ on ne peut point dire qu'il y a ici la m^mc cuinple^ de correspondance. Et de même, quoiqu'on puisse aSUgai d'une manière plausible que la force d'une toile d'araîp* est ajustée aussi spécialement à son usa^c propre que le }»» suspendu de l'ingénieur, cependant on ne peut soutenir qu'^! ail une comparaison possible entre les deux, soua lo rapporta iltï et de la complication des ai'tiou^ qu'elles imp1ti{ui il

Si maintenant nous cherchons d'où nait cet excès de complexité^ nous trouvons qu'il a pour cause l'addition de géncndités aux spécialités. Chacune de ces correspondances supérieures qui manifestent ce que nous appelons de la raison, implique un ajustement des rapports internes non-seulement &UX rapports externes concrets actuellement présents , mais aussi à un ou plusieurs de ces rapports abstraits entre les objets externes que Texpérience extérieure a généralisés. Et quand nous avançons vers des correspondances d'une complexité de plus en plus grande, nous voyons que leur principal caractère est le nombre croissant des rapports abstraits re- C0DBU6, et impliqués dans l'acte d'ajustement. Dans ces cas, il Y a correspondance, non-seulement aux phénomènos particuliers que présente une portion du milieu, mais il y a, pour ainsi dire, une correspondance simultanée à beaucoup des phéoomènes généraux que présente le milieu dans son ensemble. Quand nous atteignons la plus haute perfection d'une science, comme on le voit dans l'astronomie, il devient évident qu'une adaptation exacte des actions de l'organisme aux actions spéciales du milieu, implique le préétablissement dans Torganisme de rapports généraux, parallèles à tous ces ■apports généraux du milieu que le phénomène implique de quelque façon.

§ 16S. 11 semble qu'il n'y a pas de place plus convenable 9ue celle-ci pour attirer l'attention sur un fait qui n'a pas en- ^re été remarqué, et qui est cependant important : c'est qu'il 7 a un rapport plus ou moins constant entre Yimpressibilité • ffwulté de recevoir les impressions) et Vactivité de l'organisme, pour ce qui concerne leur complexité. Considérée sous 8a forme la plus générale, toute correspondance entre l'orga- 'lîsme et son milieu implique deux choses : — la réceplion d'une ou plusieurs impressions et la production d'un ou plusieurs mouvements appropriés. Dans les types les plusgros- %s de l'animalité, nous voyons qu'un contact est suivi d'une contraction de la partie touchée, ~ une simple impres-

3(i8 SYNTHICSE GÉNÉRALE.

BÏOD est suivie d'uae simple action. Graduellenieiit, i mesmt que nous montons, nous observons une aptitude i reoetoi: des impressions plus compliquées, el à produire des aebOH plus compliquées. Et la vérité à observer ici, c'est qoe ]1k> térogénéité des stimulus qu'on peut recevoir, e&l eo gâiéni proporlioanée à l'hélérogénéité des changements qu'on pctf produire.

Notons d'abord que la survivance du plus apte assure otU connexion. Comme chaque progrès dans la correspoadaao entre l'organisme el soa milieu, consiste dans l'addi^oodi quelque nouvel ajustement interne à quelque nouve&a nfporl externe, el comme l'aptitude k reconoattre le rapj»'* externe est inutile, à moins qu'il n'y ait une aplitode à modifier sa conduite d'une maDicre appropriée, il est cUir tp'i faut, pour la meilleure conservation de la vie, que les flèments actifs et passifs de la correspondance progressent 1 1> fois en spécialité et en complexilé. Un pouvoir de percewir la position d'un objet dans l'espace, doit titre accompip' d'un pouvoir de spécialiser les mouvements, autrcmeot il v peut servir. La récognition de certaines formes, coulnn mouvements (ceux d'un ennemi par exemple), oc pr^Tiffli» pas la deslruction, si elle n'est suivie de mouvemeots si tifdes, si redoublés, de snuts si brusques, qu'un peut écltt|f à l'ennemi. La faculté que l'oiseau a de choisir les amérim de son nid est aussi une faculté inutile, h moius qu'il a'^ une habileté suf6sante pour le construire. 11 n'y 4 auciuipt' fit, pour le sauvage, h découvrir dans quelles uimMllt quel moment de la marée on peut prendre ua certain (■>* son, à moins qu'il n'ait une dextérité suffisante pour bke* employer les engins propres k cette capture. Et ainsi loiqMt il iloil arriver que, chaque nouvelle différenciatiou dui l» purccptions ouvrant la voie à une nouvelle diflérendatiOT é* les actions, elle manque son but si elle n'est ossociéaiiK une optilude nouvelle à différencier les actions.

lérilable explication de la liaisou CDlr« 1« pn^iit*

impressibilité et le progrès eq activité, c'est simplement que Tun nécessite l'autre, — que leur action et réaction est telle, que le progrès de l'un des deux implique le progrès des deux. Le rapport général entre l'irritabilité et la contractilité, qui dans les types les plas bas de la vie animale constitue un phénomène indivisible, est un rapport que les divisions soit sensitives soit actives de l'organisme maintiennent constamment dans toutes leurs complicatioas. Elles sont coordonnées dans leur origine, coordonnées dans leurs manifestations, coordonnées dans leur progrès. Tout somme il est certain que le système nerveux et le système musculaire apparaissent ensemble, et qu'à travers le règne animal tout entier, ils conservent un parallélisme général dans leur degré de développement, de même il est certain quMci il y a une liaison indissoluble entre leurs fonctions respectives sur le point du progrès en complexité.

On arrivera mieux à une conception générale de cette loi en considérant les deux fonctions sous leurs formes les plus abstraites, — la sensation, le mouvement. — Étant donné un organisme avec certaines facultés sensorielles et motrices, que doit-il résulter d'un accroissement de Tune ou de l'autre? Une faculté motrice et locomotrice plus élevée doit inévitablement mettre l'organisme en rapport avec un plus grand nombre d^objets, et doit ainsi multiplier ses impressions. Une faculté sensitive plus élevée dans l'organisme, doit inévitablement faire naître en lui des stimulus plus fréquents à l'action, et doit ainsi multiplier ses actes moteurs et locomoteurs. Sous une autre forme, — plus les modes d'activité d'un animal sont variés, plus doivent être variés les rapports qu'il a avec les choses environnantes, et par suite plus doivent être variés les modes selon lesquels les objets environnants raffectent. — Et, de même, plus est grande la variété des impressions qu'on peut recevoir des choses environnantes, plus les excitations données aux facultés motrices doivent être variées et nombreuses, et par suite plus doit être grande la teudoAi^^ k y^^- 1. Vk

duire des actions variées dans la faculté motrice. Ainsi, sous le rapport à la fois de Tactivité et de la complexité» le progrès de Tun est impliqué dans le progrès de Taiitre.

Mais, en analysant quelques cas, on verra plus clairemeiil la nécessité du développement simultané des facultés qui dirigent et de celles qui exécutent. Soit l'aptitude à recooDahit la direction dans Tespace. On pourra penser d*abord que ceh implique tout simplement un développement de la partie sensitivc de la nature animale, — une simple expaasioa de II rétine suffisamment grande pour reconnaître les images qoi affectent chacune ds ses parties en tombant sur elles. Mais cd réiléchissant quelque peu, on verra qu'il faut quelque chose de plus qu'une aptitude à percevoir des différences dans la position de l'image sur la région visuelle. Prises seules, ces différences n*ont aucun sens ; elles ne viennent à en avoir que quand elles ont été, chacune en particulier, liées dans l'organisme avec ces différences de mouvement nécessaires pour mettre la surface de l'organisme en contact avec les choîes vues. Les seules impressions de la vue, comme tous les psychologues l'admettent, ne nous donnent d'elles-mt^mes aucune idée de l'espace. Les idées sur l'espace ne naissent que quand, par une expérience croissante, les impressions sont rapportées à des objets qui peuvent être touchés par des ajustements musculaires spéciaux. La direction ne peut donc être perfoe que quand il y a non-seulement un appareil moteur^ maisuo appareil moteur assez développé pour effectuer des mouT^ ments spécialisés. Et ainsi l'aptitude h percevoir la dîrectioo et l'aptitude à utiliser cette perception naissent nécessair^ mont ensemble. La récognition delà distance, la vitesse, b niasse, la forme, impliquent si évidemment les nicnies coofr lions, qu'il suffit de le faire remarquer. De même, on ne peul connaître que les ditrêrenccs de lumière et d'ombre indiqueot des variations de surface que (|uand ces variations ont été ^vertes par des variations correspondantes dans les aju5musGulaires, et ainsi les ajustements musculaires

complexes doivent êlre possibles, avant que les variations complexes de lumière et d'ombre puissent être interprétées. On ne peut arriver à une idée définie du poids, en tant qu'il est lié aux apparences yisuelles, que quand il y a un pouvoir de soulever Tobjet à l'aide des mâchoires ou des membres. On ne peut assigner aux objets environnants des différences en dureté ou en texture avant que les organes qui servent à palper soient perfectionnés. Et, à vrai dire, comme les derniers exemples le font voir, non-seulement les impressions faites sur les sens doivent être liées aux expériences musculaires pour que leur signification soit comprise, mais les impressions elles-mêmes, sous les formes supérieures, ne peuvent être reçues sans Taide des muscles. La vision parfaite implique un ajustement focal des yeux, un ajustement de leurs axes pour produire la convergence requise, une direction des deux yeux vers le même objet ; quelquefois il faut tourner la tête dans cette même direction, quelquefois le corps entier : tous ces actes préparatoires se font par le moyen des muscles, et même les derniers se font non par les muscles des nerfs, mais par ceux du corps entier. Le goût ni Todorat ne sont possibles à moins que les muscles delà langue et de la poitrine ne jouent leur rôle. L'oule même est imparfaite si la membrane du tympan n'est mise par ses muscles en harmonie avec chaque son successif. Mais c'est, avant tout, la connaissance acquise par le sens du toucher qui dépend spécialement de l'appareil moteur. La simple existence d'une faculté sensitive de la peau n'est qu'une petite partie des conditions requises, comme chacun peut s'en convaincre en appliquant son bras ou sa jambe nue sur un objet inconnu, après avoir préalablement ferme les yeux. Pour que les impressions tactiles soient telles qu'elles nous donnent des idées d'étendue^ forme, solidité, cette faculté sensitive de la peau doit être répandue sur des surfaces capables de faire dériver des diverses parties des objets touchés des sensations simultanées ou dont la ^u^^^^*^ sien est très-rapide, et ces sensations doivent èlre f^o\x\\yvw^^^

373 SYNTHÈSE GËNiflALS.

avec ces sensalioDS musculaires qui accompagnent les ijinit ments simultanés et successifs des surfaces seDsittfes.Udok y avoir des membres pour effectuer les ajuslemeols les fias généraux el les plus simples, et des accessoires h ces mentm pour effecluer les ajustemeuLs plus particuliers et plui cwpliqués. Et ce o'est qu'à mesure que ces agents mûleundl* viennent complets et complexes, que les perceptions tadîki peuvent Être complètes et complexes. Mais ces agent» moleun. — ces membres et leurs appendices, avec les muscles qui h meuvent, sont aussi les organes de la locomotion et de laiiunipulation, et la même complication de structure qui \6snai propres h recevoir des impressions composées, les nri propres aussi à effectuer des opérations composées. Ainsi, l'évolution de l'appareil sensitif ou directeur est enveloppct d'une manière inséparable dans l'évolution de l'appareil noncutaire ou exécuteur.

§ 163. Il faut nous arrêter un peu plus sur cette rdiiî* essentielle. Il sera instructif d'examiner un peu soub fâtnt concrète la dépendance mutuelle des fonctions récipvhw»- Irices et dirigo-modices (§ 18). Je veux parler de divers eirtples frappants que nous offre le règne animal, de U coeii»tence entre une sagacité extraordinaire et uu développeoKSl extraordinaire des organes tactiles.

Pourquoi le toucher, qui est en lui-même le plus Miispl<<< le plus primitif des sens, serait-il, dans ses fortnessupériconSi associé plus qu'aucun autre sens au progrès de l'intellifeott^ Cela peut paraître difficile à comprendre. L'eipUcatîoR fl* sisle simplement dans ce fait, que les impressions tâciilHUtf celles dans lesquelles toutes les autres impressions ont dAtU* traduites, avant qu'on en put connaître la signiBcatioa. $i :OUS examinons le rapport général qui subsiste entre l'org*- Ûme et tes objets environnants, nous voyons qu'avant V" me puisse aQecler les objets ou les objeU )'«!*nue manière importante, il faut qu'il y ait un M»s). Assimiler, rus^^irer, se mouvoir, détruire o*

proie, fuir un ennemi, faire un nid ou un terrier, élever des petits, — toutes les fonctions fondamentales, quand on les considère dans le fond de leur nature^ impliquent action et réaction mécanique entre l'organisme et son milieu. Les facultés qui nous font connaître quelque chose sur Tespace ne servent qu'à guider dans cette action mécanique, et les impressions qu'elles reçoivent, nous ne les employons primitivement que comme signes de propriétés et rapports tangibles. De là résulte que c'est seulement dès que les impressions mécaniques reconnues par les muscles et la peau deviennent variées et complexes quUl peut y avoir une traduction des impressions variées et complexes reconnues par les yeux, les oreilles, le ne2. La langue maternelle doit être aussi riche que la langue étrangère, sans quoi elle ne pourra traduire toutes les expressions de celle-ci. Et ainsi, comme on le voit dans les faits auxquels je fais allusion^ il arrive qu'un appareil tactile d'une perfection supérieure est l'accompagnement constant d'une intelligence supérieure. Mais examinons ces faits.

Pour montrer que chaque grande famille du règne animal nous en fournit des exemples, je puis faire remarquer en passant que les céphalopodes, qui en sagacité sont bien supérieurs aux autres mollusques, s'en distinguent sous le rapport de la structure, en ayant plusieurs bras par lesquels ils peuvent saisir un objet de tout côté, en même temps qu'ils l'appliquent à leur bouche. De même les crabes^ qui tiennent le premier rang dans l'embranchement des articulés^ peuvent, à Faide de leurs pinces et de leurs pieds-mâchoires, porter l'objet qu'ils manipulent. Mais, sans nous arrêter à ces animaux, contentons-nous des exemples que nous fournissent les vertébrés. On accordera bien que, de tous les oiseaux, les perroquets sont ceux qui ont la plus grande somme d'intelligence. Eh bien, si nous examinons sous quel rapport leur structure te distingue le plus de celle des autres oiseaux^ nous verrons que c'est dans le développement des organes tactiles. Peu d^oiseaux ont dans les pieds une assez grande puissance de

oli 5YXTHKSE GÉNÉRALE.

préhension pour iMre capables de saisir et de lever ud objet avec un seul pied, en se tenant sur Tautre. Le perroquet cependant fait cela aisément. Chez beaucoup d^oiseaux, la maih i dibule supérieure peut à peine remuer; chez le perroquet, as | contraire^ elle reniue d'une façon remarquable. En général, les oiseaux ont la langue rudimentaire et attachée à la mandibule supérieure : les perroquets font grande, libre, et s*ei servent constamment. Enfin, par-dessus tout, le perroquet peut élever jusqu'à son bec ce que ses griffes ont pris, et il amène ainsi ses mandibules et sa langue à porter ce que sa main (car en pratique sa griffe est une main) touche déjà de plusienn ; côtes. Un instant d*examen suffit pour montrer qu'aucun autre oiseau n'approche de celui-ci pour la complexité des impressions tactiles qu'il peut recevoir; et ainsi le progrès de? facultés directrices est manifestement impliqué dans le progrès des facultés exécutrices.

De même, chez les mammifères, il est hors de doute qa'e| règle générale les onguiculés^ c'est à-dire ceux qui ont les membres terminés par des doigts séparés, s^ont plus inlelligeLL^ que les ongulés^ c'est-à-dire les animaux à sabots. Les races félines et canines sont psychologiquement supérieures lu bétail^ aux cheveauX; aux moutons, au daim. Miintenant il est clair que des pieds munis de plusieurs doigts sensitifs peuveut recevoir des impressions plus compliquées que les pieds qui se terminent par une ou deux masses cornues. Tandis qu* qd sabot ne permet de toucher à la fois qu'un c6té d'un corps siylide, les orteils séparés d'un chien, par exemple, peuvent toucher simultanément les cotés adjacents d'un petit r>irp>, quoiqu'ils n'en puissent toucher les côtés opposés. Si de plu» nous remarquons que les espèces supérieures d'animaux onguiculés, quoiqu'elles ne puissent saisir avec leur pied, peuvent néanmoins s'en servir pour retenir ce que leurs deuU déchirent ou rongent, nous > errons qu'ils peuvent connaître des rapports tangibles d'une complication Cl>ll^i.lérabIe. Ajuutei à .(|!|rt||^que^ quand nous rencontrons chez les auimauu ou*

DR LA CORRRSPONDANCK, KTC. ÎT/f)

gulés quelques marques de sogficité, chez le eheval, par exemple, nous trouvons que le manque d'extrémités sensibles est composé en une certaine mesure par des lèvres très-sensibles et très-mobiles qui ont un pouvoir considérable de préhension. Et ici, en vérité, nous revient naturellement en mémoire l'exemple le plus remarquable, et peut-être le plus concluant, de cette connexion entre le développement des organes tactiles, — Texemple de l'éléphant. Je dis le plus concluant, parce que l'éléphant se distingue remarquablement, et par sa trompe et par sa haute sagacité, des tribus alliées de mammifères. Ces deux dons exceptionnels rendent plus particulièrement remarquable Tassociation entre les facultés opératives et les facultés cognitives. Tout le monde connaît la supériorité de Tintelligence de Téléphant; il est inutile de s'y arrêter. Mais les propriétés de sa trompe doivent être énumérées. Notez d'abord Tuniversalité de ses mouvements par rapport à la direction. Différente des membres ordinaires des mammifères, dont les mouvements sont plus ou moins limités à un plan vertical, la trompe a une flexibilité qui lui donne une aussi grande série de positions que celles que peut prendre le bras de l'homme, — plus grande même que n'en peut prendre un seul bras : et ainsi Téléphant peut connaître les rapports de l'espace, et de ses propres membres, et des choses environnantes, plus complètement que tous les autres animaux, sauf l'homme et les quadrumanes supérieurs. De plus, la trompe peut saisir des corps de toute grandeur, depuis un poids jusqu'à un tronc d'arbre ; et par ce moyen l'éléphant peut connaître plus qu'aucun des mammifères inférieurs les formes tangibles d'un grand nombre d'objets. La saillie en forme de doigt qui termine la trompe reçoit les impressions de surfaces plus petites ; et ainsi la texture et les détails de configuration peuvent être appréciés aussi bien que l'étendue générale. De plus, la faculté complète de préhension donnant une aptitude à soulever des crops de diverses formes et natures, ouvre la voie à la connaissance du poids, en tant qu'il

37t) SYNTHÈSE GÉNÉI

est lié avec Ier propriétés visibles et tangibles. Le tn^mr ponvoir de préheiisioD doDirélépbaatse serthabltu(^llem«Dtpoar briser les branches lui donne certaines expériences de Iftl^ nacilé el de l'élasticité de la matière ; et quand il emploie CH branches, comme il le fait souvent, à chasser les mouches, le balancement de ces branches doit lui causer de vagues inipnssions qui ne durent qu'un moment, — impresâioas quet'af* titude à lancer de petits corps (comme du gravier sur le iia\ doit tendre à fortifier. De plus, la structure tubuUirc de U trompe la rend propre à un certain nombre d'espéneoM hydrauliques, et lui donne ainsi une connaissance de^ propriétés mécaniques de l'eau qu'aucun autre quadrupède M peut atteindre. Celle même particularité le rendant capable dt lancer au dehors de grandes bouffées d'air, et de produln ainsi un mouvement dans les corps légers qui sont procbei, ouvre encore la voie à une autre classe d'expériences. Aiofili grande diversité des Tacultés de toucher el de manipuUlin que possède la trompe de l'éléphant, n'est pas moins re^u^ quabte que la haute sagacilé de cet animal, — sagacité qui. dans un corps aussi disgracieux, serait autremeot tout i ÙA inexplicable.

l'assaut aux primates, nous trouvons répété, sous d'aatitt formes, cette même relation eolre le développemeot d« Hitelligence et le développement des appendices ladites. Celiit voit non-seulement dans le contraste entre eux et les maomifères inférieurs, mais dans les subdivisions entre lesqmdrumanes eux-mêmes. Les facultés de préhension eldeou* nipulation des espèces inférieures sont aussi incompl^es^ leurs facultés mentales. Quand nous avançons \eri les mfti anthropoïdes, dont l'intelligence e»t élevée, noit« iroinnuli main modifiée de manière h admettre une opposition plu complète eulre le pouce el les doigts ; les os de l'ïvaDl-br» sont articulés de manière à permettre à la tcain un num** rotation; les bras sont atuichés au corpâd<bc<*^ leUre d'accroître le nombre de leurs mouvenMDU l*"

léraux. Et quand» comme chez les animaux les plus parfaits de cette classe, la structure des membres de devant est si complète qu'un objet peut être tenu dans une main, tandis qu'il est manipulé par Tautre main, ou par les dents et les lèvres, — qu'il peut être appUqué à une distance plus convenable des yeux, — qu'il peut être appliqué à une certaine partie du corps ou à un objet voisin^ — il est manifeste qu'on peut recevoir des perceptions plus complexes et plus diversement combinées de forme, grandeur, structure, texture, dureté, poids, flexibilité, ténacité^ que cela n'est possible aux animaux dont * les membres sont moins parfaits.

Il est à peine besoin de dire avec quelle perfection encore - plus haute les structures récipio-motrices et dirigo-motriees â' oistent chez l'homme. En se plaçant à un autre point de vue, les ouvrages de théologie naturelle ont donné d'abondants exemples de leur connexion. Tout ce que nous désirons faire remarquer ici^ c'est que cette perfection de l'appareil tactile & servi, en une grande mesure, aux progrès les plus élevés de Tintelligence. Ce n'est pas seulement parce que les attributs tangibles des objets ont été rendus complètement c nnaissables par la complexité et la variété des ajustements de la inaio humaine ; — ce n'est pas simplement parce que, la connaissance des objets étant ainsi devenue plus grande, la fabrication des outils a été possible, et par suite l'agriculture, l*ûrchitecture, les arts en général; — ce n'est pas simplement parce que tout cela a rendu possible Texistence de sociétés ^es et populeuses sans lesquelles on ne peut atteindre aucune des formes supérieures de Tintelligence, mais c'est parce que les facultés manipulatives sont au fond de toutes Ibs sciences et contiennent leurs déductions même les plus lointaines et les plus abstraites.

§ 164. Toute science constituée, consistant comme elle le 'ait en prévision quantitative, — employant comme elle le "î^es résultats mesurés, est descendue en ligne directe de cette manière très-simple de mesurer qui consiste à placer

Tun à cAté de Tautre les corps qu'on tient en main. Notre coanaissance des forces qui gouvernent le système solaire est exprimée en termes qui sont réductibles en dernière analyse à des unités égales d'étendue linéaire qui fut fixée i l'origine par la superposition directe d'objets naturels semblables. Et les sciences non constituées consistant^ comoM elles le font^ en prévision qualitative ; dépendant, comme eiks le font, pour leurs progrès, soit d'expirienees qui requièrent un appareil de manipulation et de l'adresse, soit éTobservûtim qui requièrent la dissection et autres procédés analogues,-* il est clair qu'elles impliquent de même un haut développement de la dextérité manuelle. Ainsi l'appareil tactile sert non-seulement, sous ses formes inférieures^ à établir des npports entre les attributs tangibles des objets^ mais, souiM formes supérieures, il sert à établir des rapports entre lestftributs intangibles eux-mêmes.

Cette connexion intime entre l'impressibilité et l'actifili, — entre les facultés directrices et les facultés exécutrices, que nous avons retracée dans les premiers progrès de la perception et d 3 la locomotion ; dont nous avons vu des exemplei chez I>s divers animaux, distingués à la fois par leur baate intelligence et le développement de leurs organes de manipolation ; que nous avons trouvée se maintenir encore chez U race humaine ; — cette dépendance mutuelle des facultés cognitives et opéralives qu'Anaxagore a entrevue quand il a prononcé son assertion hyperbolique : <c que les animaux aunieot été des hommes, s'ils avaient eu des mains, » — on en trouve un exemple encore plus marqué et plus concluant dans Taiik réciproque que se donnent les sciences et les arts. Si ttraoge que cette proposition puisse paraître à première vue, il suffit d'une courte analyse pour montrer que les sciences et b arts, quand ou les considère subjectivement^ représenieot ce que, chez les animaux inférieurs, nous appelons actiotf sensorielles et actions motrices. Les perceptions acquises ptf W des organes des sens, et les actions accomplie» ptf

les organes moteurs, deviennent respectivement, sous leurs Formes complexes, des généralisations scientifiques et des opérations manuelles. En comparant les extrêmes» on ne verra pas très-clairement cette vérité ; mais en examinant les transitions, la filiation devient manifeste. On ne peut nier que les deux attributs de l'irritabilité et de la contactilité, possédés par tous les animaux, sauf les plus rudimentaires^ sont les bases respectives des facultés sensitives et des facultés motrices» — que les sens sont les subdivisions de l'une, les muscles des spécialisations de Tautre. On ne peut nier que les perceptions toujours plus complexes dont chaque sens devient le centre, combinées avec ces perceptions encore plus complexes que produit Tunion de divers sens, sont toutes des formes de Vimpressibilité de l'organisme. On ne peut nier non plus que les complications successives des facultés motrices, locomotrices et manipulatrices sont toutes des formes de Y activé deTorganisme. On ne peut nier que de ces perceptions plus complexes, et qui se mêlent en combinaisons encore plus étendues, ne sortent finalement les prévisions de la science; ni que les arts manuels, et plus tard les procédés les plusélevésde production, sont sortis de la dextérité manuelle ^laquelle aboutit le développement de la faculté motrice. Ainsi, on ne peut le nier, la sensation et le mouvement qui *n résulte sont les prototypes de la science et de Tart. Si, ^nsidérant la série entière des phénomènes sous leur aspect le plus général, nous examinons la nature fondamentale des changements par lesquels un organisme s'ajuste au milieu environnant, et si nous divisons ces changements, — comme ^ous devons le faire, — en changements que les objets exterlies impriment à Torganisme^ et changements par lesquels il approprie ses rapports aux objets externes; si uous les nom- OQons respectivement changements directeurs et changelOcnls exécuteurs, nous verrons clairement que les sensations, perceptions, conceptions, généralisations et toutes les formes do h connaissance se rangent sous le premier titre, tandis

que les contractions, locomotions et opérations de toole sorte se rangent sous l'autre, et que la science et Tari, m tant qu'ils sont séparables, appartiennent. Tune à la première division, Tautre à la dernière.

Cette yérité étant bien reconnue, nous comprendroDS a môme temps le sens de ce fait, que, durant le cours du propis humain^ il y a eu entre les sciences et les arts une réciprodlé de services semblable à celle que nous avons retracée entre les formes de l'impressibilité et celles de Tactivité, — une cxmtinuntion de la même mutuelle dépendance. L'histoire ne présente pas de généralisation plus certaine que celle-ri: chaque pas important vers la connaissance des lois de la ntturc a facilité les opérations de Thomme sur la nature, et de même chaque opération faite avec succès a eu pour résultai de faciliter la découverte d'autres lois. L'astronomie etTagriculture, la géométrie et l'architecture, la mécanique et lepe sage des marchandises sont au nombre des plus anciens npports de la science et de l'art. Présentement la géométrie, développée par les arts, agit sur l'astronomie, et i'astroDoirie réagit pour faire avancer la géométrie. La mécanique, parle moyen des balances, jointe à la science des nombres, inlue sur les arts métallurgiques, donne le titre précis des mètaui, introduit les instruments métalliques, et par là elle aameoé un progrès à la fois dans la précision des observations astronomiques et autres, et dans les procédés de production quirequièrent l'emploi d'outils métalliques. La métallurgie aussi,» fournissant des miroirs plans et concaves, fait nattre Toptique, et c'est par le moyen des cordes et des poids que les arts fournissent que la première proposition de l'harmonique (acouilique] a été atteinte. Pour ne pas retracer en détail cette réciprocité, il suffit de jeter les yeux sur quelques faits moderoef. Considérons que la navigation dépend de rastroDomie, di n).')^nétisme, de la métoorologit», et qu'à son tour elle vîeot en aide aux sciences magnétique et météorologique ; - que tSf Textraction des pierres, la perforation des pu'U,

sut servi au développement de la géologie, mais que la géolope guide maintenant dans la recherche de la houille, des mélauXy de Teau. Il suffit aussi d'examiner comment ces éléments et composés définis dont s'occupe la chimie ont été fabord mis en lumière par les arts, et que maintenant tous les urts' dépendent plus ou moins de la chimie. Il suffit de consilérer qu^à présent il n'y a guère dans la science d'observation si simple qui n'implique l'usage de plusieurs instruments roumis par les arts, et qu'il n'y a guère de procédé d'art si simple qui n'implique quelque prévision de la science. En un mot, il suffit d'un regard jeté sur ces rapports pour comprendre non -seulement que la réciprocité existe, mais qu'elle est devaoue de plus en plus active. Et ce dernier fait éclaircit encore davantage la vérité générale que nous examinons. Car, le même que nous avons trouvé, en retraçant les progrès des EMîultés directives et executives, que leurs plus hauts développements entraînent une dépendance de plus en plus mutuelle; — que les formes les plus complètes de la perception visuelle Bt tactile, par exemple, sont impossibles sans des ajustements miiseulaires complexes, et que les actes compliqués requièrent ooe surveillance constante des sens, — de même nous trouvons maintenant que, dans le développement encore plus baut des facultés cognitives et opératives, le progrès consiste en une réciprocité si active que chaque nouvelle cognition implique l'aide d'opérations compliquées, et chaque nouvelle opération implique diverses cognitions compliquées.

Ces corrélations apparaîtront encore plus clairement, si on les considère sous leur aspect concret. A notre présent point de vue, il n'est qu'exact de dire que, dans ces formes les plus hautes, la correspondance entre l'organisme et son milieu est eléctaée au moyen de sens supplémentaires et de membres npplémentaires. Qu'un homme écrase un objet à l'aide de sa 1BÙD, ses dents, une vis, une presse hydraulique, cela importe peu pour ce qui ne touche qu'au rapport entre le stimulus et Pacte. Gela ne fait rien non plus à la nature fondamen-

talc de la perception que les longueurs relatives de deux lignes soient déterminées par simple inspection, ou en les plaçant l'une à côté de l'autre, ou au moyen du compas. Ainsi tons nos instruments d'observation, poids, mesures, balances, micromètres, verniers, microscopes, thermomètres, baromètres, etc.... sont des extensions artificielles des sens, etki leviers, écrous, marteaux, coins^ roulettes, tours, etc.... sool des extensions artificielles des membres. Le verre grossis>aot n'est qu'une lentille ajoutée à celles qui existent dans l'œil. U pince n'est qu'un levier de plus attaché à la série de leviers que forment le bras et la main. Et le rapport qui se présente si clairement dans ces premiers faits doit constamment se maintenir. Ceci admis, la réciprocité que nous avons retracée entre les facultés cognitives et opératives plus hautes, se vem encore plus distinctement entre leurs organes respectifs. Le développement de ces sens supplémentaires dépend du développement de CCS membres supplémentaires, et vicerer$a. De bons instruments pour mesurer présupposent de bons instnments pour tourner et raboter, et ceux-ci ne peuvent au'ir été faits qu'à l'aide d'instruments de mesure, ayant déjà quelque précision. Un bon cadran astronomique ne |hu: être produit que par un bon instrument à diviser, un bon instrument à diviser ne peut être produit que par un boo tour et de bons instruments tranchants; et ainsi, en recherchant à reculons les conditions nécessaires, il devient évident que c'est seulement par des actions et réactions mutuelle» souvent répétées que les instruments directeurs ou eiécuteun sont portés à leur perfection. Ce n'est qu'au moyen df membres artificiels que des sens artificiels peuvent se développer, et ce n'est qu'au moyeu des sens artificiels qu'il devient possible de perfectionner les membres artificiels. Enfin il faut remarqer que non-seulement les éléments et exécutifs de la correspondance se développent à pas, mais que les complications qu'il» 3(des caractères analogues. Cette uniuu des gêné-

ralités et des spécialilés qui distingue les connaissances les plus hautes de la science est visible aussi dans les opérations les plus hautes de l'art. Dans la science, on trouTe une conclusion particulière en rapprochant des données spéciales d'un principe général, lequel principe, ramené au concret par d'autres données, donne d'autres conclusions ; de même une production d'art particulière s'obtient en soumettant à des manipulations spéciales les matériaux obtenus par quelque processus plus général, lesquels matériaux, soumis à d'autres manipulations, donnent d'autres productions d'art.

§ 168. Si nous revenons de cette digression longue et compliquée, et que nous résumions les idées auxquelles nous sommes arrivés, nous verrons qu'elles nous servent beaucoup à élucider le sujet de ce chapitre, l'accroissement de la correspondance en complexité.

Quand nous retracions la dépendance mutuelle des impressionnabilités et des activités, lorsqu'elles se développent eu facultés régulatrices et opératives d'ordre supérieur, on a exposé de différentes manières la complexité croissante de la correspondance. L'hétérogénéité progressive des impressions reçues par chaque sens nous l'a montrée, et plus encore l'hétérogénéité progressive des combinaisons d'impressions dues à la coopération des sens. Nous en avons trouvé un autre exemple dans la composition et recomposition des mouvements musculaires, tant de chaque membre en lui-même que des membres et du corps à la fois. Avant tout, on l'a montré dans le progrès de cette réciprocité entre les actes ridpiO'fnoteurs et les actes dirigo-moteursy qui devenant toujours plus intime devient toujours plus complexe^ en sorte qu'il arrive qu'une seule perception exacte implique des ajustements musculaires complexes, et qu'une seule opération exacte a besoin d'être guidée par des perceptions complexes. Dans tout cela, il est clair, comme on l'a dit au début, que le progrès en spécialité de correspondance, sous ses formes les plus hautes, s'achève par un progrès dans la complexité de la corresçoudawe,^.

384 SYNTHÈSE GÉNÉRALB.

Nous avons vu incidemment» dans le cours du développement précédent, que cet accroissement de l&.coiTespoDdaott en complexité qui se manifeste dans le développement pnh gressif de la vie des animaux inférieurs à l*homme, se continue dans le progrès de la civilisation humaine. L'évolutki graduelle de la science et de Tart que nous menons de retracer dans un autre but, nous en a donné de si nombreux exempltf qu'il est inutile d'en faire une nouvelle exposition. Il y a e^ pendant un aspect de ce progrès qu'il peut être bon de remarquer^ à savoir : — le progrès qui s'est produit non-seule ment dans la complexité des connaissances et opérations qu'on a atteintes d'âge en âge, mais dans l'aptitude à recevoir des connaissances complexes et à produire des opérations rumplexes.

Car le progrès dans les sciences et dans les arts n*est pasdA simplement, comme beaucoup le supposent» à raccumulitioo des connaissances et applications, mais à ce que les faculUi impressives et actives ont atteint elles-mêmes une cooiplin* tion plus haute. On trouve, de divers côtés, des preuves q»? Tesprit des races inférieures ne peut correspondre à des rapports môme d*une complexité médiocre, encore moins à ch rapports très-complexes qui sont le fond de toute science avancée. Selon un voyageur, le lieutenant Walpole, il a ^-^ remarqué au sujet des insulaires de Sandv^ich par ccui àxrgés de les instruire : « que dans toutes les premières partie-s de leur éducation, ils ont l'esprit extrêmement vif, mais do! plus dans les hautes branches ; qu'ils ont d'excellentes moires et apprennent par cœur avec une merveilleuse rapidité- -s mais qu'ils ne veulent pas exercer leurs facultés pensantes.^ C'est-à-dire qu'ils peuvent aisément recevoir les idées simpk^ mais non les idées complexes. De même, on a dit des Au«lr^ liens que « quelques-uns d'entre eux sont très-prompt? ^ acquérir des connaissances, mais qu'ils n'ont aucun pouu-^^^ de eombinaison ou de concentration '. » Les rapports sur i«^

Tcya kt Mletins de la Suciélé ethnographique.

écoles hindoues révèlent le même fait, quoique d'une manière moins marquée. Et une des raisons données par les Américains pour ne pas élever ensemble les enfants noirs et les enfants blancs, c'est qu'après un certain âge, « les progrès des petits nègres ne sont plus correspondants, leur intelligence étant apparemment hors d'état d'être cultivée au delà d'un certain point, » assertion qui, quoique suspecte d'être intéressée, s'accorde si bien avec des assertions désintéressées, établies précédemment, qu'elle a, sans aucun doute, quelque fondement. Ainsi, relativement à la même race en Afrique, sir Samuel Baker dit : «Durant l'enfance, le nègre me paraissait en progrès intellectuel sur le jeune blanc du même âge, mais l'esprit ne se développe pas, le fruit promis ne vient pas. » {L'Albert N'yanza^ vol. L, p. 289.) De même, les enfants des lies Andaman apprennent vite leurs lettres et les répètent, mais sont incapables de lier les mots aux idées correspondantes. {Trans. eth. soc, nouv. série, vol. IV., p. 210.) Même chez les meilleures races civilisées on trouve cette limite. «Les Nouveaux-Zélandais, qui sont sans génie inventif et incapables de généraliser, acquièrent cependant les rudiments de la science. A dix ans, leurs enfants sont plus intelligents que les enfants anglais, mais en général peu.de Nouveaux-Zélandais pourraient recevoir une haute culture comme les Anglais de leur âge. » (Thomson's, New Zealand.^ vol. L, p. 85-86.) Dans tous ces cas, comme dans les cas moins importants, et très-communs chez nous-mêmes, d'inaptitude à entendre les questions et les raisonnements qui dépassent un certain degré d'abstraction, — la véritable interprétation à donner, c'est que les facultés cognitives n'ont pas atteint une complexité égale à la complexité des rapports à percevoir. De plus, cela arrive non pas seulement pour les connaissances purement intellectuelles, mais aussi pour celles que nous distinguons sous le nom de morales. Dans le langage des Australiens, il u'y a pas de mots correspondant à justice, faute, crime. Chez les diverses races inférieures, des actes de géuêio^YV.^ ^m ^^ t. ^

clémence sont complètement incompréhensibles, c*est-à-dire que les rapports très-complexes d'ane action humaine dans sa portée sociale ne sont pas connaissables. Et ainsi TEuropéeû au vaste crâne diffère du sauvage au crâne étroit, non simplement par la complexité de ses manifestations intellectuelles et morales, mais parce que celles-ci ont été peu à peu rendues possibles par des complications successives dans les facultés.

Ayant montré, dans le précédent chapitre, comment une plus grande longueur et un plus haut degré de vie accompagnent un accroissement en spécialité et en généralité de correspondance , il n'y a pas besoin de nous arrêter sur ce fait : que là où la complexité et la spécialité s'unissent pour produire des correspondances qui croissent en complexité, le même résultat doit se produire. La seule chose à faire remarquer après ce qui vient d'être dit, c'est que cette assertion est vraie non-seulement de ces connaissances de plus en plus complexes qui, par le moyen de la science, font avancer les arts, mais aussi de ces connaissances morales plus complexes qui, en rendant Tordre social possible, contribuent à cet accroissement de sécurité individuelle que procure Tordre social.

Page 1