‹ Principes de psychologie, tr. sur la nouv. éd. anglChapitre 33 sur 67 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

§ 169. Il reste encore un autre point de vue d*où nous devons examiner les phénomènes de la vie. Il est nécessaire d'observer comment de la coordination naît l'intégration ; — comment les impressions composées et les mouvements composés qu'elles guident se rapprochent de plus en plus, par leur caractère apparent, des impressions simples et des mouvements simples; — comment les éléments coordonnés de quelque stimulus ou acte tendent à s'unir de façon à ne plus devenir séparables que par l'analyse ; — et comment ensuite la liaison entre le stimulus et l'acte, obéissant à la même loi, devient constamment plus étroite, et finit par n'en faire que deux aspects d'un même changement.

C'est en vertu de cette loi que les correspondances d'un ordre supérieur deviennent possibles. En son absence, des impressions complexes ne pourraient engendrer des actions complexes avec la rapidité suffisante, et il n'y aurait pas de temps suffisant pour cette immense multiplicité de correspondances que déploie une vie supérieure. Si les deux changements organiques qui constituent la sensation et le mouvement ne se suivaient pas^ chez les animaux supérieurs, avec mie rapidité plus grande que la retraite du limaçon dans sa coquille ne suit l'impression faite sur l'une des cornes, alors lieraient impraticables toutes les correspondances avec le milieu qui impliquent quelque rapidité dans l'ajustement. Et sf 3a période qui s'écoule entre le regard fixe que le petit enfant 4|ette sur un étranger et l'accès de cris qui suit (période duarant laquelle les impressions visuelles compo%aii\A% oitiX ^M^

396 SYNTHÈSE GÉNt'RiLE.

coordoonées) se relrouvait avec la même lenteur dans Ici pcrceptioDS de l'adulte ; — si les coonaissaiices composées cl k* opérations appropriées qu'elles produisent ne se formaient pis dans des périodes incomparablement plus courtes, h tie htmains cesserait.

La nécessité de cette intégration progressive des eont»pondances sera mieux comprise si, considérant les sensitioat comme autant de signes et la perception comme l'inlerpritition d'un groupe de signes, nous observons ce qui se prwtoil pour les signes verbaux et tes significations qu'ils nous Apportent : comparaison qui est d'autant mieux appropriée, que» second cas n'est qu'une forme plus élevée du premier. !k même que, dans les formes inférieures de la perception, uk simple sensation, d'odeur par exemple, est pour l'organifist l'indice d'attributs combinés ensemble avec lesquels est li^ cette odeur, de même, dans les formes inférieures du lutgage, un simple son ou signe s'emploie pour eiprim«rtiK idée complexe. Dans l'un et l'autre cas, comme les Ui^ki sont restreintes, ce système suffit. Uais un autre système df vient nécessaire, si le nombre des correspondances m imÉiplie considérablement. L'odorat ne peut distinguer que qadques objets seulement, vu que plusieurs sont modérJS. k sons et des signes simples sont aussi trop peu oombraux pas représenter quelque variété convenable d'idées; de Ifc ïW que, dans les deux cas, un système de signcu compotii 4^ vient la précondilion pour toute extension considérable ia correspondances. Les choses qui sont sans odeur, et lesfteH qui ont même odeur, peuvent être divisées eo diverses KMclasses, quand les impressions de couleur et grandeur piBvent être appréciées tout comme celles d'odeur. Etquudla sons simples ont été définitivement modifiés parrarticublK*, et les signes simples remplacés par des signes composés, i devient possible d'indiquer verbalement une infinité d'ofagrH.

es, qualités... etc. Mais maintenant, sotu quelle condiiiM langage plus compliqué pourra-l-il servir? Ou, povw-

treindre notre attention à une partie de la question, --^ que fiaut-ll pour que des signes composés et écrits puissent remplacer des signes simples et arbitraires? Il faut que les éléments constitutifs soient si efficacement coordonnés, si rapidement unis dansTacte de la perception, si bien intégrés, quHls en viennent à ne faire qu'un en pratique. S*il fallait reconnaître séparément les lettres qui composent chaque mot, comme le fait Tenfant qui apprend à lire, ce système de signes serait peu on point utile. Quelque apte qu'il pût être à exprimer, par les combinaisons variées des signes élémentaires, tous les mots possibles et avec précision, cependant, s'il restait aussi incommode dans l'application, il ne pourrait jamais lutter avec le système restreint de signes arbitraires simples. U en est de même pour le langage primordial des sensations. S'il fallait que les diverses couleurs, grandeurs, formes, mouvements, distances, directions d'un objet donné fussent reconnus successivement par l'être qui perçoit cet objet, — s'il fallait épeler l'objet de cette manière réfléchie, la méthode de récognition par sensations combinées le céderait en utilité à la méthode de récognition par une sensation simple. Malgré son caractère d'universalité, cette faculté serait trop lente dans Tapplication pour satisfaire aux conditions requises. Mais dans les deux cas, l'intégration progressive des éléments constitua tib éloigne la difficulté, en réduisant, en fait, les signes composés en des signes simples. Un mot composé d'une douzaine de lettres en vient à être rccounu aussi instautanément qu'une lettre simple, et un grand nombre d'impressions contenues dans la perception d'un objet complexe oe paraissent pas prendre plus de temps pour être reçues et interprétées que ne le feraient nn son ou un goût simple. Et ainsi la spécialité des correspondances gagne infiniment sans perdre en rapidité. Ezanainons ces résultats sous quelques-uns de leurs principaux aspects.

§ 170. Après les explications ci-dessus, il est inutile de nous arrêter au fait de cette simultanéité appareule ^N^^\â.-

quelle les contours, lumières et ombres, et toutes les particularités qui nous impressionnent dans les objets visibles, éveillent ces idées d'étendue tangible, de résistance, de texture auxquelles Texpérience les a jointes. 11 suffira de faire remarquer combien il y a là une intégration de correspondanees,* combien il est vrai que les sensations visuelles correspondant à une certaine distance, les impressions de lumière et d'ombre correspondant à une certaine forme, Tarrangemeat des lignes correspondant à une certaine étendue solide, etc. soDt unies de manière à paraître n'en faire qu'une, — unies de manière à ce que le groupe entier des sensations et les infé rences qu'on en tire paraissent ne constituer qu'un seul et unique état de conscience. Il suffit aussi d'indiquer l'extrême précision avec laquelle les assemblages les plus complexes de ces signes sont instantanément distingués des assemblages presque identiques ; par exemple cela se voit dans notre aptitude à reconnaître d'un simple regard^ non-seulement des êtres humains particuliers, quelque semblables qu'ils puissent être aux autres par leurs principaux attributs, mais i reconnaître leur état mental particulier, si légère que soient les modifications extérieures que ces états impliquent. Mais tandis qu'il est inutile de développer ces exemples familiers, il peut être bon, pour donner une idée frappante de la manière dont cette intégration des correspondances aide nos perceptions, de décrire ici une expérience qui en montre Texti^me force et l'extrême rapidité.

Nos jugements de distance sont guidés par au moins trxùs indications séparées. Quand les objets observés nous sont connus, les angles qu'ils sous-tendent, ou plutôt les espa* ces que leurs images occupent sur la rétine, aident à l'estimation. L'ajustement focal particulier que les yeux doivrnl subir pour obtenir une vision distincte, et qui est accompagné de certaines sensations musculaires^ fuurnit une autre ■ûce. Enfin les sensations musculaires qui accompala oon^ergence convenable des axes visuels, fournissent

UD troisième élément de connaissaDce. Dans toute vision ordinaire, il y a accord entre ces trois sortes d'indications. Mais dans l'ingénieux instrument inventé par le professeur Wheastone, — le pseudoscope, — les deux derniers éléments se contredisent Tun l'autre. Les actions musculaires qui servent à ajuster les axes visuels étant les mieux marquées, et celles que les sensations les plus fortes accompagnent, elles donnent une évidence prépondérante ; et il en résulte que, quand nous considérons quelque objet à travers le pseudoscope, ce qui est convexe parait concave, et ce qui est concave convexe. Mais par une opération particulière, — c'est-à-dire en ajoutant à l'évidence fournie par l'ajustement focal quelque autre évidence, — l'afBrmation de la conscience peut devenir soudainement inverse. Si, après qu'on a contemplé l'intérieur d'une coupe, et qu'on a bien admiré son apparente convexité, on tourne cette coupe peu à peu et latéralement, de manière à ce que l'extérieur vienne en vue graduellement et que l'ouverture devienne de plus en plus elliptique, alors il arrive un moment où la perception change tout à fait, et la coupe se montre sous son aspect ordinaire. Le fait significatif qu'il nous importe de considérer ici, c'est l'impossibilité d'un jugement intermédiaire ou hésitant. Malgré le conflit entre deux apparences, il y a, sauf au moment précis du changement, une perception tout à fait précise soit de concavité, soit de convexité. La perception n'est pas incomplète ou obscure, mais parfaitement distincte. Les impressions prépondérantes, en excitant puissamment toutes ces autres impressions avec lesquelles elles sont habituellement liées, produisent le même effet que si ces autres impressions étaient actuellement éprouirées, tandis que ce sont des impressions opposées qu'on éprouve. Les sensations coordonnées se sont intégrées d'une manière si inséparable, qu'aucune d'elles ne peut être présente i la conscience, sans que le groupe entier auquel elle appartient soit présent aussi. La perception, quelque complexe que soit sa nature, apparaît dans la pratique comm^ ivcù^\^*

400 SYNTHfeE Q-ÉNlilRXLK.

Celte intégralion se produit pour les actions eiéculrice tout comme pour les actious directrices, et on eo peut doQixr des exemples aaaiogiies. Quand une combînaUoQ d'aclioiii musculaires a été d'un longusage, — quand elle se produiidt telle manière que l'arrangeraenl est toujours le inéme,«II' devient presque indécomposable. On en trouve des eiemplo dans les mauvaises habitudes que les eiifaats contracleut dm leur marche, leurs attitudes, l' action de leurs maiDS. et dont il est si difQciie de les corriger. Le bégaiemeot, qui De coiamence souvent que par élre une imilation, une fois éubli, devient presque incurable et ne doit sa persistance qu'à celle indance. 11 en esl de même pour l'acte d'écrire. Les mouTeneiii] des doigts ayant été, par suite d'une longue pratique de li plume, coordonnés d'une manière particulière, ne peuTeotftn coordonnés d'une autre manière sans un degré de travail dni peu sont capables. Quoique, en les ramenant lenlemeni ett« attention, on puisse faire produire aux musclea des doigB des lettres de forme différente, cependant, si ralteotion a relâche, si l'on se remet à écrire avec la vitesse accoutumé lo lettres reprennent leur ancienne forme. De même, daoi tm les arts mécaniques, un enchaînement d'actions rouscnlûv perpétuellement 'répétées, quoique complexe, se rapprockt des mouvements simples sous les rapports de la rapidité et dt la facilité et, en même temps, devient incapable d'être mafifa dans son ajustement : — ces actions tendent de plus en pttf à se reproduire l'une l'autre d'une manière aulumtliqoe,— croissent en inséparabilité, — passent à l'état d'iotégrabea. Ce n'est pas seulement entre les éléments de chaque coBMii> sance et entre les éléments de chaque opénitioD que ccW connexion devient sans cesse plus étroite, mais aussi tÊirt opérations et les connaissances qui lesguideDU Quand Vm*

.apprend à marcher ou à diriger son bras vers ni •kT* ],ou à produire quelque acte manuel, 11 y a uiicawdificr

I délibér«ie et consciente de ses mouvemeats pour obéir àitf MUHlions, Mais plus lard, les divers ajustemeals rausctilaiRs>

par lesquels de minute en minute les ordres de rintelligence sont accomplis, suivent la volonté instantanément et sans effort. Pendant qu'elle est tout entière à son bavardage, Taiguille de la couturière marche toujours par une coordination de sensations et d'actions qui est presque instinctive. Quand on réfléchit profondément, — quand a Tesprit est ailleurs^ » comme on dit, — la production de perceptions particulières est souvent suivie d'une manière inconsciente par les actes habituels appropriés, et non quelquefois sans profit. Quand nous entendons tout près un son violent, nous nous écartons brusquement : nous balançons nos bras pour essayer de regagner réquilibre, quand nous avons glissé : ces phénomènes et plusieurs autres semblables nous montrent comment les procès- $us directeurs et exécuteurs, complétementdistincts àl'origine , s'unissent si bien que l'un suit l'autre, non-seulement instantanément et sans volition, mais souvent même sans qu'il soit possible de le prévenir. On peut encore suivre les traces de cette loi, là même où les impressions et mouvements sont au plus haut degré complexes, comme dans les actes d'un bon joueur de billard. Dans l'un de ses coups^ nous voyons la distance» la direction, la position des billes par rapport Tune à Tautre, par rapport aux bandes et aux poches, tout cela uni dans un impression visuelle complexe, coordonnée avec la plus grande précision ; nous voyons que la direction de la queue, son ajustement sur la bille, la force et la qualité du coup qu'elle donne^ tout cela est soigneusement modifié pour raccommoder aux circonstances; et nous voyons que, par une longue habitude, l'impression composée a été si bien uoie ayec l'action composée^ que l'une suit l'autre presque mécaniquement. Il n'y a pas besoin de raisonnement ni de calcul; on ne peut même se les permettre. Car il est notoire qu'au billard, comme dans les autres jeux d'adresse, une réflexion un peu longue^ l'hésitation, l'anxiété, l'intervention de facultés mentales supérieures, tout cela cause presque inévitablement une faute. Le rapport direct qui s'est établi I. ^^

■i02 SYNTHICJE GÈNÉKALE.

entre les seasaltous et mouvemeots coDstitutifs doit luaer toute liberté dans le jeu, et le succès devient sûr è proportàn que, par une coordination constante, les chaDgeinenls caih binés sont devenus en pratique un seul changement.

Dans tous ces exemples de la consolidation graduelle eSht les éléments de quelque correspondance habituelle, oous pMvons voir commeotdes correspondances plus complexes tendol à revêtir le caractère automatique des correspondances sia^kl chez les animaux inrérieurs, - comment cette iulégnlîaB, parfaitement réalisée par les correspondances réflexes et parement instinctives, est réalisée partiellement pir Itt correspondances supérieures, quand elles s'élèvent ea oo» plication,

§ 171. Mais ce n'est pas seulement aux éléments coiutitB* tifs de la perception immédiate, aux éléments du mouTemol composé et à la combinaison des deux que cette loi S*appJii]W; elle s'applique aussi aux procédés les plus hauts de hemnaissance. Elle se manifeste dans les plus hautes abstradioa) de la science, tout aussi bien que dans les faitâ d'adresse manuelle ou dans la faculté de reconn^tre rapidement les ohjeb: car l'acte de généraliser esl, en réalité, une Inlégnitioiiiis diverses connaissances séparées que la généralisation mtferme, — c'est leur réunion ea une connaissance slmpk. Après que s'est produite dans l'esprit une acctimuUtioB Ai phénomènes présentant une certaine communauté de oâluir (phénomènes dont on se souvient d'abord à titre de (ûu isolés et qui, après expérience ultérieure, sont réunis conuBt faits ayant quelque ressemblance), alors soudainement, et peut-être par suite de la production de quelque eicmplt typique, se produit la connaissance d'un rnppon ie eoevtteoceou de séquence commun au groupe tout entier; leabiti particuliers, auparavanl à l'état d'agrégat vague, se crâulfi*

it d'une fois en un fait général, — iU sont iot^ris. U lire aueiiî dont te résultat se produit, est U métae dâH ilevés et dan» les cas inférieur!). Tout comoïc la nfr-

INTÉGRATION DBS CORRESPONDANCES. 403

titioD continue d^expériences où deux sensations sont toujours jointes» où deux contractions musculaires sont constamment produites, où une perception est uniformément suivie d'un mouvement spécial, a pour résultat l'intégration pins ou moins grande des changements constitutifs, de même la répétition continue de ces expériences plus complexes qui^ quoique dissemblables en apparence, n'en présentent pas moins le même rapport fondamental de coexistence ou de séquence, a pour résultat d'établir dans la pensée une union entre les éléments de ce rapport, et cette union, fortifiée de plus en plus par la multiplicité des expériences, constitue leur généralisation. Il est également évident, sans qu'il y ait besoin d'entrer dans le détail, que la même chose arrive pour les généralisations de généralisations. Ainsi^ on peut retracer l'intégration des correspondances depuis les procédés intellectuels les plus simples jusqu'aux plus compliqués. Et, dans les derniers comme dans les premiers, elle a pour effet de si bien simplifier les actions directrices et exécutrices complexes, qu'elle rend praticables des ajustements qui autrement ne pourraient 86 produire par suite de la lenteur et de la complication des procédés qu'ils impliquent ; car^ de même que la perception d^un objet complexe ne pourrait arriver à bonne fin, si elle ne pouvait être effectuée qu'en épelant lentement les sensations constitutives produites, de même une série d'expériences composées qui, réunies en corps par une généralisation, sont pour nous un bon guide^ seraient de peu ou point de service, si chaque membre de la série devait être rappelé séparément, avant que puisse se former une expérience qui nous guide. § 179. Cette union graduelle des éléments d'un changement interne, par laquelle l'organisme s'adapte à une coexistence ou séquence externe, — ce procédé qui peut être presque décrit comme le développement d'une faculté spéciale pour chaque rapport spécial, — a été, comme tous ceux qui précèdent, abondamment manifesté dans le cours du progrès humain. Comme c'est le seul processus par lequel ç^wlW^iOvx^-

404 SYMTHÈSB QMÉEALB.

ver une correspoodâDoe éleréè en eompieiité et spédalîté, b progrès en intégration a été raccompagnemenl nécessaire di progrès en complexité et en spécialité i et^ à mesure que ii civilisation a manifesté les derniers, die a dû manife^k premier. Comme cela a été montré en détail pour oeui-là, 3 est inutile de le faire pour celui-ci. De même aoasi^ comme on accroissement en complexité et spécialité de corrcspondaDce implique un acroissement en longueur et degré de vie, ces deux derniers progrès ont accompagné FaciaroiBSeQieiA en intégration, qui lui-même avait rendu les deux prenien possibles.

Page 1