‹ Principes de psychologie, tr. sur la nouv. éd. anglChapitre 34 sur 67 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

§ 173. Ainsi nous trouvons éclaircie en détail et de diverses manières la vérité énoncée au début, que tous les phénomènes vitaux sont directement ou indirectement en correspondance avec les phénomènes du milieu environnant. Celte, méthode, par laquelle nous avons recherché le fait fondai mental sur lequel on peut baser une psychologie synthétique, est justifiée par ses résultats. En comparant les phénomènes de Tesprit avec le groupe de phénomènes qui s'en rapproche le. plus, — ceux de la vie du corps, — et en cherchant ce qu'il y a de commun aux deux groupes, il s'est révélé une généralisation que nous avons trouvée, après examen, exprimer réellement le caractère essentiel de toutes les actions mentales. Considérées sous toutes leurs variétés d'aspect^ comme elles l'ont été dans les chapitres précédents^ les manifestations de l'intelligence se sont trouvées consister universellement dans rétablissement de correspondances entre des rapports dans l'organisme et des rapports dans le milieu environnant : et Ton a vu que le progrès tout entier de l'intelligence n'est autre chose que le progrès de ces correspondances en espace, temps, spécialité, généralité, complexité.

Comme on l'a déjà fait entendre plus d'une fois, ces divers modes par lesquels le progrès de la correspondance se manifeste ne sont qu'autant d'aspects divers du même mode. Le vaste ensemble de phénomènes que, pour notre commodité^ nous avons considéré sous des titres séparés, forme en réalité une évolution générale, continue, sans séparation. Les divers ordres de progrès décrits non-seulement se sont pro-

40(1 SYNTHÈSR GÉNÊR.VLK.

duiu simultanément, mais chacuQ eo particulier a naia l'autre possible. Chaque espèce particulière de progrès t ouvert la voie à des progrès d'autre sorte, et ceux-ci, k leur tour, ont réagi de la même manière. Tous ont progresse grâce à chacun, et chacun a progressé grAce à tous. Aîasi, comme nous l'avons vu, l'extension de la correspoodanc* dans le temps est tout d'abord rendue possible par l'eitenskia dans l'espace : mais finalement, comme cela se voit dans la recherches des astronomes, uue plus grande eslen^oD At correspondance dans l'espace s'achève par une grand<^ nteosioQ dans le temps. Le progrès de la correspoodacce (Uns le temps et l'espace implique un accroissement en spécialité; mais il arrive que l'immense accroissement en spécîilit^, qui permet de faire des télescopes et des chronomètrefi, Eut faire un nouveau progrès à la correspondance dans le Xtmpi et l'espace. D'une part, ce progrès en complexité de correspondance, qui se voit daus l'aptitude à distinguer entra in objets ceux qui ont plusieurs ailributs en commun, ajouU au progrès en spécialité, et, d'autre part, c'est seulement pu un progrès en spécialité qu'on peut atteindre cette gratidt complexité dans les correspondances. De même aussi, lacotrespondance à des généralités de plus en plus hautes ourrt la voie k des correspondances plus complexes et plus spéciales, et ce n'est que par l'accumulation d'expériences dt CCS sortes de correspondances plus complexes et plus spéciale que la correspondance à des généralités encore plus haut» devient possible. Aux deux extrémités de l'évolution, on peut facilement montrer ce contmsus entre les divers ordm de correspondance : la seule différence, c'est que plus le progrès avance, plus le consensus devient intime. Si nous eufliinons les résultats d'un progrès de la vision ches qndqM membre inférieur du règne animal, nous voyons qu'ontirlt résultat de mettre en vue un plus grand nombre d'ob}els,(l dï-iendri- lin^i In r.irrospondance dans l'espace : outre Itl'suit.ii ih liiii , tiire plus vite l'approche d'un eoneai»

d'une proie, et d'étendre ainsi la correspondance dans le temps» il se produit une faculté supérieure de distinguer entre les objets voisins, et ainsi devient possible une correspondance plus haute en spécialité. Et si nous considérons ce qui se produit chez le savant, par suite de l'ajustement d'un rapport interne plus lointain à un rapport externe plus lointain que les précédents (par exemple, le rapport entre un courant électrique et la magnétisation du fer), cela conduit immédiatement à une grande variété de progrès dans tous les ordres de correspondance. Par la multiplication des expériences, on est conduit immédiatement à un progrès de correspoodance en généralité, — on est conduit à une généralisation interne correspondant au rapport général qui existe extérieurement. Gela rend possibles d'autres généralités et spécialités de correspondance à l'égard des phénomènes de magnétisme terrestre. Le même ajustement primitir, dont il est question plus haut^ aidé de la découverte du galvanomètre, établit des ajustements, à la fois généraux et spéciaux, entre les rapports internes et les rapports externes subsistant parmi les phénomènes électriq ues de di vers ordre . Il fait la même chose relativement à une immense quantité de phénomènes, et met à notre portée une vaste série de phénomènes chimiques, thermiques. Par le moyen du télégraphe électrique, qui est sorti aussi de cet ajustement primitif, naît la possibilité d'un grand nombre de correspondances spéciales entre les actions humaines et les changements qui se produisent sur la surface de la terre à des points éloignés : cela permet aussi aux ^tronomes de reconnaître avec la plus grande précision les Joogitudes relatives des observations ; et en leur fournissant des moyens perfectionnés d'enregistrer le passage au mérid^^n, cela leur fournit de meilleurs data pour calculer les dis- ^11 ces et les mouvements des étoiles, pour déterminer la struc- ^^r^ de la nébuleuse à laquelle nous appartenons, pour ^^ccDnaltre le mouvement du soleil . dans l'espace, et pour ^^velopper les plus vastes généralisations aslronouû^w^,*^.

produil lit I

SYKfHRSRGSNBi Ainsi un seul progrès eo correepondance a facilité progrès de toutordre, dans toutes les direclioDS, et de n'avons donné qu'un petit nombre d'exemples, et chiuine autre progrès, à nn degré plus ou moins grand, produil mêmes résultats.

On verra donc manifestement que, des formes basses au plus hautes de la vie, l'ajustement croÏ! rnpporls internes aux rapports externes forme, si on Ta bifB compris, une progression iudivisible. De môme que dutt$n homogène, qui est la matière primiiive de tout organisme, naît, par un processus continu d'intégration et de dilfércnrittion, un assemblage d'organes accomplissant des fonrliaBl séparées, mais qui restent constamment dans unedépendaM mutuelle et même deviennent de plus en plus dépendiDlD, de même aussi la correspondance entre les phénomènn ^ se passent au dedans de l'organisme et ceux qui septfscnlu debors, commençant, comme elle le fait, par une «WTrtpW' dance simple cl bomogène entre des afiînitês internes «1 rtternes. se différencie graduellement en divers ordres de correspondances qui se subdivisent constamment el de plus es plus, mais en maintenant néanmoins une réciprocité d'ùit qui devient de plus en plus grande à mesure que la progmsion avance. Les deux progressions sont, en réalité, des pe^ lions de la même progression. Sans insister sur les faits qn impliquent que le tissu primordial est doué dans toute na étendue des diverses formes d'irritabilité qui sont l'oripoi des sens, et que les organes des sens, comme les aulretoifilues, uaissent de la différenciation de ce tissu prîmordiil ; — sans insister sur ce fuit, que les impressïous reçues pv M sens forment la matière brûle de l'intelligence qui mW d* leurs combinaisons, et doit par conséquent se confbi loi de leur évolution ; — sans insister sur ce fait, que gpnce progresse pari pngtu avec le progrès du syst vtux, el que le système nerveux obéit à la même loi d«#* }» UDt que les autres systèmes; — sans insister tvrf*

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ails» il est suffisamment manifeste que, comme le progrès de 'organisation et le progrès de la «orrespondance entre Tor- ^anisme et son milieu ne sont que des aspects différents de ^évolution de la ^ie en général, ils ne peuvent manquer d*être en harmonie. Et par suite, dans cette organisation d'expériences que nous appelons intelligence, il doit y avoir la même continuité^ la même subdivision de fonctions, la même dépendance mutuelle et le même consensus toujours progressif qui caractérise l'organisation physique.

§ 174. Nous trouvons donc que, soit qu'on considère les laits en détail, comme dans les précédents chapitres, soit qu'on les examine dans leur ensemble, on est conduit à cette tODclusion nécessaire : que l'intelligence n'a pas de degrés distincts, qu'elle n'est pas formée de facultés réellement indél^dantes, mais que ses phénomènes les plue élevés sont les cSeta d'une multiplication qui^ par degrés insensibles, est sortie des éléments les plus simples. Toute forme de l'intelligence étant, dans son essence, un ajustement des rapports internes aux rapports externes, il en résulte que comme, dans k progrès de ces ajustements^ les rapports internes croissent en complexité^ en nombre, en hétérogénéité, par des degrés ioseoaibles, on ne peut tracer des lignes de démarcation ligoureuse entre les phases successives de l'intelligence. Dans Pespace à travers lequel la correspondance s'étend graduelle- Mit, on ne peut dire que jusqu'à telle limite précise suffit Mie dose d'intelligence, mais qu'au delà une autre dose est Béeesaaire. De méme^ on ne peut déterminer dans le temps Qne durée précise comme étant la plus longue à laquelle un prindpe directeur supposé puisse ajuster ses actions. Et entre Itt divers degrés de la spécialité en correspondance^ il est impossible de déterminer que tel degré peut être atteint, mais non dépassé par la faculté mentale portant telle dénomination, ^^ il en est de même sous quelque aspect qu'on considère les phénomènes.

iKridemment donc^ les classifications courat\le& d^ ti^^'^Vv

410 SYNTHÈSR eâNÉaALB.

losophies de l'esprit De peuvent être traies que su ment. Instinct, raison, peiyeption, conception, méoioire,i gination, sentiments» volonté^ etc., etc., tout cela ne peut llit que des groupes conventionnels de correspondauees, ouhMi des divisions subordonnées parmi les diverses opéntieus qi servent d'instrument pour effectuer les correspondaoees. QmIque grandes que puissent paraître les oppositions entra m diverses formes de Tintelligence^ elles ne peuvent êtie m autre chose que des mode^ particuliers de Tigoslenienl ài rapports internes aux rapports externes, ou des portions pv> ticulières de ce processus d'ajustement.

II est vrai, sans aucun doute, qu'on peut percevoir des dbtinclions entre les phénomènes groupés sous oes divers titm. Mais quand on les considère, dans leur essence, il devient ■!• nifeste que, examinées à un certain point de vue^ dki m fondent Tune dans l'autre, comme les branches dans un wtm tronc, et que, examinées à un certain point de Tue^ ellei si sont que les divers éléments constitutifs dont chaque el^ respondance plus complexe est faite.

§175. Ici une nouvelle région de recherches s'ouvre A* vaut nous. Après avoir trouvé que tous les phénonènes dih psychologie rentrent dans la formule qui les unit à een à la physiologie, nous avons maintenant à voir ce qui disliipi un groupe de Tautre. Nous avons dit que ce qui rendait eiM position plus claire, ce serait d'exposer d'abord Tévcdiite mentale comme on la conçoit généralement, et à spéctiliiV plus tard cette conception (§ 130). Le premier poirt • été rempli dans les précédents chapitres, qui ont présenté kl vérités psychologiques sous leur aspect le plus large eoMM les vérités biologiques. 11 reste k traiter le second point, m présentant les vérités psychologiques sous leur aspect dS> rcDtiel.

Car^ comme on Ta montré dans les §§ 54, 55/ quoique k pavAkAio^le objective, en tant qu'elle s'occupe d'un oeiuii

ités vitales, rentre dans la biol^^ eonsidMe

imc science totale de la vie, elle constitue cependant une B-8cience nettement délimitée» du reste ; tout comme la nie, quoique étant une partie de la science générale de la Bique moléculaire^ est à bon droit érigée en sous-science, ce qu'elle s'occupe d'une redistribution de molécules hétéènes, au lieu d'une redistribution de molécules homoes.

fous avons trouvé que ce qui distingue la science de la vie chique de celle de la vie physique, c'est la connaissance iocte qu'elle prend des phénomènes hors de l'organisme si bien que des phénomènes au dedans de l'organisme. 18 avons vu que, sans s'arrêter à la question qui occupe la fsique : Quelle est la conneiion entre deux phénomènes A Idans le milieu environnant? ni à la question qui occupe la fsiologie : Quelle est la connexion entre deux changeais a et ftdans l'organisme? la question qui occupe la rehologie est celle-ci : Quelle est la connexion entre ces IX connexions? Comment le rapport a, 6 dans l'organisme 41 ajusté au rapport A^ B dans le milieu environnant? En nettant, ou plutôt en affirmant que la biologie en général joonalt tacitement les phénomènes de milieu comme implib par les phénomènes de l'organisme, j'ai montré que le reconnaissance n'est que tacite, et que la plupart des herches biologiques n'y ont aucun recours, tandis qu'en [diologie la reconnaissance des actions et rapports environ- Us est avouée et essentielle^ est répétée de moment en lient, est un élément nécessaire de chaque proposition. Jette distinction, exposée d'une manière générale^ vient te échiircie de diverses façons spéciales. Car lorsque, pour «DÎT la conception la plus comprébensive des phénomènes «hologiques, nous en revenions au point de vue le plus léral, et que nous les avons, dans les précédents chapitres, lidérés simplement comme des phénomènes vitaux qui renit dans la définition totale de la vie, nous avons trouvé londantes preuves que les vérités de la psychologie difS^-

i\i SYNTHliSK GÉNÉRALE,

renl de celles de la physiologie en ce que leur objet ce ne ml ni les rapports entre les actes internes, ni les rapports «iltt les actes externes, mais l'ajustenient des actes internes m actes externes. En revenant sur ces chapitres, on trouvera que, dans les deux premiers, en traitant de )a vie purement siijue, telle qu'elle se trouve dans les atnioaux et types l« plus inférieurs, le milieu environnant a été reconnu aus4 peu que possible, et qu'on n'a tenu compte que de celte par- Lie du milieu qui est en contact avec l'organisme. Mais dés qui nous nous élevons à un type d'uni mal qui a juste cerlaiiisnpports organiques, h desr»pporls,dont les deux termes ae^nt pns en contact avec sa surface, nous passons à des ajusiemenls d'ordre psychologique; dès qu'il existe un œil nid: mentaire capable de recevoir l'impression rl'uo objet en mouvement vers l'organisme qu'il va frapper (d'où résulte pouf l'organisme la possibilité de quelque mouvement adapté), li se montre l'aurore des actions que nous distinguons comoit intelligentes. Dès que l'organisme, doué d'une faible sensibilité pour un bruit ou une vibration propagée dans son milieu, se contracte pourêtre moins esposé au danger venantdeceiU source de bruit, nous voyons une forme naissante de la \\t psychique, c'est-à-dire que, partout où les correspondau(.f montrent quelque extension dans l'espace et le temps, quflque accroissement en spécialité ou complexité, nous coupons la ligne de démarcation enlre la vie physique cl b'"» psychique. La physiologie, autant qu'elle s'occupe des sj"*' temeots d'actions internes à dps actions externes, se Hmitfl ces cas peu nombreux où les actions externes sont «II» d'agents en contact actuel avec l'organisme (nourriture, et choses qui produisent certains effets par contact, eomia les insectes qui fertilisent les fleurs), laissant ainsi à la p*!" chologie tous les autres ajustements d'actions internes àil« actions externes. De sorte qu'en pratique, la sphère des d'O' est aussi nettement divisée que l'organisme est séparé i^^ milieu par la membrane (\M\Vç"av\coone.

§ 176. Néanmoius, comme les deux espèces de vie doDt traitent respectivement la physiologie et la psychologie, quoique primordialement identiques, sont cependant grandement dissemblables, quand on les considère sous leurs aspects généraux^ il nous est utile de rechercher d*où proviennent ces différences. Les divers modes d'intelligence connus sous les noms d'Inslinct, Raison, Mémoire, Volonté, etc., etc., ayant, en dépit de leur communauté de nature, des distinctions spécifiques, il reste à déterminer en quoi ces distinctions consistent. Si, comme on Ta affirmé plus haut, les divers degrés de Tesprit et les facultés qui le composent sont des phases de la correspondance, on peut, en les considérant comme telles, les interpréter^ les expliquer; et pour compléter la question, il est nécessaire que cette interprétation soit donnée. Nous avons donc maintenant à entrer dans une autre partie de notre sujet. Terminant ici la synthèse générale et conservant avec nous la vérité fondamentale qu'elle a développée, il reste à fonder sur cette vérité fondamentale une synthèse spéciale.

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