CHAPITRE PREMIER
NATURE DE l'iNTELLIGENCE *.
§ 177. Les deux grandes classes vitales appelées physiologie et psychologie, se distinguent en gros Tune de l'autre par ceci : c'est que, tandis que l'une renferme des changements à la fois simultanés et successifs, Tautre ne renferme que des changements successifs. Les phénomènes qui sont l'objet de la physiologie se présentent sous la forme d'un nombre immense de séries réunies ensemble. Ceux qui sont l'objet de la psychologie ne se présentent que sous la forme d'une simple série. En jetant un simple coup d'oeil sur les nombreuses actions dont la continuité constitue la vie du corps en général, on voit qu'elles sont simultanées; que la digestion, la circulation, la respiration, les excrétions^ et sécrétions, etc., avec leurs nombreuses subdivisions, s'accomplissent à la fois et dans une dépendance mutuelle. Et il suffit de la plus eourte réflexion pour voir clairement que les actions qui constituent
* Ce chapitre et tous ceux qui suitent, composant la 4e partie, restent en subs« tince les mêmes que dans Tédition originale. Les nombreux changements d'exprÉttiOD, les suppressions, additions et développements, n*ont eu pour but que de pté^ tenter la doctrine sous une forme plus claire : quant à la doctrine elle^oie, elle D*a pas changé. Ceci est dit pour des raisons suffisamment indiquées dans le pré*» face. > •
41G SVNÏHÈSIi GÉNliRALK.
lapenséese produisent, dod ensemble, maisl'uoe aprèsPiatra. Il n'en résullc pas cependant qu'il y ait entre ces dm class'js UD abîme infranchissable. Quand méose (et DousfO^ roos bientôt qu'il y a des raisons d'en douter) la plus liuif psychique serait absoiumtrtt distincte de la vie physique iuà nous venons de parler, il resterait toujours vrai que Uik psychique, dans ses phases inrérieures, ne s'en distingue fe de celle manière : la distinction ne naît qu'avec le coaniâ progrès vital. Cette diiïérencialion et inlégralioo gradoeBo, qui se montrent également et dans l'évolution des stiuctnn organiques et dans l'évolution de la correspondance eitit •leurs actions et celles de leur milieu, se voit aussi dans h séparation de celte correspondance en ses deui grands ordrtl. C'est par elles que se sont produites les divisions subordooaM de la correspondance; par elles aussi que s'est produite «Bi division fondamentale. Nous allons examiner quelques biu. Sans nous arrêter aui animaux mus au moyen des ciU, d» qui il est inaDifeEle que les principes d'irritabilité et de Doivement entrent en exercice simultanéoienl et indépcnilimment les uns des autres; — sans nous arrêter sus zoophylet, chez qui chaque partie de l'organisme est capable, k un itpi plus ou moins grand, d'excitation ou de contraction indJpcBdammeiit des autres parties qui peuvent obéir à queltpie litre stimulus ; — sans nous arrêter aux êtres inGmes cba ifù l'absence ou le caractère rudimentaire du système oenro empêche de se produire à travers la masse rien qui rentnUt à une communauté d'impressions, considérons ce qui miK même quand le système nerveux a atteint quelque détdoppement. Chez les radiés de l'ordre le plus élevé, par aHBfk l'étoile de mer, chacune des parties semblables qui lofDtBt le corps a est liée h un centre ganglionnaire qui ne p•raltf(^ u'aux fonctions de sa propre partie, et n'avoir anc k i que peu de communication et peu du dépeodaimt»
Mkr : Principri ite jihyiioUtsit eomparie. p. tlM, t* Mitiai.
NATURE DE l'iNTELLIGENCE. 417
Ce qui en résulte, c*est que les actions motrices et sensorielles qui se produisent dans chaque rayon de Tétoile de mer, sont en général indépendantes de celles qui se produisent dans les autres. Ces changements psychologiques élémentaires, tels que ranimai les manifeste, se localisent simultanément dans diverses parties de son corps, et chaque partie répond aux impressions qu'elle reçoit. Et de là vient que, quelque temps après avoir été séparés les uns des autres, les rayons de Tétoile continuent encore leurs modes d'action accoutumés. Chez les articuliSj que leur structure rend particulièrement propres à subir une expérience, cette disposition de la vie psychique peut être très-clairement montrée. « La mantis religiosa se place d'ordinaire dans une curieuse position, surtout quand elle est menacée ou attaquée : elle s'affermit sur ses deux paires postérieures de jambes, et élève son thorax à l'aide de la paire antérieure^ qui est armée de griffes puissantes. Maintenant, si le segment antérieur du thorax, avec les membres qui y sont attachés^ est séparé du reste, la partie postérieure du corps restera toujours balancée sur les quatre pieds qui lui appartiennent, résistant aux efforts faits pour la renverser^ recouvrant sa position quand on la dérange, enfin faisant les mêmes mouvements d'ailes et d'élytres que quand l'insecte non mutilé est irrité; d'un autre côté, la partie du thorax qui a été clélachée et qui contient un ganglion^ fera, si on la sépare de 1a tête, mouvoir ses longs bras et enfoncera leurs griffes dans Itt doigts qui voudront la prendre. — Si l'on coupe la tête ^'qq eentipède pendant qu'il est en mouvement, le corps continuera d'avancer par la seule action des pieds ; et la même chose se produira dans les parties séparées, si le corps est partagé en plusieurs portions distinctes.... Si le corps est empécbé dans sa marche par un obstacle qui n'ait pas plus de la . nioitié de sa hauteur, il monte dessus et s'avance en ligne droite, comme dans son état naturel ; mais si l'obstacle est ^alàsa propre hauteur, la marche de l'insecte est arrêtée, ^l la partie coupée du corps reste forcément auprès du corps I. 27
418 SYNTHÈSE GÉNËRALB.
qui lui est opposé^ tandis que les pieds continuent encore ie u mouvoir. — Enfin, si le cordon nerveux d*un centipède est coupé au milieu du tronc, de sorte que les pieds de derrièR soient privés de toute connexion avec les ganglions delatèle, ils continueront de se mouvoir, mais sans être en harmonie avec ceux de la partie antérieure du corps : complètement pt ralysés dans la partie où le pouvoir régulateur de ranioialBe se fait plus sentir, ils sont cependant capables de prodoire encore des mouvements réflexes parTinfluence de leur propre ganglion, qui peut ainsi continuer de faire avancer les corps, malgré les déterminations de Tanimal lui-même . » Tous ces faits nous montrent que, même chez des animaux d'une orginisation comparativement avancée, les deux ordres de changements vitaux sont à la fois simultanés et successifs : h différenciation de la vie psychique et de la vie physique o*est que légère.
Môme chez les vertébrés d'ordre supérieur, cette diffé^nciation n'est nullement complète. Beaucoup de leurs actioos sont en partie volontaires, en partie automatiques, et el!« peuvent être exécutées avec divers degrés de conscience ou sans conscience. C'est ce qui est impliqué par ce fait, que des sensations peuvent être reçues et des mouvemeots compliqués accomplis en Tabsence des grands centres nf^ veux. Les expériences faites sur des grenouilles décapitées, prouvent clairement que des actions très— complexes pcuteat être exécutées convenablement sans Tuide du cerveau §H« Les vivisections de Longet, Vulpian et autres, montrent qie des mammifères continuent de sentir, et retiennent certaioes de leurs facultés locomotrices, quand le cerveau et le ceneiei ont été enlevés, et que des oiseaux, privés de ces deux grandr ganglions céphaliqucs, peuvent encore aller, voler, et mi^'idre leur nourriture. Bien mieux, il y a des cas d'eafir:-i cerveau ou sans cervelet, qui ont pendant de> jour?
Ue. cU., p. 665.
NATURE DE l'iNTELLIGENCE. 419
continué à respirer, crier, teler et produire divers mouvements. — Même en dehors de ces preuves, l'expérience personnelle de chaque adulte lui montre qu'il y a beaucoup d'actions, appartenant à la division psychique, qui peuvent entrer ou ne pas entrer dans le courant mental. Le mouvement des jambes est nécessairement accompagné de divers mouYements musculaires et tactiles. Ces changements, joints à l'état que nous appelons volition, peuvent être distinctement présents à la conscience, peuvent être pensés, comme par l'enfant qui apprend à marcher, ou, comme dans la marche ordinaire, peuvent être laissés presque entièrement hors de la conscience.
Dans la série des actes que nous accomplissons en mangeant, il y a des rapports tout à fait semblables. Les divers actes par lesquels chaque morceau est choisi, coupé, préparé, porté à la bouche, peuvent bien être, sans doute, considérés comme entrant dans le courant de nos pensées, quoique en général, et spécialement quand nous nous livrons à la conversation, ils paraissent voisins de Tinconscience : mais beaucoup d'impressions et de mouvements qu'ils impliquent sont certainement inconscients. Les sensations que donne le manche du couteau, les contradictions musculaires nécessaires pour le saisir, les changements musculaires que les bras produisent à chaque moment, occupent à peine Tattention, •î même ils le font. Tout cela veut dire : — que parmi le ff^d nombre des actions psychiques qui se produisent ^nsTorganisme, une partie seulemant entre dans la trame ^^ faits de conscience, tandis que les autres forment un ou plusieurs développements distincts qui s'unissent, pour ■*D8î dire, par occasion, à la trame des faits de cons* rience *.
'ie (route qu'on peut qiielqiiufuis découvrir quc]«iuo chose comme cinq séries ''iiUriUoéet de ëhangements nerveux qui entrent à divers degrés dnns la conscienci\ ^ façon qn'oa ne paUse dire qu'elles sont ubsolumeiit incunscieiites. Quand ^ Barchooa, il y a une série locomotrice; il p^^ut y avoir, dans certaines cir-^
Aiasi, c'est par une différeociatioa graduelle que les changements qui constituent la vie psychique sont defeovs successifs seulement, — de simultanés et successib quib étaient^ — et, pour le présent même, cette différenciitiN n*est pas complète. Chez les animaux inférieurs, chKpe partie de l'organisme, tandis qu'elle produit par et pov elle-même toutes les fonctions vitales, répond aussi par d pour elle-même aux stimulus externes ; et les changemeoti psychiques ou ce qui en tient lieu sont à la fois simultiDCS et successifs, et presque dans la même mesure que les chao* gements physiques. A mesure que le système nerveux ap|»iralt, ces changements psychiques se coordonnent visiblemeot, — il s'établit une connexion entre leurs diverses sériff.A mesure que le système nerveux devient de plus en plus con* plet, l'entrelacement de ces diverses séries de modification en vue de former une trame unique, devient de plus en plus complet. Mais, au terme, leur union ne peut jamais deTenir enlière. Les actions vitales^ qui sont le sujet d'études de la psychologie, quoiqu'elles se distinguent de toutes les autres actions vitales par leur tendance à prendre la forme d'une simple série, n'atteignent jamais cette forme d'une manièn absolue.
§ 178. On comprendra plus clairement comment cette distinction entre la vie psychique et la vie physique s'élève graduellement, si l'on considère de quelle manière elle apparaît d'abord, et quels sont les principaux degrés de M progrès.
Dans toutes les parties du tissu homogène dont les am* maux inférieurs sont faits, il y a uue communauté complète d'actions. Chaque partie fait ce que fait l'autre. Les diverses actions vitales se produisent simultanément et de la méoe
eoBsUnctt, VM série Uctile; il y a très-souvent (chez moi du moins) uw writ
ïeMMlitwntqoelqae mélodie ou fragment de mélodie qui m'occope: ctil!*
^ vbgelte : toales cee séries, subordoiini>es à la conscience deoûaaaif . Sr>
série de réflexions, se croisent continuellemesl avec elle el •'.* ^
.NATURK DE L' INTELLIGENCE. 4i2l
manière sur plusieurs points. Ces organismes primitifs (si l'on peut les appeler des organismes) ne . manifestent aucune diiïérence de structure ou de fonction. Et ainsi; les deux grandes divisions de la vie, ainsi que les diverses subdivisions de chacune, à Torigine, c'est tout un.
La première grande différenciation qui s'établisse, est celle
entre les tissus internes et les tissus externes, — la masse et
la membrane qui la limite, - la substance du corps et sa
peau. Les parties du protoplasma originel ne sont sujettes
dans leurs conditions qu'à une seule différence bien marquée,
c'est celle-ci : — les unes n'ont de contact qu'entre elles,
d'autres en ont avec ce qui les entoure. Les parties externes
sont baignées par le milieu environnant ; les parties internes
ne le sont pas. Pour correspondre à cette première différence
dans les conditions, se produit éventuellement une différence
de structure et de fonction. Ce qui est le plus constamment
extérieur revêt le mode d'actions vitales que les circonstances
réclament; ce qui est le plus constamment intérieur revêt
de même un mode plus spécial d'activité. {Princ. ofhiol.j^iSl.)
La division du travail, ainsi commencée, peut être consi-
': dérée d'abord comme purement physiologique. En vertu de sa
position, la surface peut être regardée comme assumant néces-
, sairement les fonctions d'absorption, — absorption d'eau, de
- Doorriture, d'oxygène. Et quand, par l'enveloppement de la
^.surface, un estomac vient à se former, ce changement peuè
^.étre considéré comme une séparation postérieure des fonc-
^ lions telle, que la nutrition est principalement confinée dans
! ime partie de la membrane qui enveloppe le corps, et la respi-
|nUion dans une autre. Mais ce progrès n'est pas seulement
* — progrès dans la division physiologique du travail, c'est
}m même temps un progrès vers la séparation entre les
plions physiques et les actions psychiques ; c'est même un
^ffretnïev pas pour amener les actions psychiques à un ordre
JpKérieL Par un résultat nécessaire de sa position, la peau ne
Mfte charge pas seulement de l'office constant d'absorber les
•i22 SYXmtSE GÉXÉRAI.K.
matières et de inaiatenir âiosi le mouvement vital d'iulêgratioQ et de désintégration, et d*cicréter ensuite les produis inutiles, mais elle assume aussi, et d'une manière permanente, l'office de recevoir toutes ces impressions qui formeot la matière brute de Tintelligence. Les actions mécaniques et autres qui se produisent à Tentour, ne peuvent être ressoDtid par l'organisme que s'il est affecté par elles, et quelques effets qu'elles produisent, c'est sa surface qui doit les éprouver immédiatement. La peau, étaut dont la partie immédiatement soumise aux diverses sortes de stimulus externes» defieot nécessairement la partie où les changements psychiques prennent naissance. Cette corrélation entre les rapports ioternes et les rapports externes qui constitue riutelligeoceà tous les degrés, doit, dans chaque cas, avoir pour principe Faction des choses sur le dehors de l'organisme.
Mais remarquons maintenant ce que cela implique. Les changements qui constituent la vie physique contiouent, comme auparavant, de se produire simultanément à travers la masse entière de Tctrc animé. Ceux qui sont comme uDe première esquisse de la vie psychique, quand ils crois.'^eDt en intensité, sont localisés dans sa surface extérieure ;— ik appartiennent à la surface extérieure d'abord, et affectent quelques autres parties ensuite. Quoique, aussitôt qu*il y i quelque rudiment de système nerveux, les impressions revues par la peau soient suivies de changements spécifiques qui se produisent ailleurs, cependant, comme ces chaugenienb spécifiques ne se seraient pas produits sans les impre»ioQS faites sur la peau, nous devons considérer celles-ci comme fondamentales. De sorte qu'en examinant ces faits sous leur aspect général, nous pouvons dire que, tandis que lescbaiifements physiques passent à travers un solide, les changemcDU psychiques, ou plutôt ceux qui sont la source d*où sortent I(> changements psychiques, tendent à se confiner à la surfâct- ~~nme les changements qui peuvent se produire siiculu- \ travers un solide, sont infiniment plus nombreux
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ue ceux auxquels une surface peut être sujette, il en résulte je, même à co premier degré de différenciation^ la vie psylique, qui ne fait que commencer, se distingue de la vie jremeat physique par la qnaniilé moindre des changements multanés qu'elle contient.
L*es différenciations ultérieures ont même nature et même ésultat. A l'origine, la faculté de sentir qui forme la base de A vie psychique, est répandue d'une manière plus ou moins égale sur la surface entière ; mais à présent elle se concentre en un certain degré. Quoique en général toutes les parties de la peau restent impressionnables au toucher, cependant certaines parties qui par leur position sont plus spécialement propres à recevoir les impressions tactiles, deviennent plusimpressionnables que le reste, et c'est dans ces parties que la grande majorité des changements sensoriels est localisée. C'est dire que, pour les changements qui forment la matière brute de rintelligence, lorsque la surface où ils se produisent est en grande partie restreinte, le caractère de simultanéité se restreint aussi dans de plus étroites limites, et que plus l'appareil tactique se développe^ plus sa limitation apparaît.
Cette limitation, au reste^ est rendue encore plus grande par le développement de sens spéciaux. Les sensations du goût et de Todorat sont localisées dans une étendue plus petite que la sensation du toucher^ et chacune de ces étendues n'est que peu susceptible, si même elle l'est, de produire plus d'un changement dans le même temps. Les impressions de la vue rt de l'oreille sont reçues dans des étendues encore plus petites; et quoiqu'elles soient doubles pour les sons et pour les ûopressions visuelles, fonctionnellement elles n'en font qu'une. I^ oreilles sont simultanément affectées par les mêmes sons, et chez les animaux supérieurs, les yeux étant placés de manière que leurs axes convergent vers le même objet, il se produit en eux des images presque identiques, et l'impression 9ui est rapportée à la conscience parait unique. De plus, il est lOanifesle que même les sensations qui se produisent dans
Tétroite étendue de la rétine se concentrent ultèrieureiMBL La plus haute sensibilité de la rétine est restreinte k unetrispetite place^ et les changements qui se produisent sur cette place prévalent si bien que les autres en sont grandeaol obscurcis. Si nous nous rappelons ensuite que, lorsque këyelopperaent le plus complet de Tin telligence est attdot^ls sensations qui se produisent dans le nez et le paUsn sont qu'accidentelles^ et que celles qui proyiennent ài yeux et des oreilles sont les plus fréquentes de beiicoup, on verra à quelles parties extrêmement petites éi Torganisme les changements qui forment la plus giule partie de la matière brute de l'intelligence sont finalemeil restreints.
Ce progrès continu de différenciation et d'intégratioo,*par lequel les changements qui forment la substance delaûe psychique sont d'abord graduellement concentrés sur li nrface de l'organisme, ensuite sur certaines régions de cette so^ face, ensuite sur ces parties plus spéciales qui constituent ks organes des sens les plus élevés, enfin, au plus haut degré de perfection, plus ou moins localisés dans de petits centres,-montrera clairement comment la vie psychique devient distincte de la vie physique parla tendance croissante de ses chiiK gcmcnts à prendre un arrangement sériel. Nous n'avons j» à nous occuper du développement progressif du système ner-' veux, ni des actions qui se continuent à travers sa misse- Toutes ces actions ont leur origine dans les sens. Les chiO"' gements internes suivent les changements externes à titre é& conséquence. Et à mesure que les changements externes tes-' dent vers la forme sérielle, les changements internes qaitm résultent doivent faire la même chose.
§ 179. Le progrès de la correspondance (entre rorginisae et son milieu) nécessite de lui-m6me une sérialité croissasle dans les changements psychiques, ou, en d'autres termes^' l'^ lie la correspondance, le développement de It eoss-
»ndance croissante vers un ordre linéaire diss
NATURE DE l' INTELLIGENCE. 425
les changements psychiques, sont difTérents aspects de la nième progression.
Car comment seulement les changements constitutifs impliqués dans quelque correspondance complexe peuvent-ils être coordonnés ? Ces propriétés que possède un être intelligent de reconnaître une variété d'objets externes de structures différentes, et d'accorder sa manière d'agir avec des phénomènes composés de diverses sortes, impliquent un pouvoir de combiner beaucoup d'impressions séparées. Ces impres^ rions séparées sont reçues parle sens, — par différentes parties du corps. Si elles ne vont pas au delà des points où elles 8e produisent, elles sont inutiles. Si quelques-unes seulement sont mises en rapport avec quelques autres, elles sont inutiles. Mais qu'une relation de correspondance se produise entre les unes et les autres, et toutes seront nécessairement mises en rapport réciproque. Mais pour que toutes ces impressions soient mises en relation les unes avec les autres, cela implique quelque centre de communication qui soit commun à toutes, n est impossible qu'elles soient coordonnées sans cela. Ce centre de communication commun à toutes les impressions doit être un, et les impressions ne le traversent que séparément; et comme elles ne peuvent traverser ce centre simultanément, elles doivent nécessairement le traverser sous forme de succession. Au fur et à mesure que les phénomènes externes correspondants deviennent plus nombreux et d'une ii&tnre plus compliquée, il faut que la variété et la rapidité des ^gements auxquels est soumis ce centre de communication croissent; — au fur et à mesure, il faut qu'il en résulte UQe série continue de ces changements, —au fur et à mesure^ îlfaut qu'il se produise une conscience.
Delà donc il est manifeste que le progrès de la correspondance entre l'organisme et son milieu, implique inévitablemeot une réduction de plus en plus complète des changements sensoriels à une succession ; et par ce fait implique inévitablement révolution d'une conscience, — d'une cons-
4911 Sl.NlHKél-: GKNÊRALB.
cieuce qui devient de plus en plus élevée à mesure que la succession devient plus rapide et la correspondance pins CdmplÈle.
§ 180. Celte doctrine : que les phénomène? mentaux cooslituenl une série, est depuis longtemps établie, et nul n'en peut révoquer en doute la vérité géuérale. Comme nous l'avoDs vu cependant, elle demaude k être comprise daus un sent un peu déterminé. Quand, comme nous l'avons fait plus haul,les faits sont étudiés objccliTement, il devient manifeste que, quoique les chaugeracnls qui constituent l'intelligence approchent plus ou moins de la simple succcsioo, ils n'y arriveal point absolument, — qu'il y a des actions de nature iolelleo Iticlle qui se forment constamment sans être présentes h U conscience,— et qu'à travers les nombreuses gradations ipii existent entre lesactions complètement conscicutes cl celle» coniplétemeiil inconscientes, les changements psychiques plongent dans ceux-là que nous appelons physiques, et qu\tinsi les limites de la série sont elTacces. Si nous cou* sidérons les faits subjectivement, — si nous iaterrogeons la conscience, nous trouverons encore que, quoique lasérialitédej changements devienne de plus en plus clairement manifeste, il y a néanmoins certaines expériences qui nous font hésiter à affirmer dans un sens rigoureux que cette sérialité eiîst*. Examiuons-en un.
Les impressions visuelles que nous recevons h chaque moment, quoique regardées ordinairement comme des élalssilBples, sont en réalité composées, et c'est une questioo perpleu de savoir si chacun de ces étals composés peut, strictemeol parlant, Otre un d'is termes d'une série linéaire de c)iaiig«menls. Ce n'est pas simplement parce que les diverses dislanceSj solidités, structures, etc.... qui paraissent élre doanéa immédiatement dans chaque impression, sout eu rialilc connues par inféreucc et impliquent plusieurs chaagcmeDb distincts, mais c'est parce que les divers objets enfermés dans le champ visuel sont simullanémcnt présents à la coai
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avec divers degrés de distinction, - et produisent ce qu'on peut, en un certain sens, appeler des changements simultanés dans la conscience. Outre l'objet particulier vers lequel les yeux sont dirigés, beaucoup d'autres sujets sont vus plus ou moins clairement, et aucune ligue de démarcation ne peut être tracée ni entre les divers degrés de perfection avec lesquels les objets s'impriment sur la rétine, ni entre les divers degrés de perfection avec lesquels ils sont offerts à la conscience. Il n'y a qu'un point particulier de l'objet qu'on considère qui soit perçu avec une distinction parfaite. Cependant OD ne peut dire que la conscience est pleinement occupée par ce seul point, puisqu'un seul regard dirigé sur un seul point nous fait connaître l'objet lui-même. Évidemment le degré de conscience que nous avons des objets dans le champ delà vision, décroît insensiblement à mesure qu'ils s'éloignent du centre vers lequel convergent les axes des yeux. Evidemment il n'y a pas, à partir de ce point, de distance détenninée où nous puissions dire que la conscience cesse. Et ainsi il semblerait qu'il y a un grand nombre de consciences naissantes, différentes d'inteusité, qui existent au même moment. La difficulté de considérer comme simple cette conscience produite par les impressions visuelles, deviendra plus Manifeste encore si l'on se rappelle que chacune de ces consciences naissantes est en réalité le résultat d'un changement ^inct, ou d'un groupe de changements sur la rétine. Le nombre immense d'agents sensitifs distincts qui constituent la rétine étant capables chacun à part d'une excitation indé- PendaDte, il en résulte que, lorsqu'un amas d'images vient 'es frapper, chacun et tous sont affectés de différentes manières à divers degrés. Ils subissent simultanément une variété de changements qui sont plus ou moins distinctement offerts à la conscience. Évidemment donc, ce n'est que par Une certaine licence que l'on peut appeler simple le changement interne produit par une impression visuelle. C'est en réalité une multitude de changements simultanés liés en-