‹ Principes de psychologie, tr. sur la nouv. éd. anglChapitre 39 sur 67 · DÉVELOPPEMENT DE L'INTELLIGENCE · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DE L'INTELLIGENCE

ajuste un aussi grand pouvoir de penser, et de penser exactement, qu'à touteautre période subséquente. Elle impliquerait que les hommes sont également habiles à Tégard des choses dont ils n'ont aucune expérience qu'à l'égard de celles dont ils ont l'expérience. Elle nierait complètement ce fait, qu'une expérience limitée etexceptionnelle conduit à des conclusions erronées. Elle nierait complètement ce progrès vers la lumière qui caractérise le développement humain. En un mot, nonseulement elle n'a aucun fondement dans nos connaissances positives des phénomènes mentaux, mais elle nécessite le rejet de toutes les connaissances positives que nous avons acquises des phénomènes mentaux.

Au contraire, les preuves en faveur de la seconde hypothèse sont frappantes. La multitude des faits qu'on cite communément pour éclaircirla doctrine de l'association des idées vient à l'appui de cette hypothèse. Elle est en harmonie avec cette vérité générale : que de l'ignorance de l'enfant aux connaissances de l'adulte, la marche ascendante se fait à pas lents. Toutesles théories et méthodes d'éducation la prennent pour accordée ; — toutes sont basées sur cette condition : que plus fréquemment les états de conscience sont habitués à se suivre l'un l'autre dans un certain ordre^ plus forte aussi devient leur tendance à se suggérer l'un l'autre dans cet ordre. Les phénomènes d'habitude infiniment variés sont autant d'éclaircissements de la même loi, et les proverbes : — a La pratique perfectionne» et « L'habitude est une seconde nature i» nous montrent combien est universelle et établie depuis longtemps la conviction qu'une telle loi existe. Nous voyons un exemple de cette loi dans ce fait : que des hommes qui, ayant été dans des situations différentes, ont eu des expériences différentes, généralisent différemment, et dans ce fait: qu'une connexion d'idées erronée s'établira aussi fermement qu'une connexion eiacte^ si la relation externe à laquelle elle répond a été aussi souvent répétée. Elle est en harmonie avec ces vérités familières : que les phénomènes qui sont tout à fait sans relation

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dans notre expérience, nous n'avoas aucune tendance kk$ penser ensemble ; que là où un certain phénomcne t'at ^nduit dans notre expérience avec beaucoup de relations, oou pensons qu'il doit de même se reproduire avec c«3 reUtins au milieu desquelles il s'est le plus rréquemment produit;^* làofi nous avons eu plusieurs expéneoces concordantes d'un certaine relation, nous avons une ferme croyance en cette relation; que là où une certaine relation a été journelleotal éprouvée durant notre vie entière pour ainsi diresansetaplion, il devient extrêmement difGcile pour oouâ de Uoombvoir d'une autre manière, — de rompre la connexion eoUtlo états de conscience qui la représentent ; et que U oà une rt* lation a été perpétuellement répétée dans notre espirîeaM avec une unirormilé absolue, nous sommes tout & bit ispropres à en concevoir la négation.

Les seuls ordres de changements psychiques qui ne reotnnl pas évidemment dans celte loi sont ceux que nous riaoots sous les noms de réflexes et d'inslinclifs, — ceux qui »'e«" cutent tout aussi bien h la première occasion que dans lasoite, — ceux qui paraissent établis antérieurement à toute expérience. Mais il ne manque pas de faits qui, bien interpritéi, montrent que la loi s étend h. tous ces cas eux-mêmes. Qmqu'il soit clair que ces séquences réflexes et in&tinctmt H sont pas déterminées par les expériences de l'orgamsine Mvidtul qui les manileste, cependant il reste encore l'^FP^ thèse qu'elles sont déterminées par les expj;rienccs de la rw d'organismes d'oti sort l'organisme individuel, lesquels )■ une répétition infinie dans d'innombrables gèoératianiH» cessives, ont établi ces séquences à l'état de rclatùnu Mgi* niques, cl tous les faits qui nous sont accessibles vîeBDMl i l'appui de cette hypothèse, La transmission héréditaire qiii* moiiire égaleniL^nt dans toutes les plantes que nous raltTfOBS, dans tous les animaux que nous nourrissons et dans U nt* humaine, ne s'applique pas seulement aux partieuUràfi physique!^, mais au??i aui; particularités psychiques. Ce %'ttt

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pas simplemeot en ce qu'une modification dans la forme de la constitution produite par de nouvelles iiabitudes de vie, est léguée aux générations futures, mais en ce que les modiflcatioos des tendances nerveuses produites par ces nouvelles habitudes de vie sont aussi léguées, et si les nouvelles habitudes de vie deviennent permanentes, les tendances deviennent permanentes. Ceci est vérifié dans tous les animaux dont nous afODS une expérience convenable, depuis Thomme jusqu'aux êtres inférieurs. Quoique, dans les familles d'une société cifilisée, les changements d'occupations et d'habitudes, les croisements par mariages de familles ayant différentes occupations et habitudes^ rendent très-confuse Tévidence de la transmission psychique, il suffit de considérer le earËctère des peuptes chez qui ces causes perturbatrices sont vérifiables pour voir distinctement que les particularités mentales produites par l'habitude deviennent héréditaires. Nous savons qu'il y a des races guerrières, pacifiques, nomades, maritimes, adonnées à la chasse^ au commerce, — des races qui sont indépendantes ou .esclaves, actives ou paresseuses, 7— des races qui montrent une grande variété de dispositions ; nous savons que beaucoup d'entre elles^ sinon toutes, ont une origine commune, d'où on ne peut révoquer en doute que ces lariétés de despositions qui ont un rapport plus ou moins éfident avec les habitudes de vie, se sont produites et affermies graduellement dans la succession des générations et sont devenues organiques. C'est dire que les tendances à de certaines combinaisons de changements psychiques sont devenues oi^niques. Chez les animaux domestiques, il y a des Ikits analogues familiers à tous. Non-seulement la forme et la eonstitution, mais les habitudes des chevaux, bœufs, moutons^ porea, volailles sont devenues différentes de ce qu'elles étaient àFétat sauvage. Chez les différentes races de chiens qui, comme leurs caractères spécifiques le prouvent, dérivent toutes d^une même souche, nombreuses sont les variétés que la manière de vivre établit d'une manière permanente dans le I. ^^

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caraclëre et les facultés mentales, et ces dif^rses tendances n manifestent spontanément. Un jeune chien d*arrét indiquai une compagnie d'oiseaux, la première fois qa'il est lâdé à travers champs. Ce que de tels exemples impliquent, e*«t qu'il y a pour les changements psychiques une tendance liguée à entrer dans une voie spédale ' . Dans la manière d^^ir des animaux non apprivoisés, nous pouvons de même mcueillir quelques faits évidents qui impliquent les mésM conclusions. Les oiseaux des contrées habitées sont beaueoip plus difficiles à approcher que ceux des contrées inhabitiei. Et la conclusion manifeste à tirer, c'est que l'expérience eoa* tinuelle de Tbostilité des hommes a produit sureeux-lk« effet organique, — a modifié leurs instincts, — a modifié Itf connexions entre leurs états psychiques * .

Ainsi donc, des deux hypothèses, la première n'a pour di aucune évidence positive, tandis que la seconde a pour eh toute l'évidence positive que nous pouvons obtenir. Que lei cohésions internes des changements psychiques sont préajostées aux persistinces externes des relations qu'ils représentefiii

* Si VOrigine des espèces, de N. Darwin, tTait été publiée avant qw fo* écrit ce paragraphe, je me serais sjns doute exprimé de façon i reconnaître la iH*' tion naturelle ou artificielle comme facteur. Je préfère ne rien changerai que quelques mots et faire celte mention dans une note. Je le fais un pei ter toute complication dans mon exposition; maittQftout parce que, toate que la survivance du plus apte est toujours une cause coopérante, je croit qne. 19 les cas comme celui-ci, ce n'est pas la cause principale. Voir sur ce point kifl'^ eipes de biologie, i 1C5.

3 J*ai été un peu surpris de voir un critique très-com}>étent nettre en modification des instincts chez les oiseaux, et, ne me rappelant pas sv qntDci rite j'svais allégué le fait (que je supposais bien connu), je ne pooTais Un smi américain a %u depuis la bonté de me procurer cette Téhficaiion : cV remarque incidente contenue dans une lettre du capitaine W. fieynold, a| k la marine des États-Unis. Cette lettre (dont j'ai l'original sous les ye«x)flslé0i> de Pile de Brooke, que le capitaine Heynold décrit comme on petit aid ée milieu de l'immense Pacifique. Après avoir donné quelques détails sur cette fli bitêc, il dit : « Les oiseaux ne voulaient pas se tirer de notre cbeaia qaan4 abordions; mais ils nous présentaient le combat, et il a fallu les duMser è< bâton, noraal cette môlée, les oiseaux des tropiques ont |.crda les pli

comme on arracherait des brins dlierbe i

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c'est là une suppoaitioD qui, en la prenant dans son sens large, implique tant et de si grandes absurdités, qu*on n'ose l'étendre au delà d'un nombre limité de cas. Que cette supposi* lion soit vraie, dans ce nombre limité de cas, c'est là une assertion qui n'a pas même pour elle la moindre évidence directe, vu que, dans la création d'un organisme, la connaissance d'un préajustement n'est possible que pour le temps présent. Là où les faits sont accessibles, l'hypothèse est si complètement insoutenable que nul ne l'accepte, et là où l'hypothèse est acceptée, les faits sont et seront toujours inaccessibles. D'un autre côté, la supposition que les cohésions internes sont ajustées aux persistances externes, par une expérience accumulée de ces persistances externes, est en harmonie avec toutes nos connaissances positives des phénomènes mentaux. Quoique l'hypothèse expérimentale semble faire défaut pour tout ce qui concerne l'action réflexe et l'instinct, il faut se rappeler que ce défaut apparent ne se produit que là seulement où les faits manquent, et qu'en tant que les faits ^ sont accessibles, ils mènent à cette conclusion : que même les : connexions psychiques qui sont automatiques résultent d'un enregistrement d'expériences continué pendant des généra- ^ tiens sans nombre.

^ En un mot, voici en quoi le cas consiste : on reconnaît que ^ tous les rapports psychiques, sauf ceux qui sont absolument f indissolubles, sont déterminés par l'expérience. On admet que ^ leurs divers degrés de force doivent être, toutes choses égales, ^ proportionnés à la multiplicité des expériences. C'est un co- ^. foliaire inévitable qu'une infinité d'expériences produira une ^relation psychique absolument indissoluble. Quoique une ^- telle, infinité d'expériences ne puisse être reçue par un seuil^ individu, du moins elle peut être éprouvée par l'innombra-* ^ ble succession des individus formant une race. Et si nous en .^: induisons que la transmission des tendances produites dans ■vie système nerveux est une loi générale, nous pouvons con- ^'(lore que toutes les relations psychiques quelconques, de

Abi SYXTHÈSli SPÉCIALE.

l'absotumetit iadissolublc au fortuit, sont produites par Tapôriouce des relaUous esterces correspoDdaoleâ, cl soot par b même mises en harmonie avec elles.

ËR interprétant ainsi les faits, l'inférence, c'est que le iinloppement de l'inlelligcnce en général, comme son dévei^ pement dans chaque individu, dépend de celte seule loi : ifK lorsque deux états psychiques se produisent en succesnt immédiate, un effet est produit, tel que si le premiersereptduit subséquemmeni, il y a une certaine tendance du bùBOê & le suivre.

§ 1 90. De cette loi, si elle est vraie, on doit pouvoir déddn tous les phénomènes du développement de l'inteUigeneedi plus bas degré au plus haut. Examinons d'abord jusqu'à ipà point les principales déductions correspondent aui priabpaos faits.

Si la tendance que des états psychiques ont à se suivre l'u l'autre résulte de ce qu'ils se sont suivis l'un l'autre précèdes* ment; si chaque nouvelle succession dans le même ordre Mb qu'accroître cette tendance, etsi les successions répéta duuat ordre sont la conséquence d'eipériences répétées des relaliov externes correspondantes, il s'ensuit que, dans un orgaatdM quelconque, les relations psychiques doiveot se mettre ft correspondance avec la classe particulière des relatious eivi* roonantes qui sont le plus en contact. Le milieu enviroBlt en général est infini. Le milieu environnant de chaque odR d'animal est en lait plus ou mains limité. Et chaque ordit d'animal a un milieu environnant qui. étant d'ailleun limité, est en fait plus ou moins spécial. La loi impliquetec que les relations psychiques exhibées par chaque onlr* J'aimai seront celles qui sont le plus fréquemmenl répélluilM i„ ; ^ ^f, goQ expérience. Et nous savons que c'est tàcc|fl

ittminc le règne animal en général, les IP9 physiques qui s'établissent, doivent iïn eéOtà^ i relations environnantes de l'espèca b

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simple et les plus marquées. Le polype stationnaire, avec ses tentacules étendus^ se contracte si on le touche. Maintenant, un être qui n'est pas doué de locomotion ne peut être touché que par quelque chose qui se meut. Et cette relation universelle entre un choc et un corps qui se meut est une des premières qui s'établissent. Quand une ombre traverse un œil rudimentaire^ elle est suivie de mouvement dans Tétre qui possède cet œil; la relation interne entre l'impression et le mouvement correspond à la relation existant entre une opacité qui passe et une solidité qui passe dans le milieu environnant^ et c'est là une des relations les plus générales. Divers autres cas analogues se présenteront d'eux-mêmes à la pensée .

Dans le progrès de la vie et de l'individu^ l'ajustement des tendances internes aux persistances externes commence avec le simple pour s'avancer vers ce qui est de plus en plus complexe» vu qu'au dedans comme au dehors^ les relations complexes sont composées de relations simples et ne peuvent être établies avant que les relations simples l'aient été. Après que quelque relation persistante entre A et B dans le milieu environnant a, par plusieurs expériences accumulées, engendré une relation persistante entre les états psychiques a et 6, et après que quelque autre relation externe persistante entre C et D a engendré de même une relation interne persistante entre e et d, alors si, dans le milieu environnant, il existe quelque relation entre les relations A, B et C, D, il devient possible, par la répétition des expériences^ d'engendrer dans Torganisme une relation entre a, b et c, d. Mais il est manifestement impossible que cela se fasse jusqu'à ce que les relations deakbeiàeehd aient été elles-mêmes produites. Cette déduction, noos le voyons, est en complète harmonie avec les fails^ aussi bien dans l'évolution individuelle que dans révolution générale.

De plus, nous devons inférer que la seule chose requise, pour qu'il s'établisse une nouvelle relation interne ré-

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pondant à une nouYelle relation externe, c^est que Torgi* nisme soit Buflkamment avancé pour eoanattre les deux termes de cette relation nouvelle, et que, son déyeloppenieat étant tel, il soit plaeé dans des ciroonstanees où il expirimentera cette nouvelle relation. Id, il y a aussi' une hamonie manifeste entre Tinférence à priori et celle qui résulte de Tobsenration. Ches nos animaux domestiques, il se forme constamment de nouvelles relations psyduques oorrespoB* dant à de nouvelles relations externes dont lee termes soat assez simples pour être connus d^eux. Et dans la civilisaiio& humaine, nous trouvons une preuve de cette vérité dans le progrès vers des généralisations de plus en plus lai^ges.

La solidité de ces quelques corollaires deviendra plus apparente à mesure que nous avancerons. Maintenant, étadions le développement de Tintelligence sous ses principan aspects.

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