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CHAPITRE IV

DE l'action Réflexe.

§ 191. Sous sa forme la plus simple et la plus générale, Taction réflexe est la séquence d*une simple contraction par une simple irritation. Une vague manifestation de cette séquence marque l'aurore de la vie sensitive. Si nous laissons les êtres placés sur la ligne intermédiaire des deux règnes, nous voyons que les organismes animaux se distinguent nettement des organismes végétaux par la propriété de se mouvoir quand ils sont touchés ou autrement impressionnés. Les organismes les plus rudimentaires eux-mêmes répondent d'une manière plus ou moins marquée aux excitations du dehors, et c'est le plus souvent en conséquence de la manière dont ils y répondent que nous concluons qu'ils sont vivants. Mais, quoique dans les mouvements de ces êtres inférieurs l'action réflexe soit ébauchée, ce n'est que quand nous mon* tons vers ceux chez qui il existe quelque chose comme un appareil nervoso-musculaire que l'action réflexe propre se montre. Dans ceux-ci^ la réponse aux excitations du dehors ne s'effectue plus par l'action d'un tissu uniforme qui constitue le corps de l'animal, et qui est à la fois irritable et contractile, mais rirritabilité est confinée dans un tissu spécial (nerf), et la contractilité dans un autre tissu spécial (muscle) ; et tous deux sont placés dans une relation telle que Tirritation de Tuh est suivie par la contraction de l'autre. Une impression est faite sur l'extrémité périphérique d'un nerf ; cette impression est propagée le long du nerf, jusqu'à ce qu'elle atteigne un ganglion ; là une action commence, qui est propagée le long d'un autre nerf qui va du ganglion à un muscle : et ainsi l'e'

■fi inlimip '

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tion traoï^mise par un nerfceDlripèteà quelque centre inlene de communicalion, de là est réfléchie par un nerf centriJu^ à l'agent contraclile. Dans cette forme très-simple d'actiuQ psychique, nous voyons une relation interne particulière ajustée i une relation eiterne parlicuUfire. Si l'un des nombrcui suceurs du bras de la sèche est sépari^ du reste du corpi, il s'attachera, sous l'influence de son propre ganglion iodépendant, à une subsiancG placée en contact avec lui : - U relation établie ou organisée entre les changemeuls tactiles et musculaires dans le suceur, est parallèle à la relation unifornie entre la résistance et l'étendue dans le milieu environnant; — la cohésion interne des états psychiques est aussi absolument persistante que l'est la relation externe entre les attributs. Et si nous nous rappelons que, dans les actions journalières de l'animal, cette relation interne a été perpétuellement répétée en correspondance avec la relation externe, nous voyoïu comment l'organisation de cette relation dans l'espèce répond à l'inSnité des expériences de cette sorte éprouvées par l'espèce.

§ 192. L'action réflexe étant la force la plus inférieure ie la vie psychique, cela même implique qu'elle est la formel» plus proche de la vie physique, — celle dans laquelle nous voyons commencer la différence entre la vie psychique et U vie physique. Cette vérité peut être aperçue de ptugîeuri points de vue différents.

Il a été établi qu'en toute probabilité, la contraction qui s'opère dans les organismes d'animaux inférieurs, l'orsqu'ilî sont toucliés ou excités d'une autre manière, est le résultai d'un accroissement d'actions vitales que le stimulus produit dans les tissus adjacents ; et quoique l'une de ces coutractÎMI réflexes, comme celle du suceur d'un céphalopode, s'exAmtl (l'une manière différente et beaucoup plus compliquée, K' |)cndant cette action, considérée dans sa généralité, ne pliïcnle pas assez de différence pour pouvoir être propremMï Iransférùu dans une catégorie plus liante. On cousidOrc-

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rait, en géDéral, que c'est faire un mauvais usage des mots que de qualifier cette action de psychique. Et quoique, en tant qu*elle appartient à l'ordre des changements vitaux, qu'à leur plus haut degré de complexité nous jugeons dignes d'être appelés psychiques, on puisse considérer comme nécessaire de la classer comme psychique, cependant il faut admettre qu'incontestablement, par sa position, elle est destinée à former une transition.

De plus^ on peut remarquer que, chez les animaux dont l'organisation est élevée, la vie physique elle-même est réglée par l'action réflexe. Ces mouvements rhythmiques du canal alimentaire qui suivent l'introduction de la nourriture sont d*origine réflexe : comme le sont aussi^ sans doute, ces actions internes par lesquelles, sous l'influence du même stimulus, les fluides digestifs sont élaborés et expulsés. De plus^ les divers viscères accomplissant chacun leurs fonctions distinctes^ il faut qu'il y ait accord entre leurs activités relatives ; — - il faut qu'il y ait harmonie entre les divers processus dont le maintien constitue la vie physique, et l'équilibre nécessaire de ces divers organes est considéré comme dû à raction réflexe. La présomption pour cette conclusion, c'est que les changements dans l'état de chaque viscère sont imprimés aux nerfs qui se dirigent vers les ganglions du grand sympathique, d'où ils sont réfléchis dans les autres viscères ; et ainsi leurs activités respectives sont coordonnées. .

A d'autres égards, nous pouvons voir l'alliance étroite de la vie physique et de cette vie psychique qui commence à naître. Comme on l'a montré dans un précédent chapitre, la vie psychique se distingue de la vie physique par cette propriété : c*est que ses changements, au lieu d'être à la fois simultanés et successifs, ne sont que successifs; mais, comme on l'a montré aussi, cette propriété n'apparatt que graduellement^ et ne devient marquée que quand la vie psychique devient élevée. Quant aux actions réflexes dans lesquelles se révèle la naissance de la vie psychique, elles sont à peu

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près, autant que les actions purement phynqôes, risées par la simultanéité. Un grand nombre de oet ments psychiques très-simples» peuvent se prodnire tmt manière tout à fait indépendante dans le même ofguiiMa même moment. Chacun des nombreux pieds da eealipM^ sous l'influence de son ganglion propre, reçoit des iap» sions et accomplit des mouvements qui sont oomi^iéteMÉ indépendants de tout le reste ; et il continue à en étn om après que Tanimal a été coupé en deux. Et en examÎMrt rondulalion des mouvements qui vont d*un bout à Tanin k la série des pieds, on observera qu'à chaque moment, dufs pied est à une phase différente de son mouvement riiydi» que, et qu'ainsi il y a en même temps, dans le même oq^ nisme, un grand nombre de changements semblables, Aim à un degré distinct de son évolution.

Ce qui prouve une fois de plus combien ces actions réflea sont proches de la vie physique, c'est qu'elles sont inMi* cientes. En nous-mêmes, il se produit constamment des l^ tiens réflexes dont nous n'avons nulle connaissance inuot* diate^ comme celle par laquelle le foyer de chaque œil rt ajusté aux distances, et celle qui produit le resserremenlà riris selon la quantité de lumière. D'autres actions rèieui dont nous pouvons prendre une connaissance directe,'^ comme celle de la respiration, — peuvent s'opérer sans fil nous y pensions. Et il se trouve que d'autres, qui sont eoa* munément accompagnées de sensations, — comme Torsqaii éloigne le pied d'un objet qui le chatouille, — se prodoistfi d'une manière plus énergique lorsque^ par suite deque^H lésion spinale, la sensation a été entièrement abolie. U ^ clair donc que, dans ces organismes où l'on n'aperçoit que dtf mouvements réflexes, ils sont tout à fait inconscients, bi rapides mouvements alternatifs du pied d'un myriapodeou'i l'aile d'une mouche, sont aussi purement automatiques ^ Mon d'une machine à vapeur, et sont sans dooii *iine mamëte «cnaio^M^ «n g<&néral. Tout coinM

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dans une mahcine à vapeur^ Tarrivée du piston à un certain point produit d'elle-même Touverture d'une soupape servant à introduire la vapeur qui chassera le piston dans une direction inverse» de même^ dans Tun de ces organes à mouvements rhythmiques, chaque mouvement se termine de manière à mettre l'organe dans une position telle, que le stimulus qui détermine le mouvement opposé puisse agir sur lui.

Quoique, à tout point de vue, l'action réflexe apparaisse comme une espèce de changement vital très-peu éloigné des changements purement physiques, qui constituent la vie végétative, cependant on peut remarquer que, même en elle, nous pouvons apercevoir l'accomplissement des conditions primordiales de la conscience. Il a été montré^ à la fin de l'analyse spéciale (§ 100), que le type de conscience le plus bas que l'on puisse concevoir, — celle produite par l'alternation de deux états, — implique les relations qui constituent les formes de toute pensée. Et une alternation de deux états, telle que nous l'avons supposée en cet endroit, est justement ce qui se produit dans le ganglion lié à l'un de ces organes à mouvement rhythmique.

§193. Partant de cette forme très -inférieure de l'action réflexe où une simple impression produit une simple contraction^ un progrès graduel se produit^ qui consiste dans la complexité des stimuLus et des actions qui en résultent. Il n'y a pas de ligne de démarcation exacte entre une simple contraction et une combinaison de contractions. Entre l'excitation de fibres musculaires séparées et l'excitation de fibres agrégées en faisceaux déterminés, la transition est évidemment insensible. De là vient que, sous le nom d'action réflexe, sont classés des cas nombreux où un groupe entier d'actions musculaires résulte d'une seule impression. La grenouille décapitée, qui sursaute quand un de ses pieds est excité, en fournit un exemple frappant. Il serait cependant à la fois inutile et hors de propos d'examiner les variétés et complications de l'action réflexe : c'est là la tâche du physiologiste

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plutôt que du psyschologue. Ici, ce qui nous regude riinbmentt c'est de noter la position des phénomènes d'aSki réflexe ralativemeot à notre argument général.

Nous devons remarquer tout d'abord que ces changemests psychiques très-simples sont ceux qui correspondent anxnktions externes qui ne sont plus spécialisées qu*& an degié seulement, que les relations auxquelles correspondent ki changements physiques. Tandis que les fonctions de la lie purement végétative sont ajustées par rapport aux reltlioiis très-générales qui existent avec la nourriture, Toxygène, h température, Thumidité, la lumière, qui pénètrent libremeat le milieu environnant, les fonctions les plus basses de la TÎe animale sont ajustées, par rapport aux iislations concemaot les corps solides contenus dans le milieu environnant, omdiim les relations entre la tangibilité et la solidité, entre le mouvement et la vie.

En même temps qu'entre la vie physique et cette forme très-inférieure de la vie psychique, il y a un rapport de fin très-étroit, nous pouvons remarquer, comme plus haut, que toutes deux sont par leur nature étroitement unies, non-seulement parce que toutes deux sont inconscientes, mais parce que toutes deux consistent en changements qui sont à la fois simultanés et successifs.

De plus, il y a lieu de remarquer que, conformément à la loi générale de Tintelligence, nous trouvons dans Tune deeef actions réflexes une connexion établie entre deux élats psychiques correspondant à une connexion établie entre dem phénomènes externes. Non que cette tendance interne soit proportionnée exactement à la persistance externe : dus beaucoup de cas^ Tune est absolue dans l'organisme, tandis que Tautre n*est nullement absolue dans le milieu en? iroDnant. Et c'est là justement ce qu'il faut chercher daas ces manifestations d'une intelligence naissante, vu que rajustement des tendances internes aux persistances ei* ternes est la loi de Tintelligence in abstraeto, et qu'eUe

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ai peut être remplie là où rintelligence ne fait que com-

meicer.

' Eofin nous avons à noter ce fait : c'est qu'il se trouve que

ces états psychiques indissolublement liés, eiistent là où il y

a des expériences perpétuellement répétées des relations

externes auxquelles ils correspondent.

CHAPIERE V.

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