‹ Principes de psychologie, tr. sur la nouv. éd. anglChapitre 44 sur 67 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

§ 309. Affirmer que ces états psychiques que nous appelons seotiments (/(^^/tn^^) sont impliqués dansles processus que nous appelons intellectuels et sont inséparables d'eux, semble en contradiction avec les perceptions internes directes. Certes on admettra que les processus intellectuels ne peuvent être séparés des sentiments épipériphériques, réels ou idéaux^ puisque invariablement ils sont, ou les termes immédiats^ ou les derniers éléments des termes entre lesquels sont établis les rapports dans toute connaissance. Hais, taudis que tout le monde accordera que les sentiments causés en nous par les forces du monde extérieur sont, sous leur forme présentative ou représentative, les matériaux indispensables de la pensée, et que là par suite on ne peut séparer ce qui est pensé de ce qui est senii, beaucoup hésiteront à admettre que les sentiments entopériphériques et centraux sont inséparables des processus intellectuels.

On arrivera à mieux çompren dre la question en se rappelant certaines conclusions établies dans les inductions de la psychologie. Nous avons vu que Tesprit est composé d'états de conscience et de rapports entre eux. Nous avons vu que les états de conscience sont divisibles, premièrement en ceux qui viennent du centre et ceux qui viennent de la périphérie, et secondement que ceux-ci sont de nouveau divisibles en ceux qui viennent de la surface extérieure du corps et ceux qui viennent de Fintérieur du corps. £n comparant ces trois grands ordres, nous avons vu que, tandis que les sensations épipériphériques sont relationnelles à un très-haut degré, les

510 SYNTHÈSE SPËCIALB.

sensations entopériphériques, elles relations centrales eocon plus, n'ont qu'une faible aptitude à entrer en relations, (k a conclu de là que l'élément relationnel de ,resprit n*at j^ mais absent. Mais rélément relationnel de Tesprity e*iM l'élément intellectuel. Évidemment doncfl n'y a aucooéU de conscience, qu'il appartienne à la sensation ou à rémotioi, qui soit complètement pur de tout élément intellectuel.

Cette conclusion est impliquée par ce qui a été dît dans la précédents chapitres. Si tous les phénomènes mentaux soM des cas de la correspondance entre l'organisme et le milîei environnant, et si cette correspondance est une affaire de degré, et passe insensiblement de ses formes les plus biwci aux plus hautes, alors nous pouvons être certains à priori que les sentiments scientifiquement considérés, ne peufeii pas être séparés des autres phénomènes de conscience. !k^ pourrons inférer qu'ils doivent sortir des formes les pliti basses d'action psychique par degrés successifs, commeoen que nous avons déjà retracés, vi qui conduisent aux r-nws les plus hautes d'action psychique, qu'enfin ils doivent oi'Ur tituer un autre aspect de ce progrès. C'est justement ce qw nous trouverons.

§210. Avant de procéder à l'explication synthétique, il est bon de remarquer que, même au point de vue ordio^t l'impossibilité de dissocier les états psychiques que nei» appelons intellectuels de ceux que nous appelons émotiinnels, peut être clairement aperçue. Sans doute, si nous «œparons deux formes extrêmes, comme un raisonucmeotetUii accès de colère, nous pouvons croire qu'elles sont entièrement distinctes. Mais, si nous comparons une certaine variri? de modes de conscience, nous en trouverons promptemenî qui impliquent à la fois et clairement connaissance et éffl^' tion. Prenons pour exemple l'élat d'esprit produit parTaspi^"' d'une belle statue. D'abord il y a une perception continue,une coordination des diverses impressions visuelles produit'' pp' '■ -ue et la conscience de ce qu'elles représenleat: f*

c*est là ce que nous considéroas comme un acte purement intellectuel. Mais il est impossible que cet acte se produise sans un sentiment de plaisir plus ou moins grand, — saDs une certaine émotion. Dira-t-on que cette émotion résulte des diverses idées associées à la forme humaine? On répondra que, quoique cela puisse aidera la produire, cependant cela ne peut tout à fait en rendre compte, vu que nous éprouvons un plaisir semblable en contemplant uu bel édifice. Si l'on insiste en disant que, même dans ce cas, il 7 a certains états de conscience voisins qui sont induits, et qui suffisent à expliquer Témotion, alors que dire du plaisir que nous avons à contempler une simple courbe, — une ellipse ou une parabole? Et si, dans ces exemples, il y aune difficulté manifeste à démêler ce qui est connaissance de ce qui est émotion, dans d'autres, il y a une impossibilité absolue de le faire. Ce n'est pas seulement dans les états de conscience produits par la musique que les deux éléments sont unis d'une manière inséparable , mais c'est cet état de conscience produit par un seul son beau qui présente aussi la connaissance et l'émotion mêlées ensemble. Non-seulement une combinaison de couleurs, comme celle d'un paysage, ne peut être perçue sans plaisir, mais la perception d'une seule et unique couleur, si elle a beaucoup de pureté ou d'éclat, est accompagnée de plai* sir. Et même une surface parfaitement polie et douce ncpeut ttre présentée ou représentée à la conscience, sans qu'il en résulte un certain sentiment agréable. Dans tous ces cas, le Bentiment simple, distinct, éveillé par l'agent externe» est joint à quelque sentiment composé, vague, indirectement éveillé. (V.§ 18.)

On peut dire d'une autre manière : Dans tous les cas, les niatériaui employés dans chaque acte de connaissance, sont Ou des sensations ou les représentations de ces sensations, et c^es sensations et par conséquent leurs représentations, sont toujours à quelque degré agréables ou désagréables ; il s'ensuit nécessairement qu'aucun acte de connaissance ne peut

être absolument pur d'émotion, mais que rémotion qui raccompagne sera forte ou faible, selon que les matériau cocr* donnés dans Tacte de connaissance sont forts ou faibles eo quantité ou en intensité. D'un autre c6té, TÎi que chaqie émotion implique la présentation ou la représentation d*ibjets et d'actions, et vu que les perceptions, et par cooséqoeBt les souvenirs d'objets et d'actions, impliquent tous coiwif* sance, il s'ensuit nécessairement qu'aucune émotion ne pnt être absolument pure de connaissance.

§ 211. Le rapport entre l'intelligence et le seadmeit sera plus clairement compris, si l'on étudie le rapport de li perception et de la sensation, qui sont les formes les plus simples des deux.

Comme on Ta montré dans une partie précédente de cci ouvrage, tandis que la perception et la sensation ne peu\en: exister l'une sans Tautre; — tandis que chaque sensatioa. pour être comme telle, doit être perçue, et doit ainsi être à de certains égards une perception; et tandis que chaque p^rteption, devant se composer de sensations combinées, doit c^rainsi, à de certains égards, sensationnelle, toutes deux diî:rcnt en ceci : c'est que, tandis que dans la sensation la conscience est occupée de certaines affections de l'organisme, dac: la perception, la conscience est occupée des rapports sub?iv tant entre ces affections. En d'autres termes : — less<D^^ tions sont les états de conscience primaires, indécomposdblt?, tandis que les perceptions sont ces états secondaires, décos* posablcs^ qui résultent du changement d*un état primais ca un autre ; et comme il est impossible qu*à la fois les étals primaires continuent et que des changements se produisent, il s'ensuit que la conscience des changements est en anta^'* nisme avec la conscience des états entre lesquels ils se pr^ duisent : d'où il résulte que la perception et la sensat''-^ tendent toujours à s'exclure Tune Tautre, sans y réuà^ir.-* mais. Et c'est seulement en vertu de ce conflit que h conr continue. Sans les affections primaires do U oodï-

cieoce, il ne peut y a?oir de changement d^une affection primaire à une autre, et sans changement de l'une à Tautre, il ne peut y avoir d'affections primaires, vu qu'en Tabsence de changements, la conscience cesse. Mais, tandis que ni la eonscience des changements, ni la conscience des affections entre lesquelles ils se produisent, ne peut exister par soi, il se plut cependant que l'une prédomine assez pour se subordonner complètement l'autre. Quand les changements sont très-rapides et que les états qui forment les antécédents et les conséquents ne durent pas un temps appréciable, la conscience est presque tout entière occupée par ces changements, c'est-à-dire par les rapports entre les sensations ; les sensations ne sont présentes que tout juste autant qu*il est besoin pour qu'il s'établisse des rapports entre elles, et nous avons cet état de conscience qui est connu comme perception. Au contraire, quand les états qui forment les antécédents et les conséquents des changements ont une persistance considérable ; — quand les changements sont comparativement lents» ou plus probablement quand les affections de conscience ne sont pas complètement détruites par les changements, mais sont continuellement ramenées, en sorte que les changements n'y amènent de discontinuité que tout juste assez pour maintenir la conscience ; — quand donc quelque état de conscience, par sa reproduction continue, en vient à prédominer de beaucoup sur les autres, alors se produit ce que nous distinguons sous le nom de sensation.

Maintenant, c'est justement cette sorte de relation qui existe entre la connaissance et le sentiment. Quoique différant de M. Hamilton sur la manière d'intepréter l'antagonisme de la perception et de la sensation, je suis complétenient d'accord aTec lui sur la doctrine que le même antagonisme existe entre la connaissance et l'émotion en général. Les différences sont simplement celles qui naissent de complications successives. Tout comme de ces perceptions trèssimples qui forment la plus basse classe de connaissances,

Page 1