CHAPITRE PREMIER
NÉCESSITÉ d'une INTERPRÉTATION PLUS PROFONDE.
§ 221. Nous sommes maiDtenant préparés à traiter le dernier problème présenté par la psychologie objective. Quoique peu apparent, Yhiatus qui s'ouvre entre l'interprétation à laquelle nous sommes parvenus et une interprétation complète est profond; il est de ceux qui, à la première fois que le regard y plonge» paraissent infranchissables. Nous avons en effet à répondre encore à cette question : Comment révolution mentale peut-elle être rattachée à l'évolution en général, considérée comme une transformation physique progressive ? Ce n'est pas assez que, dans la synthèse générale précédente, les phénomènes de la vie spirituelle aient été décrits dans leurs manifestations objectives et qu'on les ait vus, comme les phénomènes de la vie physique, croître en intégration, en hétérogénéité^ en spécialité. Ce n'est pas assez que, dans la synthèse spéciale terminée tout à l'heure,- l'intelligence ait été ramenée à la même nature et à la même loi, depuis l'action réflexe la plus humble jusqu'au triomphe le plus transcendant de la raison, et que, du commencement jusqu'à la fin, nous ayons montré que sa croissance est due à la répétition des expériences dont les effets sont accumulés, organisés et hérités. On peut toujours demander par quelle voie se fait l'organisation des expériences. Accordons que l'examen des faits
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établisse qu^une telle organisation a lieu, il ri'en est pasmeJM vrai qu*aucune réponse n*a encore été donnée à ces qiieslioBs: Pourquoi a-t-elle lieu T Et comment la transformation qni la prociuit renf re-t-elle sous la formule de Tétolution en gé» néral ?
Sous son expression technique, le problème consiste à traduire révolution mentale en fonction de la redistribotioD iê la matière et du mouvement. Quoique^ sous son aspect si^ jectif, l'esprit ne soit connu que comme un agrégat d*élatf di conscience qui ne peuvent être conçus comme des fomes di la matière et du mouvement, et ne se conforme pas née» sairement aux mêmes lois de redistribution, oepeodant^ sm son aspect objectif, Tesprit est connu comme un agréât fsD* tivités manifestées par un organisme, et il est, par conséqiMt, le corrélatif de certaines transformations matérielles qui dttvent rentrer dans le processus général de révolution anérielle, si ce processus est vraiment universel. Quoique le dèicloppement de Tesprit lui-même ne puisse être expliqué pir une série de déductions tirées de la persistance de la CHce, cependant il reste possible que le revers de Tesprit, pouraioâ dire^ à savoir le développement de changements physiques dans un organe physique^ soit expliqué de cette manière, et jusqu'à cette explication, la conception de révolution nestale, comme une partie de révolution en général, reste incMHplète.
§ 222. Ici donc la structure et les fonctions du système nerveux, considérées comme résultant du rapport entre Toigsnisme et le milieu environnant, forment la matière de notit sujet. Nous avons à déterminer le processus physique par lequel une relation extérieure qui affecte habituellement os organisme, produit dans Torganisme une relation interne correspondante.
D'ailleurs on ne doit pas s'attendre à ce qu*une interpréis-
Duisse être^ donnée des mécanismes particnlien
U s*accouvQ\\&«i^ia les fonctions partîeaUèici
NÉCESSITÉ d'un» INTERPRÉTATION, ETC. 551
destinées à approprier un animal à ses conditions particulières d'existence. Tout ce que nous pouvons espérer est de fixer une cause générale qui, agissant sous les conditions actuelles, est capable de produire les effets observés. Présentons sous sa forme la plus simple et la plus nettement définie la question qui seule comporte une réponse.
Nous avons vu que la loi de Tintelligence est que la force de la tendance possédée par l'antécédent, de tout changement psychique à être suivie par son conséquent est proportionnée à la persistance de l'union entre les objets extérieurs dont l'un et l'autre sont le symbole. Nous avons vu que cette loi peut s'expliquer de la manière suivante : l'intelligence, par voie d'héritage à travers les organismes successifs, comme dans les organismes individuels, se développe en raison de ce fait : qu'étant donnés deux états psychiques dont l'un suit l'autre immédiatement, il y a, en vertu de cette succession, une tendance chez le second à paraître quand réapparaît le premier. Et maintenant^ pour compléter la solution, nous avons à établir le principe universel auquel cette tendance est due. — En d'autres termes, regardant les changements psychiques comme la face subjective de ce qui constitue au point de vue objectif les actions nerveuses, nous rencontrons devant nous le problème suivant : De quelle loi générale de la redistribution de la matière et du mouvement résuUe-t-il que, quand unet)nde de transformations moléculaires passe à travers un méca* nisme nerveux^ il se produit dans ce mécanisme une modification telle que, toutes choses étant égales, une onde semblable subséquente passe à travers ce mécanisme avec une plus grande facilité que celle qui l'a précédée ? Et (pour ne pas esquiver une question plus profonde encore qui suit immédiatement celle-là) l'établissement de la communication nerveuse elle-même est-il explicable par le même principe général? Sommes-nous en état, grâce à lui, de comprendre non-seulement comment le nerf devient plus pénétrable, mais comment le nerf est formé?
Si à ces questions générales nous trouvoûs une répoue satisfaisante, nous aurons fait tout ce qui est requis par le sujet. Si nous pouvons d'un corollaire à la persistance de U force tirer légitimement la conclusion que, sous certaines cooditions, des lignes de communication nerveuse doivent apptrattre et, une fois apparues, devenir des lignes de commonîcation de plus en plus aisées en proportion du nombre et de la force des décharges qui les traversent, nous aurons trooié u ne théorie physique qui complète la doctrine de révoloiioa ps ychique dans ses deux dernières parties. Il deviendra bék à comprendre comment Texpérience d'une relation externe produit une relation interne correspondante; — comment, i mesure que les expériences de relations externes devienneot plus nombreuses, les relations internes deviennent plus cohérentes ; — com ment la répétition continuelle des unes eotruoe rindissolubilité des autres ; — comment les persistances exlérieures, qui sont presque absolues ou le sont même entièrement, établissent dans la suite des générations des cohésioD$ qui sont automatiques ou organiques : et ainsi rinterprétition des instincts ou des formes de la pensée sera assimila à celle des phénomènes ordinaires d'association *.
* La doctrine générale exposée dans les chapitres suivants a été esqoiMéei» la première édition de ce travail, dans une note de la page 544; mÙÊ l'npression en était telle, que je ne pourrais pas Tadopter aujourd'boi : /ci ai '^ une exposition plus précise dans un article de Revue médieo^hirurpcâk. (i*> Tier 1850.)