‹ Principes de psychologie, tr. sur la nouv. éd. anglChapitre 6 sur 67 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

§ 17. Quand, au début, nous avons cherché quelles manifestations accompagnent le système nerveux, nous avons nécessairement, à titre de conclusion, dit en termes généraux le rôle que joue le système nerveux. Et quoique, dans le dernier chapitre, notre seul but ait été de décrire les fibres nerveuses, les cellules nerveuses, les troncs nerveux, les centres nerveux, et les rapports dans lesquels ces parties sont entre elles, les fins qui leur sont propres ont néanmoins dû, de temps en temps, apparaître à nos yeux. La structure et la fonction, suivant nous, sont dans un rapport si intime, qu'il est à peine possible de rendre compte rationnellement de Tun sans se référer tacitement à l'autre . Dans ce chapitre cependant^ la fonction doit être notre sujet spécial. Après avoir examiné la structure du système nerveux, nous devons voir maintenant comme il fonctionne.

La proposition qui finit le premier chapitre, c*est que Tévo* liition nerveuse varie d'nne part en raison du mouvement produit dans l'organisme, et, d'autre part, en raison de la complexité de ce mouvement. Ici, nous devons examiner d'abord comment le sy^lcme nerveux Céi h la fois Tagent qui met en liberté les mouvements et qui les coordonne. Il y a trois points à expliquer: 1"* quelles sont les causes qui, ilans do? conditions convcnabli*?, déterminonl le système nerveux à commencer un mouvement ? "i^ par quels procédés met-il en liberté le mouvement inseuï^ible renfermé dans certains tissus, et causc-t-il sa transformatiun en mouvement sensible ? 3^ comment adapte-t-il les mouvements sensibles de manière

à produire ces combinaisons, simultanées et successives, nécessaires pour agir sur le monde extérieur ?' Ces questions comprennent toutes ses fonctions, ou, en tous cas, toutes celles de ses fonctions qui nous concernent directement. Nous avons à expliquer sa fonction passive comme récepteur d'excitations qui le mettent en activité ; et sa fonction active en tant qu'il met du mouvement en liberté ; et sa fonction active en tant que distributeur et répartiteur de ce mouvement mis en liberté.

On pensera probablement qu'on introduit ici une fonction distincte de celles que nous avons déjà indiquées. Il semble que ce fait de recevoir des excitations ou des troubles ne peut être compris, ni sous le chef de libérer des mouvements, ni sous le chef de les coordonner. Mais, en réduisant les faits à leurs derniers termes, à ces termes que la physiologie pure peut seule connaître, la difficulté disparaît. Car tous les stimulus nerveux sont des mouvements de masses ou de molécules ; et la fonction qui a rapport à la coordination des mouvements, comprend non-seulemenl la combinaison et la répartition des mouvemtmts produits, mais aussi la combinaison des mouvements reçus et l'ajustement^ la mise en harmonie des uns et des autres. Un moment de réflexion justifie cette proposition. Les stimulus qui agissent sur les nerfs du toucher sont des mouvements sensibles du tissu interne, causés^ ou par choc des corps extérieurs mobiles^ ou par les mouvements de l'organisme qui le mettent en rapport avec les corps extérieurs, immobiles ou mobiles. Le nerf auditif reçoit les mouvements que lui envoient les masses de matière mises en vibration. Ces petits agents qui terminent les nerfs de la rétine sont excités par les ondulations luminifères, — mouvements du milieu éthéré qui produit des mouvements dans leurs molécules. De même aussi, les nerfs excités par les substances sapides ou odorantes sont, en fait, excités par les mouvements moléculaires que ces substances produisent à leurs extrémités en causant en eux une altération chimique. De la

LKS IHJN.NlilCS Dli LA l'riYCHOLOGIK.

sorte, à parler sans mélaphorc, mais liliéralement, une Ùbn ' afféreute quelconque ei^t un récipient de mouvemeat doMlék ses propres molécules : soil par un mouvement de maSBf) comme quand l'on reçoit un coup ; soit par un mouvetseiil d'autres molécules, comme quand il y a contact avec uu corps actif chimiquement ; soit par ces mouvements moléculaires de l'éther qui consliluent la chaleur cl la lumière rayonnantes.

11 sera bon d'examiner plus amplement ces subdivisioof des fonctions nerveuses et des raisons que nous avons de les ciaminer ici.

§ i8. La physiologie est une science objective, et est limitée à des data tels que peuvent les atteindre des observations faites sur les objets sensibles. Elle ne peut donc, à proprement parler, s'approprier les data subjectifs ou des data complètement inaccessibles aux observations extérieures. Sans chercher la vérité sur celte corrélation supposée entre les changements qui, considérés physiquement, sont des ébranlements nerveus, et ceux qui, considérés psychiquement, sont des étals de conscience, on peut affirmer sans danger que la physiologie, qui est une ioterprélation des processus physiques qui ont lieu dans l'organisme en termes connus à la phyt>ique, cesse d'être physiologie quond elle apporte dans sesinterprétations un facteur psychique, — facteur qu'aucune recherche physique, quelle qu'elle soit, ne peut découvrir, reconnaître, ni entrevoir même de loin. Les rapports entre l'étal nerveux et l'état mental forment uu sujet distinct, que nous aurons 'a traiter prochainement. Ici, nous nous occupons des actions nerveuses tous leur aspect physiologique, et nous devons ignorer leur aspect psychologique.

Pour cela, nous n'avons qu'à les traduire en termes de moovemenl. Et après avoir reconnu une première division entre la roi$e en liberté des mouvemeiils et la coordination des mouvements, nous trouvons que cette dernière division doit *trc subdivisée. Elle renferme premièrement la coordioatioD dtfi mouvements re^us avec tes mouvements reçus, et, secoo-

dément» la coordinatioD des mouvements dégagés avec les nuM|fement8 reçus et avec les mouvements dégagés. De là résulte une notion générale des fonctions nerveuses, en tant que divisibles, en rédpiO'tnotrieeSj libéro-motrices et dirigotriées.

On doit admettre que, dans leurs formes les plus hautes, ces fonctions sont si entremêlées que leur division en trois parties est difficile, sinon impossible. Aux types les plus simples de la structure nerveuse, la classification s'applique aisément : chaque nerf afférent est un récipio-moteur ; chaque ganglion est un agent libéro-moteur ; chaque nerf afférent est un agent dingo-moteur. Mais dans des systèmes nerveux complexes, formés de centres inférieurs et supérieurs qui sont unis par des parties contenant des nerfs centripètes, centrifuges et commissurants, il se produit des fonctions secondaires correspondantes qui obscurcissent beaucoup les fonctions primaires. Il reste certain que tous les nerfs afférents sont des récepteurs de mouvements, et que tous les nerfs efférents sont des directeurs de mouvements; et il reste certain aussi que les cellules et portions de la substance grise dans tous les centres sont des libérateurs de mouvements ; mais pour les fibres qui composent en grande partie ces centres, nous devons dire que leurs fonctions sont à la fois réceptrices et directrices. Néanmoins, ce sera pour nous une grande simplification de considérer les nerfs afférents comme récipiomoteurs et les nerfs efférents comme dirigo-moteurs; tandis que nous considérerons les centres nerveux comme composés d*éléments libéro-moteurs^ en même temps que d'éléments qui accomplissent les deux autres fonctions.

Cette conception générale a besoin d*être déterminée. En nous occupant des fonctions, nous suivrons le même ordre que pour la structure, — nous considérerons d'abord les offices des différentes espèces de matière nerveuse.

§ 19. La substance grise et la substance blanche, — ou, pour parler plus rigoureusement, la matière azotée qui se u 4

trouve dans et autour des cellules, et la matière axotée qui occupe les centres des fibres nerveuses, — n*ont absolument aucun office distinct. Certains animaux inférieurs montrent clairement que dans le système nerveux rudimentaire, il B*y a aucune différenciation de fonction de cette sorte, et [MU* conséquent aucune différenciation de fonction de cette sorte : et il y a des preuves que, même dans les animaux les plus élevés, la différenciation est incomplète.

D*une part, la substance cellulaire ayant pour office principal de dégager du mouvement moléculaire quand elle est excitée, a aussi un pouvoir considérable pour transmettre et conduire le mouvement moléculaire. Quand les parties fibreuses de la corde spinale ont été coupées, on trouve que, si les colonnes centrales de la matière grise ne sont pas cou* pées, ou s'il n'y a môme qu'un lien étroit pour maintenir la continuité de la substance grise, l'excitation est encore communiquée par des intermédiaires au cerveau, non par une excitation d'un genre spécial, mais une excitation de quelque genre que ce soit. A la vérité, il ne s'ensuit pas qu^une telle excitation traverse la substance grise d'une extrémité à l'autre. Tout le long de la corde spinale, les fibres nerveuses privées de leur gaine médullaire entrent dans la matière grise et en sortent après, et, protégées de nouveau par leurs gaines, montent vers le cerveau dans la substance blanche euvirouuaule. 11 est très-vraisemblable qu'elles reçoivent et transmettent les excitations moléculaires commencées dans la substance grise qui les enveloppe. Mais cela même implique que les excitations sont propagés à une certaine distance à travers la substance grise, et cela nous suffit.

D'un autre côté, on trouve que la matière qui compose le « cylinder-axis, » ou le fil nerveux esscnliel, a d'autres propriétés que de transmettre le mouvement moléculaire. Elle a un certain pouvoir de dégager en même temps du mouvement moléculaire : partageant ainsi la propriété de la matière des cellules. Quand un uerf est txcilé un peu au-dessus de sa 1er-

miaaison dans un muscle, l'effet est petit. Si Teicitation a lieu à oa point plus éloigné du muscle^ l'effet est plus grand. Et l'effet grandit proportionnellement à la longueur du nerf le long duquel l'excitation est transmise. De ce fait nous pouvons inférer que^ outre le mouvement moléculaire reçu et transmis, il y a du mouvement moléculaire mis en liberté dans la fibre nerveuse elle-même. Ce n'est pas à dire que ce mouvement moléculaire, comme celui que produit la matière des cellules, implique une décomposition équivalente.

Il est probable qu'il accompagne la transformation isomérique propagée le long d'un nerf excité, et qui sert à transmettre l'excitation. On peut inférer à priori qu'il y a quelque résultant concomitant de cette sorte, si la transmission est effectuée par un changement isomérique, du par quelque espèce de réarrangement moléculaire. Quand les molécules d'une masse changent de forme de combinaison, une absorption ou un dégagement de mouvement doit se produire. Il est évident que, dans ce cas, il ne peut y avoir absorption de mouvement, puisque cela impliquerait une résistance proportionnée à la transmission : toute la quantité de force ou de mouvement reçue par l'extrémité du nerf serait rapidement employée à transformer la partie adjacente du nerf, et ce changement ne pourrait s'étendre loin. Étant aussi obligés d'inférer qu^il y a du mouvement mis en liberté, nous voyons en même temps d'où la fibre nerveuse tire son pouvoir d'augmenter Fexcitation qu'elle transmet, puisque chaque partie, durant le passage de l'onde du mouvement moléculaire^ ajoute le mouvement moléculaire dégagé pendant sa propre transformation. Cette action peut être figurée grossièrement par la transmission du mouvement sensible le long d'une raiîgée de briques mises de champ, et disposées de manière que chacune en tombant frappe sur sa voisine. Mais si, au Uea de briques qui tiennent sur une extrémité assez large et demandent quelque force pour les renverser, nous supposons des briques qui soient délicatement équilibrées sur une base

52 LES DONNÉEâ DB lA PSYCHOLOGIE.

étroite, et si, de plus, nous les supposons ainsi consUtaéet qu'elles ne causent aucune dissipation de moutement pir choc et frottement, nous verrons que le mouvement transmis sera accumulé. Chaque brique, outre le mouvement qu'elle reçoit» communiquera à la voisine celui qu'elle aura gagné elle-même en tombant.

Les vérités générales que nous devons retirer de li, c'est que, dans son état primordial indifférencié, la matière nerveuse réunit deux propriétés : de dégager le mouvement moléculaire, et de le transmettre ; mais qu'avec le progrès de l'évolution, elle se spécialise en deui espèces, dont l'une, réunie en masses, a surtout pour fonction de dégager da mouvement (quoiqu'elle puisse en une certaine mesure le transmettre, tandis que l'autre, réunie en cordons, a surtout pour fonction de transmettre le mouvement (quoiqu'elle puisse en une certaioe mesure le dégager).

§ 20. La coopération de ces espèces différenciées de substance nerveuse, ayaot des fonctions différeutes, se voit sous sa forme la plus simple là où elles sont combinées de manière à former ce que nous avons appelé plus haut l'unité de composition du système nerveux. Un nerf afférent, ébranlé à son extrémité périphérique et traversé par une onde de transformation isomérique, gagne de la force à mesure qu'elle communique cette onde à la masse comparativement grande de matière instable unie à son extrémité interne. Le choc d'excitation moléculaire, immensément accru par la décomposition produite dans cette matière instable qui constitue un corpuscule ganglionnaire ou sa matrice, s'éparpille, mais prend surtout la forme d'une onde relativement forte de transformalion isomérique le long du nerf efférent. Et le nerf efférent se distribuant, à son autre extrémité, dans les fibres d*un muscle, cette onde puissante produit en elles une transformation isomérique d'une autre espèce qui aboutit à une con-

•ion. {Prinâpa de biologie, § 303.) Tan^ui de Topinion que telles sont les fonctions des

parties respectives, viennent encore ces particularités de structure que Dous avons décrites comme se produisant dans les fibres afférentes de certains organes de sens spéciaux. Nous avons vu que les extrémités périphériques des nerfs optique, acoustique, olfactif, sont également caractérisées par la présence de la matière cellulaire, et que^ comme ils diffèrent en cela des extrémités périphériques des nerfs du toucher» ils en diffèrent aussi par leur sensibilité extrême. Si la matière grise, c'est-à-dire la matière cellulaire, a pour fonction de multiplier immensément tout mouvement moléculaire qu'elle reçoit, et de le transmettre ainsi augmenté aux fibres nerveuses, nous avons une explication satisfaisante de ces particularités de structures périphériques. Prenons comme exemple la rétine. Dans chaque petit cône de sa couche sensitive, mesurant moins d'un 1/^000 de pouce de diamètre, la niatière composante est changée par les vibrations éthérées venatit d'une lumière placée dans une habitation très-éloignée. On peut supposer que le choc infiniment petit que cause un rayon si faible ne suffit pas pour transmettre loin, dans un nerf afférent, une onde très-rapide de changement moléculaire; mais cette onde, après avoir traversé une fibrille extrêmement délicate, longue de moins d*un centième (1/100) de pouce, parvient à une couche de ganglions^ avec l'un desquels nous pouvons supposer qu'elle s'unit. Lii, cette petite excitation produit un changement moléculaire destructif, dégage une quantité considérable de mouvement moléculaire; et ainsi, grandement augmentée. Tonde de transformation traverse le reste du nerf afférent, sans cette perte de temps qui aurait lieu s'il fallait que la force fût gagnée par une série d'accroissements partant d'un premier terme infinitésimal.

11 y a des cas artificiels qui peuvent nous servir à expliquer comment diverses fonctions coopèrent pour multiplier une actioa, dans des cas où l'action initiale est très-petite. Supposons qu'un homme ayant à la main un pistolet de poche,

le poudre i)r(>!u;inn '

place le bout du canon à l'extrémité d'une traînée de p qui conduit à un magasin de poudre. La plus légère pression sur la détenle produit une secousse qui fait ton^ber le chien. C'est là quelque chose comme ce multiplicateur externe qui, nous l'avons vu , rend ordinairement plus intense l'actioD produite & l'extrémité d'un nerf afférent. Le chien fait éclater la poudre instable contenue dans l'amorce, jouant ainsi un rdie comparable à celui du pinceau de lumière concentrée qui cause la décomposition d'un des petits cônes ou b^onnets sensilifs de la rétine. L'explosion de l'amorce cause celle de la poudre dans le pistolet : changement qui peut représenter le commencement de h décomposition produite par I trouble d'élément de la rétine dans une cellule ganglionnaire voisine. Au bout du canon du pistolet, la traînée de poudre s'enflamme et, gagnant en avant, Tait sauter le magasin de poudre : ceci représente l'action d'une cellule ganglionnaire partiellement décomposée, qui, par le nerf afférent, propage un choc au large dépôt de matière instable du centre optique, où, par là, une immense quantité de mouvement moléculaire est dégagée.

L'action réunie d'une fibre afférente, de son ganglion central et de la fibre efléreute qui est jointe, est connue communément comme une action réflexe. Le nom indique cette vérité générale : que re:tcitation, en passant de sa place originelle à l'endroit où son elfet est senti, traverse un point où son cours est infléchi ou réfléchi, et en tant qu'il eipriroe cette vérité générale, le terme est bon. Mais si l'eiplication précédente est exacte, le terme, à d'autres égards, soulève des objections. D'une part, il implique comme essentiel ce qui ne l'est pas. Ce fait que l'onde d'excitation tourne bnisque- K^ ment à un point do sa course, n'est pas d'une importance ^^L ÎDlriosèque : c'est un simple concomitant de ce fait, que les ^^^ qu'elle traverse doivent être mis en communication

^H^ ulna Der&, et que ces points de jonction impliquent

^H^^^ t. D'autre part, il laîtsc oublier ce fait, que l'un de

ces points de jonction, d'où Ton dit que Tonde d'excitation est réfléchie» est un endroit où elle est grandement augmentée, et que cette augmentation est Toffice essentiel de la matière située au point de jonction.

§ 31 . Rappelons-nous que les faisceaux de nerfs afférents sont unis aux faisceaux de nerfs elTérents par des amas de corpuscules baignant dans la matière grise d'un ganglion» et que des faisceaux de nerfs centripètes vont de là vers des ganglions supérieurs ; nous avons ensuite à considérer les fonctions de ces structures comme touts.

Un centre nerveux, même d'un ordre inférieur» n'est pas simplement un endroit où les nerfs afférents sont unis chacun à leurs nerfs efférents par des corpuscules ou portions de matière grise qui multiplient et transmettent les excitations ; il n'a pas non plus pour fonction d'envoyer aux ganglions supérieurs une partie de ces excitations, mais c'est aussi un endroit où s'effectuent des communications plus compliquées. Car dans tous les ganglions, sauf peut-être les plus simples, des corpuscules ou cellules sortent des processus plus ou moins nombreux, plus ou moins ramifiés, lesquels, s'étendant dans la matrice de la matière grise, peuvent être considérés comme propageant dans diverses directions et à divers degrés l'excitation conmdencée dans le corpuscule. Cette diffusion de mouvement moléculaire dégagé implique deux choses : !<> le nombre et la complexité des changements corrélatifs produits par le changement originel, croit avec la multiplication et la ▼ariété de ces processus et de leurs connexions; 2^ à mesure que le nombre des changements corrélatifs croit, la quantité totale de mouvement moléculaire dégagé directement ou indirectement croit aussi.

Pour bien comprendre l'importance du second point» il faut se reporter à la figure 4 et à la description de la manière dont un centre nerveux qui sert à établir les divers rapports possibles entre les différents points d'un organisme» doit contenir une grande accumulation de ces liens multiphcateurs,

et OÙ on a montré combien doit être immense raccumalation de matière cellulaire dans un centre qui a pour fonction d'établir des rapports^ suivant certains ordres, entre ces diverses parties. Car on verra qu'à mesure que les connexions deviennent nombreuses et complexes, doit croître aussi la foule de ces corpuscules connecteurs et de ces multiplicateurs d'excitation qui entrent en action simultanément. Et par suite» la quantité de mouvement moléculaire développée dans les centres nerveux croîtra à proportion que les rapports nerveux croîtront en intégration et en hétérogénéité.

Quand nous voyons comment les arrangements propres à dégager et à multiplier le mouvement que nous avons décrit sous leur forme la plus simple dans la dernière section, deviennent ainsi composés ; quand, pour avoir recours à notre comparaison, nous voyons comment le premier magasin central de force en explosion communique avec d*autres maga* sins plus grands, et ceux-ci avec de plus grands encore qui font plus tard explosion, nous ne serons pas en peine de comprendre comment la plus légère impression sur Tun des nerfs récipio-moieurs peut évoquer dans les centres libéro^moteurs une quantité relativement incommensurable de force qui, déchargée le long des nerfs dirigo-moteurs^ peut produire de violentes contractions musculaires. En sorte que^ pour pren* dre un exemple, un son léger peut produire un tressaillement convulsif de tout le corps, et qu'un mouvement inattendu d*un corps voisin qui ne produit daos la rétine qu'une modification infinitésimale, peut cependant causer un tressaillement involontaire.

§ 22. En traitant des fonctions nerveuses en général^ j'ai, sans le remarquer, terminé par des exemples empruntés aux fonctions nerveuses de Thomme, arrivant ainsi à cette partie du sujet où nous aurons bientôt à entrer. Pour compléter ce qui a été dit dans le dernier chapitre des structures ner\euses spécialei, qui nous concernent le plus, nous avons quelque à dire ici de leurs fonctions spéciales.

Si 00U8 laissons de côté les fibres afférentes et efférentes qui traYersent la corde spinale pour aller à Tencéphale ou en venir, ainsi que les fibres centripètes et centrifuges qui unissent ses diverses parties à Tencéphale, nous pouvons considérer les centres partiellement dépendants et partiellement indépendants qui composent la corde spinale comme des coordonnateors des actions de la peau et des muscles du tronc et des membres. La corde spinale suffit à coordonner, sans Taide des centres supérieurs, une bonne partie de ces actions, dont plusieurs sont très-compleies; et certains centres partiellement différenciés qui composent la corde spinale suffisent à produire des coordinations simples, sans Taide du reste. Examinons d* abord ces coordinations simples. — Prenons un malade paralysé par quelque lésion de la corde spinale qui a laissé intacte la région lombaire ; si on touche le pied^ il retire la jambe, non-seulement sans acte cérébral, mais même sans que son cerveau soit en aucune façon affecté, sauf peut-être indirectement par le mouvement du lit. Ainsi, les corpuscules ramifiés et les fibres contenus en ce point de la corde spinale où les nerfs afférents et efférents de la jambe sont réunis, ont à la fois pour fonction de dégager la quantité voalue de mouvement moléculaire, quand l'excitation leur est communiquée, et de la diriger vers les muscles respectifs de la jambe, de façon à causer le mouvement approprié. — Des coordinations encore plus compliquées sont produites par la coopération de divers centres ou diverses portions de substance grise contenue dans les parties adjacentes de la corde spinale. Sur Thomme, cette démonstration n*est pas facile ; mais elle se voit dans les expériences sur les vertébrés inférieurs. Si on irrite d'un côté une grenouille décapitée, elle portera sa patte de derrière de ce côté, et la remuera de façon à éloigner l'objet irritant. On peut faire quelque chose de plus. L'on place un scalpel sur l'épiderme entre les jambes de derrière, elles agissent ensemble, de manière à repousser le scalpel. Ce qui explique ce fait, c'est que, par les fibres com-

missurantes, transverses et longitudinales, les excitations envoyées aux centres particuliers sont communiquées aux divers centres adjacents, et ceux-ci par leurs nerfs elîéreiits dirigeol et distribuent dans une grande variété de muscles les cxâltlions multipliées. — Nous comprendrons mieux comment eet coordinaliODs déterminées sont produites, en nous rBpp«t«)l que les rapports entre les positions sur l'épiderme et les meri' vements nécessaires pour que les extrémités les touchent wot à peu près coDsInnts. Une patte de derrière de la grenouille ne peut atteindre un point donné sur le cAté de la grenouille que par un ajustement particulier des muselés, ou en tout cas par un ajustement qui varie dans d'étroites limites; etpaïs* que, dans toutes les générations de grenouilles, les unes après les autres, les proporiions des parties et par suite les rapports des ajustements musculaires à des positions données restent pratiquement les mi^mes, on peut comprendre comment, par suite des connexions nerveuses organisées qui se produisent, l'attouchement à un point quelconque peut causer les contractions combinées nécessaires pour portera ce point l'extrémité du membre. — Ou doit remarquer aussi que l'idée d« ces actes de la corde spinale considérés comme coordinateurs de mouvemeuls, est incomplète tant qu'on ne considère d'autres mouvements que ceux des muscles. 11 Tant renfermer sous le titre des mouvements les excitations transmises le long des nerfs afférents, car les mouvements musculaires sont justes de telle sorte que leurs résultats réunis ont des rapports spéciaux à ces excitations reçues. La coordination est entre les actes ricipio-moteurs et les actes dirigo-moteurg. — Nous pouvons donc regarder la corde spinale comme un centre de coor^ dinations qui, quoique qiielques-unes soient très-complexes, sont cependant relativement simples: simples, en tant que les excitations reçues de l'épiderme sont ii beaucoup pris semblables dans toutes les parties ; simples, en tant que chaque ajustement musculaire est le plus souvent d'une espèce fixe ou invariable; simples euSu, en tant que les actes compo-

aoU du groupe coordonné sont pratiquement simultanés. Cette portion élargie et différenciée de la corde spinale |u*on appelle la moelle allongée, en y comprenant la base de a protubérance annulaire, et qui se confond si bien comme (tnictore avec la moelle épinière qu'on ne peut les délimiter, peut être distinguée en gros comme un centre de coordina- \iùDB composées. Elle reçoit directement les impressions auditives et gustatives ; les impressions visuelles l'affectent indirectement par les corps quadrijumeaux : en même temps elle BDVoie des impulsions aux divers muscles des yeux, de laface^ des mAchoires et de la bouche. Par elle, les mouvements des quatre membres sont combinés en vue d'un acte, et en les réglant simultanément, elle fait que les mâchoires et la tête coopèrent avec les membres. Elle coordonne dans le rapport voulu les diverses impressions et les mouvements musculaires impliqués dans l'acte d'avaler. Recevant l'excitation respiratoire^ il envoie les excitations à ces muscles, qui augmentent et diminuent la cavité thoracique, causant ainsi rinspiration Bt Texpiration : par suite, elle est le centre qui, troublé par des irritations violentes de la surface respiratoire, envoie aux muscles ces excitations violentes qui causent l'étemument et la toux : à quoi on peut ajouter comme actions appartenant à la même classe le cri et le b&illement. EnOn^ par le nerf pneumogastrique, elle contrôle l'action du cœur et des autres viscères. Ainsi, elle est un centre où viennent, directement dans quelques cas, et indirectement dans la plupart des cas, les impressions de toutes les parties de la surface externe^ uissi bien que de la membrane muqueuse de la bouche, de TcBSophage et des poumons : là viennent aussi, directement ou indirectement, les impressions reçues par les sens supérieurs. En même temps, les centres secondaires dont chacun commande des groupes de muscles sont, par elle, mis en rapport entre eux; et leurs actions simples sont combinées entre elles de manière à constituer des actions composées. En somnie, elle a des rapports récipio-moieun avec toutes les par-

60 LBS DOXI>{ÉRS DE LA PSTCHOLOGIB.

lies sur lesquelles agit le inonde extérieur^ et des rappork dirigo^moteurs avec toutes les parties qui réagissent sur la inonde extérieur : sa fonction est d'ajuster les moufementi complexes aux excitations complexes. — Ce n^est pas tooL Étant le centre qui commence et qui dirige des actions eor* porelles compliquées et étendues, elle est le centre où est indiquée la demande des matériaux ; par suite, elle devient k régulateur de la circulation, de Taération du sang et des ac* tions viscérales en général. Évidemment donc, ses ci>ordinations sont composées, en comparaison de celles de la corde spinale : composées, parce que les impressions que les nerfs centripètes et afférents lui transmettent sont non-seulement plus nombreuses, mais aussi plus hétérogènes ; composées, parce que les impulsions qu'elle envoie sont aussi plus nombreuses et plus hétérogènes ; composée^ parce qu'elle étabKt une correspondance entre des actes plus compliqués et des stimulus plus compliqués.

Nous avons maintenant à définir dans des termes de même nature les fonctions de deux centres encore plus élevés, le cervelet et le cerveau. Comment le faire? Ces deux grandes masses bilobées sortent comme des bourgeons de raxecràniospinal originairement presque uniforme ; et à mesure qu*elles grandissent, leurs parties éloignées deviennent plus massives que leurs parties rapprochées, en sorte qu'elles finissent par un pédoncule. Par suite, elles sont avec la moelle allongée dans le même rapport que le ganglion supérieur H (voir fig. 4) avec le ganglion inférieur F ; et nous pouvons raisonnablement inférer que leurs fonctions sont analogues à celles assignés par hypothèse au ganglion II. C'est-à-dire que nous pouvons les considérer comme des organes de coordination doublement composée; comme des organes qui ont pour commune fonction de recomhinor en pronpos plus larges et en ordres différents et sans nombre les impressions déjà complexes reçues par la moelle allongée, et qui ont de plus pour fonction de réarranger les impulsions motrices déjà com*

LBS J^ONCttONd DO StSTÈMS NBRVËUÎ. 61

plexes qui viennent de la moelle allongée, de manière à former ces agrégats d'actions beaucoup plus compliquées, à la fois simultanés et successifs, qui, ajustées à des impressions compliquées, atteignent des fins éloignées. On peut, je crois, tenir cette définition pour vraie en général, puisqu'elle oe fait qu'établir en d'autres termes ce qui en langage ordiuaire est appelé un acte intelligent, ce qui caractérise les vertébrés à mesure que ces centres se développent. Ceci pris pour accordé, une autre question s'élève : Quel est le rôle que jouent respectivement ces deux grands organes dans cette coordination doublement composée ? Il y a eu, il y a encore beaucoup de divergences d'opiuion relativement aux fonctions particulières de ces ganglions suprêmes, particulièrement en ce qui toucbe le cervelet. Sans vouloir essayer à ce sujet autre chose qu'une hypothèse, je me risquerai à suggérer une explication qui n'est pas improbable. — La commune fonction des deux étant de coordonner en groupes plus vastes et en ordres divers les impressions et les actes coordonnés dans les centres inférieurs, on peut se demander : Y a-t>il des espèces d'ordre essentiellement distinctes, suivant lesquelles les impressions et les actes puissent être coordonnés? La réponse naturelle, c'est qu'il y a les deux ordres essentiellement distincts de coexistence et de séquence. Tous les phénomènes nous sont présentés ou comme simultanés ou comme succèssife. Si donc ces deux centres nerveux suprêmes, qui accomplissent ensemble la fonction générale de coordination doublement composée, ont leur rôle distinct dans cette fonction, comme nous pouvons le conclure, les organes étant distincts, il n'est guère d'hypothèse plus raisonnable à faire que celleci : c'est que les ordres respectifs dans lesquels a lieu cette coordination des impressions et des actes composés répond aux ordres respectifs dans lesquels les phénomènes sont conditionnés. En un mot, Thypothèse à laquelle nous arrivons àprioriy c'est que le cervelet est un organe de coordination doublement composée dans ïespace^ et le cerveau un organe de

62 LES DONNÉES DB LA PSTCHOLOGtB.

coordination doublement composée dans U temp$. — ^La pmm à posteriori^ autant que j*ai pu Texaminer, semble d*aeeoid avec cette opinion sur la fonction générale de ces eentres, ci ayec cette opinion sur leurs fonctions spéciales respectives. B y a une harmonie complète entre Thypothèse et ces laits, ea apparence étranges, que ces centres peuvent être partiellement détruits sans causer d'incapacité notoire, et qu'ils peuvent être complètement enlevés sans détruire l'aptitode i coordonner les impressions et les actes moins eompleies. En supposant, comme nous pouvons très-bien le faire, que les cellules et les fibres qui servent aux coordinations les plus compliquées sont successivement ajoutées à la surface de ees centres à mesure qu'ils se développent, on peut en oondure que les couches superficielles peuvent être enlevées par tranches minces sans effet très-appréciable sur les actes, et que cet effet deviendra de plus en plus appréciable, à mesure que les coupes détruiront les parties les plus proches des eeutres inférieurs : et c'est ce que rexpérience établit. De plus, en trouvant, comme Thypothèse nous amenait à le supposer, que ces masses nerveuses sont relativement grandes, dans tous les êtres capables d'ajuster des actes compliqués et continus à des agents complexes et éloignés, nous trouvons aussi quelque rapport entre le développement de chacun et les capacités particulières de l'espèce. Tel est, par exemple, ce fait que le cervelet est extraordinairement développé dans les oiseaux de proie, qui ont à coordonner très-exactement les rapports de distance, de direction, de forme complexe, et à coordonner avec précision les mouvements compliqués appropriés à ces impressions compliquées. Et tel est, d'autre part, ce hit que le cerveau prédomine chez des êtres qui, comme nous, ont la faculté d'adapter pendant de longues périodes une chaîne d'actions composées à une chaîne d'impressions composées '• Naturellement cette classificatioo des fonctions des centres

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LBS PONCTIONS DU SYSTÈME NERVEUX. 63

nerreux^ en coordioatioDS simples, composées, doublement composées, ne doit être prise que comme purement approximatite. On ne peut faire aucune division précise. Les fonctions naissent de complications croissantes ; et ces contrastes généraux ne sont frappants que quand nous examinons les faits dans leurs traits principaux. Ici, notre but étant de donner une idée des principes de la fonction nerveuse dans les périodes successives de son évolution, nous n'avons pas à ' nous inquiéter des détails.

§ 23. Il faut ajouter quelques mots sur les fonctions de cet appareil nerveux subordonné, qui préside aux processus TÎtaux, et sur la stucture duquel on a dit quelque chose dans le précédent chapitre. Il nous suffira de prendre, comme échantillon du tout, les fondions de la division vaso-motrice.

Chaque nerf vaso-moteur, ayant des racines à la fois dans le système cérébro-spinal et dans le grand sympathique, envoie à toutes les branches de l'artère qu'il accompagne les excitations venant de l'activité des grands centres nerveux et des muscles aussi bien que de l'activité des viscères. Il est probable que la quantité ordinaire d'excitation propagée le long de chaque nerf vaso-moteur, excite simplement la tunique

bîti et eonelaiiont tout à fait en barmejaie avec ces explications, en ce qui concerne la fonetlon commane des grands cenwès nenreox.

On doit remarquer que les définitions proposées ci-dessus sont en grande jMrtie d'accord arec les doctrines courantes. On admet généralement que le cerveau est l'organe principal de Tesprit; et Tesprit, dans son acception ordinaire, signifie plos spécialement une coordination comparativement complexe dans le temps ; la conaeience d'un être qui voit Yavant et Vapris^ et qui emploie ses expériences pisiffi pour régler ses expériences futures. De même la fonction assignée au cer- Telel dans le f 22 s'accorde en partie avec ce que M. Flourens a conclu de ses ezpérieoces. Il y a cependant une différence à deux égards. Ce qui a été dit ({ 22), iflapltfiae : 1* que le cervelet n*est pas seulement un organe de coordination des mooveoMOls on des mouvements simultanés, mais qu'il est aussi un organe pour la coordination des impressions simultanées et pour la coordination des mouvements synchroniques adaptés aux impressions simultanées; 2* que le cervelet ne coordonne pM toutes les impressions simultanées et tous les mouvements synchroniques adaptés, mais aeulement celles et ceux qui sont doublement composés, qui ont pour eorrèlatitli externes ces combinaisons complexes d'attributs qui distinguent les objets les n» des antres, et ces localisations nombreuses et variées des objets dans l'espace qoi t'étond dana les limites immédiates de l'organe et à sa partie.

musculaire de Tartëre voisine» de façon à maintenir son élas* ticité normale. Mais des excitations plus fortes produisent des altérations marquées dans son calibre : on dit que celles qui viennent des fibres sympathiques causent une contraction, celles des fibres cérébro-spinales une dilatation. Quelques-uns de ces changements ont rapport aux actions qui se passent dans la partie elle-même; d'autres à celles qui se passent dans les principaux organes vitaux ou au corps dans sa totalité. Mais tous nous montrent que, par le moyen des nerfs vasomoteurs, les vaisseaux sanguins sont réglés de façon à servir aux besoins généraux et locaux. — On peut ajouter un autre fait appartenant à la même classe ; en partie à cause de son intérêt intrinsèque, en partie parce qu'ils éclairent certidnes fonctions nerveuses supplémentaires qui n*ont pas été nommées jusqu'ici. Nous avons déjà vu qu'entre autres fonctions, la moelle allongée régit, par le moyen du nerf pneuouHgastrique^ raction du cœur. Tant que Tcxcitation transmise à la moelle allongée, soit de la phériphérie du système nerveux, soit des grands centres, est modérée, l'onde de changement moléculaire qui en résulte^ transmise par la moelle dans le nerf pneumo-gastrique, n'entrave pas l'action du cœur, et peut-être même l'augmente. Mais quand la moelle est excitée avec excès, la quantité croissante de stimulus qu'elle transmet, ou bien diminue l'action du cœur ou l'arrête tout à fait, ce qui cause arrêt de la circulation, et par suite insensibilité. Notons en passant que c'est là une des formes les plus remarquables de cette coordination que le système nerveux effectue partout^ puisque l'arrangement est tel que, quand le système prend une activité anomale et que ses principaux centres sont surchargés de sang, ils arrêtent eux-mêmes Torgane qui leur envoie le sang. Nous avons à nous demander comment il se fiiit, dans ce cas, que l'excitation propagée par un nerf arrête Taction au lieu de la cause. Voici la réponse : C'est qu'outre les systèmes de nerfs qui excitent l'action, il y a un système de nerfs qui diminuent Taction, qu'on appelle nerfs

iiihibUoireê. On admet que c'est par eux que le cerveau gouverne la corde spinale, restreint ces mouvements réflexes qui sont si marqués quand la connexion avec le cerveau est interrompue ; et on infère que c'est par l'un d'eux que la moelle allongée réfrène le cœur, quand l'irritation cérébrale est excessive.

Quoi qu'il en soit, ces faits montrent comment le système nerveux, en coordonnant les actions extérieures, coordonne aussi ces actions internes qui les rendent possibles ; le lecteur n'a qu'à concevoir comment, par d'autres systèmes de nerfs, d^autres organes qui absorbent, sécrètent, excrètent, etc., sont régis de même, et il comprendra suffisamment pour le présent comme peut s'établir l'harmonie entre les matériaux demandés et fournis.

§ 34. En résumant maintenant les fonctions du système nerveux formulées en termes de mouvement, il ne sera pas inutile de remarquer qu'en retranchant les complications ordinaires, nous atteignons une vue beaucoup plus compréhensive.

Quand on touche une partie d'un zoophyte, la contraction commencée dans cette partie se répand lentement dans tout le reste du corps. 11 y a deux choses à noter : l"" l'excitation est propagée dans la sarcode sans nerf qui compose l'anima], car les parties éloignées viennent à être affectées ; 2® cette excitation s'accroît aussi^ car, dans cette succession de moments, la masse du tissu qui subit des changements devient plus grande. Ainsi la substance relativement homogène de ces animaux simples manifeste les deux phénomènes que montre le système nerveux dans toutes les phases de son développement : il y a propagation de mouvement moléculaire et augmentation simultanée de ce mouvement. Ces phénomènes essentiels deviennent plus remarquables à mesure que le système nerveux se développe : en partie parce que les changements sont limités à des lignes étroites et à de petites masses; en partie parce que la matière qui les comço^^ ^^

Wî LES DONNÉES DE LA PSYCHOLOGIE.

dislingue par un degré crùissant d^iDstabilité générale. Puis donc que les fonctioDS du système nerveux exprimées en termes de mouvement moléculaires sont des fonctions qui se manifestent d^une manière vague dans le tissu indifférencié d*où le système nerveux sort insensiblement, il est clair qu*en les exprimant ainsi, nous renfermons leurs formes les plus hautes et les plus basses^ et que nous ne pouvons faire autrement.

De plus» ce n*est qu'on ces termes que peut être donnée une définition adéquate des fonctions nerveuses complètement développées. Si nous admettons un élément subjectif quelconque, notre définition n'est plus applicable à toutes ces actions nerveuses qui n*out pas d'accompagnement subjectif, qui se produisent sans état de conscience, et une conception des fonctions nerveuses qui exclut celles de la vie organique ne peut être une conception complète. D'autre part, la définition des fondions nerveuses^ comme consistant dans la transmission et multiplication des mouvements moléculaires, est applicable à tous les cas. Elle renferme également la transmission d'une impression sensorielle et Texcitation de métamorphoses chimiques dans une glande.

La subdivision de cette fonction générale sous les titres proposés de ricipio-moteur ^ libéro-moteur et dirigiMnoîeur^ a aussi Tavantage d'une très-grande compréhension. Aucun mot à présent en usage n'exprime la fonction que les nerfs afférents ont en commun d'une manière plus spécifique que le fait le mot afférent lui-même. Que Texcitation de l'extrémité périphérique produise dans un nerf atTéreut un changement causant une contraction rêlloxe, ou qu'elle produise un changement causant ce que nous appelons une sensation, c'est là une circonstance d'importance secondaire, comme le prouve ce fût que le second peut, par l'habitude, devenir le premier. La chose essentielle commune aux deux^ c'est que le mouvement moléculaire se propage de la périphério au centre. Il en est de même puur les ïvnci'utu:^ libt i v-nwti ices, Qiit I.i nmlliplicalîou

de TexcitatioD communiquée n'ait pas d'accompagnement subjectif, comme dans les ganglions du grand sympathique, ou qu'elle en ait un, comme dans le cerveau, il y a dans les deux cas libération de mouvement moléculaire; et, cela étant, le commun caractère des changements dans les centres nerveux, doit déterminer la définition de leurs fonctions communes. De même, tous les nerfs efférents, soit qu'ils transmettent une excitation qui contracte les muscles, qu'ils causent la constriction des artères ou qu'ils excitent des transformations chimiques dans les glandes^ servent à diriger les ondes de mouvement moléculaire ; ondes qui sont intrinsèquement de même nature, quoique les résultats qu'elles produisent dans les organes soient si différents, et quoiqu'ils soient tantôt accompagnés, tantôt non accompagnés de conscience.

En examinant d'une façon plus spéciale les fonctions ainsi classées, on distingue deux faits essentiels. Nous voyons que le système nerveux, considéré comme un agent générateur de mouvement^ agit par libération de quantités successivement plus grandes de mouvement moléculaire dans les centres successivement excités. Un très-petit changement à l'extrémité périphérique d'un nerf afférent, cause une quantité relativement grande de changement de quelque matière nerveuse instable voisine ; de là le changement ainsi accru est transmis à quelque ganglion interne ; en le traversant, il est immensément multiplié, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il ait été dégagé une quantité de mouvement capable de causer des contractions musculaires dans tout le corps.

Mais ces centres dans lesquels le mouvement moléculaire est dégagé, sont aussi les centres dans lesquels ils sont coordonnés; et les centres successivement plus élevés et plus grands qui développent des quantités successivement plus grandes de mouvement moléculaire, sont aussi les centres dans lesquels s'effectuent des coordinations successivement plus complexes. De là ce résultat général : c'est qu'avec chaque nouveau développement du système nerveux qui le reud

propre à établir dans le corps un consensus plus parfait de toutes les parties en vue d'actions simultanées et successives» il se produit un pouvoir plus grand de développer Ténergie requise pour ces agrégats d'actions plus grands.

Nous trouverons ces principes bien vérifiés dans le cas qui nous concerne de plus près. Il est inutile de résumer les résultats auxquels nous venons d'arriver. On peut cependant ajouter une remarque. Dans les fonctions de centres successivement plus élevés des vertébrés, nous voyons bien vérifiée la loi du développement des fonctions en général. {Premien PrincipeSy part. H, p. 142.) Ce progrès des coordinations petites et simples aux coordinations grandes et composées et aux coordinations encore plus grandes et doublement composées, est un des meilleurs exemples de cette intégration de mouvements devenant à la fois plus hétérogène et mieux définie qui caractérise révolution sous toutes ses formes.

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