CHAPITRE Vm
§ 35-i. Jusqu'ici nous avons considéré l'évolution des appareils nerveux et de leurs fondions, sans tenir compte des conditions physiologiques variées qui affectent le cours de révolution de moment en moment, aussi bien que de génération en génération. Nous avons dit que les actions physiques par lesquelles les canaux nerveux sont ouverts et rendus plus aptes au passage, et les actions par lesquelles les décharges courant dans les canaux établis produisent leurs effets respectifs, étaient toujours semblables en nature et en degré^ si les stimulus et les appareils étaient toujours semblables en nature et en degré. Mais tel n'est pas le cas. Ici nous devons tenir compte de plusieurs circonstances générales et locales qui modifient Tinfluence du même agent extérieur sur la même partie interne^ et observer la correspondance qui existe entre les variations d'effet physique et les variations simultanées d'effet psychique.
Plutôt que de suivre dans la pensée même la production de ces variations, développons une comparaison présentée plus haut. Quand nous avons décrit comment les décharges de mouvement moléculaire marchent selon les lignes de résistance moindre, — et par leur retour font d'elles des lignes de résistance moindre encore, — nous avons signalé qu'à cet égard il y a une analogie entre l'onde de mouvement moléculaire et le flux d'un liquide ; car un courant d'eau se taille en quelque sorte, à mesnre qu'il est plus fort et plus prolongé^ UD chenal plus large et mieux défini (§ 224). Que la translation du mouvement moléculaire puisse être l'objet de ce pa-
636 S^-NTHÈSE PHYSIQUE.
rallélisme, c'est ce que nous voyons dans les formes cooDnn du mouvement moléculaire, comme la chaleur et rélectriché, dont le transport i travers les corps solides est comparé l m courant qui passe plus facilemeut à travers certaiDCs sobfbaces qu'à travers d'autres, et qui, dans les corps pounwdl molécules polarisées, passe avec moins de résistance daMOr taineg directions que dans certaines autres. Heveaaiit Aw à l'hypothèse commune d'un fluiile nerveux qui se ronrt pv courants nervcui, — admettant que le mouvement mottok* Inire qui produit des effets nerveux et sa transUtion, OH être l'un un Ouide, l'autre un courant réels, peuvent cepts* dant être traités comme tels pour plus de commr^dité, mwdérons quelles variations dans les résultats spéciaux « p»»duiront sous l'influence de variations sccideolelles dus U genèse et l'émission du fluide nerveux. Considérons leijv tème nerveux comme un ensemble de canaux iuliniment a»pliqué, les uns larges et entratuaut un courant libre d'ohit*clés, les autres étroits, et n'offrant qu'un passage difllcîJ^ — les uns communiquant entre eux par de larges OBïfTtures, les autres ne communiquant que par des ourert*» que peut seule forcer une haute pression, mais tous plwwi moins perméables, et plus ou moins en commuDicalioo bwtuelle. Supposons l'agrégat de canaux constitué dfl ték sorte qu'il offre maint endroit où son contenu s'èchafifM, H maint endroit où des sources jaillissent pour Taugmeater, et que ces endroits de soustraction et d'addition soieat onwts en des localités difTérentes, en quantités diverses et en dirm degrés, — les soustractions se trouvant parrois en exett,(t parfois les additions. Concluons de là qu'il y a une Tuiihililé extrf^nie dans la pression du liquide qui remplit ces ouMn ramifiés, — lantât une perte excessive venant de réduira nUt pression, tantôt, au contraire, un influx abondsol l'naBi élevée à une hauteur inaccoutumée. El enfin, tirons de cm doasées ce corollaire nécessaire : qu'à uo moment, les <ro«idicHnaals du système ne passent plus qu'à iniTen k*
canaux les plus largement ouverts et les plus perméables, tandis qu'au moment de la haute marée, ses courants se frayent un passage dans des canaux moins perméables, et, aidés par des troubles locaux, s'échappent même par les canaux les moins perméables de tous.
Symbolisant ainsi les actions physiques auxquelles le système nerveux dans son ensemble est exposé, demandonsnous comment ses fonctions seront affectées par les changements survenant dans les conditions physiologiques, et comment les états subjectifs correspondants seront par là modifiés.
§ 255. Prenons d'abord des variations générales qui différencient certains traits de l'intelligence, suivant qu'on les observe dans l'enfance ou dans la vieillesse.
Tant que la déperdition et la réparation sont rapides^ le réseau de canaux formant le système nerveux, reçoit en une multitude de points un influx continuel si abondant, qu'il reste toujours bien rempli malgré l'abondant écoulement qui se produit sans cesse en une multitude de points. Les ondes de mouvement moléculaire produites par les impressions périphériques survenant de moment en moment, mettent en liberté dans les centres sensoriels des ondes de plus en plus abondantes, ou, commesnous somme convenus de nous exprimer, des sources vives de a fluide nerveux, » et partant des pleius massifs des centres les plus élevés, produits par les combinaisons des révolutions moléculaires ainsi provoquées, viennent s'ajouter au contenu du système des courants encore plus puissants et plus continus. Si nous considérons d'abord les résultats physiologiques, nous voyons que les canaux du système nerveux automatique sont remplis jusqu'à déborder. Le cœur bat puissamment ; le canal alimentaire travaille avec vigueur ; les poumons sont largement gonflés, et chaque organe glandulaire reçoit des décharges continuelles qui entretiennent les changements moléculaires particuliers dont ils sont le théâtre. Cependant
les muscles de la volonté, receyant leur part de cet efBin abondant, sont tous dans un état de tension partielle produisant les attitudes caractéristiques de la vigueur ; ils sont tous prêts à se contracter avec une grande force et à maintenir ces contractions pendant de longues périodes. Parmi
les résultats psychiques correspondants, nous remarquons que les phénomènes conscients des deux ordres sont an plus haut point d'activité : les perceptions sont distinctes et les émotions vives. Nous voyons aussi, — et ceci nous ialéresse ici plus spécialement, — que rétablissement des relations entre les idées est faéile et que les relations, une fois établies, sont relativement durables. Â travers les lignes de communication nerveuse, quelles qu'elles soient, qui sontouvertes passent des décharges qui sont fortes, parce que la pression est haute; doîi résulte une grande quantité de dérangement moléculaire le long de chaque ligne suivie par une décharge. Une décharge semblable ultérieure passe par le même chemin avec une facilité relative ; et ainsi l'état antécédeui pr> duit facilement l'état conséquent, — les termes de la relation deviennent cohérents, — la mémoire la retient sans peine.
Réciproquement, la connexion des phénomènes d'un are avancé fait ressortir avec plus de clarté encore, par compiraison, la loi que nous considérons en ce moment. Comme ie corps tout entier, le système nerveux reçoit du sang plus pauvre qui circule plus lentement. Ses pertes par conséquent sont moins rapidement réparées. Ses canaux par suite re<:uivent de moment en moment des jets plus faibles de fluitit nerveux; la pression générale est diminuée, et les différeoles sources, qui débordaient, tarissent. Lesrésuluts
physiologiques sont que les actions des viscères se produisent Avec plus de lenteur. Si la digestion n'est pas positiveelle devient une contribution sensible, et Tensurface du corps n'est plus assez actif pour OA ç^T\j& ^^ ^Vk!b!A.Mx cionsidérable. Dus
l'étendue du système musculaire^ ont voit également Tinsuffisance de la décharge nerveuse ; on la voit aussi dans le relâchement chronique de Tattitude et la fatigue rapide qui suit tout exercice. Au point de vue psychique, les
idées provoquées sont moins vives, et les relations formées entre elles sont moins cohérentes. Faut-il lire: une forte lumière est indispensable ; le goût et Todorat deviennent moins nets; l'oreille se fait dure, et des circonstances qui fournissent au jeune homme de fortes émotions de plaisir ne rencontrent plus que de l'apathie. En même temps le manque relatif de cohésion entre les impressions se trahit par le défaut d'aptitude qu'éprouve le vieillard à se rappeler le nom des personnes, le moment où il les a rencontrées, etc. Et si nous continuons de suivre les phases décroissantes de la mémoire, nous verrons qu'elles sont fidèles à Tordre qu'on peut inférer de Thypothèse. Les premières des impressions qui cessent de se tenir Tune avec l'autre unies de façon à se rappeler mutuellement, sont celles qui ont pour objet les détails vulgaires de la vie, celles qui sont représentées dans le système nerveux par des lignes où ne sont passées que de faibles décharges de loin en loin. Puis les choses même intéressantes qu'on a lues, les événements passés de grande importance, cessent de réapparaître devant la mémoire. Cependant les lectures et les événements qui remontent jusqu'au temps de l'enfance peuvent encore être rappelés : car les canaux de communication nerveuse, creusés depuis de longues années par des courants vigoureux répondant aux vives idées de la jeunesse, restent plus perméables que ceux ébauchés en dernier lieu par des courants affaiblis qui répondent aux sentiments éteints du grand âge. Lt^issant de côté une foule de degrés, nous .arrivons aux incohérences de la pensée, où on confond les lieux actuellement habités avec les lieux habités longtemps auparavant, où une affaire du milieu de la vie est rapportée comme si elle venait de se passer hier, — incohérences impliquant que les canaux où le passage était compa-
SYSTHÈSK PHVSIOUE.
ralivement facile, sont mainleaanl si abandonaés que les éichurgt^s qui s'y engageut ue provoquent plus les élémenUde CCS idées familières daos leurs relalioos véritables. Et Soslemeot nous alleigaoïis l'éUit eitréme, susceptible de la même explication, dans lequel même les membres de la i^millequi onl été nos compagnons pendant la vie entière ne sont plus reconnus de nous.
§236. Considérons maintenant certaines variations psychiques générales qui accompagnent les différences de constilution pby&ique. Quelques-unes d'entre elles, de la même nature que les précédentes, méritent un coup d'ceîl avant que nous passious à d'autres d'une autre nature.
Grâce à certaines particularités d'influence héréditaire, ^ certaines particularités d'éducation, à certaines parlioularilés de genre de vie, de hautes manifestations d'intelligence du certaines sortes peuvent coïncider avec la faiblesse du corps Mais si nous classons de tels cas comme des anomalies s'écartanl de l'équilibre constitutionnel nécessaire pour qu'un éire se survive dans des générations successives; si nous limîtoDi nutre attention aux cas où aucune monstruosité ne s'est pro' duile par l'effet d'une contrainte excessive exercée sur un individu ou ses anctttres, nous aurons à reconnaître unecuunexion entre une vigueur physique abondante et la puiss.ince de sentir et de penser, aussi bien qu'entre la faiblesse de la conslitution et une inertie comparative de l'intelligence et dfs émotions. D'uu côté, nous avons un type d'hooioie
tout débordant d'énergie musculaire qui lui assure la supériorité dans les jeux, les exercices du corps et les luttes àe force ; qui se porte avec vivacité à tous les ordres de plaiiirii sensations ou émotions; qui apprend vile et relient fermement ce qu'il a appris, et qui, après avoir quitté la vie scolaire, oi!i il a été marqué par ces traits réunis, se distingue des autrt's hommes, eu partie grâce à son aclivilc mentale {i&as iju* cette activité soît nécessairement d'un ordre élevé), en paii'^ grâce à la force de sa constitution, qui le rend capable de sup*
porter une application intense et prolongée. D*un
autre calé, nous avons un type d'homme chez lequel les fonctions corporelles sont lentes ; qui dès son enfance, jusqu'à un Age plus mûr, se soucie peu des exercices actifs ; qui, même dans sa jeunesse, est indifférent aux plaisirs dont les autres jouissent le plus vivement; qui en tout temps trouve Tétude laborieuse^ et qui» dans le reste de sa vie, tombe dans une paresseuse apathie.
Si je décris l'opposition qu'il y a entre les hommes dont le système nerveux travaille sous une haute pression et ceux qui offrent Fétat contraire, c'est moins pour montrer Vanalogie de cette opposition avec celle qui distingue la jeunesse de la vieillesse que pour attirer l'attention sur une opposition correspondante d'une autre nature. Nous avons vu que, quand lu pression est élevée dans l'étendue du système nerveux^ au point que la première secousse qui vient à faciliter l'échappement du fluide dans certains canaux est suivie d'un violeot jaillissement dans ces mêmes canaux, bien qu'ils n'offrent pas un passage des plus faciles, nous avons vu ,di8-je, que, dans ce cas, les anciennes connexions d'idées renaissent aisément et qu'il s'en forme de nouvelles des mieux cohérentes. Mais il y a plus. Les plus hauts plexus nerveux étant enchevêtrés comme ils le sont pour correspondre à Tenchevêtrement des phénomènes^ il arrive nécessairement qu'une onde de fluide nerveux déposé en eux, quoique s'échappant plus abondamment par des canaux très-perméables, s'échappera aussi en partie par d'autres canaux qui le sont moins. Plus forte sera Tonde, plus grand sera le nombre de ces décharges supplémentaires, et plus loin se feront sentir toutes ces décharges^ petites ou grandes^ fortes ou faibles, pénétrant dans des ramifications plus nombreuses et plus éloignées du plexus dans lequel elles sont entrées. En correspondance avec ce résultat physique, le résultat psychique est qu'il y a production d'idées plus nombreuses, plus distinctes et plus étendues. L'aire de
la cooscience s'agrandit et s'éclaire à mesure que la pression I. WV
642 SïiNïHÈSE l'HVSiyUB.
du fluide nerveux augmente ; de sorte que, tandis que ses éléments les plus rapprochés, les plus voisins du^ceatre, devieiiDent plus nets, les éléments les plus éloignés du centre commencent à être en vue. Ealre les deui types du
constitution décrits plus haut, nous voyons certaines diilérences mentales qui peuvent se déduire de ce qui précède. L'homme dont le système nerveiii travaille sous une haute pression nous montre une extrême abondances d'idées, n a toujours quelque chose à dire, et il trouve sur-le-champ des paroles appropriées à t'occasiou. Les tenants et les aboutissants d'une situation, d'un événement se présenient à lui d'un seul coup, et parmi les nombreux partis qui lui viennent à l'esprit simultanément, il a vite fait d'en prendre un qui con* vienne. Il montre ainsi ce que nous appelons de ]a présence d'esprit, cl d'ordinaire, plein de confiance dans la ferlililê de ses ressources, il a le courage qu'il faut pour faire faceaui difficultés. Dans l'homme dont le système nerveux
travaille sous une pression basse, les pensées se présentent - lentement en une seule &le au lieu de se présenter en une co* lonne formée d'un grand nombre d'éléments accouplés. Les causes possibles et les conséquences de chaque action ne foui que poindre après qu'elle a été pensée, une à une, par degrés distants, et quelques-unes même ne se montrent pas du tout, si bien que l'occasion est passée avant qu'il ait eu le temps de se disposer à en profiter, Trouvant donc qu'il est incapable de tenir tête aux hommes qui ont, comme on dit, leur esprit sous la main, il abandonne les voies fréquentées de la vie, et prend pour sou repos les chemins détournés.
§25". Que des causes physiques générales entraînent aiec elles de telles différences psychiques générales, c'est ce que nous voyons non-seulement en comparant les inteltigeaces du jeune homme et du vieillard, aussi bien que celles des bomniej doués d'une constitution vivace avec celles des indolents par tempérament, mais aussi en comparant les états coDStîtut nels d'csallaUonfità&d^çveâftion cbet le même iodividn
ititidog^
Beaucoup de personnes ont éprouvé une sorte de prostration générale pendant laquelle les plaisirs sont acceptés avec apathie, pendant laquelle la pensée est une fatigue et tout effort pour se rappeler des objets en dehors des objets familiers une corvée. En même temps que les idées sont moins cohérentes, elles sont moins nombreuses ; au lieu de se présenter en foule continue, elles n^arrivent plus que comme une file intermittente de traînards. Au contraire, il y a des
moments de vigueur exceptionnelle, qui sont dus souvent à quelque combinaison favorable de conditions physiques et sociales (comme une excursion avec un ami intime), dans lesquels les manifestations mentales sont extraordinairement vives et abondantes. Chaque pensée est saisie avec clarté et promptitude, les expressions propres se placent sur les lèvres comme d*elles-mêmes, des exemples sont prêts en un ins-^ tant, des anecdotes depuis longtemps oubliées reviennent en mémoire, et dans ce flot d'idées si large et si rapide se forment tout à coup ces combinaisons complexes de similitude et de différence qui constituent Tesprit, même sur la bouche de ceux qui d'ordinaire ne passent pas pour spirituels.
Ces déviations en sens contraire à partir d'un même état sont, comme les autres, faciles à expliquer, si on admet qu'elles sont dues à une pression tantôt plus haute tantôt plus basse dans le système nerveux.
§ 358. Une autre variation d'état constitutionnel qui se présente chaque jour nous montre une série d'effets semblables semblablement produits.
La diminution de l'efflux nerveux q ui, après avoir atteint un certain point, s'apaise en quelque sorte progressivement et flnit par sommeiller, est accompagnée par une série descendante d'activités psychiques conforme au principe général établi plus haut. Quand l'assoupissement commence, il y a d^abord une disparition des connexions d'idées les plus faibles elles plus complexes aussi bien qu'une diminution dans le nooAre des idées; La pensée quitte ses sentiers le%^V\%^V^\-
Gi4 SVMHlisli l'HVSlQUB.
giic^etles moias ballus, el borne ses excursions o' qui lui sont le plus familiers, les remarques banales el les allusions aus objcls les plus vulgaires Toul place aux IraiU d'esprit et aux idées srlenliliques. Limitée par degrés à un domaine de plus en plus étroit, la conscience n'est bientôt plus constituée que par l'interprélation presque automatique des impressions reçues des objets environnants, qui consiâtcnten une simple reconnaissance de ces objets. El enfin, quand in circulation est tombée au degré requis de lenteur et que l'ef- (lux nerveux est à marée basse, l'endroit même et les assistants cessent d'être reconnus.
Les rêves qui se présentent pendant le sommeil qui suit offrent des caractères qui ont môme signification. Car la conscience du sommeil, outre qu'elle diffère de la conscience à l'état de veille eu ce qu'elle est indépendante des impressions reçues par les sens et ne s'harmonise pas avec elles, en diffère encore comme la conscience du vieillard diffère de celle du jeune homme, comme celle de l'indolent dilTère de celle de l'homme actif. Ses éléments sont moins cohérents et moios abondants; un rêve ordinaire est si faible qu'on ne peut s'en souvenir à moins qu'on ne s'éveille aussitût après, et dans ce cas, un petit nombre de ses dernières scènes, voilà tout ce dont on se souvient. Encore ces tableaux manquent-ils de suite sur un espace considérable : par quelques associations forluilcs, chaque nouvel acte, chaque nouvelle apparition condutlà des séries tout à Tait différentes d'actes et d'apparitions; on erre sans cesse à mille lieues de ce qu'on pensait el de ce qu'un voulait la minute d'avant. Cependant le rétrécissement de l'aire de la conscience se trahit par l'absence de ces ianom* brables pensées collatérales que les scènes successives provoquent d'ordinaire, et conséquemment par la facilité extrême avec laquelle nous acceptons ces représentations sans avoir le moindre sens de leur absurdité. Rêver qu'on vole, et De pas soupçonner qu'on est le jouet d'une illusion, cela suppose que Ja pensée est rcâlreiute à une suite fort étroite d'idées simples;
cela suppose qu^aucun souvenir ne s*est présenté de ces expériences contraires et des idées générales basées sur elles, qui eussent entraîné vis-à-vis de cette chimère le doute et la négation.
* Nous trouvons une vérification de ce que nous venons d'avancer dans la comparaison entre les rôves qui accompagnent une circulation calme du sang et ceux qui accompagnent une circulation accélérée, — soit dans le système entier^ soit dans la cervelle seulement. Car, sous des conditions impliquant une somme de changement moléculaire, et par conséquent de décharge nerveuse, plus considérable que ne le comporte d'ordinaire le sommeil, les rêves deviennent à la fois plus animés et plus raisonnables. Plusieurs actes sont accomplis les uns après les autres en vue d'une fin intentionnelle, et les premiers membres de la série ne disparaissent pas totalement delà conscience quand les derniers se produisent. En même temps, les actions que Ton fait, les moyens que Ton emploie, les difficultés que Ton surmonte, sont moins en désaccord avec l'expérience de l'état de veille, et cela en raison de la plus grande extension des ramifications de la pensée et de la critique qui s*exerce conséquemment sur le courant d'idée principal.
§ 259. Une autre classe de faits offre un problème analogue, qui comporte une solution analogue. Je veux parler des variations psychiques qui accompagnent les variations d'états, non de l'organisme dans son entier^ mais de ses différentes parties.
Étant donné un système nerveux dans quelque condition constitutionnelle que ce soit, une partie du système est grandement excitée : qu'arrivera -t-il du reste? Supposons que des emprunts considérables aient été faits au fluide nerveux disponible dans tout l'organisme par une décharge puissante en une direction donnée : quels seront les effets de cette émission sur les décharges qui seront lancées dans d'autres directions? La question n'est assurément pas des ^l\is» svçcl^W%^«
04(1 SYNTHÈSE PHÏSIQCK.
ordinairement uoe action nerveuse est accompagnée de pulntioDS plus vigoureuses et d'une respiration plus intense; d'où il résulte qu'étant plus abondamment fourni de matériaus, lu Bystème nerveux engendre plus de fluide nerveux. Jusqu'à UQ certain degré, par conséquent, le fluide émis dans l'accom' plissement d'une fonction quelconque a pour effet d'augmenter plulùt que de diminuer l'émission générale. C'eîl spécialement le cas pour ces modes de dépense nerveuse qui entraînent une escitaliou plus vive des sensations et des é notions. Néanmoins il y a des raisons de penser que des effets comme ceux que l'hypothèse implique ne manquent pas de se produire.
Quand l'effort musculaire est soudainement porté à l'ctcès, comme, par exemple, quand on court à toute vitesse pendant longtemps, ou que l'on gravit une montagne jusqu'à ce qu'on soit forcé de s'arrêter par le manque de souffle, la puissance de penser subit une diminution appréciable. Quoiqu'il demeure facile d'unir les idées en combinaisons simples, il devient plus malaisé de les unir en combinaisons complexes. Une question métaphysique demande un effort trop grand pour qu'on s'y livre alors. Les émotions subissent un léger affaiblissement, — une sorte d'npatbie temporaire s'ensuit. C'est-à-dire qu'une soustraction excessive de fluide nerveui diminue tellement la pression générale dans toute l'étendue du système, qu'aucune décharge n'est plus possible à travers les canaux les moins perméables. H est vrai que l'aération du sang doit entrer en ligne de compte, et que la diminution dans la production du fluide nerveux devient ainsi une cause partielle de ces effets ; mais nous verrons bientôt à n'en pouvoir douter que ce n'est là qu'une cause partielle. En effet
si nous passons à l'examen des décharges qui ne provoquent pas une excitation supérieure correspondante de ^ntimcnls et d'idées, la diminution dans la connexion des phénomènes nous sera clairement démontrée. Quand les muscles et Im g^iandes du canal alimentaire sont en activité, le cœur 4
poumons sont plus vivement excités, et révolution de Ténergie nerveuse est par là favorisée. Mais leur activité n'augmente pas le développement de Ténergie nerveuse autant que celle des organes locomoteurs, puisque leur activité ne fournit pas des sensations directes, et n'entraîne pas non plus accidentellement des perceptions et des idées plus vives et plus variées avec les sentiments immédiats et dérivés qu'elles impliquent. Conséquemment^ la dépense d'énergie nerveuse faite par l'estomac quand la nourriture y a été introduite, est déduite presque sans compensation de la quantité générale disponible de fluide nerveux. Dans la jeunesse» l'efTet mental de cette déduction est à peine senti; mais^ dans l'âge mûr et la vieillesse, nous voyons que la digestion d'une nourriture lourde (au moins dans T absence des excitations dues à la société), entraîne une telle diminution de près* sion dans tout le système nerveux, que les relations simples et cohérentes d'idées peuvent seules alors se former facilement. Les développements de pensée qui exigent des décharges à travers les groupes compliqués de canaux peu perméables^ ne s'accomplissent plus que difficilement. On éprouve une répugnance pour le travail intellectuel comme pour le travail corporel, et assez souvent le fluide devient si appauvri que, même les relations d'idées les plus simples devenant faibles et confuses^ l'inconscience du sommeil s'ensuit sur-lechamp.
§ 260. Des antagonismes plus spéciaux, rapprochés de oeux-là par leur nature et leurs eCTets, peuvent être encore exposés. Une émotion très-violente cause une telle diminution dans la masse disponible du fluide nerveux, qu'elle paralyse Fintelligence dans une grande partie de ses régions les plus hautes. Les conceptions qui se présentent sur les lignes où rémotion se produit et se décharge^ peuvent être formées avec facilité et vivacité (bien que chez certaines personnes même ces concessions deviennent confuses) ; mais les conceptions qui ne sont pas en liaison directe avec le cas donné,
limi^^ ■
Spécialement celles qui sont de nature abstraite et compliqtféf, deviennent pour le moment impossibles. Il y a ici
quelque raison de croire qu'inversement une grande dépense d'énergie, dans un travail intellectuel intense, est accompagnée d'une dimioulioD temporaire dans la sensibilité émotionnelle. On peut soupçonner aussi qu'une absorption intellectuelle prolongée, qui n'est pas accompagnée ou ne l'est que foiblement d'une excitation émotionnelle, conduit peu à peu à un affaiblissement permanent des émotions. Kl assurément il y a entre nos facultés diverses un antagonisme dont ce tait semble être une conséquence nécessaire: — si elles luttent entre elles, comme elles le font en effet, pourobtenir une plus grande quantité de force et des matériaux d'action tirés de jg même réserve générale.
Mais la solution la plus intéressante et la plus instructive appartenant à ce groupe, est celle qui est tirée des aberrations que les émotions produisent dans le développement intellectuel. Si nous nous souvenons que les plenus qui concourent à un acte mental complexe, sont composés de nombreui canaux offrant au passage des degrés divers de facilité, nous verrons que l'acte mental ne peut être accompli convenablement que si les décharges qui sont envoyées dans les plexus coopérant ont Heu sous ta pression normale. Comme on l'a montré plus haut, les plexus les moins perméables sont les premiers dont la fonction devient inaclive quand la pression diminue ; et ici il convient d'observer que, pour la même raison, les parties les moins perméables de chaque plexus recevront, à mesure que la pression diminuera, des décharges ' sensiblement affaiblies, avant que la même chose se passe - dans les parties les plus perméables. Mais les adaplalions mentales exactes, impliquant des coordinations nerveuses délicates, dépendent du maintien des proportions convenables entre la force des différentes décharges; et si une cause, quelle qu'elle soit, vient à altérer ces proportions, les adaptations doivent s'en U'ouscr compromises. Nécessairement, dès
>r8, une émotion forte doit troubler Téquilibre intellectuel. es dérangements de perceptions simples et les dérangements e jugements complexes nous montreront ce fait successivement. Parmi les dérangements de perceptions impies, je puis signaler^ en passant, ceux que la crainte proluit: — les erreurs d'interprétation des impressions visuelles ont dans cet état très-marquées. Mais les exemples les meileurs, parce que les effets en sont mesurables par des nomires, se rencontrent parmi les jeux d'adresse. Si» dans le jeu le billard, à Tinstaut où nous allons frapper la bille, quelque motion vient nous saisir, soit par suite de la présence des specateurs, soit pour toute autre cause, il y a bien des chances que I0U8 manquerons notre coup ; et cela, bien que ni la tension les muscles, ni le mouvement, ni le cœur aient été affectés ['une manière appréciable. La cause de ce fait est évidente. ,e succès suppose une grande exactitude dans les rapports éciproqaes d'innombrables contractions combinées, et dans eur adaptation à une multitude dMmpressions combinées^ lent les rapports réciproques aient été aussi exactement appréiés. Mais quand un grand emprunt de fluide nerveux, fait \ar les régions du système occupées par Témotion, a diminué a pression sous laquelle ces décharges sensorielles et motrices lût lieu dans les plexus coopérants, les rapports entre les étions de leurs parties sont tellement changés que la coordi* lation devient imparfaite. Que parmi ces opéraions intellectuelles supérieures que nous classons parmi les ugenients^ une semblable altération occasionne un tel déran* eoQent, c*est une chose également évidente. Prenons un cas [onné. Pour savoir lequel d'entre plusieurs résultats suivra ilu8 vraisemblablement une démarche, comme, par exemple, ans une négociation, il faut qu'on se soit représenté ces §5ultat8 comme amenés par des motifs et des circonstances ^mplexes. CSes différents résultats se présentent dans la consience avec différents degrés de vivacité et de persistance ; et roire que Tun d'entre eux se présentera, c'est sentir qu'il
(150 SYNTHÈSE PHY81QUR.
persiste daos la coDscience d'une maaière pliu décidée <|h les autres, — la persistance la plus grande étant détemàû par UDe certaine prépondérance d'eipéneoces de mène Mit. Mais la proportion voulue entre les tendances qu'oDlcacdlKreotes repréisentationss à se manifester et k durer, dépca^di maintien de la pression normale du Ûuîde oenreux. Otti pression est altérée à la fois dansTensemble et dans lespvtia par de vives émotions. D'abord, les émotions partitnfitm excitées par rapport à la question posée, troublent Uflptment en augmentant la décharge dans les lîgaes de repréto* tation qui ont servi à les eiciter elles-mémeâ. Eu seeuad \mi, ces émotions particulières, ou d'autres éiDOlioDS quelcoM|Ni, troublent le jugement en affectant la masse totale da iiiè nerveux. Sous l'aftlui considérable qu'un gODÛemecl nlrto détermine, les décharges nerveuses passent aisémeal daai ht canaux les moins perméables, et les représent^ions kl fta Tuibles sont plus facilement élevées au même DÏTcau tfÊÊ h plus fortes, si bien que le discernemenl en devient moiniùl; d'où il suit que les résultats même improbables d'uneCMlMt nature qui répond à nos souhaits, sont regardés comBtfiH bables, tandis que, dans un état de dépression, le jugtIHtfM trompe parce que les proportions entre les décharges: sont altérées en sens contraire.
g 361, Pour donner une explicatïoD complète d« cet nières altérations du jugement, nous devons cependanl compte d'une nouvelle classe de variations qui &e dans les activités mentales. En abordant l'éhide de celle rliin. il me semble opportun de rappeler une prémisse établit dHi le § 128 ; dans ce paragraphe, après avoir proposé uoehfjf** thèse sur la nature des plaisirs et des peioes, nous MMi annoncé qu'une vérification de cette hypothèse s'ol&inîltef la suite de l'argumentation. Nous nous estimions îooàèt i croire « que, si les plaisirs et les peines soDtcoDblîtuésenpvces éléments de sensations locaux et notables stimulufi spéciaux, ils sont composés pour ium
û ce n'est pour la plus grande, des éléments secondaires 8ations suscités indirectement par la stimulation diffuse ttème nerveux. x> Nous avons ici à considérer si nous 18 pas de nouvelles raisons, révélées par nos recherches {ures, pour penser ainsi, et à examiner vers quelles MIS nouvelles elles peuvent nous conduire. I chaque impression spéciale de plaisir ou de douleui*! lérique ou centrale, produise un effet diffus, c'est ce que )it clairement. Je n'entends point par là seulement que un corollaire qui dérive de l'argument précédent, je lire que c'est une vérité d'expérience ; sans parler de ce milier : que chaque sensation ou émotion un peu vive t Faction du cœur, nous avons cet autre fait : qu'un jet tané de fluide nerveux, s' élançant dans les nerfs vasoirs, change l'état des artères dans le corps entier* luide s'élance avec bien plus de force à travers ces par- I système nerveux dont le rapport avec la partie consiest plus direct, lesquelles sont le siège des actions entes. Ce qu'il nous reste à nous demander dès lors, le Ck>mment cette diffusion est-elle spécialisée selon la I du sentiment éprouvé ?
décrivant la genèse des émotions, nous avons vu que dxus qui coordonnent certains groupes d'impressions de l'extérieur avec les actions combinées appropriées impressions, sont nécessairement impliqués à des alliés avec des plexus voisins qui exécutent des coorms voisines. Nous avons conclu que, quand un plexus jlier est excité, il excite immédiatement la masse des . alliés avec lesquels il est organisé, — ce qui a pour réévident d'exciter les sentiments ou idées propres à cette de plexus, et de produire par leur agrégat nombreux rague Témolion concomitante. Mais la série de faits ne e pas là. Cette masse de plexus ainsi excités a besoin lécharger quelque part, et la question suivante se préï nous : — Quelles directions générales prendront ces
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déchnrges, el quelle sera la nature générale des sentimenlî produits? Voici la réponse: Une masse quelconque de plexus excités se déchargera dans les masses de plexus avec lesquelles elle a le plus de parties communes, et celles-ci à leur lour duni d'autres ayant avec elles les mêmes relations. Maiotenant les plexus dans lesquels une sorte d'émotion agréable a son siég«, doivent avoir beaucoup de parties communes avec les pleiui dans lesquelsquelqueautreespèced'éœolion agréable a le sien, étant donné que les plexus extérieurs de phénomènes auiqueli ils se rapportent, ont beaucoup de parties communes et te présentent souvent ensemble. Les sourires et les inflexions de voix exprimant l'afTection sont voisins de ceux qui expriment l'approbation. Le langage naturel de l'approbation est fii bonne partie semblable au langage naturel de la bienvciIlaIlf^ L'aspect d'une personne qui agit avec bonté i noire égard, est semblable à l'aspect que nous avons vu, en maintes occasions antérieures, précéder et accompagner un acte de bonté donl nous avons été l'objet, et provoque une obscure conscience des plaisirs qui en ont été la suite : — ceux sans doute d'une jkciété agréable, ceux d'un beau spectacle, ceux d'une paniede campagne, peut-être même tous ces plaisirs à la fois. Évidem' ment, dès lors, la tendance de toute émotion agréable seradese décharger en excitant partiellement des émotions agréables d'autre sorte; si bien que, d'une manière plus ou tami directe, toutes les sortes de plaisirs viendront à âtre représentées faiblement. Mais comme, outre que la représeu talion sera faible, ils seront excessivement nombreux et variés, Ii conscience qui en résultera sera tout à fait indéfinie, cl elle pourra être décrite seulement comme un sentiment it satisfaction et de joie. Il en sera de môme des peinf*. Une forme particulière de souffrance corporelle produite pur un dérangement interne, est liée par une étroite resBCHi' blance aux autres formes de souffrance corporelle de mJme origine; quelques-unes d'entre elles sont, par leur giégc et leur nature, associées dans la con<;cience avec U-s douli?iir>
PKKrvKs tiukiî:s des variations normales. (j.');}
causées par des coupures et des meurtrissures externes ; quelques-unes de ces dernières, à leur tour, sont liées dans Texpérience avec les impressions reçues d'êtres capables de nous infliger de mauvais traitements corporels; et, parmi de telles impressions^ quelques-unes ont beaucoup de traits communs avec celles que nous avons reçues d'hommes qui^ sans nous infliger de mauvais traitements^ sont cependant capables de faire telle ou telle action qui nous sera dans ses derniers résultats pénible d'une manière positive ou négative. De là une douleur spéciale ; ou plutôt : le fluide nerveux mis en liberté, que la renconntre de cet homme dégage^ se déchargeant suivant les lignes de moindre résistance, éveille en partie les idées de douleurs associées, et par elles une conscience p}us vague de douleurs plus indirectement rattachées à celles-là, jusqu'à ce que leur diffusion extrême engendre un obscur sentiment de malaise ou de tristesse. Et de là résulte la proposition particulière émise plus haut (§ 128) : que la conscience totale produite par un plaisir particulier (ou bien une peine), est beau* coup plus semblable à la conscience totale produite par d'autres plaisirs particuliers que la sensation initiale qui provoque Tun n'est semblable aux sensations initiales qui provoquent les autres.
Si l'on veut joindre à cette conception les déductions tirées précédemment, il devient possible de rendre compte d'une variation psychique* qu'il reste à expliquer, et dont la nature est en apparence mystérieuse. Comment peut-il se faire qu'un certain état de la circulation ou du saug, ou des deux à la fois, cause dans la conscience une prédominance d'idées pénibles ou un vague sentiment de détresse, tandis qu'un autre état de la circulation ou du sang, ou des deux à la fois, cause une prédominance agréable, ayant pour fond un sentiment général de contentement ou même de gaieté, et cela en présence des mêmes circonstances ? Nous ne trouverons aucune réponse à cette question dans les lois reconnues de l'action psychique, et aucune réponse ne semble pouvoir non plus être
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tirée des priocipes de la physiologie des nerfs. Nous allons cependant en trouver une dans la synthèse des deux poiali de vue que nous sommes en train de poursuivre.
La diffusion des décharges nerveuses est ordinairemenl encore plus étendue que je ne l'ai dit; — elle est, à vrai dire, comme nous l'avons indiqué tout d'abord, uoiverselle. Quand les sensations initiales sont d'une espèce agréable, la diffusion se fait surtout dans la direction des sentiments ngrL^able.^ associés, et inversement quand les «eusalions iaitiales sonl d'espèces douloureuses. Mais la diffusion ne se fait jamais exclusivement dans l'une ou l'autre direction, parce qudes sensations initiales de l'une ou de l'autre sorte ne sont pu séparables des sensalions initiales qui, si elles ne sont pas de l'espèce opposée, sont cependant d'une espèce qui louche soi deux, — ce qu'on appelle les sensations indifférentes. Li-i couleurs et les sons, les sensations de tact et de tension mu»culairo qui forment de moment en moment la masse de aoltv conscience définie, sont unies dans l'expérience k la fois è des plaisirs et à des peines ; et, à moins qu'elles ne ioitut combinées d'une manière spéciale, elles tendent h éveilkrdcj idées d'une sorte aussi bien que d'une autre. D'ordinaire, pnr conséquent, ce fond de coniicience qui constitue notrtiiiposition d'esprit, en tant que distincte de nos sensatiorts, perceptions et idées passagères, est un composé neutre dsDr lequel l'agrégat de sentiments agréables toujours naissant?, est niélé à l'agrégat de sentiments désagréables toujours nai*sants. L'état d'indifférence peut être comparé à la lumière blanche, qui. bien que composée de nombreuses couleurs, csl sans couleur elle-même ; tandis que les états d'esprit agréables ou douloureux peuvent être comparés aux modificatiov de lumière qui résultent de ce qu'on augmente les propurtioDS de certains rayons, ou qu'on diminue celles de cerlïin.' autres. Mais comment, demandera-ton, cette inlerprélaiioi' nous aide-t-elle à comprendre la naissance de la dépression OU de la cotvftaQC« d&as l'espiit? Si nous poursuivoiis la com-
panisoo, ne pouvoos-nous pas dire que, comme, en rendant la combustion plus intense, nous augmentons Téclat de la lumière sans en altérer la nature, de même, en exaltant TaclioD nerveuse, nous devons simplementaugmenter la vivacité d6 la conscience sans en altérer la nature T Je réponds que wm, et voici pourquoi.
Une des lois de l'association est que : plus les sensations fiées dans Teipérience sont vives^ plus elles s'appellent facilement Tune l'autre dans la suite ; et la contre*partie de cette loi, au point de vue physique, est que le canal suivi par une décharge nerveuse est rendu d'autant plus perméable que la décharge est augmentée. Maintenant, les peines en général font plus intenses que les plaisirs en général. Et, en vérité, comme nous l'avons signalé quand nous avons traité des unes et des autres (§ 1 28), les peines de l'ordre positif résultent de Texcis d*actions qui^ à leur plus bas degré, sont agréables. Par conséquent, toutes choses étant égales (c'est-à-dire la comparaison étant établie entre des plaisirs et des peines qui eppartiennent à la même classe et ont été également répétés dans Teipérience), l'idée d'une peine suit son antécédent dans la conscience plus facilement que l'idée d'un plaisir. D'autre part, les plaisirs, quoique moins intenses, sont plus nombreux et sont liés en des façons plus diverses avec les autres éléments de la pensée. Sans parier de la masse de sentiments indifférente qui forment notre conscience notable ordinaire, nous pouvons dire que, dans la « disposition d* esprit » qui en fait le fond, il y a àl'état naissant un petit nombre de sentiments pénibles qui sont vifs, et un bien plus grand nombre de sentiments agréables qui sont faibles, leur cohésion respective avec les sentiments indifférents devenant, pour les raisons ei-dessus exposées, moins fortes à mesure qu'ils deviennent plus nombreux.
Cela compris, nous n'avons plus qu'à nous demander quels eeront les effets des changements de pression dans le système nervèiix pour atteindre la solution cherchée. Lorsque cette
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SY.VniliSK l'HYSigUE.
pi'cssiou fera haute, les lignes de décharge les moins perméables, répoadani aux plus faibles associatioDs parmi dos sentiments de plaisir, se rout remplies par des couraots qui s'échapperont par là, cl l'agrégat d'idées Joyeuses Taiblemeot excitées croîtra en force aussi bien qu'en extension. A mesure que la pression augmentera, cette conscience diffuse du plaisir ira en croissaut par rapport à la conscience diffuse de la peine, produisant ainsi dans ses degrés ascendaotE un sentiment de Ëalibfaclion, de conlentementi de Joie, pour lequel on ne pourra donner aucune raison. Au
contraire, le défaut de fluide nerveux étant suivi par la ceeealioD de l'afilux dans les lignes de décharge les moins perméables, et bieutàt par sa cessation dans les lignée qui (c rapprochent le plus de celles-lù par leur faible perni(:abililc, il arrivera inévitablement qu'à mesure que la pression îfi diminuant, l'agrégat de sentiments agréables faiblement excités décroîtra par rapport aux sentiments pénibles faiblement excités. Et quand la pression sera tombée si bas que h courants ne passeront plus que dans tes lignes trés-pcrméabtes, il s'ensuivra que la couscience diffuse que ce foDd de pensées vagues, qui s'agite derrière nos perceptions et nos idées définies, sera composé principalement de l'agrégiil de sentiments douloureux faiblement excités, — produi»iiil ainsi la mélancolie, la crainte sans cause et le désespoir.