‹ Principes de psychologie, tr. sur la nouv. éd. anglChapitre 56 sur 67 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

§ 262. Suivi dans sa cause et ses conséquences, le cas dont Vexamen clôt le chapitre précédent nous conduit aux variations d'ordre anormal. Les états du corps et de l'esprit comme ceux que nous venons de décrire, devenant de temporaires permanents, sont des désordres nerveux, et ces désordres BOUS présentent, avec un grand nombre de troubles psychiques, de nombreux troubles simultanés.

Nous n'avons pas besoin de décrire à nouveau, à propos de ces cas, la relation qui unit la production amoindrie du fluide Derveux et l'affaiblissement de la puissance de penser, car cette relation est en substance la même que celle que nous avons décrite dans le vieillard et l'indolent ; — il y a une sem* blable absence de mémoire, un semblable rétrécissement du champ de la conscience, qui s'accuse par une diminution d'agilité de la pensée et un semblable manque de présence d'esprit dans les moments critiques. Mais il y a un autre trait de débilité nerveuse qui n'a pas été signalé jusqu'ici, et duquel nous devons dire quelques mots : je veux parler du changement de caractère correspondant ou de la modification de la nature émotionnelle.

Même de légers afflux de fluide nerveux qu'on peut à peine appeler anormaux produisent de légères modifications de cette sorte, comme on peut l'observer chez les enfants. Les plexus de coordination les plus élevés étant chez eux les moins développés, ils subissent plus rapidement que les adultes des altérations dans ces plexus ; et ces altérations se produisent d'ordinaire chez eux quand la pression nerveusA e«l

au-dessous de son niveau normal. L'indolence du canal alimentaire,impliquant un manque partiel de nutrition et une diminutiou dans la produclion de la force, est accompagnée de mauvaise humeur, — parce que les impulsions inférieures ne sont pas contrôlées par les plus hautes.

C'est néanmoins dans lespersounes affectées de troubles nerveuK chroniques, dont le sang, détérioré et tarissant, ue ËufSt plus à entretenir l'activité nécessaire des transformations moléculaires; c'est, dis-jc, chez de telles personnes que noua voyons le plus clairement cette connexion de phénomènes. Leur irascibilité est pour tout le monde un objet de remarque; et l'irascibilité implique une inactivité rektiïc des sentiments supérieurs. Elle se produit quand une décharge soudaine, envoyée par une souffrance ou un ennur dans les plexus qui ajustent la conduite à des actions pénibles et désagréables, n'est pas acccompagnée par une décharge qui parvienne à ces plexus où l'aclion est adaptée à un grand nombre de circonstances, au lieu de l'être à une seule. Que t'iosufiisante production du fluide nerveun rende compte de la perte de l'équilibre dans les émotions, c'est un corollaire de tout ce que nous avons vu plus haut. Les plexus qui coordonnent les activités détensives et destructives, et dans lesquels ont leur siège les sentiments simultanés d'antagonisme et de colère, sont un héritage de toutes les races d'êtres antérieures, et sont par conséquent bien organisés, — si bien organisés que l'enfant sur les bras de sa mère nous les montre déjà en action. Mais les plexus qui, en liant et en coordonnant une grande variété de plexus inférieurs, adaptant la conduite A iiac grande variété d'exigences extérieures, n'ont été développés que depuis peu : si bien que, outre qu'ils sont étendus et enchevêtrés, ils sont formés de canaux moins perméables. Par conséquent, quand le système nervcuxn'cst pas à l'élat de pl^ nitude, ces appareils venus les derniers, et les plus élevés de tous, sont les premiers dont l'iictivité fasse défaut. Au lien d'entrer en aclion \us>VauVa.\iftTO«ul,, leurs effets, s'ils sont ap-

préoiables, arriveoi trop tard pour lutter contre ceux des appareils subordonnés '•

§ 263. Parmi les déviations dont le terme est un état morbide d'une espèce opposée, remarquons d'abord celles qui peuvent suivre des excitations temporaires et locales. Elles dérivent par gradations insensibles des déviations ordinaires qui accompagnent l'activité fonctionnelle.

Chaque partie de Tencéphale, comme Tcncéphale entier et comme tout autre organe, exige pendant Texercice de sa fonction un afflux de sang plus abondant. Il en est du plexus cérébral» sans aucun doute, comme des glandes : quand Tune d'elles est appelée à l'activité, le stimulus envoyé au centre vaso-moteur est réfléchi sur les vaisseaux de cette partie de manière à causer leur dilatation. Dans Tétat de santé, et quand le plexus n'a pas été exercé avec trop de persistance, cet afflux supplémentaire de sang cesse peu de temps après rappel qui Ta occasionné. Mais la continuation excessive de l'activité, mémo chez ceux qui ont un système vasculaire bien tendu^ et une continuation modérée chez ceux qui ont un système vasculaire atteint de relâchement, a pour effet une congestion locale qui dure un temps considérable : et ici se présente uuc production plus ou moins anormale des états de conscience corrélatifs. — Des personnes robustes offrent un exemple frappant de cette vérité quand elles prennent terra après un voyage en mer d'un jour ou de deux : elles ooDtiouent pendant des heures à éprouver les perceptions

* Une YërifletUon nooi semble ici mériter d*étre mentionnée. Le défaut de somneil qoi accompagne soutent la faiblesse nerveuse, conduit souvent ceux qui en sout afléclét i employer au besoin la morphine. Une dose de cette substance plus élevée qu'il n*est nécessaire, entraînant une excitation nerveuse excessive, et une dépense d'énergie en pure perte, amène une diminution nouvelle dans la production du fluide nerveux ; et alors Tirritabilité et la tendance à Texplosion deviennent plus gnndea qne d'habitude. On semble donc fondé à croire que les mangeurs d*opium, ebai lesquels ee funeste état est devenu chronique, ont les plexus supérieurs presque ptraljséty et se trouvent ainsi privés de ces sentiments ou idées qui pourraient adapter leur conduite aux circonstances plus lointaines et pins complexes. G*est ce dont la vie de Goleridgc et de Quineey fournit des exemples.

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trompeuses du tangage et du roulis. Et chez tes sujets comme les sujets nerveux, chez lesquels les vaisseaux sanguins eacépbaliques perdent facilement leur contractilité, il arrive fréquemmenl qu'un sujet sur lequel on a discuté, ou eeulemeot auquel un a pensé avec intensité, prend le monopole de la coDscience pendant un long temps après, en dépit des efforts faits pour le chasser, — au point quelquefois d'empêcher le eommeil. De telles congestions des plexus cérébraux ont des durées diverses ; — elles causent quelquefois des perversions dans le cours des idées assez persistantes pour attirer l'attention des personnes environnantes. Nous trouvons là une nouvelle véri6cation de l'hypothèse. Le sang étant nécessaire pour raccomplissement de la fonction, et l'activité de la fonction étant, toutes choses égales d'ailleurs, proportionnée àl'atflux du sang, il arrive nalurellement qu'une prolongalion de cet aEQui, après que la demande a cessé, cause UM tendance anormale à recommencer la fonction. Quand, parmi les données de la psychologie, nous avons traité des rapports entre le sang, t'acUon nerveuse et le sentiment, nous avons vu qu'un excès de sang à la périphérie du système nerveui, comme une inflammation partielle de la peau, est accompagné par une extrême sensibilité : le changement moléculaire provoqué alors à l'extrémité excitée du nerf, est asseï grand pour envoyer une décharge d'une puissance extraordinaire au point où la sensation se produit. Si nous transportons ces conditions de la périphérie au centre, nous voyons au premiers coup d'œil comment se développe cette genèse anormale d'idées. Comme ïea décharges nerveuses de toute sorte sont distribuées et redistribuées d'une manière diffuse jusqu'à ce qu'elles aient affecté le système nerveux tout entier, nous devons regarder chaque sensation, chaque pensée, chaque émotion, comme une prorogation de révolutions moléculaires faibles ou fortes, dans les masses cérébrales. Les réverbéra* tions qui atteignent les plexus dans leur état ordinaire, ne tireut d'eux qu>i dt^ f&ihUs réactions et de faibles additions

simultanées au corps total de la conscience. Mais quand la réverbération atteint des plexus rendus extraordinairement sensibles par la présence d'une grande quantité de sang, des réactions de leurs éléments sont extraordinairement vives;-— les jets de fluide nerveux mis en liberté^ se précipitant suivant les lignes habituelles de décharge, provoquent les états de conscience corrélatifs non plus faiblement, mais avec vivacité, et ces états surgissant du fond obscur de la conscience deviennent les pensées et les sentiments dominants.

Si ces phénomènes physiques s'étendent à Tencéphale tout entier, il en résulte une multitude d'idées vives, non plus d*une seule espèce, mais d'espèces multiples. Tous les plexus cérébraux étant rendus par l'excès du sang d'une sensibilité anormale, et devenant en même temps les initiateurs de révolutions moléculaires extraordinairement fortes, la conscience devient un torrent de pensées immenses et de sentiments violents^ et si^ au lieu d'une congestion, nous avons une inflammation. Tordre et la proportion disparaissent tout à fait des pensées et des sentiments, il y a délire.

§ 264. De la folie temporaire partielle ou générale, causée par des dérangements partiels ou généraux de la circulation, congestifs ou inflammatoires, dans les plexus cérébraux, nous passons à la folie permanente qui se produit quand de tels dérangements dans la circulation deviennent permanents.

Si la nutrition d'un plexus cérébral s'élève ou s'altère d'une manière considérable par suite d'un afflux excessif de sang, les pensées et les sentiments qu'il provoque sont de même poussés à un degré d'intensité qui en fait des illusions, '— nous avons la monomanie. Poussant plus loin l'analogie indiquée plus haut, nous pouvons dire que comme l'attouchement d'une partie enflammée de la peau développe autant d*émotion que le ferait une coupure, de même un plexus nerveux bypérémié excité par quelque léger mouvement moléculaire, réagit aussi violemment qu'il l'eût fait sous l'action d*une commotion violente, l'effet psychique coYTe.^^^^^«X!X

GfrJ SYNTHKSE PHYStOUE.

étiint laproihiclion d'idées qui sont excessivemeut vives, — si vives quelqueTûis qti'oQ peut à peine, quand même ou le veut, les distinguer de perceptions réelles. Supposons que c«l élAt dure, des changements de structure se produisent dans tous les tissus envahis. Eu oxaltaut considérablement pour un temps les proportions du changement moléculaire, en produisnnt dcs'épaississenients el des dépAts, en laissant une dégradation de structure en désaccord avec la décharge exigée pour la fonction, l'hyperomie peut, après avoir rendu les étals psychiques corrélatifs extraordinairement vifs, finir parles alTaiblir, — entraînant ainsi une forme nouvelle d'aiFeclioQ mentale. I

Si un dérangement vasrulaire chronique ou une sltéfttlion, ' due h. quelque autre cause, de la nutrition des élémenls ne^ ' veux, s'étend à plusieurs des plexus cérébraux ou à tous, la folie générale eu sera vraisemblablement la conséquence. Ot pourrait dire qu'une déviation de la quantité normale de métamorphose opérée dans les tissus du cerveau en général, soit par défaut soit par esccs, semble devoir causer seulementune exaltation ou une dépression correspondante de toutes lesfacultes mentales, mais non le dérangement de ces facultés. Je répondrai comme ci-dessus (§ 260) : que le dérangemeol de ces facultés est la suite inévitable des troubles quelconques qui sur^'iennenl dans les proportions respectives des états Je conscience en tant qu'intensifs, et qu'un tel trouble est amené par quelque cause que ce soit qui les modiSe tous sans distinction. Si ia force des décharges nerveuses est élevée au point que celles qui passent dans les canaux les moins perméables, provoquent des changements moléculaires et suscitent des sentiments correspondants presqueou même toutà fait aussi forts que les sensations provoquées par les slimulu!^ périphériques, des gradations qui existent normalement eolre les états de coascience, en raison de leur degré de vivacités de leur degré de cohésion, sont ou détruites ou sérieusement altérées, — et \e i\iç,ftme'nV ift Uouve égnré d'une manière

PREUVES TIRÉES DES VARIATIONS ANORMALES. 6fi3

proportionnelle. Et une perversion du jugement suivra semblablement, si par une cause physique opposée quelques-uns des états de conscience deviennent trop faibles ou dispa* raissent.

Il est bon d'ajouter que, bien que jusqu'ici les dérangements vasculaires chroniques et les dérangements de nutrition locale amenés par eux aient été signalés comme des causes de folie, on n'entend en aucune façon soutenir par là qu'ils en sont les seules causes. Des matières corrompues peuvent, en s'accumulant dans le sang, produire des troubles moléculaires dans les centres aerveux où elles sont continuellement apportées, et les troubles moléculaires ainsi provoqués ont pour pendants des désordres dans les états intellectuels. Ou bien encore, au lieu d'un produit normal de décomposition qui n'a pas été excrété au moment voulu, ce peut être un virus inoculé, ou quelque matière morbide due à unemaladie constitutionnelle qui, agissant comme irritant^ jette la perturbation dans le courant des sentiments et des pensées. Que l'impureté du sang est ainsi une cause possible et même probable de folie, nous avons de bonnes raisons pour le croire.

§ 265. En e£Eet, nous déterminons une sorte de folie temporaire en introduisant certains poisons dans le sang. Des substances qui^ comme l'opium et le haschich, exaltent la quantité de changement moléculaire dans les centres nerveux, augmentent l'intensité des sentiments et des idées au point de causer des illusions.

Il est inutile de suivre dans le détail le parallèle entre les eflbts de l'augmentation de pression du fluide nerveux produite par ces substances et l'augmentation de pression produite par d'autres causes. Ici, coiùme plus haut^ il y a une exaltation des sentiments idéaux assez forte pour les rendre presque aussi distincts que les sentiments réels, une relation des sensations entre eux assez étroite pour réveiller avec toute leur clarté des souvenirs éteints^ une facilité dans la formation des associations les plus éloignées et les plus complexes assez

CM SYNTHlïaE PHYSIQUE.

grande pour évoquer les prestiges de rimagination, et v élargissement de la conscience assez va&te pour cbaoger sod flot tranquille en un fleuve torrentueux.

Je voudrais seulement attirer l'attenlion sur un point, savoir la vérificalion de l'hypollif-se présentée plus haut sur la genèse des états ou u dispositions d'esprit. * Comme corollaire des lois de l'association traduites en termes de fonction nerveuse, nous avons conclu que, quand la pression du fluide nerveux est basse, les décharges diffuses sont distribuées de telle sorte que des sentiments pénibles faiblement réveillés sont prépondérants; que, quand la pression nerveuse dépasse le niveau moyen, les agrégats de sentiments éveillés sans distinctioQ forment, sentiments agiéables et pénibles confondus, un composé neutre ; et que, quand la pression est élevée, les éléments agréables de la conscience, accrus en quantité aussi bien positivement que relativement, constituent un sentiment de bonheur. Or on remarquera que le bonheur artificiel est produit par une élévation artificielle de pression. Les rêveries délicieuses du mangeur d'opium sont la tentation à laquelle il a tant de peine à résister. Et il en est de mënae de la boisson de chanvre indien : « C'est un bonheur réel qui est produit par le haschich, » dit M. Moreau de Tours.

§ 266. Pour compléter cette esquisse de la preuve fournie par les variations anormales, nous devons ajouter quelques mots sur les effets des anesthésiques. Ils changent l'actioD nerveuse et, corrélativement, l'état de l'esprit. Les changements qu'ils accomplissent peuvent-ils être expliqués de manière à concorder avec la doctrine générale exposée loul à l'heure? En grande partie, je le pense, sinon entièrement.

On admet comme une propriété de ces différents agents, — alcools, éther, chloroforme, proloxyde d'azote, etc., — que, quand leurs effets anesthésiques commencent à se produire, les actions nerveuses les plus hautes sont les premières suspendues, et que la paralysie artificielle s'empare, eu suivant l'ordre descendant, des fonctions plus basses, ou plus

nples, ou mieux établies. L'empoisonnement^ à son débuts manifeste par Timpossibilité où Ton est de former des relams dUdées compliquées et abstraites^ tandis qu'il reste pos- )le de former des relations plus simples. Dans Tanesthésie oduite en vue d'opérations chirurgicales, il est moins corn- >de d'observer si cela se passe de même ; mais^ si nous le pposons, nous trouvons tous les symptômes conformes à i3^othèse dans leur succession. Selon M. Flourens et le docir Snow, dont les observations ont été reproduites et enrement adoptées par le docteur Anstie, les anesthésiques ppriment successivement : l^ la sensibilité locale des parties trames et le contrôle de certains muscles situés dans ces irties ; V les pouvoirs intellectuels ; y la faculté de coornner les organes locomoteurs en général ; 4'' le pouvoir de rcevoir les impressions sensorielles, même venant de parties u éloignées des centres cérébro-spinaux ; S^ la respiration ; les mouvements de la vie végétative, par exemple, le cœur, \ intestins, etc. Ici la perte des facultés intellectuelles est icée après celle de la sensibilité ce des parties extrêmes ; » lis cette différence est due à ce que la paralysie des facultés totales les plus élevées^ nécessairement dissimulée par cernes circonstances, n'a pas de nom spécial, même là oïl elle . observable, et que c'est seulement quand les perceptions viennent confuses que les pouvoirs intellectuels sont psalés comme disparus. Les expériences à Téther et au loroforme montrent clairement qu'une certaine incohérence ns la pensée est l'effet qu'on a le premier à signaler. Ed faisant donc cette correction à la liste, nous pouvons re que les anesthésiques arrêtent d'abord les décharges D8 les lignes de communication nerveuse qui commencent }tre frayées, puis dans les lignes un peu mieux marquées, ainsi de suite, jusqu'à ce que finalement ils arrêtent les charges dans les lignes les mieux établies. Bornons-nous, »ur plus de brièveté, aux deux extrêmes ; nous voyons que, lin côte, l'incohérence des pensées les plus complexes im-

mi

SYNTIfftSK i'HYSlOUE.

plique queles canaux les moins perméables aux décharge» iierTeuaes, et qui ontélé formées par uo nombre relativemeni petit d'expériences individuelles, sont devouues impraticables nti passage, taudis que, d'un autre cAlé, quaud les ToDCtions des nerfs viscéraux viennent à cesser, il eu faut conclure que les décharges ne passent même plus i travers ces canaux, les plus perméables de tous, qui ont été hérites, sous une fonnc déjà organisée, d'une suite d'aïeux qui remonte dans un passé reculé, non pas seulement & travers des individus san» nombre, mais à travers des esp&ces sans nombre.

Rien que les effets des auestliésiqucs fournissent ^nsî h confirmation de celte croyance : que les lignes de comtuunic:!tion deviennent perméables en proportion de la force et de la fréquence des décharges, ils offrent à ce sujet quelques difficultés. Comment peut-on faire concorder avec la démonstration la première phase, phase d'excitation, et même d'exaltatioa mentale? Comment expliquer les effets divers des différents anesthésiques? Comment arrive-l-il que, dans certains cas, la sensation est abolie, tandis que la conscience des objets eovironnanls persiste à quelque degré ? Je crois qu'on peut trouver des réponses k ces questions ; mais celle exposition générale serait trop encombrée si je les y faisais entrer ' .

§ S67. J'ai réservé jusqu'au dernier moment ce que j'ai i dire eu réponse aux objections que les lecteurs délicats ont faites probablement tantdt à l'une, tantât à l'autre de chacune des explications précédentes. Je l'ai fait avec l'intention de remarquer une fois pour toutes, en finissant, que cas interprétations ne doivent pas être considérées séparément, mai» toutes ensemble. Les nombreuses causes de variation en exercice se mêlent les unes les autres en une multitude àc manières et de degrés; — chacune est influencée par louies les autres, et toutes par chacune.

La coordination voulue d'un groupe quelconque de dé-

charges nerveuses et la production de la combinaison appro* priée d'états intellectuels correspondants, dépendent avant tout de Texistence de plexus nerveux dûment organisés dont les molécules aient subi une adaptation convenable, et cette condition en suppose une autre, à savoir : que les appareils à Tétat d'adaptation approximative que Tindividu a hérités de ses ancêtres^ aient reçu une adaptation plus exacte deTexercice de ses propres activités. La coordination voulue dépend en second lieu de la quantité générale disponible de fluide nerveux ; et les phénomènes physiques avec les états psychiques correspondants varient suivant que la pression du fluide est élevée^ moyenne ou basse. Elle dépend, en troisième lieu^ de Textension à laquelle le fluide est porté, au moment donné, par d*autres décharges, — aux viscères, aux muscles ou aux autres parties du système nerveux. A côté de ces causes déterminantes générales, il faut tenir compte encore d'un grand nombre de causes déterminantes particulières : — Tétat du sang, qui est riche ou pauvre^ chargé de fer en quantité suffisante ou insuffisante, libre ou non de matière épuisée, du sang, qui peut contenir des produits morbides ou des substances étrangères ; la quantité du sang dans les plexus considérés, qui dépend en partie de Thabitude^ en tant qu'elle comporte un usage fréquent ou rare de ces plexus en partie du caractère des vaisseaux sanguins qui peuvent être contractiles ou non contractiles; et enfin Tétat des plexus eux-mêmes qui peuvent être modifiés par des dérangements chroniques de nutrition dus à une inflammation locale et à ses suites.

Si Ton veut se rappeler qu'il faut tenir compte de toutes ces causes coopérantes, ou trouvera, je pense, peu de difficulté à concilier les diverses anormalies ave*, le principe général énoncé.

CHAPITEE X.

§ S68. Nous avoDS maintenant rempli, je pense, d'tmeB»nière satisfaisnate ie programme que nousavions aniioacé.DaH la synthè&e générale, le développement mental, décrit tout slier à partir de ses coinmeDcemets, aété représenté eonw une correspondance entre les actions înterues et les aetion externes, correspondance qui s'étend dans l'espace et duïk temps, tandis qu'elle augmente en spécialité, en génénKli et en complexité. La synthèse spéciale a poussé pim nnoletur explication du développement montai, en monlrant coibbmM la correspondance progressive, quand on la traduit duilB termes les plus familiers d'action rétlexe, d'Instioet, it Mémoire, de Raison, de Seatiment et de Volonté, peut Hn comprise comme un processus continu, dû à des causes Ditorelles. Et dans la synthèse physique, que nous venons d'achever, ce processus continu, dû à des causes naturelles, a été bterprété comme un résultat accumulé d'actions physiques qii sont conformes aux principes physiques connus.

Le nerf supposé doué de la structure moléculaire et des propriétés que nous avons trouvé, au commencement de ettwvrage, tant de raisons de lui attribuer, nous avons coodaics lois du mouvement établies que le mouvement moléeabitt exercé dans la substance de ce nerf par chaque décharge^? transmet, le laisse dans un état tel qu'il transmettra ose décharge semblable avec moins de résistance. Ce fait, élMtll loi générale de l'action nerveuse, explique la loi anhendc de l'ioteHij^ence. Dan^ les chapitres précédents, DOBiaMM mopard les divers corollaires de l'une avec les direnei flOMé>

i l'autre» et novs avons trouvé, des cas les plus simus composés, que le principe physique et les maniisychiques sont d*accord. Regardant comme superun sur le précédent^ l'un après l'autre^ les effets re produits de génération et d'espèce en espèce, i formé une conception générale de la manière dont 3S nerveux les plus complexes ont surgi des plus In même temps, nous avons pu comprendre plus la nature des différents modes de conscience, — s, idées, émotions, etc. Et en poursuivant le raisonu'à ses plus lointaines conséquences, nous avons les variations aussi bien anormales que normales du nent mental, depuis les changements de modes de qui accompagnent les changements corporels justiments extatiques provoqués par certaines subsit, à leur tour, rendus intelligibles, rait presque admettre que le principe général est )ur rendre compte des faits, quand ont voit que les Ils opérés dans les organes neveux par les fonoluses sont transmissibles par l'hérédité. Nous avons m dire, dans les divisions précédant la dernière, et Qt dans cette synthèse physique^ pris pour accordé nération en génération, les altérations de structure ttent, altérations à la fois de celles que l'on appelle ; et de celles que l'exercice de la fonction fait naître, emières périodes de l'évolution nerveuse, une cause peut-être la plus active de toutes, a été la sur- 3 individus dans lesquels des influences indirectes t des variations favorables de structure nerveuse, ant les périodes ultérieures, la cause la plus active )duction directe, par des changements dus à l'exer- )nctions, de changements correspondants dans la lerveuse et leur transmission à la postérité. Si on combien les systèmes nerveux des êtres supérieurs lexes, les raisons données plus haut {Principe$ de

(170 SYNTHÈSE PHYSIIJUK.

bioiogie, § 166) paraîtront s'appliquer ici avec une force parliculière, et nous iuduirout à conclure que la sélection naturelle est une cause insuISsante d'évolution, là où uo j|i;raDd nombre de parties coopérantes ont dA être modifiées simultanément, et que, dans de tels cas, l'hérédité des modifications produites par les fonctions elles-mêmes, devient l'a^ol prépondérant, — la survivance des plus aptes, jouant ici comme auxiliaire un rAle utile.

Mais, comme ces processus d'équilibration directe et indirecte agissent de toute nécessité sur tous les organismes dans toute l'étendue de ladurée, nous voyons qu'en ^joignant l'effet, connu parle raisonnement, de chacune des décharges nerveuses sur chacun des canaux où elle passe, nous obtenons une explication complète de l'évolution nerveuse et de l'éiolulion correspondante de l'esprit.

§ 269. « Mais alors, s'écriera plus d'un lecteur, nous Toilicn présence du matérialisme le plus indéniable ! Ainsi donc, tous affirmez positivement que l'esprit devient matière, qu'il ^e développe suivant le même mode de croissance que la moindre moisissure ou que le ver le plus dégradé. Ainsi tous voulu nous obliger à conclure que les plus profondes intuitions de l'homme de génie et les plus sublimes inspirations du potlt, — les plus abstraites conceptions du malhémalicieB aussi bien que les plus nobles émotions de la sympathie qui se dévoue, ne sont que des propriétés de certains corps disposés d'une manière particulière. »

En dépit des explications que nous avons données de temps en temps, les oiclaraations de ce genre auront été fréquentes. Je n'en doute pas. Cette manière si habituelle de repousser les déductions obtenues sera certainement encore une fois employée, bien que,- comme nous l'avons déjà montré, elle ne s'adresse qu'à une doctrine que nous avons repoussée nousmême. Le rapport général étabH dans les précédents chapitre: entre les mantfeslations mentales et les appareils matériels a la mime portée, ni plus ni moins étendue, que les expériences

familières dont nous sommes chaque jour témoins : que l'engourdissement arrête la pensée ; que le \in excite ou stupéfie suivant la quantité ingérée et les circonstances ; qu'une grande perte de sang produit une suspension de la conscience ; et que rarrèt total de la conscience ou la mort résulte de l'arrêt de la respiration pendant quelques minutes, sont des faits admis par tout le monde, quelle que soit d'ailleurs la théorie qu^on professe sur l'ensemble des choses. Que l'on ne peut obtenir d*uD enfant non développé les idées et les sentiments qu'on obtient d'un homme qui a atteint son plein développement ; que Tidiot, dont la cervelle est arrêtée dans son développement d'une manière permanente, reste d'une manière permanente incapable d'aucune action mentale au delà des plus élémentaires, sont des propositions que ne peut nier le plus intempérant détracteur de la psychologie physiologique. Mais un homme qui reconnaît de tels faits et admet de telles propositions^ mérite tout autant l'accusation de matérialisme que celui qui réunit des faits et des propositions comme celles qui composent l'exposition précédente. Quiconque accorde qu*à partir de la conscience rudimentaire révélée par le regard vide de l'enfant jusqu'à la conscience de l'adulte qui saisit vite, qui voit loin et éprouve des sentiments variés, la transition se fait par une marche lente du progrès mental, qui accompagne la marche lente du progrès corporel, affirme tacitement le même rapport entre l'Esprit et la Matière que celui qui décrit dans son ensemble l'évolution du système nerveux et l'évolution correspondante de l'intelligence, à partir des formes de la vie les plus humbles jusqu'aux plus élevées.

Mais, comme je l'ai dit et répété tout à l'heure^ ce travail n'a pas le sens qu'où lui prête. Nous en fixerons encore une fois le sens avec le plus de précision qu'il nous sera possible. Voyons cependant d'abord, en manière de préparation, comment l'apostrophe qu'on nous adresse à tort pourrait être repoussée par ceux à qui elle esf adressée avec raison.

C73 SïNTllKSB l'HÏSlOOE.

g 210. u Vos reproches me paraissent élraDgement en désaccord avec vos croyances et vos opinions avouées, p pourrait dire le matérialiste à ses adversaires. « Vous professez le respect le plus profond pour la Puissance créatrice de qui vous croyez que l'univers émane, et pourtant vous partez de la partie visible et tangible de cet univers d'une façon qui ne conviendrait que si son origine était diabolique, et vous m'injuriez parce que je reconnais dans ce que vous traitez avec tant de mépris des puissances non moins merveilleuses que celles que vous reconnaissez dans l'esprit humain.

« Vous voyez ce morceau d'acier, — froid, immobile, et (vous le croyez du moins) insensible à tout ce qui se passe autour de lui. Un ouvrier en emploie une partie h faire U roue de rencontre ' d'une monlre. Aussitôt celle roue devient sensible à des variations de température que tios sens obtus ne sauraient apprécier. Bien que, par aucune mesure directe, nous ne puissions découvrir aucune altération dans la longueur de son battement, nous obtenons cependant la preuve, en remarquant qu'elle perd un battement sur mille, qu'uo accroissement imperceptible de l'agilation moléculaire quilui est communiquée par les objets environnants, a augmenté son diamètre et dilate toutes ses parties suivant la même proportion. Prenez un autre morceau de cette même substance inerte en apparence, faites-lui subir le travail convenable, meltcz-le sous l'inÛuence d'un aimanl rapproché, Cl voilà que dans sa masse s'est opéré d'une manière incompréhensible un chaogemeat invisible qui le rend capable de quoi? De montrer le nord et le sud, dites-vous ? Oui ; mais de bieu plus encore. Les pcrturbalîoos indiqueront maintenant à un œil exercé la naissance et le progrès d'un cyclone dans le soleil !

u Et quelle est la conslitulion de cette matière qui parait ii

■;i ilenli tngrineiit sar le (titot qui hit mami (i>'sl« da IruducMi

UcMi^^^H

simple et qui dous iostruit de choses proches et éloigDées qui nous resteraient autrement inconnues? Dans le plus petit de ses fragments visibles, il y a des millions d'éléments associés qui oscillent chacun à part avec une vitesse inconcevable, et les physiciens nous montrent queUamplitude de leurs oscillations varie de moment en moment, suivant les variations de température des objets environnants. Eh bien, on peut encore^ par le raisonnement, aller plus loin. Chacun de ces éléments n'est pas simple ; il est composé^ non pas d'une seule chose, mais d'un système de choses. L'analyse spectrale nous a montré avec évidence que chaque molécule de cette prétendue substance élémentaire est un groupe de molécules plus petites dont le poids et le rhythme d'oscillation différent. Si telle est la complexité de corpj que nous regardions il n'y a pas longtemps comme simples, jugez de là complexité de ceux que nous tenons pour composés! Dans chaque molécule d'un oxyde ou d'un acide, le chimiste voit l'un de ces systèmes uni avec un, deux, trois systèmes d'âutres sortes, aussi complexes que celui-là, ou même avec uu plus grand nombre. Montant à des ordres de composés de plus en plus hétérogènes, il se trouve obligé de reconnaître des degrés de complexité moléculaire existants que la pensée ne peut se représenter; jusqu'à ce que, arrivé à la matière organique, il rencontre des molécules dont chacune (si Ton tient compte de la nature complexe de ses prétendus éléments) contient à la lettre plus d'atomes que les cieux visibles ne contiennent d'étoiles : — atomes combinés, les systèmes s'enchevêtrant les uns dans les autres, de telle sorte que chaque atome, chaque sysième d'atomes, chaque sytème composé de système à double et triple puissance, se meut en relation avec tout le reste, et est capable d'en recevoir et d'y exercer des perturbations.

« Cette activité, cette impressionnabilité^ que l'investigateur admire davantage à mesure que ses découvertes pénètrent plus avant, est une propriété commune à la matière pondé-

674 SÏN'niHSli PHYSIQUE.

rable, et à la inatiËre eo apparence impondérable qui emplît toutl'espace. Que rètbcr, dont la ténuité est si extrême que nous pouvons à peine nous le représenter comme matériel, est néanmoins composé d'éléments associés qui se meuvent conformément aux lois de la physique, c'est maintenant ud lieu commun scie nti fi que. En douant ces éléments de mouvetaent, et en supposant qu'à chaque ondulation leur coursi: est déletminée par une composition de forces, les mathématiciens ont pu depuiij longtemps, Don-seulemetil expliquer le^ propriétés connues de la lumière constituée par les ondulations de l'éther, mais encore affirmer qu'elle a des propriétés non observéï's, propriétés dont on a depuis prouvé l'exisleiice par l'observation. On a encore découvert un bien plus grand rapport entre le pundérahie et l'impondérable : les actÏTilés de ['nu sont incessamment modiûées par les activités de l'autre. Chaque molécule complexe de matière qui oscille ioëividucllement, bien plus, chaque membre séparé de celte molécule oscillaut à son tour d'une façou indépeudaute, cauïv des mouvements corrélatifs dans les molécules adjacentes de l'étber, et celles-ci dans d'autres plus éloignées, et ainsi de suite sans fin, tandis que, d'autre part, chaque onde de l'éther qui atteint uue molécule composée, change plus ou moÎDi le rhylhme de son mouvement,' aussi bien que le rhythme du mouvement de ses composants et celui de lears parties distinctes.

« Los révélations ne finissent pas là. La découverte suivante: que la matière en apparence si simple est dans sa structure ultime si étonnamment compliquée ; et cette autre : que ses molécules, oscillant avec uue rapidité presque infinie, propagent leur impulsion h l'éther environnant, qui la transmet à des distances inconcevables en des temps infiniment peliUi nous conduisent à celle découverte plus merveilleuse encore: que les molécules de chaque surle sont affectées d'une maniÈre spéciale par les molécules de même sorte qui existent daiif les régions les v\viï. \\ivtt\a!\û>!,% de l'espace. Les unités Jfi

sodium sur lesquelles tombe un rayon de soleil vibrent à TunissoD, à une distance de plus de 70 millions de milles, avec les unités pareilles par lesquelles sont produits les rayons jaunes du soleil. Eh bien, c'est là un exemple tout à fait inexact de la sympathie qui unit toutes les parties de la matière composant l'univers visible. Les éléments de notre terre sont unis par les liens d'une activité réciproque avec les éléments d'étoiles tellement éloignées, que le diamètre de l'orbite terrestre peut à peine servir d'unité de mesure pour exprimer leurs distances.

« Telle est la forme d'existence dont vous parles avec tant de mépris. Et parce que j'attribue à cette forme d'existence des pouvoirs.qui, quoique non moins étonnants que ceux-ci, sont plus compliqués, vous m'injuriez ! Si, au lieu de dire que je rabaisse l'Esprit au niveau de la Matière^ vous disiez que j'élève la Matière au niveau de l'Esprit, vous exprimeriez le fait avec un peu de justesse. »

§271. Telle serait, j'imagine, la réplique d'un matérialiste de l'espèce la plus grossière qui ne saurait présenter sa doctrine sous son véritable jour. Écoutons maintenant un philosophe de la même école générale, auquel nous pouvons accorder de mieux comprendre la signification des vérités que la science a révélées.

• Le nom que vous me donnez tend à impliquer que j'identifie l'esprit avec la matière ; je ne fais rien de semblable, ^identifie l'esprit avec le mouvement, et le mouvement n'est concevable pour nous en aucun sens matériel. Observez ce poids. 11 est maintenant immobile ; je le lâche maintenant, et le voilà qui se meut vers la terre. Qu'est-ce qui est soudainement entré en lui? Quoique en apparence le môme dans toutes ses propriétés, ce poids^ ou une masse quelconque, n'a besoin que de recevoir une quantité de mouvement par l'effet d*un choc ou autrement, et, «^partir de ce moment, va changeant de lieu avec la même rapidité, et cela aussi longtemps qu'il ne rencontre aucun autre corps ou ne reçoit aucun autre

G7G SYNTHÈSE PH\siyuii.

mouvement. Quelle est cette source d'activité? comment réside-t-elle dans ce poids? et de quelle façon pousse-t-elle ce poids à occuper à chaque instant une nouvelle place? D'un c<M6, nous ne pouvons affirmer que le mouvement existe comme une chose îuséparabSe de la matière, puisque cette affirmation impliquerait que nous pouvons le regarder comme ayant des attributs indépendants. D'un autre cAté, nous ne pouvons affirmer que le mouvement n'a pas d'uxisteace séparée, car, s'il n'en a pas, comment pouvoDs-nous noui \t représenter comme passant d'un corps dans un autre? De plus, l'apparition et la disparition du mouvement soulèvent les questions suivantes : Oii était-il antérieurement ? et où est-it maintenant? Quand ce poids tombe, nous n'avons pas seulemeol à nous demander où va le mouvement qui l'anime, maïseacore, quand il frappe le plancher, nous devons nous demander: Qu'est devenu son mouvement? Une partie est passée dans les particules dérangées par le choc ; une partie, transrormée ea ondes sonores, a été dispersée dans l'air environnant, et même, pendant que je parle, une partie a déjà traversé des millions de milles sous formes d'ondulations d'étber. Ce mouvement par conséquent, ici diffus et imperceptible, li soudainement individualisé et produisant des changemeQls visibles, ailleurs redistribué en formes variées d'une manière diffuse, et transporté en partie à des distances inlïaies, — est d'une nature tout à W\i insondable ; et si j'identiSe l'espril avec lui, j'identifie l'esprit avec quelque chose qui D'est pas moins mystérieui qu'il ne l'est lui-même.

a Vous croyez que je ne vois aucune différcQOe essentielle entre l'esprit et les propriétés matérielles de la substance cérébrale. Je pourrais croire, à mon tour, que vous ne voyei aucune différence essentielle entre la musique et les propriété matérielles du piano d'où cette musique est tirée. Parce que TOUS afSrmez que la musique e4 produite par le piano, est-ce ' que vous affirmez qu'il y a une parenté quelconque ealre uoe corde de piwio eV \e& Vv\itaSjiaTO aériennes qu'elle produit

quand elle est frappée ? Ou bien, est-ce que vousafBrmez pour eela qu'il y a identité entre de telles vibrations et les rapports qui les unissent, lesquels constituent les airs et les accords ? Je n*afBrme pas davantage, en affirmant la dépendance de l'esprit Tis-à-Tis de la structure nerveuse, qu'il y ait aucune parenté de nature entre une cellule nerveuse et les actions qui s'>en dégagent, ou entre ces actions et leurs relations^ lesquelles constituent la pensée. Repoussez-vous le parallèle parce que le piano reste silencieux jusqu'à ce qu'il ait été touché, tandis que le cerveau agit sans secours extérieur? Je réponds que, dans un cas comme dans l'autre, le pouvoir vient du dehors, et que l'effet de l'appareil est seulement de le modifier. De même que le mouvement communiqué à un instrument automatique passe à travers sa structure spécialisée^ et sort sous la forme de combinaison particulière de vibrations aériennes simultanées et successives, de même, le mouvement emmaganisé dans la nourriture de l'homme, ajouté à celui qu'il reçoit directement de ses sens, se transforme en passant à travers son système nerveux en ces combinaisons d'actions nerveuses, qui sont sous leur face subjective des pensées et des sentiments.

« Mais l'analyse est de beaucoup trop grossière pour fournir une idée vraie. Ce n'est pas avec le mouvement sensible, fût-ce même celui de l'air invisible, que l'esprit a une parenté directe ; c'est seulement avec le mouvement insensible, de nature incroyablement plus subtile et infiniment plus rapide que l'autre. Ce n'est pas aux ondulations combinées d'une substance pondérable, bien que rare, que l'esprit doit être assimilé ; c'est seulement aux ondulations combinées de cette substance impondérable qui remplit tout, et que nous ne connaissons que par induction, en voyant les effets. Les activités de cette substance impondérable, quoique beaucoup plus simples et beaucoup nlus humbles, en raison de cette simplicité même, que les actmtés auxquelles nous donnons le nom d'esprit, sont en même temps beaucoup plus élevées

(Ï78 SYNTHfcSE PHTSIOUR.

que celles que nous appelons esprit eu égard à leur intensité, i\ leur rapidité, à leur subtilité. Ce qui a ôlc gagné en puissance d'udaptalioli a filé perdu eu vivacité. Quoique l'esprit sache ndnpler l'appareil par lequel certaines oodulations de l'élher parties du soleil sont ramenées à un foyer, cependant l'esprit ne peut pas, comme ces ondulations une fois concentrées, dissiper le diamant placé à ce foyer. Quoique l'esprit soil capable de construire un lélégraphe électrique, cependant il reste entièrement insensible à ces légères agitations de l'autre cflté de la terre, qui se transforment en mouvemenls sensibles de ce cAté-ci. Et maintenant que la vitesse de nos idées et do nos volontés a été nsesurée, nous apprenons que la pensée a beau être rapide, la lumière l'est encore ptusieutf millions de fois davantage.

« Votre conception, ô spiritualistes, est beaucoup trop grossière pour moi. Je ne sais pas quel peut être le point jusqu'où vous avez rafliné la croyance que vous avez reçue des hommes primitifs. Un esprit dépouillé de corps a été conçu par vos ancêtres éloignés (comme il l'est encore du reste par divers sauvages existants) comme assez matériel pour prendre part au combat et mËme pour élre tué encore une fois. Devenant de moins en moins coneri'te et déânie, à mesure que les connaissances augmentaient, l'idée d'une âme a continué jusqu'à nos jours à être celle d'un être qui peut produire des bruits alarmants et prononcer des paroles. Même nos aocôtrea tout à fait réceuts, bien qu'ils supposassent la substance d'une âme transparente, la supposaient visible encore. 11 est possible que vous ayez encore épuré leur croyance. Mais, que vous l'avouiez on non, vous ne pouvez concevoir un esprit sans corps sans vous le représenter comme occupant un lieu séparé dans l'espace, ■ — comme ayant une position, des limites, et la matérialité que la limitation implique. Cette idée, dont la généalogie est peu recommandable, qui n'est en ellemême nullement satisfaisante et u'esl apauyée sur aumn» prouve, je ne puis l'accepter. L'esprit, pour moi, j

non avec ce qui est relativement immatériel» mais avec ce qui est absolument immatériel. Il n*a pas même la matérialité iaconcevablement raffinée de Téther qui remplit ce que nous appelons l'espace vide ; il est assimilable aux activités manifestées par réther aussi bien que par toutes les formes sensibles de l'existence. Partout à Tétat d'influx et d'efflux incessant, c'est ce qui dissout et reconstitue élernellement les ciistences sensibles de tout ordre, — organiques et inorganiques. Traversant aussi bien l'espace occupé et celui qui semble ne pas Tétre, il donne à la substance pondérable qui remplit le premier des puissances d'action et de réaction, et à la substance impondérable qui remplit l'autre les énergies par lesquelles il transporte les actions et les réactions d'un corps à un autre. Ainsi, quand il arrive quelque grande catastrophe comme celle dont l'étoile voisine de TE de la couronne a été récemment le théâtre^ il est à la fois l'agent par lequel la transformation est opérée, et l'agent par lequel est transmis, avec une vitesse presque infinie, à travers l'univers, le tremblement ressenti sur la surface de ses innombrables mondes. »

. § 272. Quelque cohérence relative qu'ait cette réponse, et bien qu'elle ait Tutilité de repousser avec une force nouvelle les reproches du spiritualiste, ce n'est pas la réponse que nous donnerons ici. Dans les paragraphes qui terminent les Premiers Principes^ et de nouveau dans les premières parties du présent ouvrage, la position que nous avons prise était que la vérité n'était représentée ni par le matérialisme, ni par le spiritualisme, quelque modifiés et quelque raffinés qu'on les présente. Exposons pour la dernière fois les conséquences ultimes de l'argumentation qui se développe dans ce volume aussi bien que dans les volumes précédents.

A quelque limite qu'on les pousse, les recherches du psychologue ne sauraient révéler la nature ultime de l'esprit, pas plus que les recherches da chimiste ne sauraient révéler la nature ultime de la matière, ou ceux du physicien la naturr

(i80 SYXTHÈSB PHYSIOCE.

ultime du mouTement. Quoique le chimiste tende à croire ï l'existence d'un alome primitif par lequel est forojé, grâce k des associations diversement combinées, ce que nous appelons des éléments, comme sont formés, grâce k des groupements divers, par les éléments euit-mémes, les oxydes, les acides, les sels et les substances innombrables qui ont une plus hante complexité, malgré cela, il ne sait rien de plus qu'il n'co n su an premier jour sur ce très-hypothétique atome primitif. El semblablement, quoique nous ayons vu les raisons qu'il y a pour penserqu'ily a une unité deconscieace primitiTe. que les sensations de tout ordre sont formées par de telles unités comhi* nées eu rapport variés, que par le groupement de ces sensv tionâ et leurs différents rapports sont produites les percepliODS et les idées, et ainsi de suite, les plus hautes pensées et les plus hautes émotions, malgré cela, cette uuîlé de conscience reste insondable. Supposous qu'il soit devenu évident qu'uoe impression de choc dans k conscience et un mouvement moléculaire soient les deux faces objective et subjective d'uoe même chose, nous resterons après cela incapables d'unir l'une avec l'autre, au point de concevoir la réalité dont elles bodI les faces opposées. Considérons comment l'une et l'autre sont constituées dans nos pensées.

La conception d'une masse sensible se mouvant d'une façon rhythmique, est une synthèse de certains états de cOQS* cience qui sont rapportés les uns aux autres en un certain ordre de successions. La conception d'une molécule animée d'un mouvement rhythmique, est une conception où ces.état* et ces rapports ont été réduits à l'extrême limite de dimension représentable à l'esprit, et sont par conséquent regardés comme susceptibles d'être réduits encore au delà des limites de la représentation. Si bien que cette molécule à mouvemenl rhythmé, qui est notre unité de composition des phénomèDes externes, est mentale en un sens triple; — nos expériences d'une masse à mouvemenl rhythmé d'où la conception de l'unité moléculaire est dérivée, sont des états d'esprit dont la

contre-partie objective est inconnue; la conception dérivée d'une molécule à mouvement rhythmé est formée d*états d'esprit qui n'ont aucune contre-partie objective directement représentée :' et quand nous essayons de penser une molécule agitée d'un mouvement rhythmique, comme nous supposons qu'il en existe, nous obtenons un résultat en imaginant que nous nous représentons ces états représentatifs à une échelle infiniment réduite. Ainsi Tunité avec laquelle nous construisons notre interprétation des phénomènes matériels est triplement idéale.

D'autre part, que penserons-nous de notre unité idéale considérée comme une portion de Tesprit ? Elle naît, comme nous l'avons vu, de la synthèse d'un grand nombre de sentiments, réels et idéaux, et d'un grand nombre de changements qu'ils subissent. Que sont les sentiments ? Quel changement subissent-ils? Et quelle cause leur fait subir ces changements 7 Si, pour écarter le mélange d'éléments matériels qui se présente comme une conséquence nécessaire, nous appelons chaque élément de cette unité idéale un état de conscience^ nous ne faisons que retomber dans d'autres conséquences de même nature. La conception d'un état de conscience implique la conception d'une existence où réside cet état. Quand, en décomposant certains de nos sentiments, nous les trouvons formés de petits chocs qui se succèdent avec différentes rapidités et dans des combinaisons diverses, et quand nous concluons que tous nos sentiments sont probablement formés de telles unités de conscience différemment combinées, nous [sommes encore obligés de concevoir cette unité de conscience comme un changement opéré par une force quelconque dans quelque chose. Aucun effort d'imagination ne nous permet de penser un choc, si petit qu'il soit^ si ce n'est comme supporté par une réalité. Nous sommes contraints par conséquent de poser l'existence d'une substance de l'esprit qui est affecté, avant de pouvoir penser ses affections. Hais nous ne pouvons former aucune notion d'une substance

de Tesprit absolument dénuée des attributs désignés par le mot substance, et tous ces attributs sont tirés de nos expériences de phénomènes matériels. Chassez de la conception d*un esprit tous les attributs par lesquels nous distinguons et qui est extérieurement de ce qui n'est pas extérieurement, et la conception d'un esprit s'évanouit. Si, pour échapper à cettt difficulté, nous rejetons l'expression à'iiat de eonseienee, it si nous appelons chaque sentiment indécomposable une cornciencCy nous ne faisons que tomber d'une difBculté dans uoe autre. Une conscience, si ce n'est pas l'état d'une chose, est quelque chose elle-même. Et autant il y a de consciences différentes (comme elles le sont toutes en effet), autant eLi sont de choses différentes. Comment pourrons-nous penser tant de choses indépendantes^ marquées des caractères qui le^ distinguent, si nous excluons toutes les conceptions dérivée^ des phénomènes extérieurs ? Nous ne pouvons penser de? entités différant l'une de l'autre et différant de rien quec invoquant dans nos pensées le souvenir d'entités que Dou^ avons distinguées en tant qu'objectives et matérielles. El dt plus, comment concevrons-nous ces consciences soit comm^ se transformant les unes dans les autres, soit comme se remplaçant les unes les autres ? Nous ne pourrons le faire >ic^ concevoir une cause^ et nous ne connaissons point de cauff? hors de celles qui se manifestent dans des existences que uol? rangeons dans la catégorie de la matière, — soit notre propre corps, soit les objets environnants.

Voici donc notre thèse. Nous ne pouvons penser la maii":*

que dans les termes de l'esprit. Nous ne pouvons penser Tespr/.

que dans nos termes de la matière. Quand nous avons pousî'

nos analyses de la première jusqu'à la dernière limite, now.*

sommes ramenés au second pour obtenir une réponse tiu.iK.

et quand nous avons obtenu la réponse finale du second, oi ::*

ramenés de nouveau à la première pour rinterprv'j-

la réponse. Nous trouvons la valeur do j: d.iu? .t?

don lious trouvons la valeur d'y dans les terme»

X yei ainsi de suite nous pouvons continuer à jamais sans 18 rapprocher de la solution. L'antithèse du sujet et de )jet, qui ne sera jamais dépassée tant que la conscience rera» rend impossible toute connaissance de cette réalité ime dans laquelle le sujet et Tobjet sont unis. } 273. Et cela nous amène à la vraie conclusion contenue 18 les pages précédentes : — à savoir qu'il y a une seule et me réalité ultime qui se manifeste à nous subjectivement objectivement. Car, si la nature de ce qui se manifeste sous le et l'autre de ces formes est évidemment insondable, dre de ses manifestations dans tous les phénomènes intelniels est évidemment le même que Tordre de ses manifes- 0D8 dans tous les phénomènes matériels. A loi de révolution s'applique au monde intérieur comme nonde extérieur. En suivant à partir de ses commencements plus humbles et les plus vagues l'accroissement de cette lUigence qui devient si merveilleuse chez les êtres supéirs, nous voyons que^ sous quelque aspect qu'on la couple, elle présente une transformation progressive de la ne nature que la transformation progressive que nous voos suivre dans F univers entier, non moins que dans la ndre de ses parties. Si nous étudions le développement du ème nerveuXy nous le voyons croître en intégration, en iplexité, en détermination. Si nous examinons ses foncs, nous les voyons de même présenter une indépendance ;uelle croissante, une augmentation du nombre et de Thété- Snéité de leurs parties, et une plus grande précision. Si 8 considérons les relations de ces fonctions aux actions 86 passent dans le monde environnant, nous voyons que • correspondance mutuelle progresse en ordre et en quandevient sans cesse plus complexe et plus spéciale, et subit j 88 marche des différenciations et des intégrations semblés à celles qui ont lieu partout ailleurs. Et quand nous Tvons les états de conscience corrélatifs, nous découvrons ux aussi, d'abord simples, vagues et incohérente, devica-

684 8TNTHÈ8B FHynQUB.

nent ensuite de plus en plus nombreux en espkeee, s'onissent en agrégats de plus en plus eonsidârables^ de pliu en plus nombreux et de plus en plus tml/k* et finissent psr revêtir ces formes achevées que nous leur voyons dansto généralisations scientiBques, où des éléments quantitatifi précis sont coordonnés en rapports quantitatifs d*une an» parfaite précision.

Tels sont les résultats d'une synthèse qu'il nous reste à férifien par l'analyse. Telles sont les conclusions auxqudias nous a conduit la Psychologie objective, et telles seront ht conclusions auxquelles nous nous trouverons conduits par h Psychologie subjective dans laquelle nous allons entrer.

FIN DU PREMIia VOLUME.

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