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telle nature quo certains caractères sensibles nous font prévoir d'uulres caractères. Il est maniresteque, durant toute la vie, cliei l'homme comme chez la brute, celte distinction des divers objets en classes s'exerce plus ou moiiis, qu'elle s'exerce plus chez les ëlrcs supérieurs que chez les êtres inTérieurs, et que te succès dans l'action dépend en partie du degré auquel on la pouise. Maintenant il suffit d'ouvrir un ouvrage de chimie, de tninénlogie, de botanique, de zoologie, pour voir comment cette classilioatiou que l'eufaut, le sauvage, le paysan, exercent spontauénient, et sans savoir ce qu'ils font, est employée par les savants, syslcmatiquement, avec connaissance et de propos délibéré. Il suffit d'examiner leurs procédés respectifs, pour voir que les degrés de ressemblance et de dissemblance qui guident, d'un« manière inconsciente, l'ignorant dans sa formation des classes et sous-classes, servent aux esprits cultivés pour atteindre sciemment h la même fin. Et il suffit d'opposer tes hommes qui suul moins avancés dans la science h ceux qui le sont davantage, pour voir que ce procédé de formation de groupes, que le premier ne poursuit qu'avec une faible perception de son usage final, est poursuivi par le second avec l'idée claire de sa valeur, codiuip moyen d'arriver à des objets plus élevés.
Il en est de môme pour les nomenclatures. Peu de gens hésita ront H admettre qu'aux premières époques du langage, les chose) ont été nommées par accident, — non parce que l'on reconnnissait la valeur des mots pour faciliter les communications, mil^ sous la pression d'idées particulières que l'on désirait cohuhudIquer. La pauvreté des langues primitives, qui contient des dqoLi seulement pour les objets les plus communs et qui sont le plus en vue, montre d'elle-même que les systèmes de signes verbsai, <i l'origine, s'étendirent autant seulement que la nécessité y poussait. Maintenant, cependant, l'acte de déuommer est produit avec intention. Une nouvelle étoile, une nouvelle Ile. uu nouveau minéral, une nouvelle plante, un nouvel animal, sont le plus souvent dénommés, aussitét que trouvés, par leurs ioTtuteurs, et ils sont nommés avec une connaissance plus ou raoini claire de l'utilité des noms. De plus, il faut remarquer que, rie même que dans le procédé primitif ineouscienl employé pour donner des noms, les signes employés ont été, autant qu'ils pouvaient 1 litre, descriptifs des objets signifiés, de même, dans \m systèmes artificiels de noms, — et spécialement dans la cbiiiiii^p
— on a choisi une marque descriptive. Ajoutez que, de même que, dans les nomenclatures naturelles, il se produit certains modes habituels de combinaisons et d'inflexions des mots pour indiquer dans les choses soit une composition, soit une modification, de même, dans les nomenclatures scientifiques, on a adopté d'une manière consciente des modes systématiques de former des noms composés.
On peut montrer un progrès semblable dans Tart de tirer des indactions. Il est maintenant communément reconnu que toutes les vérités générales sont immédiatement ou médiatement inductives, — qu'elles sont ou dérivées des agrégats de faits observés ou déduites des vérités qui sont ainsi dérivées. L*acte de grouper eosemble des coexistences et séquences semblables présentées par l'expérience, et la formation de l'opinion que les coexistences et séquences futures ressembleront à celles qui sont passées, c'est là le type commun de toutes les inductions à leur début, que ce soient celles d'un enfant ou celles d'un philosophe. Jusqu'au temps des Grecs, l'humanité à suivi ce procédé de former des conclusions, sans le savoir, comme la masse continue de le faire encore. Âristote reconnut ce fait : que certaines classes de conclusions étaient formées par induction^ et enseigna en une certaine mesure la nécessité de les former. Mais, jusqu'à Bacon, la généralisation de Texpérience ne fut pas érigée en méthode. Maintenant que tous les gens instruits sont, en un certain sens, disciples de Bacon, nous pouvons suivre chaque jour, systématiquement, de propos délibéré, dans les investigations de la science, ces mêmes opérations mentales que la plus grande partie de rhnroanité a exécutées sans le savoir pour acquérir les connaissancee les plus communes sur les choses environnantes. Et récemment, dans son remarquable Système de logique, J. Stuart Mill nous a exposé sous une forme organique ces procédés intel- IcM^tuels plus complexes que des penseurs pénétrants ont employés de tout temps pour vérifier, en une certaine mesure, le procédé inductif originel, — procédé que les investigateurs les plus avancés commencent maintenant à employer avec préméditation, et avec connaissance de leur nature et de leur objet.
Je pourrais donner, comme autres exemples de cette loi ce fait : qu'ayant trouvé que Thabitude engendre la facilité DOU8 nous habituons avec intention aux actes que nous désirons nous rendre faciles; — ce fait : qu'ayant vu que Vesprit vient à
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bout de résoudre ses problèmes en procédant du simple au complexe, nous poursuivons maintenant nos reclierclies scientiâquea duiiG ce même ordre et d'une manière consciente; — ce fait: que, dans nos opérations sociales, ayant été naturellement conduits à [ft division du travail, maintenant, dans toute nouvelle entreprise, nous introduisons avec intention cette division du travail. Sans multiplier les exemples, il paraîtra pour le moment sunisamment clair que, comme on l'a dit plus haut, dodseulemenl entre les procédés dits instinctifs et ceux appelés rationnels, il y a une différence par rapport au degré de conscience qui accompagne leur excitation, mais qu'il y a des différences analogues entre les degrés successifs de la raison elle-même. Ceci ne nous a-t-il pas conduits à une doctrine générale des méthodes? Dans chacun des cas cit^s, nous voyons une succession bien ordonnée d'aclions poursuivies, de propos délibéré, en vue de lins spéciales, — une méthode ; et en reclierchanl en quoi L'une de ces méthodes diffère de quelque procédé conscient et intelligent qu'on n'iionore pas du titre de méthode, nous trouvons qu'elle en dill'ère en ce qu'elle est plus longue et plus corapUquée. Négligeons cette distinction comme purement conventiouneUe; cessons de coosidérer les méthodes objectivement, et à l'élat de traités consignés dans les livres ; considérona-les subjectivement, comme des modes compliqués d'opérations par lesquels l'esprit atteint certains résultats, et nous verrons qu'on peut proprement les considérer comme les plus hautes manifeslalions conscientes de la racullé ralionnelle. El si, considén^ analytiquement, toutes les méthodes sont simplement des pmcédés intellectuels complexes, qui se rapprochent du raisonnement conscient, autant que le rulsounemeut conscient se rippi'ocheduraisonnement inconscient, el au lanlque te raisonnement conscient se rapproche de procédés situés plus bas dans l'échelle; — si, de plus, dans les divers exemples donnés plus haut, les méthodes naissent de la systématisation et de l'exlension délibérée d'opérations mentales qui étaient ù l'origine irréguliércs et exécutées sans le savoir, — ne pouvons-nous pas bien iiitércr de là que toutes les méthodes se produisent de la ni^me manière, qu'elles devieniieEil des méthodes, quand les procédés qu'elles renferment ont été assez souvent répétés pour prendre une forme organisée, et que c'est la fréquente répétition qui sert à tu lois k les dlunniiier el ù atuener eu eux lu conscieucc,
VU qu'ils sont des procédés qui atteigueDt certaines fins. D'ailleurs n'est-il pas évident, à priori, qu'aucune méthode ne peut être praticable à l'intelligence, sauf celle qui est en harmonie avec ses modes d'action préétablis? N'est-il pas évident que la conception d'une méthode implique que celui qui la publie a, dans son propre esprit, des expériences de cas où il a suivi avec succès une telle méthode ? N'est-il pas évident que le progrès qu'il fait consiste à observer les procédés que son esprit a traversés dans ces occasions, à les généraliser et à les arranger en système? Et n'est-il pas évident que, relativement à Torigine et à Tapplication, une méthode n'est possible qu'autant qu'elle consiste dans l'emploi régulier et habituel des procédés que Tintelligence emploie spontanément, mais d'une manière irrégulière, incomplète et inconsciente? La réponse ne saurait être douteuse. En conduisant ainsi la conscience à son degré le plus haut, et en reconnaissant la méthode par laquelle les méthodes se développent, nous trouverons peut-être notre voie vers des moyens qui puissent servir ultérieurement à la recherche scientifique. Gomme, dans le cas de la logique déductive, de la classification, de la nomenclature, de l'induction, etc., il arrivait qu'en devenant conscient de la manière dont l'esprit travaille en suivant ces directions, l'homme se rendait propre à organiser son travail, et à atteindre, par suite, des résultats auparavant placés hors de son atteinte, ainsi, en devenant conscient de la méthode par laquelle les méthodes sont formées, il est possible que nous en recevions de l'aide pour rechercher d'autres méthodes. Dans les exemples donnés, la méthode pour former des méthodes consistait à observer les opérations par lesquelles Tesprit, de temps en temps, atteint ses fins, et à les arranger en un système d'action qu'on devra suivre dans des cas analogues ; donc, quelque direction que suivent actuellement celles de nos recherches qui sont encore sans méthode, toute notre politique doit consister à retracer par quelle marche on arrive occasionnellement au succès dans ces directions, avec l'espoir qu'en faisant ainsi, nous nous rendrons propres à construire un système de procédés qui rendra nos futurs succès plus ou moins sûrs. Si l'on se remet en mémoire combien, même les esprits les plus justes, sortent de la voie méthodique ; combien, dans la chaîne entière des pensées qui conduit à une découverte, la portion enfermée dans les procédés strictement logiques est petite» il deviendra manifeste qu'il reste encore à rendre méthodiques I. U
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certaines opérations inlellectuelles. Et l'on peut ici iatroduire convenablement un exemple auquel, en fuit, les considérations qui précèdent serveni, en une certaine manière, d'introductioa.
Toule généralisation est d'abord une hypothèse. Quand on recherche la loi d'une certaine classe d>^ phénomènes, il est nécessaire de Taire à son sujet quelques suppositions, et alors de rassembler des preuves qui prouvent la vérité ou la fausseté de ces suppositions. Le plus rigoureux partisnn de la méthode inductive ne peut se dispenser de faire ces suppositions, vu que, sans elles, il ne peut savoir ni quels laits il doit chercher, ni comment interroger les faits qu'il peut avoir. Les hypothèses donc, étant des pierres d'attente indispensables pour lu généralisation, — chaque généralisation ayante traverser une période hypothétique, — une question se pose : à savoir s'il existe quelque manière de nous guider vers des hypothèses vraies, A présent, le choix des hypothèses n'a rien de systématique, — elles sont suggérées par une inspection superlicielle des phénomènes, et quand on rencontre juste, ce n'est, dans la plupart des cas, que par hasard. Ne pouvons-nous pas, cependant, inférer de l'habileté particnlière que quelques hommes ont montrée dans le choix des hypothèses vraies qu'il y a une espèce spéciale d'action intellectuelle qui permet de les distinguer? Appeler gi^nie ou intuition la faculté qui existe chez ces hommes, c'est simplement éluder la question. Si les phénomènes mentaux se conforment aux lois établies, alors un manque d'habileté b choisir de vraies hypothèses, ne signifie rien autre chose qu'un manque de tendance à exécuter ce procédé mental par lequel les vraies hypothèses sont atteintes : et cela implique qu'un tel procédé existe.
Le problème, c'est de reconstituer ce procédé ; de trouvercoriiment, lorsque nous cherchons la loi de quelque groupe de pliënomènes, nous pouvons faire une supposition probable il leur sujet ; — comment nous pouvons nous guider vers un point de vue d'où les fails à généraliser puissent être aperçus dans leurs rapports fondamentaux. Évidemment, comme la chose qu'nn cherche est toujours une chose inconnue, nous ne pouvons fiira guidés que par la connaissance antérieure de ce qui s'en ra|>> proche, ou de son aspect général, ou des deux. Si toutes les généralisations (excepté celles qui sont purement empiriques] possédaient en commun un caractère propre, et si ce caractère propre ^tait facile !v reconniitlre, nous aurions ce guide que nous dési-
rons. Nous avons inféré pour le moment que ce caractère propre existe ; il reste maintenant à chercher quel il est.
On est, en général, familiarisé avec cette remarque : que le progrès scientifique, considéré sous l'un de ses principaux aspects, tend constamment à des généralisations de plus en plus larges, — à des généralisations qui renferment celles précédemment établies. De plus, on a fait cette remarque : que toute vraie généralisation apporte communément une explication non-seulement de la série de faits qu'on a étudiés pour la trouver, mais aussi de quelque série de faits différents. Ces deux propositions sont des constatations partielles de cette vérité : qu'on a fait un pas en avant dans la science, lorsqu'un groupe de phénomènes à généraliser est soumis à la même généralisation que quelque groupe voisin, mais que l'on considérait auparavant comme distinct. Examinons quelques cas.
Il en est ainsi dans le calcul quand on a trouvé que les rapports qui existent entre l'étendue linéaire, en surface, en volume, se conforment à la même loi que les nombres suivant les multiplications auxquelles on les soumet ; et de même quand on a trouve que les nombres eux-mêmes, qu'ils représentent des espaces, des temps, des objets, des quantités imaginaires, possèdent certaines propriétés générales, susceptibles d'être exprimées algébriquement, et qui restent les mêmes quelle que soit la grandeur des nombres. Il en est ainsi en mécanique, quand on a découvert une fohDule qui soumet à la même généralisation l'équilibre de la balance et l'équilibre du levier à bras inégaux, ou bien quand la découverte qu'un fluide exerce également sa pression dans toutes les directions a servi à expliquer à la fois la tendance uniforme des fluides à l'horizontalité et leur propriété de supporter des corps flottants. Il en est ainsi en astronomie, quand les mouvements erratiques apparents des planètes et le mouvement comparativement régulier de la lune, ont été expliqués comme dus également à des révolutions semblables des orbites, et quand on a montré que les mouvements célestes et la chute d'une goutte de pluie sont diverses manifestations de la même force. Il en est ainsi en optique, quand on a découvert la composition de la lumière par le spectre du prisme, Tarc-en-ciel, les couleurs des objets; en thermologie, quand la dilatation du mercure, l'ascension de la fumée et l'ébuUiUon de l'eau ont été reconnues comme des manifestations diverses de la même loi de dilatation ^t W
SVMHÈSK (lÉXliRALK. — (APPRNmCEO
clialeurj en acoustique, quand on a trouvé que la doctrine des ondulHtions s'applique lïgalemeiil aui phénomènes d'harmoDie, de discordance, de vibrations sympalliiques. De même, en chimie, quand ta combustion du charbon, la rouille du fer, la consomption des animaux par la faina, ont été ramenées par la géiiéralisdtion au même fait de l'osydation. De même quand les raprapports électro-positifs et électro- négatifs des molécules élémentaires ont été employés à éclaircir leurs affinités chimiques. Enlln, c'est encore une fuis ce qui est arrivé quand, par les investigations d'OErsted et d'Ampère, les phénomènes d'électricilé et de luaguétisme ont été ramenés à une même catégorie, et l'action de l'aiguille magnétique assimilée à celle d'une aiguille soumise à l'inlluence de courants électriques artificiels.
Maintenant, celte circonstance : qu'une général isatiou vraie fait rentrer d'ordinaire dans une formule des groupes de phéDomèiies qui, à première vue, paraissent n'avoir aucun rapport, c'est là un indice plus ou moins sur de la vérité d'une généralisaliuii. Car il est manifeste que, quand on a trouvé pour une série de faits une loi qui s'applique également à quelque série qui en paraît distincte, cela implique que nous avons saisi une vérité plus générale que les vérités présentées par l'une ou l'autre des séries, considérées séparément, — plus générale que les vérités qui donnent à l'une ou à l'autre des séries un caractère spécial. Si. dans les exemples cités plus baut et dans nombre d'autres, nous trouvons que le fait le plus général qui se manifeste dans une classe de phénomènes est aussi le fait le plus général que manifeste une autre classe ou plusieurs autres classes, nous pouvooï, en trouvant qu'un fait général est vrai de plusieurs casdansdeui classes distinctes, inférer réciproquement qu'il y a une probabilité considérable qu'il est vrai de tous les cas <le chaque claise. En d'autres termes, — quaud on a observé qu'une propriété e«t commune à des cas qui sont grandement distincts, il est plus probable que celte propriété est fondamentale que celle qu'on a observée être commune à des cas qui sont très-rapprocbés.
De là un peut déduire une méthode pour nous guider vers àd liypotlièses vraies. Car, si une propriété qu'on trouve égalemeDl dans des exemples appartenant à diverses catégories est plus prob'ablement une propriété générale que celle qu'on ne trouve que dans des exemples appartenant à la même catégorie, il ust évideiil que, quaml uouscUcrchotis les propriétés les plus générales
d'une catégorie, toute notre politique doit consister, Don pas à comparer entre eux les exemples qu'elle contient, mais à les comparer avec des exemples contenus dans quelque catégorie qui s'en rapproche Nous devons rechercher toutes les catégories qui ont quelque affinité probable, comparer quelques-uns des phénomènes que chacune renferme avec quelques-uns des phénomènes que nous étudions, déterminer par chacune de nos comparaisons ce qu'il y a de commun à deux espèces, et alors, s'il y a quelque propriété commune aux deux, rechercher si elle est commune à tous les phénomènes que nous visions à généraliser : et il y a même, en pareil cas, plus d'avantage à comparer tout d'abord les cas qui paraissent différer le plus fortement. L'adoption de ce procédé assure deux avantages : d'abord, quand nous rencontrons une propriété qui est commune à des phénomènes de classes séparées, il y a beaucoup de raisons de croire que celle-là est une propriété générale, plutôt que les nombreuses propriétés possédées en commun par des phénomènes de la même classe; ensuite, il est plus probable que nous observerons tout ce qu'il y a de commun entre des phénomènes divers, placés Tun à cdté de l'autre, que nous n'observerons tout ce qu'il y a de commun entre des phénomènes assez semblables pour être classés ensemble. Le nombre des hypothèses possibles est moindre ; il est vraisemblable que toutes les hypothèses possibles seront imaginées, et des hypothèses imaginées, chacune a une beaucoup plus grande chance d'être vraie.
Et, maintenant, servons-nous de cette méthode pour chercher une généralisation sur laquelle on puisse baser une psychologie synthétique. Nous avons vu que c'est la marque caractéristique du progrès de l'intelligence d'arriver à faire avec conscience ce qu'on a fait d'abord sans conscience. Nous avons vu, à l'appui de eette Térité, que les plus hautes opérations mentales, qui ont été à l'origine produites d'une manière irrégulière et inconsciente, atteignent un mode d'action systématique. Nous avons vu qu'en poursuivant d'une manière consciente cette méthode par laquelle on arrive aux méthodes, il est probable qu'on peut atteindre des méthodes qui conduiront plus loin. Nous avons cherché, de cette manière, à trouver une méthode pour choisir des hypothèses probables, et nous avons atteint une conclusion définitive. Maintenant, laissant ces recherches préliminaires, il reste à mettre à protit cette conclusion pour commencer la rechercha qui s'office^\îtf^>i^.
CONNEXION DB l' INTELLIGENCE ET DE LA VIE.
Les seuls phénomènes auxquels ceux de l'iRtelligcnce soiesl unis, sont les phénomènes de l'aclivilé vitale sous leurs formes inl'érieures, et cette union est étroite. Quoique nous regardions communément la vie mentale et la vie corporelle comme distinctes, cependant il suffit de s'élever un peu au-dessus du point de vue ordinaire pour voir que ce ne sont là que dessubdivisionsde la vie en général, et toute ligne de démarcation qu'où tire entre elles est arbitraire. Sans doute, pour ceux qui persistent, à la manière vulgaire, à ne contempler que les formes extrêmes des deux, cette assertion paraîtra aussi incroyable que le paraîtrait l'assertion qu'un arbre sort d'une graine par des modifications imperceptibles h celui qui n'aurait vu aucune àta époques intermédiaires. Mais, en l'absence de tout préjugé, l'examen des divers anneaux de la ctialne produira la conviction dans un cas comme dans l'autre. Il est aussi certain que, de li simple action réDexe par laquelle l'enfant tetle jusqu'aux raisocmemenls comphqués de l'homme adulte, le progrès se fait chaque jour par degrés infinitésimaux qu'il est certain qu'entre les actes automatiques des créatures les plus basses et les plus hautes actions conscientes de la race humaine, il y a une série d'actions manifestées par les diverses tribus du règne animal, et qui sont placées de telle manière qu'il est impossible de dire, à une certaine période de la série: — Ici l'intelligence commence. Si, du savant qui poursuit ses recherches avec la pleine intelligence des procédés de raisonuement et d'induction qu'il emploie, nous descendons à l'homme d'une éducation ordinaire, qui raisonne bien et d'une manière intelligente, mais sans savoir comment ; si, allant un degré plus bas, nous analysons les pensées du villageois, dont les plus hautes généralisations ne dépassent guère celles "•lol les évéûeniCGla\Qaa,vi\\u\4'çv'i^\.«sA.^e.sûia(fl ; si de là nous
OQNMUOli DB L^INTBLLIGBNCB BT DB LÀ YIB. 695
tomboiiê au raceshumames inférieures, qu'on ne peut considérer comme pensantes, qui ne peuvent saisir une idée de quelque complexité, et dont les conceptions numériques dépassent à peine celles du chien ; si nous mettons à côté les plus élevés des quadrumanes dont les actions sont aussi raisonnables que celles d'un petit écolier, et dont le langage, quoique inintelligible pour nous, est manifestement plus ou moins intelligible entre eux; si de ceuxci nous arrivons aux animaux domestiques dont la faculté de raisonner est reconnue, même par ceux qui ont des propensions théologiques ', — avec cette restriction qu'elle est spéciale et non générale, — restriction qui s'applique également aux divers degrés du raisonnement humain ; si, des quadrupèdes les plus sagaces, nous descendons à ceux qui le sont de moins en moins, remarquant, à mesure que nous avançons, combien est graduelle la transition vers ces animaux qui ne manifestent plus la faculté de modifier leurs actions en vue de conditions spéciales, et se montrent ainsi guidés par ce que nous appelons l'instinct ; si, après avoir observé le mode d'opération des instincts les plus élevés, dans lesquels une combinaison compliquée de mouvements est produite par une combinaison compliquée de stimulus, nous descendons successivement aux états inférieurs dans lesquels les stimulus et les mouvements qui en résultent sont de moins en moins complexes ; si, présentement, nous nous trouvons dans cet état copnu sous le nom technique d'action réflexe, où un seul mouvement suit une seule excitation ; si, des animaux chez qui cette action implique l'irritation d'un nerf et la contraction d'un muscle, nous descendons encore plus bas, chez les animaux dépourvus de système nerveux et musculaire, et que nous découvrions qu'ici c'est le même tissu qui manifeste l'irritabilité et la eontractilité, lequel tissu remplit aussi lés fonctions d'assimilation, sécrétion, respiration et reproduction ; et si, finalement, nous remarquons que chacune des phases de l'intelligence énumérées ici, se fond dans les voisines par des modifications trop nombreuses pour être distinguées spécifiquement, et trop imperceptibles pour être décrites, nous aurons, en une certaine mesure, montré la réalité de ce fait : qu'on ne peut effectuer de séparation précise entre les phénomènes de l'intelligence et ceux de la vie en général. Cependant, sans pousser ici plus loin nos recherches
* Le doeteur Whately, par exemple.
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ji l'appui de cetle thèse, et sans demander qu'elle soH admjse, il suffira à notre présent dessein qu'on reconnaisse, comme une vérité inconteslHb)«, qu'il y a une relation étroite entrelee actions que nous appelons meulales et celles que nous appelons organiques,— que ces classes d'actions soûl plus étroiloment tintes ensemble qu'avec toute autre classe.
La vie corporelle et la vie mentale étant ainsi des divisions de la vie en général, — étant entre elles comme des espèces dont ta vie en général est le genre, — il résulte de la conclusion tirée dans le dernier chapitre que nous trouverons plus promptemenl une vraie généralisation des phénomènes mentaux en les comparant aux phénomènes inférieui's de la vie, et en recherchoni le caractère commun .'i ces deux classes. On peut reconnallre l'excellence de ce procédé, même en l'absence de toute considération touchant la méthode. C'est seulement dansquelque formule qui renferme toutes les manifestations de l'intelligence, sans exception, que nous pourrons trouver une base suffisante et sûre ]iour une psychologie synthétique. El sans rien dire ici de l'impossibilité de séparer les deux ordres d'action vitale, il sufGt de remarquer que le procédé par lequel nous nttei(;nons une prédiction astronomique exacte, diffère autant du procédé par lequel nous reconnaissons la distance d'un corps voisin, ou tendons la main vers lui, que celui-ci diffère de la simple excitation réflexe d'une glande; — il suflit de considérer cela pour voir qu'une formule qui renferme toutes les manifestations de l'intelligence, doit aussi renfermer les actions organiques. Or, fesactioas organiques et les actions que nous appelons intelligentes, prises ensomblei comprennent tous les phénomènes de la vie. De là donc îl suit qu'eu recherchant un caractère commun aux deux, nous recber chons, en fait, le caractère dus actions vitales en général, — le caractère par lequel elles se distinguent des actions non vitales. Notre point de départ doit être une recherche de cette propriété, que manifestent également toutes les fonctions de la vie.
Avant de procéder à cetle recherche, il peut être bon Je remarquer qu'à quelque conclusion qu'elle puisse nous conduire, on peut s'attendre à ce qu'elle ne paraîtra contribuer que d'une manière très-faible à noire sujet spécial. Plus une vérité est générale, plus elle est vague. Plus la classe des phénomènes est grande, plusieurs caractères sont divers, et plus le rapport qu'a proposiliou qui est vraie de tous ces phénomènes soulientl"
cojonsxsoà db l'intelligence et de la vie. 697
parait' ftiUe. On n'aperçoit qu'une faible connexion entre l'tfKiome : < Des choses égales à une môme chose sont égales entre elles, » et les théorèmes d'Euclide.La loi qne des portions de matière s'attirent en raison inverse du carré de la distance, ne semble pas offrir une explication des perturbations d'Uuranus ou de l'ascension des ballons. De même nous pouvons être sûrs à priori qu'un fait qui peut s'afRrmer de toutes les actions infiniment variées qui se passent dans les corps vivants, ne doit donner qa'nne faible promesse d'expliquer les phénomènes classés sous le titre de psychologie, et spécialement ces phénomènes les plus élevés et les plus complexes de l'intelligence humaine avec lesquels» dans l'esprit du grand nombre, ce titre est associé.
CllAl'ITRE lir.