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non vitaux. Toutetois, avant de spécifler quel est ce caractère, il sera bon de tracer pas à pas la route qui peut nous conduire du point où nous en sommes à une idée de la vie aussi complète qu'on peut l'atteindre : en agissant ainsi, nous verrons à la fois la nécessité de chaque réserve à faire, et nous serons amenés à sentir le besoin d'une réserve ultérieure. Et nous aurons ici l'occasion de suivre en détail la méthode d'hypothèse précédeiument décrite, en prenant un phénomène dans chacune des deux grandes divisions d'action vitale et eu examiuant quels rapports il y a entre eux.
Choisissons pour notre exemple de la vie organique l'assimilation, et pour notre exemple de la vie intellectuelle, l'inférence : il faut d'abord observer que toutes deux sont des fonctions qui impliquent changement (transformation). Sans changement, la nourriture ne peut se mêler au sang ni se transformer en tissu ; sans changement, on ne peut rien acquérir en allant des prémisses à la conclusion. Et c'est cette manifestation évidente de changements qui forme le substratum de noire idée de la vie en général. Il est vrai que nous sommes témoins d'une inûnité de changements auxquels nous n'attachons aucune notion de vitalité. — Ainsi nous voyons .à toute heure, dans les corps inorganiques, des changements de température, de couleur, d'agrégat. Mais on admettra que la grande majorité des phénomènes que manifestent les corps inorganiques est statique et non dynamique ; que leurs changements sont, pour la plupart, lents, et ne font pas effort pour se produire ; que, d*une part, quand nous voyons des changements soudains dans les corps inorganiques, nous y soupçonnons une activité vivante; que, d'autre part, quand nous ne voyons pas de changements dans les corps organiques, nous y soupçonnons la mort. D'après toutes ces considérations, il est manifeste que, quelles que puissent être les restrictions à faire, une définition de la vie doit être une définition d'une certaine espèce de changement ou de changements.
En poussant plus loin la comparaison de l'assimilation et du raisonnement, pour voir à quels égards le procédé de changement que tous deux manifestent diffère du changement non vital, nous verrons promptement qu'il en ditlère en ce qu'il nest pas un changement simple et uniforme, mais un changement composé de changements successifs, La transformation de la nourriture en
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tissu implique masticalion, déglutition, chymiflcatton, cbyUficttïon, absorption, et ces diverses actions qui se produisent aptes que les vaisseaux clivlifères ont versé leur contenu dans le sang. Parcourir une ciiatne de raisonuemeiils nécessite un grand nom* bre d'états de conscience successifs, ciiacuu impliquant un changement de l'état précédent. Cependant des changements inorganiques ne mani Testent- ils pas ce même caractère à un degré considérable? Un cristal croît jusqu'à une certaine grandeur, et alors reste stationnaire. Exposé plus tard à l'air, il peut derenîr efflorescent, déliquescent, perdre ses eaux de crislallisetion. uu. sous l'influence du soleil, manifester une nouvelle constitution atomique. Mais des altérations successives d'élat comme celle-ci sont des exceptions et non pas une règle. A vrai dire, on ne peut nier que, par suite de causes météorologiques, des corps organiques subissent chaque jour, quelquefois chaque heure, des modiTications do température, de masse, de condition hygrométrique et électrique. Mais non-seulement il manque à ces modificaliODS la clarté et ta rapidité de succession que celles de la vie possèdent, mais encore les modifications vitotes forment une série addUisnndle. Les corps organiques et inorganiques sont affectés en commun par des influences météorologiques ; outre les cliangements que celles-ci produisent, les corps organiques manifestent d'autres chargements plus nombreux et plus marqués. Donc, quoiqu'il soit vrai que le changement organique ne peut être rigoureusement distingué du changement inorganique par les phas«s successives qu'il présente ; — quoiqu'il soit vrai que cerlaiD:i objets inanimés, comme une montre, manifestent des phases de changements également rapides et nombreux, comme il u'ya pai d'objet qui ne subisse toujours un changement de quelque sorte, visible ou invisible, et comme il y a peu d'objets (s'il y en a) qui, dans un certain laps de temps, ne supportent un total considérable de changements qu'on peut très-bien diviser en phases, — cependant le changement qui s'opère dans les corps vivants, surpasse si bien tout autre changement, ô cet égard, que nous pouvons considérer ces phases variées qu'il manifeste incessamment comme étant pratiquement l'un de ses caractères particuliers. La vie donc, distinguée ainsi d'une manière grossière, peut être considérée comme un changement présentant des phases successives, autrement dit, comme une série de changements. Et l'un pourrait observer, comme un fait propre k mettre ce ca-
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ractère encore plus en évidence, que plus la vie est élevée, plus les variations sont manifestes. En comparant les organismes inférieurs aux organismes supérieurs, on verra que ces derniers manifestent des changements plus rapides, ou une plus longue série de changements, ou les deux.
Comparant de nouveau les deux phénomènes que nous avons pris pour exemple, nous pouvons voir de plus que le changement vital est différencié du changement non vital en ce qu*il est composé de plusieurs changements simultanés. La fonction d'assimilation ne manifeste pas simplement une série d'actions, mais elle manifeste aussi plusieurs actions qui s'accomplissent ensemble. Non*seulement durant la mastication Testomac est occupé par la nourriture déjà ingérée, sur laquelle à la fois il verse ses liquides dissolvants et exerce son action musculaire ; — non-seulement plus tard, quand l'estomac est encore en action, les intestins accomplissent leurs fonctions sécrétive, contractile, absorbante, mais, en même temps qu'un aliment est digéré, la nourriture obtenue par un aliment précédent subit cette transformation en tissu qui constitue l'acte final de l'assimilation. En un certain sens, il en est de même pour les changements vitaux. Quoiqu'il soit vrai que les états de conscience qui composent un argument se présentent sous forme de série, cependant, chacun de ses états en lui-même étant complexe, — impliquant l'excitation simultanée de ces diverses facultés par lesquelles la perception d'un objet ou d'un rapport a été effectuée, il est évident que chaque changement dans la conscience implique dans l'état des centres nerveux plusieurs changements qui servent à composer le premier. Cependant il faut admettre aussi qu'à cet égard, la distinction entre ce qui est animé et ce qui est inanimé n'est pas précise. Une masse de matière morte ne peut être altérée dans sa température sans subir en même temps une altération dans sa masse, et quelquefois aussi dans son état hygrométrique. Un corps inorganique ne peut s'oxyder sans changer en même temps de poids, de couleur, d'arangement atomique et d'état électrique. Et, dans quelques cas, comme cela arrive pour la mer, les changements qui se produisent, simultanément aussi bien que successivement, sont même plus nombreux que ceux qui se produisent dans un animal. Néanmoins, on peut encore dire avec vérité qu'à un petit nombre d'exceptions près, un objet vivant se distingue d'un objet mort par cette particularité : que les changements qui, à toutmomenty
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se produisent en lui sont beaucoup plus nombreux. Ajoutons toujouis à cela que celle pnrliculurilé, comme les précé<1eul«s. uoiiseiilement sépure plus ou moins clairement ce (|ui est vital dv ce qui ue l'est pas, muis distingue les animaux qui nepossètleul qu'une vitalité intérieure de ceux qui en ont une élevËe. li sul'ût d'opposer aux. organes nombreux ipii agissent eosenibie cljeK le mammifère le petit nombre de ceux du polype, qui comparalivetueut n'a pas de slrutilure, pour voir que le nouibre des actious qui se produisent ensemble dans le corps du premier, dépassent autant le nombre des actions qui se produisent dane le corps du second que celles-ci dépassent celles d*une pierre. D'après la présente analyse, la vie consiste donc en cUangemeiiU simultanés et successifs.
Poussant encore plus loin, comme précédemmeul, notre coidpiiraison, nous verrons que les changements vitaux, â la fois Otpaniques et mentaux, dilTérenl des autres ctiangemeiite par leur héléroijéniilé. Ni les actes simultanés ni les actes sériels qui con»tituenl ensemble la fonction de digestion ne sont tout il fait semblables. Les états de conscience compris dans uu raisonneiucui ne sont pas semblables entre eux, ni dans leur composition, ui dans leurs modes de dépendance. Les fonctions inorgauiquci, d'autre part, ntèiiie lorsqu'elles rcsseEiiblenl aux tbactions viUies par le nombre des ciiangementii simultanés et succestiCt qu'elles renferment, en différent par V homoginéilè de ccsobaBgements. Par exemple, dans le cas de la tuer, cité plus hiuL, on peut remarquer que, quelque inHiiis que soient les cbangcments qui se manifestent à cliaque moment, ce sont pour la plupart des changements mécaniques qui sont, en grande partie, li répétition l'un de l'autre : et à cet égard ils diffèrent grandemiiiil des cliangemeiits qui se produisent à tout moment dans l'organisme, qui non-seulement appartiennent à plusieurs classes, tutcanique, chimique, calorilique, électrique, mais présentent daot chacune de ces classes des changements innombrables dilTéraDt à la fois en espèce et en nombre. Là même où l'action inorganique simule le plus la vie, comme dans le travail d'une maclÛDC il vapeur, nous pouvons voir que, quelque considérable quesoillt nombre des cliaugements simultanés, et quelque rapides qw soient les cbangemenls successifs, la régularité avec laquelle il) se reproduisent bienlét dans le même ordre et au mCme degr^ lis rend tout â fuil différents de ces changements que maitil'vsit un
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être Yivaiit. On pourrait encore trouver que cette propriété, comme les précédentes, ne distingue pas avec précision les deux classes de changements, vu qu'il y a des objets inanimés qui ma« nifestent une hétérogénéité considérable dans les changements, par exemple un nuage. Les variations d'états qu'il subit, à la fois simultanées et successives, sont non -seulement nombreuses et rapides, mais diffèrent grandement entre elles en quantité et en qualité. Dans un nuage, au même instant, peut se produire changement de position, de forme, de grandeur, de densité, de couleur, de température, d'état électrique, et ces diverses sortes de changements se produisent continuellement à divers degrés et suivant diverses combinaisons. Malgré cela, il suffit de considérer que, d'une part, très-peu d'objets dans le monde inorganique manifestent d'une manière marquée une hétérogénéité de changements, tandis que, d'autre part, tous les objets organiques la manifestent ; que, de plus, ce caractère a cela de commun avec les précédents, qu'il se manifeste avec plus d'évidence à mesure que nous montons des basses aux hautes formes de la vie qui manifestent une variété incomparablement plus grande dans l'espèce et le nombre de leurs changements : — il suffit de considérer ces faits pour voir que nous avons ici une distinction qui nous conduit plus loin entre l'action organique et l'action inorganique. Â présent, donc, nous pouvons considérer la vie comme composée de changements hétérogènes à la fois simultanés et successifs.
Si maintenant nous répétons encore une fois notre comparaison, à Teffet de trouver à quels égards l'assimilation et le raisonnement diffèrent des fonctions inorganiques qui leur ressemblent le plus par l'hétérogénéité de changements simultanés et successifs qu'elles renferment, nous trouverons que cette différence consiste dans la eanUrinaisan qu'éprouvent leurs changements constituants. Les actes qui composent la digestion sont mutuellement dépendants ; ceux renfermés dans une suite de raisonnements sont étroitement liés entre eux : et en général, on peut dire des changements vitaux que chacun n'est rendu possible que par tous, et que tous sont affectés par chacun. Respiration, circulation, absorption, sébrétion et leurs nombreuses subdivisions sont indissolublement liées ensemble. La contraction musculaire implique changement chimique, changement de température, changement dans les excrétions. L'activité de la pensée influe sur les
opéralicms de l'esloiiiac, du cœur, des reins. Mais celte propriélé manque dans les fonctions inorganiques. Quelque semblable A la vie <]iie puisse p.irallre l'action d'un volcan par rapport au nombre et h l'hélérogénéilé de ses ctitingements successifs et simul* tanés, elle ne ressemble pas à la vie par une combinaison qui les unit. Quoique les phénomènes chimiques, mécaniques, calorifiques, électriques que le volcan manifeste aient une certaine dépendance mutuelle, cependant l'émission de pierres, de bois, lave, flammes, cendres, fumée, vapeur, ne se produit pas avec une régularité manifesie souslo rapport de l'ordre, de la quantité, des intervalles, du mode de conjonction. Cependant, même ici, on peut dire que les objets inanimés sont comparables aux objets animés. On peut choisir l'exemple d'un glacier, comme moii- (raiit dans ses cliangements presque autant de combioaisoni qu'une planfe de l'organisation la plus basse. Il croit et décrolj coiislamnient, et conserve une balance à peu près égale entre la quantité dont il croit et celle dont il décroît. Il se meut, et son mouvement est dans une dépendance immédiate de son dégel. I' produit un torrent d'eau qui, en commun avec son mouvement, subit des variations annuelles comme le font les plantes, et touî deus aussi subissent, en été du moins, des variations joumalièr^s. Durant une partie de l'année, la surface fond et g61e alternativement, et de ces changements dépendent les variations de son mouvement progressif et son émission d'eau. Ainsi nous avoni accroissement, décroisse ment, changements de température, àe consistance, de rapidité, d'excrétions, tout cela se produisml dans une dépendance mutuelle : et l'on peut dire d'un glacier, avec presque autant de vérité que d'un animal, que, par udc iotégration et désintégration continuelles, il subit graduellement un changement entier de substance, sans perdre son individualité- CependanI, comme cet exemple est exceptionnel, oopeutàpeiM dire qu'il infirme la grande distinction tracée entre lesfoaclions organiques et les fonctions inorganiques par le fait d'une combinaison entre les changements constitutifs. Et l'on verrattcore mieux la réalité de cette distinction, en découvrant qne. comme les précédentes, elle existe non-seulement entre ce iiDi vit et ce qui ne vit pas, mais aussi entre les choses qui vivent pen etcclles qui vivent beaucoup :— fait qui sera bien dûment recODin si l'on se rappelle que, taudis que les changements quiseprodui- L fient dans u»q v^«n\e om. «in loophyte sont si impartsiteineB'
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combinés qu'ils peuvent continuer après que Tètre a été coupé en deux ou plusieurs parties, au contraire, la combinaison entre les changements qui se produisent chez un mammifère est si étroite qu'aucune partie séparée du reste ne peut vivre, et qu'un désordre grave d'une fonction cause la cessation des autres. La vie est donc, selon notre formule maintenant modifiée, une combinaison de changements hétérogènes à la fois simultanés et successifs.
En cherchant une distinction nouvelle, nous verrons que la combinaison de changements hétérogènes qui constitue la vie, dlflfère du petit nombre de combinaisons qui lui ressemblent par ailleurs sous le rapport de sa détermination. Les changements combinés qui se produisent dans un glacier admettent une variation indéfinie. On peut concevoir un changement de climat qui Tempéche complètement de fondre et de se mouvoir pendant des milliers d'années, sans détruire pour cela sa capacité à reproduire les mêmes phénomènes dans des circonstances favorables. Une convulsion géologique peut arrêter son mouvement sans arrêter son dégel; ou bien une inclinaison plus forte de la surface sur laquelle il se meut peut accélérer son mouvement, sans accélérer sa fusion. Toutes choses restant les mêmes, un dépdt plus rapide de neige peut causer un accroissement indéfini de la masse, et réciproquement, l'augmentation peut complètement cesser, et cependant toutes les autres actions continuent jusqu'à ce que la masse ait finalement disparu. Ici donc, la conibinaison n'a rien de cette détermination qui, dans une plante, marque la dépendance mutuelle de l'assimilation, de la respiration, de la circu'lation, ou des fonctions de la racine et de celles des feuilles : on y trouve beaucoup moins encore la détermination que manifeste la dépendance mutuelle des principales fonctions animales, dont aucune ne peut agir sans que l'autre agisse aussi. C'est cette détermination de combinaison qui distingue les changements qui se produisent dans un corps vivant de ceux qui se produisent dans un corps mort. Un corps qui se décompose manifeste des changements à la fois successifs et simultanés qui sont hétérogènes en une certaine mesure et combinés en un certain sens, mais ils ne sont pas combinés d'une manière déterminée. Ils se produisent différemment, suivant que le milieu environnant est l'air, l'eau ou la terre. Ils varieront en nature suivant la température. Si les conditions locales sont différentes, la décomposition s'errera dans les diverses parties du corps d'une manière
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différente et sans influence mutitelle. 11 se produira dDalement (lu gaz, ou de l'adipocire, ou cette substance sèulie et pulvérulente qui compose les momies. La décomposition peut durer ([uelques jours ou des siècles. Ainsi, ni dans leurs cbaogemeuts simultanés, ni dans leurs changements successifs, les corps privés de vie ne manifestent cette détermination dans les combinai- i soits qui caractérisent les corps vivants. 11 est vrai que, chez * quelques animaux inférieurs, le cycle des chang^emeiits successifs admet une certaine indétermination. — Il peut être suspendu, durant une longue période, par dessèchement ou con^iation, puis repreudie comme s'il n'y avait eu aucune solution de continuité. Mais celle circonstance : que ce n'est que dans une vie d'un ordre inférieur qu'une telle modification du cycle des changements est possible, ne sert qu'à montrer, comme les caractères précédents, que ce caractère de détermination distingue la vie supérieure de la vie inférieure, comme il distingue celle-ci de l'existence inorganique. De là noire formule, amendée comme précédemment, sera : — La vie est une combinaison déterœiDée de changements hétérogènes à la fois simultanés et successifs.
Finalement, il ne nous reste plus qu'à faire observer que nous exprimerons encore mieux les laits si, au lieu de dire un; combinaison déterminée de changements hétérogènes, nous disons la combinaison déterminée de changements hétérogènes. Sous sa forme actuelle, la délînition est défectueuse, non-seulement en ce qu'elle accorde qu'il peut y avoir d'auir» combinaisons déterminées de changements hétérogènes, ce qu'elle ne devrait pas faire, maïs elle u de plus le défaut de diriger l'attention sur les changements hétérogènes, comme chose essentielle, plutAl que sur la détermination de leur combinaison. De même que ce qui constilueunorganisme, ce ne sont pas tant fesélémeols chimiques que leur arrangement en tissus et organes spéciaux; de même ce qui constitue la vie, ce ne sont pas tant ses changements hétérogènes que leur combinaison déterminée. Pour en avoir une perception claire, il suffit d'examiner ce qui cesse quand la vie cesse. Dans un corps privé de vie, il se produit des changements hétérogènes à la fois simultanés et successifs. Qu'est-ce donc qui a disparu? La combinaison déterminée. Ajoutez que c'est plutâl à ce dernier membre de la déhnilion qu'aux autres que se rapporte notre idée commune de la vie, vu que, quelque hétérogènes '(lie puissent être les cbaugemenis successifs et sîniuttaués d'un
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objet inorganique, d'un volcan par exemple, nous tendons beau* coup moins à les associer avec Tidée de vie que nous ne le faisons pour une montre ou une machine à vapeur qui, quoique manifestant des changements homogènes, les manifestent suivant une combinaison déterminée. Et l*idée de combinaison définie est un
élément si dominant dans notre idée de la vie que, même quand un objet est sans mouvement, si ses parties cependant sont combinées d'une manière définie, nous concluons ou qu'il a eu vie ou qu'il a été fait par quelque chose ayant vie. Donc, sous sa forme dernière, nous énoncerons, comme étant notre définition de la vie : — La combinaison définie de changements hétérogènes à la fois simultanés et successifs.
Telle est| la conception à laquelle nous arriverons sans chau* ger le point où nous étions placés. Cette conception cependant est incomplète. Cette dernière formule (qui, pour le dire en passant, est en grande partie identique avec une donnée plus haut, <c la coordination des actions, » vu que < combinaison définie » est synonyme de « coordination, » et que a changements simultanés et successifoi sont compris sous le terme « actions, » mais qui en difiCère en spécifiant ce fait important, que les changements sont « hétérogènes t), cette dernière formule, dis-je, n'est après tout qu'approximativement exacte. Il est vrai qu'elle n'a pas le défaut de s'appliquer à l'accroissement d'un cristal, car les changements successifs de celui-ci ne peuvent être appelés hétérogènes. Il est vrai que l'action d'une batterie galvanique n'y est pas comprise, vu cfh'ici aussi les changements successifs ne manifestent pas d'hétérogénéité. Il est vrai que la même restriction exclut les mouvements du système solaire, aussi bien que ceux d'une montre ou d'une machine à vapeur. Il est vrai, de plus, que, tandis que, en vertu de leur hétérogénéité, les actions qui se produisent dans un nuage, un volcan ou un glacier, remplissent la définition, elles n'y rentrent plus par leur manque de combinaison déterminée. Il est vrai encore que cette détermination dans les combinaisons distingue les changements qui se produisent dans un organisme durant la vie de ceux qui commencent à la mort. Et, outre tout cela, il est vrai que non-seulement chaque membre de la définition sert à distinguer, d'une manière plus ou moins marquée, les actions organiques des actions inorganiques, mais aussi sert à distinguer les actions qui constituent la vitalité supérieure de celles qui constituent la vitalité inié-
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rieure : vu que la vie est élevée en proportion du nombre de changements successils qui se produisent entre la naissaDce et la mort; en proportion du nombre de cliangemenls simultanés; en proportion de rbétérogénéité des changements ; en proportion de la combinaison qui existe entre les cbangements ; et en proportion de la détermination de leur combinaison. Néanmoins, quoiqu'elle remplisse tant de conditions, cette définition est essentiellement défectueuse. Quoiqu'elle sépare d'une manière satisraisante la classe des actions vitales de celtes qui leur ressemblent, — quoiqu'elle remplisse ainsi les conditions litlémles d'une définition, — il y en a une essentielle qu'elle ne remplit pas. Elle ne présente pas à l'esprit une idée complète de l'objel décrit : la combinaison définie de changements h^lirogènes à la fais simultanés él successifs ; c'est là une formule qui ne parvient pss à éveiller une conception adéquate. Et elle n'y parvient pas parce qu'elle omel la propriété la plus distinctive, — celle dont nous avons l'expérience la plus familière et avec laquelle notre notion de la vie est associée plus qu'avec toute autre. Il reste maiatenant k compléter la définition par l'addition de cette propriété.