‹ Principes de psychologie, tr. sur la nouv. éd. anglChapitre 9 sur 67 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

-ESTHO-PHYSIOLOGIE *.

§41. Dans tous les précédents chapitres, les phénomèDes nerveux n'ont été formulés qu'en termes de matière et de mouvement. Si de temps en temps on s'est référé tacitement à quelque autre aspect des phénomènes nerveux, cette référence tacite n'a pas fait partie des propositions établies : elle était due au défaut de termes appropriés, c'est-à-dire n'amenant aucune association impropre. Comme on Ta déjà dit, le système nerveux ne peut être connu que comme une structure qui subit et commence soit des changements \isibles, soit des changements représon tables en termes fournis par le monde visible. Jusqu'ici, nous nous sommes donc borné à généraliser les phénomènes qu'il nous présente objectivement.

( On cunilamncra pcut-vlre ce nouveau mol comme mal com|iOsé. A l'objef- (ion que li racine d'où (iérive son préUxe a êié abritée outre mesure, on pcul, m\i-t-on dit, faire une réponse satisfaisante. On peut de la racine prochaine eo appeler à ia racine originelle, iiui. suivant la mêlhode grecque des formations dérivées, admettrait la modification requise. A cette critique, que le mot a le tort logique d unir un nom à un verbe, je n'ai aucune i épouse péremptoire. Opendani je me décide à prêfûrer Alstho-physiologie à .iMhesi-physiolopie, terme lon^; et désagréable. Ceit un (les processus es>entieN du développement du lan^'nge que celte intégration gre^sive par latiuelle des pnrlie<i nombreuses, distmctes à Torigine» de mois po>és, Ne fondent en>euible, s'eiïiicent uu même se perdent. Si la race hnmaiM s'élait ab>leiiue d'eiïaeer et île défigurer les rdcines ou leurs parties, le langage tài devenu eompléirment imprupre à tout ce «lui n'est pas fonction très-simple. Bn umetiani ceux ({ui sunt formés par onomatopée, les meilleurs mots sont ceux chei «lui un long u^au't* a effacé totalement ou à |»eu près les trares de leur origine. Quand nous avons un nml a furger, nous (Kiuvons donc tout nu«»i bien commencer |»ar lei mots abrégés ut iiiuilitîés (|ue laisser au temps le soin de le faire. J'aurai pnnr moi, je suppose, ceux i]ui, employant les mots comme îles jetons, considèrent comnir principal qu'ils conviennent comme tels; je serai eomplétemeni désapprouvé, je peuse. par ceux qui conMdercnt les mots, non comme des jetons, mail cooinip de l'argent.

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Nous passons maintenant à un aspect tout à fait distinct de notre sujet. Nous avons devant nous une classe de faits qui i)*ODt avec les faits qui nous ont occupés absolument aucune communauté de nature, visible ou concevable. Les vérités que nous avons à établir ici sont telles que leurs éléments mêmes sont inconnus à la science physique. L'observation et Tanalyse objectives nous manquent; l'observation et l'analyse subjectives doivent les remplacer.

En d'autres termes, nous avons à traiter des phénomènes nerveux comme phénomènes de conscience. Les changements qui, considérés comme modes du non-moi^ ont été exprimés en termes de mouvement, ont maintenant^ considérés comme modes du moi^ à ^.tre exprimés en termes d'états de conscience. Ayant examiné ces changements par leur extérieur^ nous avons à les examiner par leur intérieur. Pour parler avec exactitude, on ne peut dire nous avons à examiner ces changements, car cette expression implique qu'il y a plus d'une personne qui peut être témoin de ces changements, ce qui n'est pas vrai. En limitant rigoureusement notre proposition à ce qui est seul possible, voici à quoi elle équivaut : J'ai à décrire les lois du rapport existant entre les états qui se produisent dans ma conscience et les affections physiques de ce système nerveux que je conclus être en ma possession; et le lecteur a à examiner si, chez lui-même^ il existe des rapports parallèles entre de tels états de conscience connus et de telles aflEections nerveuses supposées.

On pensera peut-être que c'est là faire inutilement un détour, sinon établir une proposition sceptique; mais, en fait, le détourne suffit pas. Cette proposition ne montre pas suffisamment que la croyance que l'état de conscience et l'action nerveuse sont corrélatifs, a le caractère d'une induction éloignée. Avant d'en venir à cette croyance, examinons combien la route qui y mène est indirecte, l"" Tout individu est absolument incapable de connaître autre chose que ses propres états de conscience. Qu'il existq d'autres sensations et émotions, I. 1

c'est une conclusion qui implique d'abord des raîsonnemcnls par lesquels il reconnaît que certains objets sont des corps de la même nature que le sien; ensuite d'autres raisonnemenls qui le convainquent qu'avec les actions externes de ces corps se produisent des étals de conscience internes, comme ceux qui accompagnent de semblables actions externes de son propre corps, i' Celte conclusion qu'il existe des êtres comme lui, et que dans les m^mes conditions ils éprouvent les mêmes états de conscience, même en la supposant entièrement vraie (ce qui n'est pas, car beaucoup de faits s'unissent pour prouver que, dans les mômes conditions, la qualité et la quantité des sensations et émotions diffèrent considérablement dans les divers individus), n'implique aucunement que ce qu'il connaît sous son aspect subjectif comme état de conscience est, sous son aspect objectif, une action nerveuse. Uo observateur, pris dans la moyenne, n'a aucune preuve directe que les autres èlres semblables ont un système nerveux, pas plus que lui-même d'ailleurs ; et il n'a aucune preuve directe, ni dans un cas ni dans l'autre, que les excitations nerveuses sont la cause des états de conscience. Le physiologiste et le pathologistc expérimental seuls ont des preuves» encore sont elles indirectes le plus souvent. Leurs expériences sont faites le plus souvent sur des êtres d'un ordre différent et très-inférieur. Les OL»nlraeru»ns des muscles et des artères, causées par Tirritatioii (les trono^ norveux ehiz les grenouilles; 'les mouvenunis oouvul^its et quelquefois les sons chez les oiseaux et mammifères dont les centres nerveux sont blessés de diverses fa«;uns, ce ^onl là les phénomènes d'où il infère que le système nerveux est le siège des états de conscience chez l'homme, et que ccs états de eonscicnoe sont les corrélatifs des excitations. L* ï s., ules vériljcalions importantes de cette induction sont colles oblenucs pendant Ks opérations chirurgicales, quand les troncs nerveux suut coupés, et celles fournies par l'examen post mortem des structures nerveuses morbides dans !• corps de ceux qui, vivant?, avaient montré quelques excès

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OU défaut anomal dans leurs états de conscience. 3° Ensuite, ayant appris de seconde main, par une interprétation fort éloignée de signes verbaux, que, dans tels et tels corps qu'il reconnaît comme semblables au sien, il y a un système nerveux dont l'excitation produit ces phénomènes qui chez lui accompagnent les états de conscience, le lecteur imagine un système nerveux contenu dans son propre corps, et en conclut que ses sensations et émotions sont dues aux troubles que le monde extérieur produit à sa périphérie et excite dans ses centres par des processus indirects. Telle est, aussi brièvevement que possible, la série longue et compliquée des étapes par lesquelles peut être établie la connexion entre l'action nerveuse et l'état de conscience.

Néanmoins, l'évidence de cette connexion est si grande, elle s'accorde avec une si grande variété de circonstances, elle est si continuellement confirmée par l'exactitude des anticipations auxquelles elle conduit, que nous ne pouvons émettre sur sa vérité qu'un doute théorique. Acceptons donc ici cette croyance, à la fois populaire et scientifique, que tous les ûtres humains connus objectivement ont des étals de conscience semblables à ceux que chacun connaît subjectivement; et acceptant aussi la croyance due d'abord à la science, mais maintenant répandue partout, que les états de conscience accompagnent les changements nerveux, nous allons examiner sous ses principaux aspects le rapport existant entre les états de conscience et les changements nerveux.

§ 42. Remarquons d'abord que les conditions qui sont profitables à l'un, sont identiques aux circonstances profitables à l'autre. Les conditions que nous avons déjà trouvées essentielles à la production de l'action nerveuse, nous les trouverons essentielles à la production de l'état de conscience. Nous pouvons passer rapidement sur la preuve, car ce n'est là, en grande partie, qu'un des aspects internes des phénomènes déjà étudiés sous leur aspect externe.

Quiconque s'est coupé profondément sait que, sans la cou-

lOU LES DONNÉES DR L.V PSYCHOLOGIB.

tinuité de la fibre nerveuse entre la périphérie et le centre, une excitation de l'une ne cause pas d*état de conscience dans Tautre, et la partie dont l;i communication nerveuse a éti détruite reste longtemps engourdie. Cette expérience, ordinairement bornée à chacun de nous, est, d'après le témoignage de ceux qui ont été sérieusement blessés, portée en dehors de nous, surtout d'après le témoignage de ceux dont les sensations ont cessé dans une grande partie du corps et chez qui on découvre, après la mort, des lésions dans les structures qui conduisent aux contres nerveux.

Toute sensation peut être empêchée par la pression ; ce qui montre, c'est Tongourdissement d'un membre placé de telle n que son poids entier, et peut-^tre le poids d*un autre bre situé au-dessus, appuie sur le bord d^une table, de qu'une poriiou du tronc nerveux principal soutient un grand effort. L'ancsthésie locale, qui est ainsi produite chez les sujets forts, est encore plus facilement produite chez lei sujets faibles, qui souvent, en s'éveillant, trouvent une insensibilité complète des parties qui, durant le sommeil, ont appuyé contre le lit.

L.1 possibilité de sentir dépend du maintien d'une certaine température. C'est une vérité générale que chacun a éprouvée pour SA part, du moins dans les climau où le froid de l'hiter est assez fort p^air geler les extrémités. On en a une preute beaucoup plus fur:e. mais indirecte, chez celui qui a subi une opération chiriirjricale dan.^ des parties insensibilisées par le moy^-n de ii.lilures glact es ou par injection d'éther. La perte de sensibi'.irô locale par juite d'un froid local n'est très-manifeste d'oniinaire que quand le froid est grand; mais elle devient iiiaii:fcs:c. Hicine a\t c un froid faible, si les circonslancei rniruissent un iriterium di lioat. C'est ce qui se voit chez les compositeurs. 1! fuit qi;o Tair d'une imprimerie soit Irèschaud, même aux dépt ds de ce qui est sain, sans quoi les lo^gts des compositeurs ctsstii: de prendre et de placer les avec Texactitude et la vitesse voulues.

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Peu de personnes ont une eipérience immédiate de cefait^ qu'un défaut de sang dans une partie y cause un défaut de sensibilité ; mais tout le monde a une expérience immédiate de Texaltalion de sensibilité qui accompagne un excès local de sang. Le contour enflammé d*une blessure, ou même la surface d'un bouton, produit dans la conscience^ quand on les touche, une quantité de sensation beaucoup plus grande qu'une autre partie de la peau ayant la quantité ordinaire de sang. On voit bien dans les organes spéciaux des sens l'accroissement de sensibilité ainsi produit. Quand Tuu des petits sacs qui contiennent les bulbes des petits poils répandus sur la peau est congestionné, le frottement des vêtements sur le petit poil qui en sort, surtout s'il est coupé ras, produit une piqûre intolérable. D'autres sens en donnent des preuves : Tune des plus connues, c'est qu'avec une inflammation des yeux, on ne peut tolérer la lumière. Il y a aussi un fait assez commun qui vaut la peine d'être noté^ parce qu'il montre l'effet dû à l'accroissement de la quantité de sang indépendamment de tout iccroissement de température. On peut faire cette observation en prenant un bain chaud. Que l'eau soit au-dessus de la température du sang, soit lOO"" Fahr. Après être resté quelque temps calme, de manière à avoir une chaleur égale partout, levez-vous et frottez une partie du corps avec une brosse jusqu'à ce qu'elle soit rouge. Après une courte pause, remettez-vous dans l'eau, et vous verrez que l'eau paraît beaucoup plus chaude sur la partie rouge que partout ailleurs ^

Il n'est pas facile de distinguer dans l'expérience de chaque individu ce fait, que le degré de la sensation est affecté par la qualité du sang aussi bien que par sa quantité, du moins si l'attention est restreinte à ces variations de sensation qui accompagnent les variations naturelles dans la qualité du

* Ce fait prouverais, s*il y en avnil besoin, que les nerrs qui apprécient la température ne sont pas les nerf^ du luuchci*. Une friclion violente peut causer une in- Mpariié aQomentan'*e des nerfs du toucher : incapacité qui devrait coïncider :im'c rapprécialioD décroissante de la température, si lea agents étaient les incuics.

sang. Car ces variations ne peuvent être reconnues avec précision, et elles se produisent si lentement que les états mentaux concomitants ne peuvent être en contiguïté assez étroite pour montrer clairement leur contraste. Mais, par certaines additions artificielles au saog, chacun peut se donner la preuve du rapport entre sa qualité et la genèse des états de conscience. On suit le plus souvent Teffet des stimulants sur la conscience, dans Tintensité croissante de ces états de conscience venant de rintérieur dont nous nous occupons maintenant, mais on peut le suivre aussi dans Tintensité croissante des états de conscience venant de Texlérieur. Chez les sujets nerveux, les impressions sensorielles ordinaires prennent une acuité anomale par les toxiques. Une musique, indifférente auparavant, devient une source de jouissance sous Tinfluence de l'opium, et c*est un résultat bien connu du haschich de donner une vivacité excessive aux sensations.

D'autres faits montrent au contraire que certaines substances, mùlées au sang, diminuent la faculté de sentir. Ainsi il y a des sédatifs, c*est-à-dire des médicaments qui diminuent les sensations douloureuses causées par des irritations périphériques du système nerveux. Il y a des agents de la mt^me classe appelés anesthésiques qui, à un plus haut degré encore, entravent la genèse des états de conscience par des moyens qui d*ordinaîre les engendrent. Les effets ainsi produits nous aident à comprendre la stupeur causée par les anesthésiques naturels, Tacide carbonique et Turée, et prouvent que certaines variations dans le degré de la sensation sont déterminées par des variations dans l activité des organes excrétoires.

§ 43. Maintenant que nous avons noté comment les états de conscience et les changements nerveux sont facilités ou entravés par les mt'mes conditions, faisons cette comparaison dans le détail : distinguons d'abord les changements nerveux qui sont accompagnés d'états de conscience de ceux qui ne le sont pas; car, comme nous Tavons noté eu passant, diverses

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classes de changements nerveux n'pnt que Taspect objectif» n'offrent pas de face interne à la conscience ; d'autres ont un aspect subjectif au commencement de la vie, mais ne Font plus dans la vie adulte.

Les principaux changements nerveux en qui on ne peut reconnaître un aspect subjectif, sont ceux qui se produisent dans le système nerveux viscéral. Les excitations et décharges dont le grand sympathique est le siège, tant qu'elles ont lieu normalement, se produisent sans sensations; même quand elles sont anomales, la douleur ou le malaise qui en résulte est dû probablement non au grand sympathique, mais au trouble de ces fibres cérébro-spinales qui accompagnent le grand sympathique dans toutes ses ramifications. De mémo pour les ganglions et fibres du cœur. D'ordinaire, on n'a pas conscience de l'action du cœur, et même quand les pulsations sont violentes, l'état de conscience vient non de l'état des nerfs du cœur^ mais d'un trouble des nerfs-cérébro-spinaux causé par le choc du cœur contre les structures adjacentes. De rnéme pour les nerfs vaso-moteurs. Dans les conditions ordinaires, elles règlent le diamètre des artères sans que nous en sachions rien; et quoique nous ayons conscience de leur action, quand la dilatation des vaisseaux est grande (comme quand on rougit), cependant nous n'en avons conscience qu'indirectement, par le changement local dans la quantité de sang et l'effet qui s'ensuit sur les nerfs qui apprécient la température.

La plupart des excitations et décharges qui ont lieu dans la corde spinale ont un accompagnement subjectif. Il n'est cependant pas localisé dans ces points de la corde spinale où ont lieu les changements nerveux, comme le prouve ce fait que, quand quelque lésion de la corde spinale qui n'intéresse pas sa partie inférieure a coupé toute communication avec le cerveau, les actes réflexes accomplis par cette partie inférieure sont inconscients. En nous appuyant sur rinductiou antérieure (§ 21) que, quand une onde d'excitation transmise par

un nerf afférent à un centre spinal met en liberté une quantité de mouvement moléculairei une portion de ce mouvement non déchargée le long de ces nerfs afférents est propagée par un nerf centripète à un centre supérieur, nous pouvons conclure que c*est cette portion qui en vient à avoir dans le centre supérieur un aspect subjectif, comme sensation : et elle se joint là à d'autres sensations et à des états de conscience d'autre ordre en une chaîne d*états de conscience, hors de laquelle on ne peut jamais savoir si une sensation existe. Car^ pour connaître une sensation comme telle ou telle^ il faut nécessairement la mettre en rapport avec une série continue d'états sensitifs, de façon à être dissociée de sensations simultanées dont elle diffère, et associée à des sensations antérieures auxquelles elles ressemble : et cette comparaison d'états sensitifs est impossible, à moins que les changements nerveux corrélatifs ne soient mis en connexion au même endroit. — Il ne s'ensuit pas, comme il peut sembler d'abord, que les sensations ne sont jamais localisées dans les centres nerreux inférieurs. Au contraire, il se peut fort bien que, dans les types inférieurs, les homologues de ces centres inférieurs soient des sièges de conscience. Ce qui s'ensuit, c'est que, en tout cas, le siège de la conscience est ce centre nerveux auquel les impressions les plus hétérogènes sont transmises médiatcment ou immédiatement; et il n'est pas improbable que, dans le cours de révolution nerveuse, des centres qui étaient autrefois supérieurs ont été supplantés par d'autres dans lesquels la coordination a été pous^îce plus loin, et qui par suite sont devenus les sièges de la conscience, tandis que les centres autrefois prédominants deviennent automatiques.

Il y a accord parfait entre cette opinion et le fait précité, que certains changements nerveux, qui ont un aspect subjectif pendant la première période de la vie, ne Tout plus dans la î iiilr. L'adulte fait rapidement et sans eunscience beaucoup do choses qtie Tenfaut fuit lentement et avec conscience.

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Quand Tcnfant commence à marcher, tout pas qu'il fait demande un effort accompagné d'états de conscience distincts; plus tard, tous ces pas successifs se font tandis que la conscience est complètement occupée ou à peu près d'autres sentiments. Le langage fournit encore un meilleur exemple. Chaque ajustement musculaire des organes vocaux et chaque son articulé produit» sont accompagnés pendant Tenfance d'états sensit;fs vifs et totalement absorbants. Mais graduellement ces états deviennent moins dominants dans la conscience : dans Tâgc mûr, on eu vient à oublier totalement Tun et quelquefois partiellement l'autre : témoin les fréquentes erreurs de mots qu'on fait sans conscience dans la chaleur de la discussion. Maintenant des faits de ce genre innombrables et de toute espèce sont explicables^ si on regarde les états de conscience seulement comme l'aspect subjectif de tels états nerveux. Si nous nous rappelons qu'à l'origine, dans la vie^ chaque ganglion inférieur ou groupe coopératif de ganglions inférieurs est imparfaitement organisé, et que la connexion entre ses fibres est incomplète, nous verrons que, s'il y survient quelque trouble, le flux de mouvement moléculaire libéré n'ayant point des canaux d'écoulement suffisants dans les fibres commissurantes et efférentes imparfaitement liées» une partie s'échappera le long d'une fibre centripète vers un centre inférieur, et éveillera ainsi un état de conscience. Et il arrivera évidemment qu'à mesure que le centre inférieur approchera de l'action automatique, il s'approchera d'un état dans lequel le mouvement moléculaire mis en liberté, ayant dans les fibres efférentes des canaux d'émission largement ouverts, se répandra peu ou point dans les fibres centripètes» et ainsi éveillera peu ou point de conscience. Un corollaire de cette interprétation, c'est que tous les degrés existeront entre les actions nerveuses pleinement inconscientes et celles qui sont pleinement conscientes, puisqu'il y aura tous les degrés dans les quantités relatives de trouble qui se produisent le loug des fibres centripètes. Il s'ensuit aussi évi-

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demment que, dans la vie adulte, une action nerveuse peut avoir ou n^avoir pas d'aspect subjectif reconnaissable, selon qu'elle est forte ou faible^ puisque, s'il arrive à un ganglion déterminé, construit comme on l'a dit, un trouble faible, la petite quantité de mouvement moléculaire dégagé peut être tout entière absorbée par les fibres efférentes^ tandis que, si le trouble est grand, le mouvement moléculaire dégagé ne pouvant tout entier prendre sa course le long des fibres efférentes, une partie prendra la direction centripète et causera un changement subjectif.

§ 44. Un aspect analogue de cette corrélation s'offre à nous quand nous examinons l'état de conscience comme occupant un temps. Un état subjectif ne devient reconnaissable comme tel que quand il a une durée appréciable ; il faut que la série de ses états remplisse quelque espace, autrement il n'est pas connu comme présent. Cette vérité générale s'accorde avec une vérité générale déjà exposée, relativement à l'action nerveuse, ainsi qu'avec TinterprétaUon ci-dessus.

Le fait observé que le passage d'une onde nerveuse demande du temps importe peu, car ce passage n'a aucun état subjectif concomitant. Mais le fait inféré que le changement produit dans un centre nerveux doit prendre du temps, et un temps plus considérable .,§ 3o\ est important, car ce qui est objecti* vcment un changement dans un centre nerveux supérieur est subjectivement un état de conscience, et sa durée sous un aspect mesure sa durée sous lautre. La persistance de Tétat de conscience, après que la force qui l'a excité a cessé, n'est prouvée ni par la sensatiun prolongée que produit sur la peau un coup faible, ni par ce qui suit l'immersion de la main dans Toau chaude, ni par ce que lu palais et les narines éprouvent quand on y applique des substances piquantes; car, quoique dans tous ces cas l'action externe de Tagent excitateur soit brève, les changements locaux qu'il produit durant quelque temps, ctuitiiiueiit pendant quelque temps à tRmbler les fibres nerveuses locales. Mais les impressions sur la rétiue

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fournissent de bonnes preuves : a Un rayon de lumière, dit le professeur Huxley, est en fait instantané^ mais la sensation de lumière produite par ce rayon dure un temps appréciable. On a trouvé en fait qu'une impression lumineuse dure environ un huitième de seconde ; d*où il suit que, si deux impressions lumineuses sont séparées par un intervalle moindre, elles ne sont pas distinguées Tune de l'autre. C'est pour cela qu*une baguette lumineuse qu'on fait rapidement tourner en rond parait comme un cercle de feu, et les rayons d'une roue de voiture lancée à toute vitesse ne sont pas visibles séparément, mais paraissent comme une espèce d'opacité ou de membrane^ quand la roue marche. »

Comme on l'a dit plus haut, cette vérité générale, que l'état de conscience implique le temps, s'accorde avec l'explication donnée dans la section précédente, et fournit une nouvelle élucidation du rapport entre les actions nerveuses conscientes et inconscientes. Car, évidemment, à mesure que les coordinations nerveuses deviennent plus automatiques, elles deviennent plus rapides, et par suite aussi cessent de présenter des aspects subjectifs aussi remarquables. Si nous retournons aux ganglions inférieurs ou groupes de ganglions liés entre eux dont on a parlé ci-dessus, il est clair qu'avec un état dans lequel l'organisation locale est incomplète et où les différentes fibres afférentes et commissurantes ne sont pas mises en rapport défini avec les cellules, il doit y avoir un état dans lequel le mouvement moléculaire mis en liberté par un choc de changement traversera avec une lenteur comparative cette structure imparfaitement différenciée, et par suite il y aura un temps appréciable durant lequel les fibres centripètes pourront recevoir ce trouble. Mais dès que la connexion locale des fibres et des cellules devient complète, le fiux d'action moléculaire sui- ^^ot les canaux complètement formés s'échappera rapidement, etla période durant laquelle l'excitation des fibres centripètes peut avoir lieu sera abrégée. L'état subjectif concomitant sera doue abrégé parle même changement qui le rend plus faible.

§ 45. Ce fait^ que tout état de conscience dure un temps appréciable^ nous conduit à ce fait de même nature, que chaque état de conscience produit une incapacité plus ou moins grande, pour un état de conscience semblable qui dure aussi un temps appréciable. C'est aussi Taspect subjectif 'd'un phénomène précédemment noté sous son état objectif. Car, comme la durée d'un état de conscience répond à la durée d'une désintégration moléculaire dans un centre nerveux, de même, Tintcrvalle subséquent d'une diminution d'aptitude à sentir, répond à l'intervalle durant lequel le centre nerveux désintégré se réintègre. Voyons comment les sensations de diverse sorte se conforment à cette loi.

On le voit dans le sens du toucher. Si on promène plusieurs fois rapidement les doigts sur un objet couvert d'un grand nombre de petites proéminences, comme une courte-pointe, il eu résulte une sensation particulière d'engourdissement; les objets qu'on touche aussitôt après semblent plus doux qu'à l'ordinaire, ce qui implique que leurs petites irrégularités font moins d'impression. — Chacun sait que la sensation de tension musculaire subit une variation causée de la même manière. Quand on a porté quelque temps un corps lourd dans la main, un petit corps tenu dans la même main paraît avoir perdu de son poids, ce qui montre que le centre nerveux siège de la sensation est devenu obtus pour le moment. — L'expérience journalière montre que le goût est affaibli quelque temps par une saveur forte. Quand on vient de manger du sucre ou du miel, ce qui n'est que légèrement sucré parait no pas l'ùtre du tout. Quand le palais est encore tout échauffé p ir le carrv', ua m-ts ^a^s uJeur semble insipide, et quand un a Lu un verre de liqucur, un ne peut apprécier un hvv. vin. — rU'.ïs le sens de rodùrat, cette incapacité se rem ifqne t-iiCur-. iiiieux. Le plaisir intense que nous cause i' j'.ur J'r.î:. r ?e diniiiiue rapidement, et si on la thire pcnil.iîil qii» 'ji-e*.' inp>, on i.eper«;"iî plus rien. Qutrlques minutes Uj rtpus ^ctallii^^^I.t p.niiûltnicnl 1 la.p^e^ïiuIinabilité; mais

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il faut un long Inteivalle avant qu'on jouisse de Todeur autant qu'au début. Cet épuisement rapide qui est, dans certains cas^ cause de désappointement, a ses avantages quand l'odeur est desagréable. Elle devient bientôt moins perceptible, et uDe mauvaiseodeurcst à peine désagréable pour ceux qui vivent dans ce milieu. — Les états de conscience produits par les vibrations sonores nous montrent rarement cette variation à un degré marqué, étant en général trop courts pour laisser beaucoup de prostration nerveuse. Un goût ou une odeur forte, ou une sensation de tension musculaire, sont dus à une action sur les nerfs maintenue pendant un temps considérable ; mais les actions dues à ces sons bruyants nécessaires pour causer une insensibilité temporaire sont le plus souvent très-brèves. On n'en peut trouver d'exemples que dans des cas spéciaux. Ceux qui sont près du canon, quand on tire, disent que ce bruit est assourdissant, parce qu'ils deviennent pendant quelque temps sourds aux sons ordinaires. Chez ceux qui sont occupés à manœuvrer les pièces, les explosions répétées produisent une dureté de l'oreille qui dure des heures, et elle devient permanente chez ceux qui se livrent toujours à cette occupation. — Les sensations que nous cause la lumière fournissent des preuves nombreuses et très-concluantes. Ces sensations sont de deux classes : celle de sensibilité, variable à la lumière en général, en opposition avec les ténèbres, et celle de sensibilité, variable à chaque espèce de lumière, — à chaque couleur. Sous le premier chef, le lecteur peut d'abord se rappeler ce fait, que, quand on vient du grand soleil et qu'on entre dans un endroit obscur, il est impossible <le distinguer les objets environnants ; au bout de quelque temps, ils deviennent un peu visibles, et il s'écoule un grand

lulervalle avant qu'on les perçoive distinctement. Lorsqu'au lieu d'agir sur les deux rétines dansleur totalité, nous agissons ^éremment sur leurs différentes parties, on cause quelque chose d'analogue. De là ce qu'on appelle des images négatives. Après avoir contemplé pendant quelques moments un objet.

offrant des contrastes bien accentués de parties brillantes et de parties noires, si on tourne les yeux vers un endroit dans Tombre qui ne contienne rien de remarquable» on percevra une image passagère de Tobjet dans laquelle les parties lumineuses et les parties sombres sont interverties. L*explication de ce fait, c'est que ces parties de chaque rétine sur lesquelles à tombé la grande lumière, ainsi que les portions correspondantes des centres optiques^ ayant subi le plus fort changement qui correspond à la production de la plus forte sensation, sont, à l'instant qui suit, moins capables de subir un changement et de produire une sensation que les parties sur lesquelles a tombo la lumière faible; par suite, quand elles sont exposées ensemble à la même lumière faible, les parties non épuisées l'apprécient mieux que les parties épuisées, et do li une image négative. — Les cas de la seconde classe sont les phénomènes bien connus des couleurs complémentaires subjectives. Après avcàr rogardé attentivement une surface d'un ronce éclatant, une surface Manche adjacente parait vordAtre. L'explication en est simple. Les éléments nerveux changés par les rayons qui produisent en nous la sensation de ronge ayant été p.irliellement afFiiiblis, les ravons rouses contenus dans la lumière blanche causent un elTet moindre qu'à l'ordinaire, tandis que les rayons bleus et jaunes causant lours tUots oiJinaires, — et par suite des eft'ets relativement prédominants, il s'ensuit une sensation de vert.

Cette diminution dans li susceptibilité à une sensation d'uut' cert.iiiu espèce .jui ^uit i!unu''lia:vïncnl une sensation de cotte tsp»"ce n'est pas con^î:lîiîl. C'est une diminution qui varie beaucoup eu dt-irré, et cittc \ Ti.ition ls*. instructive pour nous. T^'iitis c'iuSts icalos. elle i?t gr.iiide ««u petite, selon que I.i \ij;i-. '.;r r...ii-tiuiti. : r.c'lo •. -t j|:r.in.îv ou petite. L'une do CCS JiiiûnuÛLîi- duro un toir.ps i p.int ipprtcialle quand racli\ilé vildit* •?: t'.ev» v, et, dans le cas cuuiraire, elle de- ^t de {dus en plu:^ louiiue. L*.s imagos uègitivcs duut nous

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venons de parler en fournissent des preuves abondantes. Dans la jeunesse elles sont très-rares, si même elles ont lieu. Ce n'est qu'après une impression rétinale extrêmement vive, comme après avoir fixé le soleil» que Timage négative est perceptible. Mais dans Tâge moyen et plus tard, surtout chez les sujets faibles, les images négatives d'objets ordinaires sont fréquemment perçues, souvent pendant un temps considérable ' . L'état de conscience étant le corrélatif subjectif de ce que nous connaissons objectivement comme action nerveuse, ces faits sont des corollaires évidents des faits établis dans le dernier chapitre. Nous avons vu là que Tcxcitation d'un centre nerveux implique une perte, et que ce n'est que par une réparation qu'il peut rentrer dans un état de susceptibilité bien équilibrée. Parsuite, plus la réparation sera prompte, plus sera prompt le retour à cet état d'appropriation à ce qui est objectivement excitation, et subjectivement état de. conscience. Quand la circulation est riche et rapide, la désaptitudc partielle n'est que momentanée, et ne sera pas appréciable, à moins que la sensation n'ait été intense. Mais quand la nutrition des tissus diminue, la désaptitude devient mieux marquée et plus longue. On peut faire remarquer à l'appui que les images négatives sont plus visibles le matin, quand on ft'éveille et que la ciculation est lente. — Le sens de Toule toumit des faits analogues, quoique cette analogie ne frappe pas immédiatemant. Les personnes qui sont sourdes, par

* Ce eluDgement se fait si graduellement que très-peu de gens le remarquent, et ^ nppose en général que les images négatives sont à beaucoup près les mêmes à 1^ b âges et chez toutes les personnes. Je puis cependant fournir un témoignage P^nouel du contraire. Vers lage de vingt ans, mon attention fut attirée par mon Pôtnr OD eu où les circonstances étaient très-favorables à la perception des images '^tifes, et il les percevait très-clairement. Je ne les voyais pas, et je me souviens ^o'il fil cette remarque, que je les verrais quand je commencerais à vieillir : ce qui «•l^rai. Je les vois maintenant distinctement, et, de plus, je remarque qu'elles sont pludiiUnctes quand je suis plus alTiiibli. Il serait curieux de chercher jusqu'à quel Ni ee ehangement modifie Tappréciation des harmonies chromatiques. Il semble fi'BB peut en inférer que l'harmonie des couleurs complémeoUires se perçoit mieux ^ neiore que la Tie avance.

112 LES DONNÉES DE lA PSYCHOLOGIE.

vieillesse ou faiblesse, disent souvent qu^elles ont de la difficulté non à entendre les sons, mais à séparer et a reccDDattre les mots quand ils sont prononcés indistinctement ou vite. Supposons que^ dans ces cas, la structure nerveuse souffre d'un défaut de nutrition, et nous aurons une explication de cette particularité. Car, si chaque son successif cause une perte dans les centres nerveux et les laisse moins sensibles i des sons semblables, il s'ensuit que, quand la réintégration est lente, les sons semblables reçus immédiatement après, produiront moins que la quantité normale de sensation. Ces défauts de sensation se montreront surtout dans une surdité comparative à ces délicates modifications de consonnance par lesquelles la plupart des mots se distinguent les uns des autres, les sons entendus paraîtront une série de voyelles liées par des consonnes indistinctes. Voilà pourquoi les per* sonnes atteintes de cette affection prient ceux qui leur parlent d'articuler lentement et clairement. On peut comprendre la confusion d'impressions produite par un discours rapide sur des centres ainsi débilités, en supposant que des centres optiques débilités soient traités de la même manière. Si une personne chez qui les images négatives sont fortes, a une série d'objets qui passent devant ses yeux si vile qu'elle ne peut jeter qu'un coup d'œil momentané sur chacun (ce qui est parallèle à ce moment précis où seules les articulations successives peuvent être reconnues par l'oreille}, alors il y aura évidemment une interférence entre Timage négative de chaque objet et l'image positive du voisin et confusion entre elles, et par suite cette personne ne reconnaîtra pas les objets successifs aussi promptement que celles dont les centres optiques fonctionnent avec une vitesse normilo. Poiu* confinner Topinion i\{W ce défaut d'audilion rst aill^i causé, jo puis ajouter qu'il rooxislo fréquemment avec \o. (iéfaut de vision avec lequel je l'ai comparé, que tons doux snnt plus marqués au (nmniencomont dr la journée, et .^unt dinu'nués par tout ce (j'ij renforce la ciriulation.

.^ESTHO-PHYSIOLOGIE. 1 13

§ 46. Il faut noter en passant une autre classe de corrélatioûs. Jusqu'ici nous ayons considéré les sensations comme des aspects subjectifs de ces changements^ qui sont objectivement des eicitations nerveuses. Nous avons à considérer maintenant certaines autres sensations^ qui sont le côté interne de ce qui est décharge nerveuse par le côté externe. Ayant retracé au long la concomitance des états sensitifs et des actes récipio-moteurs, il suffira de retracer brièvement la concomitance des états seo^itifs et des actes dirigo-moteurs.

Certains actes dirigo-moteurs d'ordre inférieur sont inconscients; mais, en les omettant^ la loi est que^ avec toute contraction musculaire, se produit une sensation plus ou moins déterminée. Ce n'est pas une sensation produite indirectement par les nerfs qui vont de Tépiderme vers l'intérieur, dont quelques-uns sont presque toujours troublés par quelques mouvenients du corps; mais c'est une sensation produite i firectement, soit par la décharge elle-même, soit par l'état du [ muscle ou des muscles excités. Cela se voit très-clairement [ quand, sans rien toucher ni se mouvoir, on tient une jambe l ou an bras à angle droit avec le corps, f Si vagues que soient les sensations de cette classe, compar îées à la plupart des états de conspience qui accompagnent f les excitations nerveuses, et si peu nombreuses que soient [ leurs variétés qualificatives, elles sont cependant assez déteriiûnées et assez différentes pour que nous puissions, en une Wme mesure, reconnaître la sensation séparée qui apparient à chaque contraction séparée. Nous savons, sans regarde! sans rien toucher, quel est le doigt qu'a fait fléchir la décharge envoyée par les muscles fléchisseurs, et la position d'un membre dans une attitude donnée, est présente à la conscience sans Paide des yeux et des mains, grâce à la combinaison particulière de sensations qui l'accompagnent. Je dis que nous reconnaissons en une certaine mesure les changements produits, parce que les différences entre les sensations de tension musculaire cessent vite d'être distinctes. C'est un

114 LES DONNÉES DE LA PSYCHOLOiHE.

fait curieux que, quand ou a tenu un membre quelque temps dans une position » surtout si cette fonction demande peu d'effort, rétat subjectif associé avec la décharge nenreuse dec muscles devient si vague, que l'attitude du membre est inconnue, s'il ne nous arrive pas quelque moyeu de nous la rappeler.

Outre la connexion entre ce que nous connaissons objectivement comme un acte moteur particulier, et subjectivement comme une sensation particulière de tension musculaire, il y a une connexion entre Texcitation motrice propagée à travers le système musculaire et une certaine sensation diffuse dont il est le siège. Nous avons vu dans le dernier chapitre comment, avec chaque décharge nerveuse spéciale, se produit une décharge nerveuse générale ; et ici nous ne revenons à ce rapport que pour montrer qu'il y a un rapport parallèle entre les et its nerveux concomitants. Ainsi la vive sensation qui se produit quand on met le pied dans de Teau bouillante, amène non-seulement les contractions musculaires et sensations musculaires qui accompagnent le retrait soudain de la jambe, mais aussi les contractions d'autres muscles ionombrables dans tout le corps et une sensation appelée choc oa tressaillement.

Les états subjectifs, spéciaux et généraux^ qui accompagnent les décharges spéciales et générales communiquées aux muscles, ne sont pas les seuls états subjectifs qui accompagnent les décharges. Comme on Ta déjà montré^ le système vasculaire et lo ï?y^lcme alimentaire reçoivent leur part de chaque décharge, — part Irès-appréciablc quand elle est intense, et qui probablement ne manque jamais, et elles pré* sentent aussi un aspect interne à la conscience. Quelquefois même les sensations qui se produisent avec les décharges dans les nerfs vaso-moteurs ni ceux du grand sympathique prédo* minent, comme dans h; frissonnement du corps produit par (ii)> sons ^Tiiiçants ({ui^ coinmc un dit, ce agacent les donts, • ou dans la nausée produite par diverses espèces de mauvaises odeurs.

.ESTHO-PHYSIOLOGIE. 115

§ 47. Ces corrélations entre les actions nerveuses et les isations concomitantes sont-elles quantitatives? Existe-t-il, Ire un changement physique dans le système nerveux et le uigement physique qui l'accompagne, une telle connexion, e nous puissions regarder Tun comme Téquivalent de atre, de la même manière que nous regardons tant de chair comme l'équivalent de tant de mouvement? Le lecteur end peut-être une réponse affirmative; mais, si on peut la nner, ce n*est que dans un sens très-restreint. En se rappelant que diverses actions nerveuses sont tout à i inconscientes; en se rappelant aussi que divers états jeciifs des systèmes nerveux qui avaient au début de la vie s états subjectifs concomitants, cessent de les avoir plus *d; en se rappelant de plus qu'à la même période de la vie, i changement produit dans un nerf afiPérent, peut causer te sensation appréciable ou ne pas la causer, selon que Tat- Qtion est libre ou occupée, nous verrons que la connexion ktre les sensations et les changements nerveux est soumise des conditions très-complexes et que, si le rapport estquan- \m&U ce ne peut être que dans des limites étroites qu'impli- [oent ces conditions complexes. Si, entre un acte purement rolontaire et un acte purement automatique, il y a des degrés ; à,àun extrême l*état de conscience est un accompagnement Wdent et si, à l'autre extrême, il cesse d'être un accompagnement, il est évident que, dans les phases intermédiaires, la i|ototité de conscience doit varier proportionnellement à la çiantilé de changement nerveux que l'acte implique. — De plut, 8i nous supposons que ce qui est présent à la conscience, mnme sensation d'une intensité donnée, est le corrélatif d'un konble moléculaire proportionné dans les structures nerveu- M, comment expliquer les sensations distinguées comme nbjectives? Dans divers états anomaux^ on éprouve dans tout le corps de fortes sensations de chaud et de froid, quoi- {oe la température actuelle ne soit pas altérée. Comme, dans IMM les cas de cette sorte^ le changement nerveux total ne

peut avoir été le même que si la température de la peau s'était élevée ou abaissée au degré requis d'ordioaire pour produire cette sensation, nous ne pouvons pas dire qu'il y a là une équivalence quantitative entre la quantité de changement nerveux et la quantité de sensation. Un fait encore meilleur, c*est l'odeur désagréable que Tépileptique se plaint de sentir à rapproche de son attaque. Ici les extrémités périphériques des nerfs afférents ne sont pas excitées, il n'y a d'irritées que certaines structures centrales ; la quantité d'action nerveuse n'est donc la mume que si la sensation avait été engendrée par une odeur actuelle. — Nous voyons encore mieux la variabilité de ce rapport, i:i nous comparons les états de conscience appelés efforts avec les décharges et tensions musculaires qu'ils produisent dans différentes conditions. Si !a force psychique connue "comme effort était transformable en une quantité constante de force physique, alors, dans deux cas quelconques^ des efforts égaux devraient produire de contractions égales. Mais cela n'est pas. Un grand effort chez l'eufaot ne produira pas dans ses organes moteurs l'effet dynamique qu'un petit effort produira chez rhommc. Quand on est fatigué, on trouve qu'il faut un sentiment plus intense d'effort pour produire un degré donné de tension musculaire que quand on ne Test pas. Dans Tétat de prostration causé parla maladie, il faut une dépense énorme d'effort senti pour produire des actes qui, à l'état de santé, demandent un effort i peine senti. Sans doute, ces différences sont ducs en partie à dos différences dans les muscles qui, non développés ou affaiblis^ produisent une moindre quantité de tension avec d'égales quantités de décharges. Mais nous devons regarder ce fait comme dîl en partie an développement impartait^ ou à rétat d*épuisement des centres moteurs intermédiaires et des nerfs efférents, dans lesquels une sensation donnée excite uo trouble moléculaire moindre que quand leur structure est iplële et qu'ils sont en bon état : conclusion corroborée celte expérience familière, que les actes purement ner-

.ESTHOPHYSIOLOGIE. 1 17

veux, comme la pensée, demandent des efforts inaccoutumés quand le cerveau est fatigué.

Cette variabilité du rapport quantitatif entre les actions nerveuses et les états physiques, se voit également si nous limitons notre comparaison à ces actions nerveuses et à ces états physiques qui se produisent chez le même individu dans les mêmes conditions corporelles. On peut h peine montrer, sans comparer les quantités de force incidente, que des sensations différentes, mais également intenses, peuvent être produites par des troubles périphériques très-différents quantitativement^ pourvu qu'ils soient produits dans des organes sensoriels différents : nous ne pouvons proprement le faire ici, puisque nous confinons notre attention à des corrélations restreintes à l'organisme. Nous ne pouvons non plus examiner au long les différences quantitatives entre les tensions musculaires produites par le même sentiment d'effort, selon que les muscles excités sont grands ou petits, puisque nous ne pouvons bien établir ces différences sans mesurer les tensions musculaires par les actions externes auxquelles elles sont équivalentes. Il y a cependant une classe de cas appropriés à nos recherches : ceux dans lesquels les irritations naissant dans l'organisme produisent des sensations qui causent des décharges motrices indirectes. Un violent mal de dents, par exemple, est dû aux ondes de changement moléculaire transmis à un ou deux petits nerfs afférents. Mais les contorsions du corps nous montrent que les sensations ainsi produites suffisent pour transmettre des ondes de changement moléculaire dans les divers grands faisceaux de fibres afférentes et pour contracter beaucoup de muscles avec beaucoup de force. Auquel de ces deux troubles, centrifuge ou centripète, la sensation est-elle équivalente? Nous ne pouvons dire aux deux, car l'un équivaut à plusieurs fois l'autre : d'autre part, nous n'avons aucune raison pour dire qu'elle est équivalente à l'un plutôt qu'à l'autre : d'où il faut conclure qu'elle n'équivaut ni à l'un ni à l'autre.

Pour comprendre les rapports réels existant entre les chaogements subjectifs et les changements objectifs dans le système nerveax, nous n'avons qu'à nous rappeler certaines conclusions des précédents chapitres. Nous avons vu que le principe essentiel de l'organisation nerveuse, c'est que les petites quantités de mouvement reçu dégagent des quantités plus grandes^ et celles-ci de plus grandes encore. Une excita* tion à la périphérie d'un nerf afférent se multiplie quand elle traverse le nerf, et le degré de la multiplication varie avec la longueur du nerf; elle se multiplie dans le premier ganglion qu'elle atteint, croît encore plus en traversant le nerf centripète; elle se multiplie de nouveau dans le centre supérieur pour être augmentée plus tard dans sa course centrifuge subséquente; et elle se multiplie encore une fois, et probablement à un plus haut degré, dans la substance contractile des muscles excités. Par suite, l'état de conscience concomitant, qui est l'aspect subjectif de cette excitation à l'un de ses stages intermédiaires, ne peut être un équivalent quantitatif ni du changement nerveux initial ni du changement nerveux terminal. De plus, puisque la multiplication qui varie en degré est beaucoup plus grande dans les organes des sens supérieurs que dans ceux dos sens inférieurs, il s'ensuit que le rapport entre la quantité de sensation et la quantité de changement initial est loin d'être constant, et on voit aussi qu'il y a la même inconstance dans le rapport entre la quantité de sensation et la quantité de changement terminal, selon que l'un ou l'autre muscle ou série de muscles est mis en activité.

Comment donc, demandcra-t-on, peut-il y avoir quelque rapport quantitatif? S'il n'y a pas d'équivalence entre un trouble qui commence à la phériphérie et la sensation produite, ni entre la sensation proiluite et la décharge motrice qui suit; si la sensation n'a pas toujours le même rapport avec le changement nerveux initial ou terminal dans les différents cas, quel rapport quantitatif peut-il y avoir? La réponse est

iESTHO-PH YSIOLOGIE . 119

simple. Quand tontes choses restent les mêmes, il y a rapport quantitatif entre un changement nerveux et une sensation, entre une sensation et la contraction qui en résulte. Supposons que rien ne change dans les conditions, alors le stimulus transmis par un nerf donné à un centre donné éveillera une sensation qui croîtra et décroîtra à peu près dans la même proportion que le stimulus croit et décroît; et en supposant qu'un muscle donné soit contracté, il y aura entre la quantité de la contraction et la sensation d'effort qui raccompagne un rapport à peu près constant. La nature de ces corrélations s'exprimera mieux par des nombres. Si, en traversant un nerf aSerent, une excitation représentée par 1 produit un état de conscience représenté par 5, l'excitation 2 produira un état de conscience 10, l'excitation 5 un état de conscience 25; et si, en agissant sur un nerf efférent^ Tétat de conscience 5 aboutit à une tension musculaire 60^ Tétat de conscience 10 aboutira è une tension musculaire 120. Mais, pour compléter cette expression numérique^ il faut supposer que les rapports varient avec chaque série de nerfs afférents et efférents. Ainsi, dans le cas du toucher, soit 1 à 5, qui représente le rapport de Texcitation à la sensation, dans le cas de Touïe ce sera, par ex., 1 à 100; dans le cas de la vue, peut-être 1 à 1000, et ainsi pour les rapports avec l'appareil moteur, selon que les muscles sont grands ou petits.

En résumé donc, la corrélation quantitative de l'état de conscience et du changement nerveux, n'est vraie que dans des limites restreintes. Nous avons de bonnes raisons de conclure qu'à une place particulière dans un centre nerveux supérieur où, d'une façqn mystérieuse, un changement objectif (action nerveuse] causant un changement subjectif (état de conscience), il existe une équivalence quantitative entre les deux, la quantité de sensation est proportionnelle à la quantité de transformation moléculaire qui a lieu dans la substance cellulaire affectée. Mais il n'y a pas de rapport quantitatif fixe ni même approché entre cette quantité de transformation mo-

l'A) Li:S DONNÉES DE LA PSYCHOLOGIE.

léculiire dans le ceotre sensitif et le tronble périphérique qui le cause à TorigiDe ou le trouble de l'appareil moteur qu'il peut causer.

§ 48. Jusqu'ici nous dVûds considéré que les états de conscience appelés sensations, et nous aTons négligé les émotions. Il est plus difficile de les étudier, tu qu'elles sont moins déterminées, et qu'on ne peut pas en faire à volonté Tobjet d'une observation ou d'une expérience. Mais ayant découvert certaines lois générales auxquelles les sentiments simples se conforment, nous pouvons maintenant nous demander si, autant qu'on peut le voir, les sentiments plus complexes s'y conforment aussi : nous trouverons qu ils le font.

Les conditions essentielles aux uns sont essentielles aux autres. Les émotions, comme les sensaûous, peuvent croître et décroître en incensité si on altère la quantité ou la qualité du sang. Quoiqu'il soit à peu près certain qu'une abondance générale de sang cause une exaltation des émotions, on ne peut le prouver facilement. Mais on prouve suffisamment le fait inverse, que la diminution, toutes choses égales, est cause d'apathie. L'effet d'une abondance locale de sang n'est pas douteux; il est certain qu'en de certaines limites, la quantité d'émotion varie comme la quantité de sang fournie aux grands centres nerveux. Ce qui stimule les nerfs augmente les émotions; cela est encore plus minifeste que de dire qu'elles rendent les sensations plus fines, ttonsii: vulgairement que les calmants diminuent la doultur morile, comme ils diminuent la douleur produite dans le trono ou les membres.

L'état de conscience dure un temps appréciable, cela est vrai de réraolion coa^me do l.i sens;ition, et même cette durée est rcmarquiMe relativement. L\îi* de conscience produit par un jet de lumière est si bi\i «lu'il semble instantané, et ce n'est que p.ir dis moyens .irlificit'!- qu'on peut prouver que les sens.iùuu? de celte sor'to ont lui-^ durée appréciihle. Mais ces moyens r.e sont pis iu-ce?:i.uri=> p.iur proii\er que les émotions continuent pendant dos pr rimios appri-ciablt's. Mémo

iESTHO - PHYSIOLOGIE . 121

une émotion simple, colère ou peur, n'atteint pas toute sa forcera moment où sa cause agit ; quand la cause a disparu, elle met quelque temps à mourir. Quand nous examinerons plus tard Torigine des émotions, nous verrons qu'elles sont d'une nature bien plus complexe que les sensations, et qu'elles impliquent la coopération de structures nerveuses extrêmement compliquées, et nous comprendrons alors comment cette grande durée est nécessaire.

n est vrai aussi que l'émotion, comme la sensation, laisse après elle une incapacité temporaire, et que l'émotion produite par une cause momentanée dure plus longtemps qu'une sensation produite par une cause momentanée ; en sorte que l'incapacité partielle pour une pareille émotion dure plus longtemps que l'incapacité partielle pour une pareille sensation. Les passions de toute espèce viennent par accès ou par éclats. Il est vrai qu'elles continuent pendant des jours et des heures, mais elles ne sont jamais uniformes durant des jours et des heures. Dans les chagrins, la joie ou la tendresse, il y a toujours une succession d'intensités croissantes ou décroissantes, un paroxysme avec un intervalle d'état moins violent suivi d'un autre paroxysme. Puis, après cette succession d'alternatives comparativement rapides, vient une période de calme durant laquelle les émotions sont plus faibles, puis peut succéder une autre période d'émotions plus fortes. Et, dans le cas des émotions comme dans le cas des sensations, cela vient de ce fait^ que ce qui est objectivement une action nerveuse et subjectivement un état de conscience, implique une perte dans les structures nerveuses. Les centres qui sont le siège des émotions subissent une désintégration pendant la genèse des émotions^ et, toutes choses restant égales, ils deviennent par là même moins capables de produire des émotions jusqu'à leur réintégration. Je dis toutes choses restant égales, parce que, quand une émotion s'élève, cela porte le sang aux parties affectées, et tant que cet afflux croît, l'intensité de l'émotion peut croître, malgré la perte qui a eu lieu. Mais si les diverses

conditions d*où dépend Factivité restent les mêmes, chaque accès d'émotion est nécessairement suivi d'une aptitude moindre à l'émotion.

On voit assez clairement qu'il se produit, dans les éaiotions comme dans les sensations, des augmentations et dei diminutions journalières d'intensité, corrélatives aux périodei journalières de réparalii»n et de perte. Les gens cultivés, menant pour la plupart un genre de vie qui exerce trop leur corvoau et trop peu leurs muscles, et étant placés dans des conditions sociales qui amènent communément les excitations les plus fortes à la fin de la journée, sont sujets à une périodicité anomale. Mais ceux dont la vie est plus confonne aux lois de Thygiène, montrent au commencement de It journée plus d'entrain et de vivacité émotionnelle qu*à la in; alors la tendance au sommeil se montre par le peu d'intértt que leur offpnt les choses et les actes.

Ces états de conscience complexes qui viennent du centre, ressemblent aux états de couscieure simples qui viennent de la périphérie, en ce qu'ils ont des décharges générales et des dêoliarires spéciales, et (m'orne les décharges générales sont les plus remarquables. Souvent on ne voit après la sensation qu'un mouvement local ; à moins qu'elle ne soil très-forte, son effet sur lorganisme ne frappe pas. Mais une émotion, outre les changements évidents qu'elle produit dans les muscles de la fvioe^ produit, d*ordinaire« d'autres changements e\'.ernes e: internes d.îtis tout le corps. Même modérée, IVmoti.'îi 1 iiîie i.iî'.ience sur \\ respiration, la circulation, la d:cv?::.u. .r.:i>i que sur K> attitudes tî mouvements; et oV.K'un sa'/, iwv.bîoiî î;s p.is>':ori5 f.T'.ts. agréables ou désa* -.. .1 "os. irv'.b'.tut pro:'o::.:t:i:. :;: ".v;:; '.-: s)>:ès:e.

ji \'). '•■' :;".i t"o ro v -:\\ d:: d< \\ d;>:iîiotion la plus frap-

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iESTHO-PHYSlOLOGIK. 1 23

la forme faible, que nous appelons idéale. Quelle est la nature de cette di£féreoce examinée de notre présent point de vue?

Lorsqoe nous étudiions la structure des nerfs, nous avons vu que, outre les connexions formées par la matière grise entre les extrémités centrales des nerfs afférents et efférents, il y a des connexions entre les nerfs centripètes et commissurants, lesquelles se lient de nouveau avec des nerfs ^ plus éloignés. Et quand nous étudiions la structure des nerfs, nous avons vu qu'un trouble produit par un nerf afférent dans son ganglion, n'affecte pas exclusivement le nerf efférent, mais qu'une partie est transmise à travers les nerfs centripètes et commissurants, affecte ainsi d'autres centres, ceux-ci d'autres, jusqu'à ce que la répercussion ait eu lieu dans tout le système nerveux. Qu'en résulte-t-il? C'est que ces répercussions sont des troubles faibles. Et tout centre, étant sujet à être fortement troublé par ses nerfs afférents et centripètes, est aussi sujet à être faiblement troublé par ces répercussions qui arrivent par les autres nerfs. Que doit-il alors arriver à chacun de ces éléments libéro-moteurs^ composant ces. centres supérieurs dans lesquels les changements nerveux deviennent des changements de conscience? Quand il est affecté par la route directe et au grand ouverte, par cette impression périphérique avec laquelle il a un rapport organique, il développe beaucoup de mouvement moléculaire et propage activement les troubles à travers tout le système nerveux : il est le siège de ce que nous appelons un état de conscience réel. Mais quand il est affecté par ces ondes secondaires, venant d'autres parties fortement excitées, il devient par comparaison avec celles-ci (ou avec lui-même dans d'autres conditions) producteur d'un faible mouvement musculaire, et il est le siège de rétat de conscience faible que nous distinguons comme idéal. En bref, ces états de conscience que nous connaissons comme sensations, accompagnent, les excitations directes^ et par suite fortes^ des centres nerveux ; tandis que \es &\^\s âi^

124 LES DONXÉfîS DE LA PSYCHOLOGIE.

conscieDce faibles que nous connaissons comme sensations rappelées^ ou idées de sensation, accompagnent les exdtatîons indirectes, et par suite faibles, des mêmes centres nerveux.

Ce qui précède se concilie parfaitement avec ce fait, que l'opposition d'intensité entre les effets des excitations directes et des excitations indirectes, quoique vraie en général, n'est pas sans exception. Car, d'une part, une excitation directe peut être très-faible, et, d'autre part, par un concours d^exdtations diffuses^ une excitation directe peut atteindre une intensité considérable. Par suite, une sensation idéale peut égaler, ou presque, en vivacité, une sensation réelle. Cela peut arriver spécialement quand le centre nerveux est surchargé de sang, puisque alors une légère excitation peut produire en lui une quantité de changement égale à celle qu'une grande excitation produirait quand il n'y a que la quantité de sang normale. C'est un fait d'observation que les centres nenreox congestionnés sont ceux dans lesquels les sensations indirectement excitées, atteignent une intensité à peine inférieure à celle des sensations excitées directement.

Si nous passons des sensations dont les formes vives viennent de la périphérie aux émotions dont les formes vives viennent du centre, nous trouverons que la différence entre les formes vives et les formes faibles est loin d'être aussi grande ; de sorte que, en fait, le p issage de Témotion idéale à l'émotion réelle a lieu sans aucune ligne de démarcation. C'est ce qu'on pouvait facilement prévoir, car rémotion actuelle ou idéale est Taccompagnement d'une excitation indirecte ; elle est, non un résultat immédiat d^impressions périphériques .^impies ou combinées, mais leur résultat médiat ou éloigné. Par suite, toutes les émotions, fortes ou faibles, étant les aspects subjt^clifs de changements nerveux objcclifs produits indirectement, on ne peut les distinguer que suivant que cette excitation est plus ou moins indirecte, ce qui n'admet que des gradations insensibles.

iESTHO- PHYSIOLOGIE. 1 25

§ 50. Il y a encore une vérité générale à établir pour compléter cette esquisse. Les inductions précédentes, jointes à quelques-unes du dernier chapitre, nous y amènent.

Dans les §§ 36, 37, on a montré que les centres nerveux désintégrés par leur activité, se réintégrant perpétuellement, redeviennent propres à Tactivité. Nous avons vu que la réparation compense partiellement la perte faite d'instant en instant, et que, chaque jour, l'arriéré de la réparation se complète pendant cette période de repos où la perte cesse presque. Nous avons vu de plus que le retour d'un centre nerveux à son état d'intégrité, c'est non-seulement le retour à la quantité de matière décomposable, mais le replacement des molécules les plus sujettes à être dérangées ; par suite, c*est la production d'un état comparativement instable. Et nous avons vu comment, après une période de profond repos, le centre nerveux est dans des conditions telles que le premier léger stimulant cause des décharges nerveuses.

Cette loi s'applique d'une manière non-seulement générale, mais spéciale, à chaque centre nerveux et à chacun de ses éléments. Plus longtemps une partie d'un centre nerveux sera restée inactive, c'est-à-dire plus longtemps la réparation aura eu Heu jour et nuit sans être entravée par une perte appréciable, et plus il sera mis dans un état d'instabilité extraordinaire, dans un état très-propre à la décomposition et à la décharge. Que doit-il arriver? 11 est exposé comme toutes les autres parties à ces répercussions qui, d'instant en instant, envahissent tout le système nerveux. Son extrême sensibilité doit le rendre extrêmement sensible à ces répercussions, extrêmement préparé à subir des changements, à produire du mouvement moléculaire et à devenir le siège de l'état de conscience idéal concomitant. Ces conditions doivent de plus donner à cet état de conscience une grande force; et ainsi, tant que l'instabilité continue, il se produit perpétuellement un état de conscience idéal fort. Comme cependant le centre nerveux dans lequel ces changements moléculaires

secondaires et les états de conscience idéaux concomitaob sont ainsi produits, subit par là quelque perte, il en résulte qu'après quMls ont eu lieu, l'instabilité du centre sera diminuée pour longtemps : il ne sera plus si facilement décomposé par des influences indirectes, et Tétat de conscience ne sen pas produit.

Nous avons ici Teiplication de ce que Ton appelle des désirs. Les désirs sont des états de conscience idéaux, qui naissent quand les états de conscience réels auxquels ils correspondent n'ont pas été éprouvés pendant quelque temps. Ils sont alors sujets à être eicités par diverses excitations directes, réfléchies dans le sv^tème nerveux d'un endroit i Tautrc. Ils sont en général vifs et persistants, en proportion de U période de repos antérieur; plus vifs et plus persistants que les états de conscience idéaux de !a même e.-pcce dans les conditions ordinains. Mais après une période prolongée, durant laquelle ils continuent à se produire et à monopoliser presque la conscience, ils deviennent plus faibles, et meurent finalement.

§ 31 . Telles sont les vérités générales de l'cTstho-physiologie exposée aussi complètement qu'il est nécessaire ici. On a étudié d'une manière srênorale la sensation et l'émotion dans leurs rapports avec l'action nerveuse; et tout ce qui a été dit des sensations et des émotions spécial»?s, n'avait pour objet que d'expliquer une loi qui est applicable à tout le reste. Je ne dirai rien des accompagnements subjectifs et objectifs de chaque espèce particulière de sensation et demotion. On pourra les étudier avec beaucoup de profit dans les œuvres du prof. Bain sur Us Sens et r Intelligence^ les Emotions et le Volonté. On y truuvc-ra une exposition complète dos rapports entre chaque état de conscience, simple ou complexe» et ses accompagnemeuts physiques. Je recommande ces ouvrages au lecteur qui désirerait faire l'étude de tous ces rapports. Pour

4jet du présent livre, les seuls faits à retenir sont ceux pré-

iemment exposés, qu'on peut résumer ainsi.

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L*éiat de conscience, quel qu'il soit, n'est connu par perloime que dans sa propre conscience. Ce n'est que par une somme complexe d'induction que nous croyons que ces états existent dans le monde au delà de la conscience. Nous croyons aussi d'une manière indirecte que, dans les autres hommes et les êtres inférieurs, des états de conscience accompagnent des changements de cette structure particulière que nous appelons le système nerveux. Enfin nous croyons, en vertu d'une série de raisonnements, que les états de conscience que l'individu seul connaît, sont produits par l'action de son propre système nerveux, qu'il n'a jamais vu et dont il ne connaît rien par expérience. Néanmoins, les preuves, quoique indirectes, sont si étendues, si variées, si concordantes^ que nous pouvons accepter la conclusion sans hésiter.

Cette conclusion ayant été acceptée, au moins provisoirement, sa validité s*est montrée en nous conduisant à prévoir avec exactitude dans les divers cas les phénomènes subjectifs particuliers qui accompagnent les phénomènes objectifs particuliers. Nous avons vu que les diverses circonstances qui Eadlitent ou entravent l'action nerveuse, facilitent ou entravent l'état de consciei^ce. Nous avons vu que l'état de conscience, comme l'action nerveuse, occupe un temps appréciable. Nous avons vu qu'après chaque état de conscience, il Y a une incapacité partielle pour un pareil état, comme après chaque action nerveuse pour une pareille action nerveuse. Nous avons vu que, toutes choses égales, l'intensité des états de conscience varie comme celle des actions nerveuses correspondantes. Nous avons vu que la différence entre les actions nerveuses directes ou indirectes, correspond à la difrérence entre les états de conscience vifs ou réels et les états le conscience faibles ou idéaux. Et nous avons vu que certains phénomènes objectifs plus spéciaux que présentent les ictions nerveuses, ont leurs correspondants subjectifs dans les formes d'état de conscience que nous appelons désirs.

Ainsi, quoiqu'il nous soit encore impossible de prouver que

l'iS LES DONNÉES DE LA PSYCHOLOGIE.

rétat de conscieoce et Taction nerveuse sont les faces, interne et externe^ du même changement, cependant cette hypothèse s'accorde avec tous les faits observés ; et comme on Ta mootré ailleurs {Premiers Principes^ § 40), nous n*avons d'autre vérification possible que celle qui résulte de l'établissement d*uo accord complet entre nos expériences.

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