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QUALITES DE L'ORATEUR

La fonction de loralcur. telle que nous venons de la définir, est soumise à bien des conditions qui peuvent en favoriser ou en compromettre le succès.

L'émotion de l'auditoire est chose capricieuse, et il est difficile de dire à quelles règles elle est subordonnée absolument. La nature et le nombre de l'auditoire, la sympathie et les préventions des auditeurs, limportancede la cause, etc., tous ces éléments influent sur le succès de l'orateur.

Cependant, en dehors de là, il faut convenir que la fonction de l'orateur requiert, chez celui qui l'exerce, un ensemble de qualités sans lesquelles il ne peut légitimement espérer réussir. Il y a des (jualités qui doivent être communes à tous les orateurs, et qui sont nécessaires devant tous les auditoires, mais il en est d'autres qui sont spécialement requises par la nature de l'auditoire auquel on s'adresse. Nous traiterons successivement des unes et des autres.

Cette étude a sa place dans un traité de rhétorique, car si quelques-unes des qualités de l'orateur

sont naturelles et semblent ne pas dépendre de nous, il n'en est pas moins vrai qu'on déifient orateur, par le développement de ces qualités naturelles, et par l'acquisition de certaines dispositions qui se forment par l'étude.

§ l^"". QUALITÉS GIÎNÉHALES DE LORATEUR.

Puisque la fonction de l'orateur se ramène à instruire, à plaire et à toucher, ses qualités doivent aussi se rapporter à ce triple objet.

Toutefois, il importe de remarquer que l'orateur a sa manière propre d'instruire, de plaire et de toucher. Il n'instruit pas comme le savant, il ne plaît pas comme l'artiste, il ne touche pas comme le poète ou le musicien. Ilagit sur ses auditeurs au moyen du style et de raction oratoire, C[ui sont comme l'enveloppe et le véhicule de ses pensées.

Par conséquent, quand on étudie les qualités de l'orateur, il ne faut pas laisser de côté ces deux éléments de l'éloquence. De ce chef, au contraire, les qualités oratoires doivent présenter un caractère particulier que nous signalerons quand l'occasion s'en présentera.

1° Qualités reguises pour instruire.

Trois qualités surtout nous semblent requises dans l'orateur pour atteindi-e le premier but de l'é-

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loquence qui est d'instruire : 1" la compétence, 2" la logique, 3" la clarté.

i" La compétence. — 11 peut paraître inutile de menlioniier d abord cette qualité, tant il est évident que la première condition pour jjien traiter un sujet est de le connaître. Mais il n'est pas rare qu'un orateur se fasse illusion sur sa compétence et aborde la cliaii'e, la tribune ou la barre, sans avoir suffisamment étudié la question dont il parle.

11 est donc nécessaire que l'orateur ait toute la science du sujet qu'il traite, soit qu'il l'acquière au moment où il en a besoin, par la réflexion ou l'étude, soit qu'elle vienne d'une érudition précédemment amassée.

Est-il nécessaire que Torateur ait une science de toutes choses? Cicéron semble le demander.

Fénelon dit de son côté : « Je voudrais qu'un orateur se préparât longtemps en général pour acquérir un fond de connaissances, et pour se rendre capable de faire de bons ouvrages. Je voudrais que cette préparation générale le mît en état de se préparer moins pour chaque discours particulier K »

Mais il ne faut pas confondre ici une culture générale de l'esprit avec la science universelle. Une science qui viserait à être universelle, risquerait d'être superficielle; plus l'esprit se spécialise, plus il est compétent. Mais la spécialisation de l'esprit n'exclut pas la culture générale, elle la réclame

i. Lettre à l'.lcadci/tic. Projet de rhétorique.

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au contraire, comme un moyen d'empêcher les originalités et les bizarreries qui sont parfois le fruit d'un esprit trop vite spécialisé. « Un génie formé par la culture, dit Cicéron, est semblable à un champ où l'on aura passé plusieurs fois la charrue, il produira les fruits les plus beaux et en abondance. ^ »

2° La logique. — Après avoir dit c[ue l'orateur doit avoir fait de « solides études », Fénelon ajoute : « Je voudrais qu'il s'exerçât à raisonner avec justesse et exactitude, se défiant de toute subtilité. »

Quelle que soit la forme que l'orateur donne à ses preuves, il est nécessaire qu'il prouve, qu'il démontre, par conséquent qu'il raisonne.

Le style oratoire qu'il emploie lui rend encore la dialectique plus nécessaire. 11 ne faut pas qu'il se laisse éblouir lui-même par l'éclat de son style, et qu'il en arrive à moins serrer ses preuves ; il doit au contraire, dans le développement de sa pensée, ne jamais perdre de vue le point de départ de son raisonnement et le point d'arrivée où il tend.

A plus forte raison doit-il savoir dégager le raisonnement d'un adversaire, de la forme plus ou moins spécieuse sous laquelle celui-ci le présente. Il n'y parviendra que s'il a un esprit formé à la dialectique.

3° La clarté. — Nous dirons plus loin quel doit être le style du discours, et, au premier rang des qualités du style, nous mettrons la clarté, car il est

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